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Évolution du marché : Fromages frais (CN 040610) — 2015–2025

Introduction

Le code douanier 040610 couvre les fromages frais (non affinés), y compris le fromage de lactosérum et la caillebotte. Ce périmètre regroupe trois sous-positions : la mozzarella fraîche (04061030), les fromages frais à teneur en matières grasses ≤ 40 % hors mozzarella (04061050), et les fromages frais à plus de 40 % de matières grasses (04061080). La période 2015–2025 a été marquée par une transformation profonde du commerce extérieur de l'Union européenne sur ce segment, tant en volume qu'en valeur. L'UE a considérablement renforcé sa position d'exportateur net, tout en diversifiant ses partenaires commerciaux et en traversant des épisodes de tension sur les prix. Le présent rapport s'attache à décrire et interpréter ces dynamiques en trois axes principaux.


1. Une expansion commerciale remarquable, portée par la puissance exportatrice de l'UE

Les exportations ont plus que doublé en valeur sur la décennie

Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations intra-UE de fromages frais vers les pays tiers a progressé de 939,9 millions d'euros à 2 220,0 millions d'euros, soit une hausse de 136,2 % (aperçu général). En volume, la croissance a été de 49,2 %, passant de 316 508 tonnes à 472 300 tonnes. L'écart entre la progression de la valeur (+136 %) et celle du volume (+49 %) reflète une hausse significative des prix unitaires d'exportation, qui sont passés de 2 970 €/t à 4 700 €/t (+58,3 %). Cette dynamique traduit à la fois une inflation des coûts de production et une montée en gamme des produits exportés.

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur exportations 939,9 M€ 2 220,0 M€ +136,2 %
Volume exportations 316 508 t 472 300 t +49,2 %
Prix moyen export. 2 970 €/t 4 700 €/t +58,3 %

La production européenne a connu une trajectoire de croissance soutenue

La production de fromages frais dans l'UE est passée de 2 997 229 tonnes à 4 482 928 tonnes en volume (+49,6 %), et de 7,5 milliards d'euros à 17,2 milliards d'euros en valeur (+129,0 %). Cette croissance de la production a servi de socle à l'expansion des exportations. Le ratio de propension à exporter est ainsi passé de 4,4 % à 12,0 % (+174 %), indiquant qu'une part croissante de la production européenne est désormais destinée aux marchés extra-européens.

Le solde commercial se creuse massivement en faveur de l'UE

Le solde commercial est passé de 814,6 millions d'euros à 1 998,5 millions d'euros (+145,3 %). Parallèlement, le taux de dépendance nette aux importations est passé de −4,0 % à −12,3 %. La valeur négative signifie que l'UE est structurellement exportatrice nette sur ce segment, et cet avantage s'est accentué de manière continue. Le ratio d'intensité commerciale (commerce total/production) est quant à lui passé de 4,9 % à 13,0 % (+163 %), preuve d'une ouverture extérieure croissante du secteur.


2. Diversification géographique et émergence de nouveaux relais de croissance

L'Asie et le Moyen-Orient deviennent des moteurs de croissance des exportations

Au-delà du Royaume-Uni, qui reste de loin le premier partenaire (exportations vers le Royaume-Uni : 485 M€ → 892 M€, +83,9 %), plusieurs marchés ont connu une progression spectaculaire :

Partenaire Export. 2015 Export. 2025 Variation
Chine 9,5 M€ 68,9 M€ +622,1 %
Arabie saoudite 20,0 M€ 68,1 M€ +241,4 %
Japon 47,0 M€ 115,1 M€ +144,9 %
Corée du Sud 82,2 M€ 177,3 M€ +115,8 %
Suisse 83,8 M€ 160,6 M€ +91,6 %

La Chine et l'Arabie saoudite affichent les taux de croissance les plus remarquables. La Corée du Sud et le Japon, marchés matures mais à forte valeur ajoutée, ont également contribué significativement à la hausse des revenus. Les principaux partenaires à l'exportation illustrent bien cette géographie diversifiée.

