Évolution du marché : Beurre et matières grasses laitières (CN 0405) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse les dynamiques commerciales de l'Union européenne (UE) pour les produits classés sous le code nomenclature combinée (CN) 0405 — beurre, incluant le beurre déshydraté et le ghee, ainsi que d'autres matières grasses d'origine laitière et les pâtes à tartiner laitières — sur la période 2015–2025. En se fondant sur les données commerciales extraites du Tableau de bord du commerce, l'objectif est de décrire les tendances majeures, d'identifier les partenaires clés et d'interpréter les facteurs sous-jacents. L'analyse révèle une période marquée par une forte croissance de la valeur des échanges, une transformation des flux géographiques et une exposition accrue aux volatilités des prix mondiaux.
Une forte appréciation de la valeur masquant une progression modérée des volumes
Sur la période étudiée, le commerce extérieur de l'UE en produits CN 0405 s'est caractérisé par une croissance spectaculaire de la valeur, largement supérieure à celle des volumes physiques, sous l'impulsion d'une hausse généralisée et marquée des prix unitaires.
Une explosion de la valeur des exportations et des importations
La valeur des exportations de l'UE a plus que doublé, passant de 1,0 milliard d'euros en 2015 à 2,3 milliards d'euros en 2025, soit une progression de 127,7 %. Cette augmentation fulgurante masque une croissance des volumes beaucoup plus modeste (+4,5 %), les quantités exportées passant de 259 640 tonnes à 271 377 tonnes. L'écart entre ces deux trajectoires s'explique par une hausse des prix à l'exportation de 117,8 %, le prix moyen passant de 3 863 €/t à 8 414 €/t (Détail des échanges).
Le constat est similaire pour les importations. Leur valeur a connu une hausse encore plus prononcée (+185,2 %), atteignant 477,6 millions d'euros en 2025, alors que les volumes importés n'ont augmenté que de 29,6 %. Les prix à l'importation ont grimpé de 120,0 % sur la période.
Un solde commercial excédentaire mais une dépendance aux importations qui s'accroît
L'UE est structurellement excédentaire sur ce segment. Le solde commercial est passé de 835 millions d'euros à 1,8 milliard d'euros, soit une progression de 116,1 % (Détail des échanges).
Paradoxalement, malgré cet excédent robuste, la dépendance nette aux importations s'est creusée. Cet indicateur est passé de -6,5 % à -14,1 %. Une valeur négative indique un excédent ; son renforcement signifie que la part des importations dans la consommation intérieure apparente a légèrement augmenté, suggérant une intégration plus forte du marché européen dans les flux mondiaux.
Une recomposition géographique des échanges : le Royaume-Uni comme pilier et la montée en puissance de l'Asie
L'analyse des partenaires commerciaux (par pays) révèle une dualité : la pérennité du commerce avec le Royaume-Uni et l'émergence rapide de nouveaux marchés d'exportation en Asie.
Le Royaume-Uni : un partenaire commercial incontournable et stable
Le Royaume-Uni demeure le premier client et le premier fournisseur de l'UE pour le beurre et les matières grasses laitières.
- À l'exportation : Le Royaume-Uni a absorbé 390 millions d'euros d'exportations européennes en 2025, représentant le premier poste par valeur. La croissance de ce flux est relativement modérée (+21,9 %) mais le volume reste considérable.
- À l'importation : Le Royaume-Uni est également la principale source d'approvisionnement de l'UE, avec des importations valorisées à 251 millions d'euros en 2025 (+143,2 %). Cette croissance soutenue reflète l'interdépendance des chaînes de valeur laitières post-Brexit.
L'Asie, moteur de la croissance des exportations européennes
La hausse de la valeur des exportations est fortement portée par l'Asie. Plusieurs marchés ont connu des croissances à trois chiffres :
- États-Unis : +751,9 % (à 636 millions d'euros), devenant le second client.
- Corée du Sud : +1044,0 % (à 125 millions d'euros).
- Chine : +98,8 % (à 137 millions d'euros).
