Évolution du marché : Emballages en papier et carton (CN 4819) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 4819 couvre une large gamme d'emballages en papier et carton — boîtes ondulées, cartonnages pliants, sacs, pochettes, emballages divers et cartonnages rigides de bureau ou de magasin. Ce secteur, intimement lié à la logistique, au commerce de détail et à l'e-commerce, constitue un indicateur pertinent de l'activité économique européenne. Le présent rapport examine les échanges de l'Union européenne avec les pays tiers sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données de vue d'ensemble du commerce.
Sur cette période, l'UE a conservé sa position d'exportateur net, mais l'écart se réduit. La valeur des échanges a connu une croissance bien plus marquée que les volumes physiques, témoignant d'une hausse structurelle des prix. Parallèlement, la géographie commerciale s'est profondément réorganisée, avec la montée en puissance de fournisseurs asiatiques et balkaniques et l'effondrement des échanges avec la Russie.
1. Une inflation des prix qui dépasse la croissance des volumes : le commerce européen s'alourdit en valeur
Les exportations progressent en valeur mais reculent en volume
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE (hors intra-UE) est passée de 2 196 M€ à 2 879 M€, soit une hausse de +31,1 %. Sur la même période, le volume exporté a diminué de 4,5 %, passant de 1 128 kt à 1 077 kt. L'écart entre ces deux trajectoires s'explique par la hausse du prix moyen à l'exportation, qui est passé de 1 947 €/t à 2 673 €/t (+37,3 %). Les exportateurs européens vendent donc moins de matière, mais à un prix unitaire nettement supérieur, ce qui peut refléter une montée en gamme des produits, une inflation des coûts de production (pâte à papier, énergie) ou les deux à la fois.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations | 2 196 M€ | 2 879 M€ | +31,1 % |
| Volume exportations | 1 128 kt | 1 077 kt | −4,5 % |
| Prix moyen export. | 1 947 €/t | 2 673 €/t | +37,3 % |
Les importations connaissent une croissance encore plus vigoureuse
Les importations en provenance des pays tiers ont connu une expansion plus dynamique : la valeur est passée de 1 392 M€ à 2 247 M€ (+61,5 %) et le volume de 571 kt à 790 kt (+38,3 %). Le prix moyen à l'importation a augmenté de 2 438 €/t à 2 846 €/t (+16,8 %). On note que le prix à l'importation est historiquement supérieur au prix à l'exportation (2 846 contre 2 673 €/t en 2025), ce qui peut s'expliquer par la structure des produits importés — notamment des emballages à plus forte valeur ajoutée unitaire comme les pochettes (481940) ou les emballages divers (481950).
L'excédent commercial se réduit progressivement
L'UE demeure exportatrice nette sur l'ensemble de la période, avec un solde toujours positif. Toutefois, celui-ci est passé de +804 M€ en 2015 à +632 M€ en 2025 (−21,4 %), avec un minimum à +549 M€ en 2020, année marquée par la pandémie de COVID-19. L'indicateur de dépendance nette aux importations, qui oscille entre −2,5 % et −1,0 %, confirme que l'UE reste structurellement excédentaire, mais que l'écart se referme. La propension à exporter (4,4 % → 5,9 %) et surtout l'intensité commerciale (6,4 % → 10,0 %) augmentent nettement, signe que les échanges avec le monde extra-européen prennent une part croissante de la production.
2. Une réorganisation géographique profonde : montée des fournisseurs asiatiques et balkaniques, effondrement russe
La Chine s'impose comme premier fournisseur de l'UE
L'analyse des principaux partenaires révèle un basculement majeur. La Chine est passée de 525 M€ d'importations en 2015 à 1 038 M€ en 2025 (+97,5 %), soit près de la moitié des importations totales de l'UE. Ce quasi-doublement traduit la dynamique de l'e-commerce et la capacité de l'industrie chinoise à fournir des emballages en papier et carton à bas coût, tout en montant en qualité.
| Partenaire (imports) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 525 M€ | 1 038 M€ | +97,5 % |
| Royaume-Uni | 318 M€ | 295 M€ | −7,3 % |
| Turquie | 100 M€ | 317 M€ | +217,8 % |
| Suisse | 188 M€ | 138 M€ | −26,5 % |
| Serbie | 26 M€ | 104 M€ | +304,7 % |
| Inde | 8 M€ | 37 M€ | +380,3 % |
La Turquie, la Serbie et l'Inde émergent comme sources alternatives
Trois pays ont connu une progression spectaculaire : la Turquie (+217,8 %, de 100 à 317 M€), la Serbie (+304,7 %, de 26 à 104 M€) et l'Inde (+380,3 %, de 8 à 37 M€). La Turquie, en tant que voisin immédiat de l'UE et bénéficiaire d'une union douanière, joue un rôle croissant de plateforme de production. La Serbie, qui bénéficie d'un accord de stabilisation et d'association avec l'UE, a renforcé son intégration dans les chaînes d'approvisionnement européennes. L'Inde reste un fournisseur de taille modeste mais à très forte dynamique de croissance.