Les importations se diversifient avec l'émergence de nouveaux fournisseurs

Côté importations, le Royaume-Uni demeure dominant (96,7 M€ → 132,4 M€, +37,0 %), mais de nouveaux fournisseurs ont émergé de manière significative :

Partenaire Import. 2015 Import. 2025 Variation
Ukraine 0,1 M€ 7,0 M€
Suisse 21,7 M€ 60,9 M€ +180,8 %
Serbie 0,4 M€ 3,2 M€ +691,7 %
Islande 2,3 M€ 6,8 M€ +196,4 %
Bosnie-Herzégovine 0,03 M€ 1,7 M€ +6 114,7 %

L'Ukraine est passée d'un flux quasi nul à 7,0 millions d'euros, reflétant probablement l'intégration commerciale progressive du pays avec l'UE, avant même l'accord d'association commerciale approfondie. La Suisse a triplé ses exportations vers l'UE, tandis que les pays des Balkans occidentaux (Serbie, Bosnie-Herzégovine) ont multiplié les leurs par un facteur considérable.

L'indice de concentration (HHI) confirme une diversification structurelle

L'indice Herfindahl-Hirschman a reculé de manière significative tant pour les importations que pour les exportations :

Indicateur HHI (valeur) 2015 2025 Variation
Importations 6 266 4 367 −30,3 %
Exportations 2 921 1 852 −36,6 %

Une baisse du HHI signifie une répartition plus équilibrée des flux entre partenaires. Les exportations étaient déjà relativement diversifiées en 2015 (HHI de 2 921) et le sont davantage en 2025 (1 852). Les importations, historiquement plus concentrées sur le Royaume-Uni, ont aussi connu une diversification notable, même si le Royaume-Uni conserve une part prépondérante.

L'analyse de spécialisation révèle des champions nationaux très différenciés

Les indices de spécialisation pour 2025 montrent des écarts importants entre États membres. Le Danemark affiche un indice d'avantage comparatif révélé (RCA) de 4,98, suivi de la Lituanie (3,22) et de l'Estonie (2,94). À l'inverse, le Portugal (RCA de 0,02) et la Finlande (0,03) ne sont pas spécialisés dans ce segment. Au niveau des principaux exportateurs, le Danemark a vu ses exportations bondir de 130 M€ à 490 M€ (+276 %), l'Italie de 183 M€ à 537 M€ (+194 %), et la Pologne de 29 M€ à 106 M€ (+269 %). Seule la France a connu un léger recul (210 M€ → 182 M€, −13,3 %), perdant ainsi sa position au profit de concurrents plus dynamiques.


3. Pressions sur les prix, chocs de 2022 et recompositions segmentaires

L'année 2022 constitue un point de rupture sur les prix

Les chocs détectés dans les données mettent en évidence trois événements de prix majeurs centrés sur l'année 2022 :

Événement Type Fluctuation Anomalie Part de valeur
Corée du Sud (export.) Prix +50,4 % 28,4 12,0 %
Japon (export.) Prix +29,5 % 18,1 8,0 %
Royaume-Uni (import.) Prix +23,1 % 3,3 78,6 %

Les exportations vers la Corée du Sud et le Japon ont subi des hausses de prix atypiques en 2022, probablement liées à la conjonction de la hausse des coûts énergétiques et alimentaires post-Covid et des perturbations logistiques. Les prix moyens d'exportation de l'UE sont ainsi passés d'environ 3 470 €/t en 2021 à environ 4 440 €/t en 2022, soit un bond de près de 28 %. Côté importations, le prix moyen en provenance du Royaume-Uni a également connu un pic significatif en 2022.

La volatilité des flux commerciaux varie fortement selon les partenaires

L'analyse des coefficients de variation des flux révèle des niveaux de stabilité très hétérogènes. À l'exportation, le Royaume-Uni (CV = 0,06) et la Suisse (CV = 0,14) sont les partenaires les plus stables, tandis que la Chine (CV = 0,50) et l'Arabie saoudite (CV = 0,37) présentent une volatilité plus marquée, caractéristique de marchés en phase de croissance rapide. À l'importation, les flux en provenance d'Ukraine (CV = 1,47) et de Nouvelle-Zélande (CV = 2,22) sont extrêmement volatils, ce qui traduit la nature encore marginale et erratique de ces approvisionnements.

