Évolution du marché : Œufs en coquille (CN 0407) — 2015–2025
Introduction
Le code CN 0407 couvre l'ensemble des œufs d'oiseaux en coquilles — frais, conservés ou cuits — et inclut notamment les œufs de consommation courante, les œufs fertilisés destinés à l'incubation et les œufs d'espèces autres que les volailles domestiques. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne avec les pays tiers dans ce secteur a connu des transformations profondes : les importations ont connu une croissance spectaculaire tant en volume qu'en valeur, tandis que les exportations, bien que toujours excédentaires, ont vu leur volume reculer significativement. Ce rapport analyse les principales dynamiques à l'œuvre à travers trois axes : la recomposition de la balance commerciale, la réorientation géographique des flux et les évolutions de prix et de structure par segment de produit.
1. Une explosion des importations qui érode l'excédent commercial européen
Les importations ont connu une croissance spectaculaire en volume comme en valeur
Entre 2015 et 2025, les importations de l'Union européenne en œufs en coquille auprès de pays tiers ont été multipliées par un facteur remarquable. En valeur, elles sont passées de 106,2 millions d'euros à 281,9 millions d'euros, soit une hausse de 165,5 %. En volume, la progression est encore plus frappante : de 16 061 tonnes à 137 377 tonnes, soit une multiplication par 8,6 (+755,4 %). L'Union européenne a ainsi considérablement accru sa dépendance vis-à-vis des fournisseurs extérieurs pour les œufs en coquille.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 106,2 | 281,9 | +165,5 |
| Volume (t) | 16 061 | 137 377 | +755,4 |
| Prix moyen (€/t) | 6 611 | 2 052 | −69,0 |
Source : Vue d'ensemble du commerce
Les exportations maintiennent leur valeur mais accusent un recul marqué des volumes
Du côté des exportations, la trajectoire est inversée en volume. L'Union européenne a exporté 275 747 tonnes d'œufs en coquille en 2015, contre seulement 181 436 tonnes en 2025, soit un recul de 34,2 %. Le volume exporté a même atteint un point bas en 2025, ce minimum étant précisément la dernière année de la période. Pourtant, la valeur des exportations a progressé de 10,8 %, passant de 637,7 M€ à 706,8 M€, grâce à une hausse du prix moyen à l'exportation de 68,4 % (de 2 313 €/t à 3 896 €/t).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 637,7 | 706,8 | +10,8 |
| Volume (t) | 275 747 | 181 436 | −34,2 |
| Prix moyen (€/t) | 2 313 | 3 896 | +68,4 |
L'excédent commercial se réduit malgré la hausse des prix à l'exportation
L'Union européenne reste structurellement excédentaire sur les œufs en coquille. Toutefois, l'excédent commercial a diminué de 20,1 %, passant de 531,6 M€ en 2015 à 424,9 M€ en 2025. Ce rétrécissement s'explique par la combinaison d'une baisse des volumes exportés et d'une croissance très forte des importations. Si la hausse des prix à l'exportation a partiellement compensé le recul des volumes, elle n'a pas suffi à neutraliser l'effet de l'envolée des importations. L'excédent le plus élevé a été atteint à 679,0 M€ (2022), avant de se contracter nettement. Le point bas de la période (416,7 M€) a été observé en 2024.
2. De nouveaux corridors d'approvisionnement redessinent la carte du commerce européen
L'Ukraine s'impose comme le premier fournisseur d'œufs de l'Union européenne
La transformation la plus marquante côté importations concient l'Ukraine. En 2015, les importations en provenance d'Ukraine ne représentaient que 2,3 M€ ; en 2025, elles atteignent 162,8 M€, soit une multiplication par 71 (+7 092,9 %). L'Ukraine est ainsi devenue, et de loin, le premier fournisseur d'œufs en coquille de l'Union européenne. Cette progression spectaculaire s'inscrit dans le contexte de l'approfondissement des relations commerciales UE-Ukraine, notamment après l'entrée en vigueur de l'Accord de libre-exchange complet et approfondi (ALECA) puis des mesures commerciales autonomes adoptées à partir de 2022.
