Évolution du marché : Fil de fer (CN 7217) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 7217 couvre les fils en fer ou en aciers non alliés, enroulés (à l'exclusion du fil machine). Ce produit, qui englobe quatre sous-catégories — fils non revêtus (721710), fils zingués (721720), fils revêtus de métaux communs (721730) et autres fils revêtus (721790) — constitue un intrant essentiel pour les secteurs de la construction, de l'automobile, de l'agriculture et de l'énergie. Entre 2015 et 2025, le commerce extérieur de l'Union européenne sur ce produit a connu des mutations profondes. La valeur des exportations a progressé de 3,8 % (de 598 à 621 millions d'euros), tandis que celle des importations a bondi de 31,9 % (de 496 à 655 millions d'euros), faisant basculer l'UE d'une position d'excédent commercial de 102 millions d'euros à un déficit de 34 millions d'euros. Ce rapport examine les dynamiques structurelles à l'œuvre, la reconfiguration géographique des partenaires et les vulnérabilités émergentes du marché européen du fil de fer.
(Sources : Vue d'ensemble du commerce)
1. L'Union européenne bascule de l'excédent au déficit commercial
Une inversion spectaculaire de la balance commerciale
Entre 2015 et 2025, l'UE est passée d'un excédent commercial de 102 millions d'euros à un déficit de 34 millions d'euros, soit une détérioration de 133 %. Cette inversion s'explique par deux trajectoires divergentes :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 598 | 621 | +3,8 % |
| Importations (M€) | 496 | 655 | +31,9 % |
| Balance (M€) | +102 | −34 | −133 % |
La valeur des importations a progressé près de neuf fois plus vite que celle des exportations. L'indicateur de dépendance nette aux importations confirme ce glissement : l'UE, légèrement excédentaire en 2015 (−2,8 %), se retrouve quasiment à l'équilibre en 2025 (−0,8 %), avec un passage en zone positive de 3,8 % à un moment du cycle.
Les volumes se contractent côté exportations, les prix tirent la valeur vers le haut
Paradoxalement, la hausse de la valeur des exportations (+3,8 %) masque une baisse sévère des volumes expédiés (−19,6 %, de 633 000 à 509 000 tonnes). Seule une hausse significative des prix unitaires (+29,1 %, de 945 à 1 220 €/t) a compensé et permis de maintenir la valeur en hausse. Côté importations, les volumes sont restés relativement stables (+4,0 %), tandis que les prix ont progressé de 26,8 %.
| Flux | Quantité 2015 (kt) | Quantité 2025 (kt) | Prix 2015 (€/t) | Prix 2025 (€/t) |
|---|---|---|---|---|
| Exportations | 633 | 509 | 945 | 1 220 |
| Importations | 680 | 707 | 730 | 926 |
(Sources : Vue d'ensemble du commerce)
Une production européenne en repli de volume
Les données de production confirment la contraction de l'appareil productif européen : le tonnage produit au sein de l'UE est passé de 5,6 milliards de kg à 4,5 milliards de kg (−19,6 %), tandis que la valeur de production augmentait de 47,9 % grâce à la hausse des prix de l'acier. Cette divergence volume/prix suggère que la capacité physique de production diminue, ce qui alimente la dépendance croissante aux importations.
2. Un réalignement géographique majeur des partenaires commerciaux
La Turquie, la Chine et l'Ukraine, nouveaux moteurs des importations européennes
L'analyse des principaux partenaires d'importation révèle une recomposition profonde :
| Partenaire | Valeur import. 2015 (M€) | Valeur import. 2025 (M€) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Chine | 135 | 263 | +94,4 % |
| Turquie | 52 | 163 | +211,9 % |
| Ukraine | 29 | 94 | +229,8 % |
| Biélorussie | 88 | 68 | −22,9 % |
| Russie | 49 | 34 | −29,2 % |
| Corée du Sud | 46 | 19 | −58,3 % |
| Royaume-Uni | 42 | 9 | −79,6 % |
Trois dynamiques se distinguent :
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La Turquie a triplé ses ventes de fil de fer à l'UE, devenant le deuxième fournisseur derrière la Chine. Sa croissance (+212 %) s'inscrit dans le mouvement de relocalisation de la production d'acier vers des pays à coûts intermédiaires, et dans le renforcement de la chaîne d'approvisionnement européenne via le corridor balkanique et méditerranéen.