Cette dynamique peut s'expliquer par une demande croissante pour les produits laitiers de qualité dans ces régions et par des stratégies commerciales européennes ciblées.
Une diversification des sources d'importation et des vulnérabilités émergentes
Les importations se sont diversifiées, comme l'indique la baisse de l'indice de concentration HHI (Hirschman-Herfindahl) des importations en valeur de 5 089 à 3 574 (-29,8 %).
Toutefois, cette diversification s'est accompagnée de l'apparition de partenaires plus volatils. L'analyse des chocs d'approvisionnement met en évidence des événements notables :
- Un pic de prix des importations en provenance de Nouvelle-Zélande en 2017 (anormalité : 17,3).
- Une forte volatilité des prix à l'exportation vers la Chine en 2022 (anormalité : 26,4).
Les sources d'approvisionnement telles que l'Ukraine (CV : 1,02), la Suisse (CV : 1,44) ou les États-Unis (CV : 1,72) présentent un coefficient de variation élevé, indiquant une volatilité des flux importante (Volatilité).
Un secteur européen spécialisé et une production résiliente face à la volatilité des prix
La structure de production européenne et la spécialisation des États membres offrent au secteur une certaine résilience, tandis que l'intensification du commerce expose l'économie aux chocs mondiaux.
Une production européenne stable mais dont la valeur a doublé
La production totale de l'UE en produits CN 0405 a connu une évolution remarquablement stable en volume, passant de 2,11 milliards de kg à 2,20 milliards de kg (+4,4 %) (Production). En revanche, la valeur de cette production a été multipliée par 2,2, passant de 6,6 milliards d'euros à 14,6 milliards d'euros, reflétant directement la hausse des prix du lait et des produits laitiers sur la période.
Une spécialisation marquée au sein de l'UE
L'analyse de la spécialisation révèle une géographie de la production très concentrée. En 2025, l'Irlande, la Finlande et le Danemark présentent les plus forts indices d'avantage comparatif révélé (RCA > 2), confirmant leur rôle de plateformes exportatrices spécialisées. À l'inverse, des pays comme la Slovénie, la Hongrie ou la Roumanie présentent un RCA très faible (< 0,1), indiquant une production destinée principalement au marché intérieur.
Cette spécialisation explique en grande partie la structure des exportations : les principaux exportateurs de l'UE (par État membre) sont l'Irlande (891 M€), la France (528 M€) et les Pays-Bas (246 M€).
Une exposition accrue du secteur à la volatilité des marchés mondiaux
L'augmentation de la propension à exporter (+38,9 % pour atteindre 14,0 %) et de l'intensité commerciale (+13,9 %) traduit une intégration plus poussée de la filière laitière européenne dans le commerce international. Si cela témoigne de sa compétitivité, cela l'expose également davantage aux fluctuations des prix mondiaux et aux chocs géopolitiques, comme en témoignent les événements de prix détectés avec la Chine et la Nouvelle-Zélande.
Conclusion
La période 2015-2025 a transformé le marché européen du beurre et des matières grasses laitières (CN 0405) en un secteur où la valeur prime désormais sur le volume. La forte inflation des prix a dopé les revenus des exportations, permettant à l'UE de consolider son solde excédentaire. Cette croissance a été permise par une double dynamique : le maintien d'une relation commerciale de grande envergure avec le Royaume-Uni et une conquête vigoureuse des marchés asiatiques et nord-américains.
Néanmoins, cette période a également révélé des fragilités. L'accroissement de la dépendance aux importations, la diversification vers des partenaires aux flux parfois volatils et l'exposition accrue aux chocs de prix mondiaux représentent des défis pour la sécurité d'approvisionnement. La résilience du secteur repose sur la spécialisation avancée de certains États membres et une production européenne dont les volumes sont restés stables malgré une valeur en forte hausse. À l'avenir, l'équilibre entre la captation des opportunités offertes par la demande mondiale et la gestion des risques liés à la volatilité des prix et à la géopolitique des échanges sera déterminant.