| Partenaire | Importations 2015 (M€) | Importations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Ukraine | 2,3 | 162,8 | +7 092,9 |
| Royaume-Uni | 81,3 | 29,0 | −64,3 |
| Turquie | 0,4 | 38,5 | +8 614,0 |
| Macédoine du Nord | 0,005 | 18,6 | +401 591,6 |
| Albanie | 1,4 | 1,4 | +0,2 |
| États-Unis | 15,5 | 14,9 | −4,0 |
| Chine | 0,4 | 1,7 | +336,0 |
Source : Principaux partenaires à l'importation
La Turquie et les Balkans occidentaux émergent comme sources d'approvisionnement
Au-delà de l'Ukraine, d'autres fournisseurs ont émergé de manière significative. Les importations en provenance de Turquie sont passées de 0,4 M€ à 38,5 M€ (+8 614 %), tandis que celles originaires de Macédoine du Nord sont passées de moins de 5 000 € à 18,6 M€. En parallèle, le Royaume-Uni — qui était de loin le premier fournisseur de l'UE en 2015 avec 81,3 M€ — a vu ses exportations vers l'Union reculer de 64,3 % pour n'atteindre plus que 29,0 M€ en 2025. Ce renversement illustre une profonde reconfiguration des sources d'approvisionnement de l'UE, au détriment du Royaume-Uni et au profit de partenaires d'Europe de l'Est et du pourtour méditerranéen.
La concentration des importations a diminué en conséquence : l'indice HHI des importations est passé de 6 117 à 3 707 (−39,4 %), signe d'une diversification des sources d'approvisionnement. Les importations, autrefois fortement concentrées sur le Royaume-Uni, se répartissent désormais entre un plus grand nombre de fournisseurs. Du côté des États membres de l'UE, l'Espagne (+461 %), l'Italie (+2 327 %) et la Pologne (+971 %) sont devenus les principaux récepteurs de ces importations croissantes.
| États membres (importateurs) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Espagne | 8,9 | 50,0 | +461,0 |
| Italie | 1,4 | 33,2 | +2 326,7 |
| Pologne | 3,2 | 34,2 | +971,3 |
| Pays-Bas | 19,5 | 24,9 | +27,4 |
| France | 38,9 | 13,4 | −65,6 |
| Allemagne | 13,9 | 1,4 | −90,0 |
Source : Principaux États membres importateurs
Les marchés d'exportation se reconfigurent avec le recul de la Russie et des États-Unis
Côté exportations, la restructuration géographique est tout aussi nette. La Russie, qui était le premier client de l'UE en 2015 avec 184,0 M€, a vu ses importations depuis l'UE reculer de 51,6 % pour atteindre 89,0 M€ en 2025. Ce déclin s'explique par les sanctions commerciales imposées à la Russie, d'abord partiellement en 2014 puis de manière beaucoup plus large à partir de 2022. Les États-Unis, troisième client en 2015 avec 79,0 M€, ont connu un effondrement encore plus prononcé (−85,7 %, à 11,3 M€).
En revanche, d'autres marchés ont progressé. Le Royaume-Uni demeure le premier client de l'UE avec 126,7 M€ en 2025 (+29,3 % par rapport à 2015). La Suisse a vu ses importations depuis l'UE plus que doubler (de 47,3 M€ à 109,7 M€, soit +132,2 %), devenant le deuxième marché d'exportation. Israel (+110,8 %) et l'Arabie saoudite (+124,7 %) ont également fortement accru leurs achats.