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La Chine a presque doublé sa part, passant de 135 à 263 millions d'euros. Elle reste le premier fournisseur de l'UE, ce qui traduit à la fois la compétitivité-prix de l'acier chinois et la capacité de ce pays à diversifier ses exportations de produits sidérurgiques à forte valeur ajoutée.
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L'Ukraine a enregistré la progression la plus forte (+230 %). Malgré la guerre depuis 2022, l'industrie sidérurgique ukrainienne a maintenu ses flux vers l'UE, en partie grâce aux accords commerciaux préférentiels et à la volonté politique européenne de soutenir l'économie ukrainienne.
En parallèle, les fournisseurs traditionnels ont nettement reculé : le Royaume-Uni (−80 %), la Corée du Sud (−58 %) et la Russie (−29 %) perdent du terrain. La Russie subit l'impact des sanctions commerciales, tandis que le Royaume-Uni souffre des frictions post-Brexit.
Les exportations européennes se recentrent sur la Suisse et les marchés émergents
Côté exportations, la Suisse demeure le premier débouché (186 M€ en 2025, +46 %), suivie du Royaume-Uni (67 M€, −35 %). Les évolutions les plus marquantes concernent :
| Destination | Valeur export. 2015 (M€) | Valeur export. 2025 (M€) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Suisse | 127 | 186 | +46,3 % |
| Royaume-Uni | 103 | 67 | −35,3 % |
| États-Unis | 55 | 61 | +12,0 % |
| Norvège | 28 | 36 | +27,9 % |
| Turquie | 15 | 28 | +90,9 % |
| Serbie | 8 | 32 | +298,8 % |
| Brésil | 46 | 53 | +15,7 % |
La Serbie connaît la progression la plus spectaculaire (+299 %), reflétant son intégration croissante dans les chaînes de valeur européennes et son statut de candidat à l'adhésion à l'UE. La Turquie apparaît à la fois comme un fournisseur majeur et un client en croissance, témoignant d'une interdépendance accrue.
L'Italie consolide sa position de pivot au sein de l'UE
Au sein de l'Union, les États membres présentent des trajectoires contrastées :
| État membre | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) |
|---|---|---|---|---|
| Italie | 88 | 176 | 35 | 77 |
| Allemagne | 136 | 104 | 75 | 57 |
| France | 102 | 44 | — | — |
| Espagne | 70 | 28 | 31 | 49 |
| Autriche | 13 | 45 | — | — |
| Pologne | — | — | 65 | 118 |
| Roumanie | — | — | 21 | 56 |
L'Italie a doublé ses exportations (+100 %) et plus que doublé ses importations (+118 %), consolidant son rôle de hub de transformation et de réexportation. À l'inverse, la France (−57 %) et l'Espagne (−60 %) ont vu leurs exportations s'effondrer. L'Autriche (+231 %) et la Roumanie (+167 %) émergent comme des acteurs dynamiques, tandis que la Pologne s'impose comme le premier importateur intra-UE de fil de fer.
(Sources : Principaux partenaires d'exportation et d'importation, Principaux États membres)
3. Concentration croissante, chocs d'approvisionnement et fragilité structurelle
Le zincage gagne du terrain sur le fil non revêtu
La décomposition par sous-produit des importations révèle un changement structurel majeur entre 2015 et 2025 :
| Sous-produit | Import. volume 2015 (kt) | Import. volume 2025 (kt) | Évolution |
|---|---|---|---|
| 721710 — Fils non revêtus | 361 | 221 | −38,7 % |
| 721720 — Fils zingués | 204 | 382 | +87,4 % |
| 721730 — Revêtus métaux communs | 82 | 79 | −3,4 % |
| 721790 — Autres fils revêtus | 33 | 24 | −26,6 % |
Les fils zingués (721720) ont presque doublé en volume et sont passés de la deuxième à la première position, détrônant les fils non revêtus (721710) dont les importations ont reculé de 39 %. Ce basculement s'explique par la demande croissante de produits résistants à la corrosion dans la construction et les infrastructures, ainsi que par la capacité des fournisseurs turcs et ukrainiens à produire du fil zingué à prix compétitif. Les prix unitaires des fils zingués importés restent inférieurs à ceux des fils non revêtus (818 €/t contre 943 €/t en 2025), ce qui renforce leur attractivité.