Le segment 04061050 connaît une transformation structurelle, à l'import comme à l'export

La décomposition par sous-position révèle des trajectoires divergentes. À l'exportation, la mozzarella (04061030) reste le premier segment en valeur (986 M€ en 2025), mais le segment 04061050 (fromages frais ≤ 40 % MG hors mozzarella) l'a dépassé en volume (226 864 t contre 209 726 t) et atteint 1 014 M€ en valeur, en progression de 161 % depuis 2015 :

Segment (exportations) Valeur 2015 Valeur 2025 Variation Volume 2025
04061030 — Mozzarella 407,7 M€ 985,9 M€ +141,8 % 209 726 t
04061050 — Fromages frais ≤ 40 % (hors mozzarella) 389,0 M€ 1 014,3 M€ +160,7 % 226 864 t
04061080 — Fromages frais > 40 % 143,2 M€ 219,7 M€ +53,5 % 35 711 t

Le segment 04061050 est ainsi devenu le principal contributeur à la valeur des exportations, porté par une demande internationale croissante pour des fromages frais à teneur modérée en matières grasses.

À l'importation, la mutation est encore plus frappante. Le segment 04061050 a connu une explosion de ses volumes : de 5 969 tonnes en 2015 à 20 371 tonnes en 2025 (+241 %), avec une valeur multipliée par 3,7 (de 23,0 M€ à 85,8 M€). À l'inverse, le segment 04061080 (fromages frais > 40 % MG) a reculé de 8 290 à 3 039 tonnes (−63 %) côté importations. Ce basculement suggère un changement dans la demande intérieure européenne, avec un attrait accru pour les fromages frais allégés importés, potentiellement dans le cadre de tendances nutritionnelles.

Segment (importations) Valeur 2015 Valeur 2025 Variation Volume 2025
04061030 — Mozzarella 77,5 M€ 123,1 M€ +58,9 % 28 872 t
04061050 — Fromages frais ≤ 40 % (hors mozzarella) 23,0 M€ 85,8 M€ +273,5 % 20 371 t
04061080 — Fromages frais > 40 % 24,8 M€ 12,6 M€ −49,3 % 3 039 t

L'Italie, l'Allemagne et le Danemark ont joué un rôle clé dans la dynamique des exportations. L'Italie a multiplié ses exportations par presque trois (de 183 M€ à 537 M€), le Danemark par 3,8 (de 130 M€ à 490 M€), et la Pologne par 3,7 (de 29 M€ à 106 M€). À l'inverse, la France — historiquement un acteur majeur — a vu ses exportations reculer de 13 %, passant de 210 M€ à 182 M€, ce qui traduit une perte de parts de marché au profit de concurrents européens plus compétitifs.


Conclusion

La période 2015–2025 a transformé le commerce extérieur de l'UE en fromages frais (CN 040610) en un marché dynamique, diversifié et orienté vers l'exportation. La valeur des exportations a été multipliée par 2,4, le solde commercial a atteint près de 2 milliards d'euros, et la production européenne a crû de près de 50 % en volume. La géographie commerciale s'est considérablement diversifiée, avec l'émergence de marchés asiatiques (Chine, Corée, Japon) et moyen-orientaux (Arabie saoudite) comme relais de croissance, tandis que la concentration mesurée par l'indice HHI a reculé d'environ un tiers. L'épisode inflationniste de 2022 a constitué un choc de prix significatif, notamment sur les marchés coréen et japonais, mais n'a pas freiné la trajectoire haussière de fond. Enfin, la recomposition segmentaire — avec la montée en puissance du segment 04061050 tant à l'export qu'à l'import — suggère une évolution structurelle des préférences de consommation, en Europe comme sur les marchés tiers, vers des fromages frais à teneur modérée en matières grasses. Le principal risque identifiable réside dans la concentration encore élevée des importations sur le Royaume-Uni et dans la volatilité de certains marchés émergents.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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