| Partenaire | Exportations 2015 (M€) | Exportations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 97,9 | 126,7 | +29,3 |
| Suisse | 47,3 | 109,7 | +132,2 |
| Russie | 184,0 | 89,0 | −51,6 |
| Irak | 40,9 | 30,5 | −25,4 |
| Israël | 12,1 | 25,6 | +110,8 |
| Arabie saoudite | 4,8 | 10,7 | +124,7 |
| États-Unis | 79,0 | 11,3 | −85,7 |
Source : Principaux partenaires à l'exportation
L'indice de concentration HHI à l'exportation est passé de 1 397 à 937 (−32,9 %), indiquant que les exportations se répartissent de manière plus équilibrée entre un nombre accru de destinations. Parmi les États membres exportateurs, la Pologne (+237,1 %) et la France (+37,8 %) ont renforcé leur position, tandis que les Pays-Bas (−13,7 %) et l'Espagne (−13,6 %), bien que restant les deux premiers exportateurs, ont légèrement reculé.
3. Des segments produits aux trajectoires divergentes et une volatilité accrue
Les œufs de consommation (CN 040721) alimentent l'essentiel de la hausse des importations
L'analyse par segment de produit révèle que la croissance des importations est presque entièrement portée par les œufs de volailles domestiques frais, non fertilisés (CN 040721). Ce segment est passé de 3 594 tonnes importées en 2015 à 133 873 tonnes en 2025, un quasi-tripllement de la valeur (de 6,9 M€ à 243,3 M€). La part des œufs de consommation dans les importations totales est ainsi passée d'environ 6,5 % à près de 86 % en valeur.
| Segment (importations) | Volume 2015 (t) | Volume 2025 (t) | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) |
|---|---|---|---|---|
| 040721 – Œufs de volailles domestiques, frais | 3 594 | 133 873 | 6,9 | 243,3 |
| 040711 – Œufs fertilisés d'incubation, domestiques | 8 605 | 2 109 | 78,6 | 30,2 |
| 040790 – Œufs conservés ou cuits | 837 | 836 | 2,5 | 2,6 |
| 040719 – Œufs fertilisés d'incubation, autres | 1 059 | 303 | 14,1 | 5,4 |
| 040729 – Œufs frais, autres espèces | 1 966 | 256 | 4,1 | 0,5 |
Source : Comparaison par segment
Cette dynamique témoigne d'une demande croissante de l'UE en œufs de table frais en provenance de pays tiers, probablement alimentée par des contraintes de production domestique (grippes aviaires récurrentes, hausse des coûts alimentaires) et par l'ouverture commerciale vers l'Ukraine. Le prix moyen à l'importation de ce segment est resté relativement stable (de 1 930 €/t à 1 817 €/t), ce qui indique que la hausse des volumes n'est pas principalement tirée par des considérations de prix mais par un besoin structurel d'approvisionnement.
Les œufs d'éclosion (CN 040711) demeurent le cœur de l'exportation européenne
À l'exportation, la structure est dominée par les œufs fertilisés de volailles domestiques destinés à l'incubation (CN 040711), qui représentaient 359,1 M€ en 2015 et 423,3 M€ en 2025, soit plus de 59 % de la valeur totale des exportations. L'Union européenne conserve ainsi une position de spécialiste dans ce segment à haute valeur ajoutée. Le prix moyen à l'exportation de ce segment a sensiblement augmenté, passant de 4 291 €/t à 7 574 €/t (+76,5 %), reflétant à la fois l'inflation des coûts et la valeur spécifique de ce produit.
| Segment (exportations) | Volume 2015 (t) | Volume 2025 (t) | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) |
|---|---|---|---|---|
| 040711 – Œufs fertilisés d'incubation, domestiques | 83 680 | 55 882 | 359,1 | 423,3 |
| 040721 – Œufs de volailles domestiques, frais | 153 973 | 117 312 | 196,5 | 216,2 |
| 040719 – Œufs fertilisés d'incubation, autres | 13 527 | 3 416 | 47,3 | 49,6 |
| 040790 – Œufs conservés ou cuits | 13 688 | 3 575 | 20,2 | 14,0 |
| 040729 – Œufs frais, autres espèces | 10 879 | 1 251 | 14,6 | 3,8 |
En revanche, le volume exporté de ce segment d'éclosion a reculé de 33,2 % (de 83 680 t à 55 882 t), et celui des œufs de consommation de 23,9 % (de 153 973 t à 117 312 t). La hausse des prix a globalement compensé le recul des volumes pour les deux principaux segments, mais les segments secondaires (040790 et 040729) ont connu un déclin à la fois en volume et en valeur.