Une concentration des importations en hausse marquée
L'indice de concentration HHI des importations en valeur a progressé de 67,5 %, passant de 1 489 à 2 495 entre 2015 et 2025. Ce niveau dépasse le seuil de 2 500 qui marque conventionnellement un marché « modérément concentré ». Côté exportations, le HHI a augmenté de 31,4 % (de 993 à 1 305), mais reste dans une zone de diversification acceptable.
Cette concentration accrue des importations est le corollaire direct de la montée de quelques fournisseurs dominants — Chine, Turquie et Ukraine — au détriment d'un écosystème plus diversifié. Elle expose l'UE à un risque de dépendance accru envers un nombre réduit de partenaires.
Des chocs d'approvisionnement et de prix documentés
L'analyse des chocs détectés confirme la vulnérabilité du marché :
| Choc | Partenaire | Type | Période | Amplitude | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| Choc d'offre | Biélorussie | Import | 2023 | −100 % | 18,1 % |
| Choc de prix | Suisse | Export | 2021 | +33,6 % | 36,3 % |
| Choc de prix | Brésil | Export | 2022 | +54,0 % | 7,6 % |
Le choc le plus significatif est l'effondrement total des importations en provenance de Biélorussie en 2023 (−100 %), lié aux sanctions de l'UE. Ce pays représentait 18,1 % de la valeur des importations au moment du choc. Cet événement illustre la vulnérabilité liée à la concentration géographique des approvisionnements et a vraisemblablement accéléré la diversification vers la Turquie et l'Ukraine.
La volatilité des flux d'importation est particulièrement élevée pour le Royaume-Uni (CV = 0,60) et la Corée du Sud (CV = 0,54), tandis que les exportations vers la Suisse (CV = 0,14) et les États-Unis (CV = 0,11) sont beaucoup plus stables.
Des signaux mitigés sur la vulnérabilité structurelle
L'UE maintient une propension à l'exportation qui progresse de 10,3 % à 13,9 % (+34,7 %), tandis que l'intensité commerciale s'accroît de 16,6 % à 23,8 % (+43,0 %). Ces indicateurs montrent que l'UE reste un acteur commercial ouvert et compétitif dans ce segment. Toutefois, la spécialisation est inégalement répartie au sein de l'Union : selon les données de spécialisation de 2025, le Luxembourg (RSCA = 0,69), la Slovaquie (0,68), la Tchéquie (0,50) et l'Italie (0,42) se distinguent par un avantage comparatif révélé significatif, tandis que l'Irlande, Malte et la Finlande ne sont pas du tout spécialisés dans ce produit.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen du fil de fer (CN 7217) a subi une triple transformation : un basculement de l'excédent au déficit commercial, un réalignement géographique majeur des partenaires et une fragilisation structurelle de l'approvisionnement.
La contraction des volumes de production et d'exportation européens, combinée à la montée en puissance de fournisseurs comme la Turquie (+212 %) et la Chine (+94 %), a profondément modifié l'équilibre commercial de l'UE. Le choc d'approvisionnement biélorusse de 2023 a mis en lumière les risques liés à la concentration croissante des importations (HHI +68 %). Le remplacement progressif du fil non revêtu par le fil zingué dans les flux d'importation traduit une évolution des besoins industriels vers des produits à plus forte valeur ajoutée fonctionnelle.
Néanmoins, l'UE conserve des atouts : une propension à l'exportation en hausse, une production qui maintient sa valeur malgré la baisse des volumes, et des pôles de spécialisation dynamiques en Italie, en Slovaquie et en Tchéquie. Les enjeux pour la décennie à venir résident dans la capacité de l'industrie européenne à maintenir sa compétitivité face à des fournisseurs tiers de plus en plus compétitifs, tout en diversifiant ses sources d'approvisionnement pour réduire la dépendance envers un nombre limité de partenaires.