Évolution du marché : Fils en fer ou acier (CN 721710) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne (UE) pour le code douanier 721710 — désignant les « Fils en fer ou en aciers non alliés, enroulés, non revêtus, même polis » — sur la période 2015-2025. L'objectif est de décrire et d'interpréter les dynamiques principales observées dans les flux d'importation et d'exportation, en s'appuyant exclusivement sur les données fournies. Le produit, détailé dans le tableau de bord, englobe plusieurs sous-catégories de fils de différents diamètres et teneurs en carbone.
1. L'UE, d'un importateur net à un exportateur net affirmé
Sur la période étudiée, l'UE a consolidé sa position d'exportateur net de fils de fer et acier, malgré une baisse des volumes échangés.
1.1. Une balance commerciale structurellement excédentaire
La balance commerciale de l'UE pour le produit 721710 est restée positive tout au long de la période. Elle est passée d'un excédent de 112,5 millions € en 2015 à 133,1 millions € en 2025 (+18,4 %). Cet excédent a fluctué, atteignant un minimum de 30,7 millions € en 2020 et un maximum de 227,3 millions € en 2022, reflétant l'impact des crises et des cycles de prix. L'indicateur de dépendance nette aux importations confirme cette tendance, passant de -2,8 % en 2015 à -0,9 % en 2025, indiquant que l'UE exporte légèrement plus qu'elle n'importe.
1.2. Des volumes en repli marqué, compensés par la hausse des prix
La baisse des volumes est le trait marquant de la période. Les exportations ont diminué de 14,3 % en volume, passant de 385 193 à 330 243 tonnes. Le recul des importations est encore plus prononcé : -38,7 %, passant de 361 028 à 221 384 tonnes. Cette contraction des volumes a été contrebalancée par une forte appréciation des prix unitaires, à la fois à l'export (+22,4 % pour atteindre 1 036 €/t) et surtout à l'import (+59,5 % pour atteindre 943 €/t). Cette dynamique prix-volume a permis de maintenir, voire d'accroître, la valeur des échanges.
| Indicateur | Valeur 2015 | Valeur 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 325,9 | 342,0 | +4,9 % |
| Exportations (volume, kt) | 385,2 | 330,2 | -14,3 % |
| Importations (valeur, M€) | 213,4 | 208,8 | -2,2 % |
| Importations (volume, kt) | 361,0 | 221,4 | -38,7 % |
| Balance commerciale (M€) | 112,5 | 133,1 | +18,4 % |
2. Une recomposition géographique radicale, marquée par le choc géopolitique
Les partenaires commerciaux clés de l'UE ont connu des fortunes très divergentes, avec un basculement lié à la guerre en Ukraine.
2.1. À l'import : la percée de l'Ukraine et la relative stagnation de la Biélorussie
En 2015, les trois principaux fournisseurs extra-UE étaient la Biélorussie (61,1 M€), la Chine (28,5 M€) et la Russie (28,3 M€). En 2025, le classement est bouleversé : l'Ukraine est devenue le premier partenaire (67,8 M€, soit +329,6 %), talonnée par la Biélorussie (48,3 M€, -20,9 %) et la Chine (39,2 M€, +37,5 %). La Russie conserve une place importante (34,1 M€). Cette montée en puissance de l'Ukraine, déjà visible avant 2022, s'est accentuée ensuite, probablement pour des raisons de réacheminement des flux et de soutien politique. La Turquie a également fortement augmenté ses parts (+115,1 %). L'évolution des principaux partenaires d'importation illustre clairement ce rééquilibrage.
2.2. À l'export : la Suisse, pilier stable, et le déclin du Royaume-Uni
La Suisse demeure de loin la première destination des exportations UE, avec une part stable (149,0 M€ en 2025, +41,8 % depuis 2015). Le Brésil est devenu le deuxième client (49,9 M€, +35,8 %). Le cas du Royaume-Uni est frappant : il est passé de deuxième client (41,4 M€) à une position marginale (18,5 M€, -55,3 %), illustrant l'impact du Brexit sur les flux commerciaux. La Serbie et les États-Unis ont vu leur importance augmenter. L'analyse des partenaires d'exportation révèle cette réorientation des débouchés.
2.3. Une concentration des flux qui s'accroît
L'indice de concentration (HHI) indique une plus grande polarisation des échanges sur certains partenaires. Pour les exportations, le HHI a augmenté de 50,6 %, passant de 1 508 à 2 270, signe d'une dépendance renforcée envers des marchés comme la Suisse et le Brésil. Pour les importations, la concentration a aussi progressé (+22,5 %). Ce phénomène peut accroître la vulnérabilité de l'UE face aux chocs sur ces marchés spécifiques.
3. Des dynamiques internes hétérogènes : spécialisation, chocs et vulnérabilités
Au sein de l'UE, la production et les échanges présentent des profils de spécialisation très différents, et le marché a subi des chocs de prix importants.
3.1. Une spécialisation productive concentrée dans certains États membres
Les indices d'avantage comparatif révélé (RSCA) pour 2025 montrent que l'UE n'est pas homogène. L'Italie (RSCA = 0,55) et le Portugal (0,50) se distinguent comme les États membres les plus spécialisés dans la production et l'exportation de ce fil. À l'inverse, l'Irlande, la Finlande ou le Danemark ne sont pas spécialisés. Cette spécialisation géographique oriente les flux intra-UE et extra-UE.
3.2. Des chocs de prix ciblés et des pics de volatilité
L'analyse de volatilité et des chocs identifiés révèle des épisodes marquants. Trois chocs de prix majeurs à l'exportation ont été détectés en 2021 et 2022 : vers le Maroc (2021, +50,4 %), les États-Unis (2022, +51,3 %) et surtout le Brésil (2022, +55,2 % avec un score d'anomalie élevé de 20,5). Ces hausses brutales coïncident avec la période de tensions inflationnistes mondiales post-COVID et du début de la guerre en Ukraine, qui ont perturbé les chaînes d'approvisionnement et les coûts de l'énergie. Par ailleurs, les flux avec le Royaume-Uni et la Corée du Sud se sont révélés les plus volatils (coefficients de variation supérieurs à 0,5).
3.3. La production intra-UE en repli, malgré une valeur en hausse
La production totale de l'UE (telle qu'indiquée dans les données PRODCOM) a baissé de 19,6 % en volume sur la période, passant de 5,6 milliards de kg à 4,5 milliards de kg. En revanche, sa valeur a augmenté de 47,9 %, passant de 3,2 à 4,8 milliards d'euros. Cette divergence illustre parfaitement la hausse généralisée des prix du fil d'acier, qui a permis à la valeur de la production de croître malgré un recul des quantités produites.
Conclusion
Entre 2015 et 2025, le marché européen du fil de fer et acier (CN 721710) a connu une transformation profonde. L'UE a renforcé sa position d'exportateur net, principalement grâce à des prix plus élevés compensant un recul des volumes échangés. La période a été marquée par un redécoupage géographique significatif, avec l'ascension de l'Ukraine comme fournisseur clé et le recul du Royaume-Uni comme débouché, illustrant l'impact des chocs géopolitiques. En interne, la production a diminué en volume mais a gagné en valeur, tandis que la spécialisation reste concentrée dans quelques pays. La volatilité des prix, notamment les chocs observés en 2021-2022, et l'accroissement de la concentration des échanges sur quelques partenaires constituent des facteurs de vulnérabilité à surveiller pour l'industrie sidérurgique européenne.