Les données sur la spécialisation des États membres confirment ce profil : la Lettonie (RSCA de 0,81), la Bulgarie (0,65) et la Pologne (0,47) affichent les plus forts indices de spécialisation à l'exportation, tandis que des pays comme l'Irelande (RSCA de −1,00) ou l'Italie (−0,65) sont nettement déficitaires sur ce produit.
Chocs de prix exogènes et restructuration de la concentration des échanges
La période 2015–2025 a été marquée par plusieurs chocs de prix significatifs :
| Partenaire | Type de choc | Flux | Année | Décalage (%) | Anomalie |
|---|---|---|---|---|---|
| Turquie | Prix | Importations | 2019 | +357,4 % | 72,7 |
| Royaume-Uni | Prix | Importations | 2023 | +142,3 % | 64,0 |
| États-Unis | Prix | Exportations | 2017 | +380,3 % | 11,8 |
Le choc turc de 2019 (anomalie de 72,7, décalage de +357,4 %) coïncide avec une période de tensions sur le marché turc des œufs. Le choc sur les importations en provenance du Royaume-Uni en 2023 (décalage de +142,3 %, avec une part de valeur de 57,2 %) est vraisemblablement lié à la crise d'approvisionnement britannique causée par les épidémies de grippe aviaire de 2022–2023, qui a contraint le Royaume-Uni à importer davantage à des prix élevés. Enfin, le choc sur les exportations vers les États-Unis en 2017 reflète les perturbations liées à la crise de grippe aviaire américaine.
La volatilité des flux est particulièrement élevée pour les importations en provenance de Turquie (coefficient de variation de 1,80) et d'Ukraine (CV de 1,39), tandis que les exportations vers la Suisse (CV de 0,13) et la Libye (CV de 0,17) sont les plus stables. Le coefficient de variation le plus élevé de l'ensemble de la période est celui des exportations vers les États-Unis (CV de 2,24), traduisant la forte instabilité de ce flux.
Du côté de la concentration sectorielle, l'HHI des importations a diminué de 39,4 % (de 6 117 à 3 707), confirmant la diversification des sources d'approvisionnement, tandis que celui des exportations a reculé de 32,9 % (de 1 397 à 937). En volume, l'HHI des exportations a cependant augmenté de 31,2 %, suggérant que si la valeur des exportations se diversifie, les volumes tendent à se concentrer sur un nombre plus restreint de destinations.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le commerce de l'Union européenne en œufs en coquille avec le reste du monde a connu une reconfiguration profonde. L'Union demeure excédentaire (424,9 M€ en 2025), mais son avantage s'érode sous l'effet d'une croissance massive des importations (+755 % en volume), tirée presque exclusivement par les œufs de consommation fraîche (CN 040721). L'Ukraine est devenue le premier fournisseur de l'UE, tandis que le Royaume-Uni et la Russie ont vu leur importance respective décliner, respectivement à l'importation et à l'exportation. L'Union européenne conserve une spécialisation forte dans les œufs fertilisés d'incubation (CN 040711), segment à haute valeur ajoutée qui constitue l'essentiel de ses exportations. La période a été ponctuée de chocs de prix significatifs, liés principalement aux épizooties de grippe aviaire et aux instabilités géopolitiques. La diversification géographique des partenaires commerciaux — tant à l'importation qu'à l'exportation — constitue l'un des traits marquants de cette décennie, reflétant à la fois l'ouverture commerciale de l'UE et l'adaptation des filières avicoles européennes à un environnement mondial en mutation.