Les exportations vers la Russie s'effondrent sous l'effet des sanctions
Le cas le plus marquant côté exportations est l'effondrement des ventes vers la Russie : de 126 M€ en 2015 à seulement 14 M€ en 2025 (−88,8 %). Ce déclin massif, qui s'est accéléré après 2021, est directement lié aux sanctions économiques imposées à la suite du conflit russo-ukrainien. Le coefficient de variation des échanges avec la Russie (0,86 pour les exportations) confirme cette instabilité extrême.
| Partenaire (exports) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 621 M€ | 656 M€ | +5,7 % |
| Suisse | 431 M€ | 626 M€ | +45,1 % |
| Norvège | 130 M€ | 142 M€ | +9,4 % |
| États-Unis | 105 M€ | 237 M€ | +126,4 % |
| Russie | 126 M€ | 14 M€ | −88,8 % |
| Maroc | 32 M€ | 74 M€ | +131,2 % |
| Serbie | 40 M€ | 96 M€ | +142,0 % |
Le Royaume-Uni demeure le premier débouché, mais les marchés lointains progressent
Le Royaume-Uni reste de loin le premier partenaire à l'exportation (656 M€ en 2025), suivi par la Suisse (626 M€). Cependant, les marchés les plus dynamiques sont les États-Unis (+126,4 %), le Maroc (+131,2 %) et la Serbie (+142,0 %). Cette géographie diversifiée se traduit par une légère baisse de la concentration des exportations (HHI de 1 312 à 1 154, −12,1 %). À l'inverse, la concentration des importations augmente (HHI de 2 215 à 2 596, +17,2 %), traduisant le poids croissant de la Chine.
3. Des segments inégalement dynamiques : le carton ondulé et les emballages divers à la traîne des volumes
Les boîtes en carton ondulé (481910) : volume stable, valeur en forte hausse
Le segment des boîtes et caisses en carton ondulé reste le premier poste à l'exportation (775 M€ en 2025) et le deuxième à l'importation. Les volumes exportés sont restés relativement stables (433 kt à 422 kt), tandis que les importations ont presque doublé (170 kt à 307 kt). Le prix à l'exportation de ce segment a progressé de 1 332 à 1 838 €/t (+38 %), ce qui reflète la hausse du coût de la matière première (pâte à papier, carton) et de l'énergie. Ce segment demeure le cœur de l'industrie européenne de l'emballage, porté par la logistique et l'e-commerce.
| Segment (imports) | Volume 2015 | Volume 2025 | Valeur 2015 | Valeur 2025 |
|---|---|---|---|---|
| 481910 — Carton ondulé | 170 kt | 307 kt (+80 %) | 296 M€ | 577 M€ |
| 481920 — Cartonnages pliants | 204 kt | 161 kt (−21 %) | 484 M€ | 628 M€ |
| 481940 — Sacs, pochettes, cornets | 115 kt | 223 kt (+93 %) | 371 M€ | 672 M€ |
| 481950 — Emballages divers | 43 kt | 49 kt | 154 M€ | 232 M€ |
| 481930 — Sacs largeur ≥ 40 cm | 23 kt | 31 kt | 34 M€ | 71 M€ |
| 481960 — Cartonnages de bureau | 16 kt | 19 kt | 52 M€ | 68 M€ |
Les sacs et pochettes (481940) : un segment importé en pleine expansion
Le segment des sacs, sachets et pochettes (481940) a connu une croissance remarquable à l'importation : le volume a presque doublé (115 kt à 223 kt, +93 %) et la valeur a presque doublé également (371 M€ à 672 M€). Ce segment est devenu le premier poste d'importation en valeur en 2025, devant le carton ondulé et les cartonnages pliants. Le prix moyen à l'importation reste élevé (3 014 €/t en 2025), ce qui suggère des produits à valeur ajoutée — pochettes pour l'alimentation, emballages cosmétiques, etc. La Chine est probablement un contributeur majeur de cette hausse.
Les cartonnages pliants (481920) : un volume d'exportation en repli
Le segment des cartonnages pliants non ondulés (481920) reste le premier poste d'exportation en valeur (1 067 M€ en 2025), mais le volume exporté a reculé de 436 kt à 355 kt (−19 %). Le prix à l'exportation a progressé de 2 228 à 3 005 €/t (+35 %), ce qui maintient la valeur en hausse malgré le recul des volumes. Du côté des importations, le volume a fluctué fortement au cours de la période, avec un pic à 435 kt en 2019 suivi d'une correction à 161 kt en 2025, ce qui peut refléter des ajustements de stocks ou des reclassifications.
La production européenne progresse plus vite que le commerce
D'après les données de production, la production européenne a progressé de 40 % en volume (de 29,2 Mt à 40,9 Mt) et de 57 % en valeur (de 31,8 Mds€ à 49,8 Mds€) sur la période. L'essentiel de la demande est donc satisfaite par la production intra-européenne. La spécialisation de certains États membres est notable : la Croatie (RSCA de 0,43) et la Pologne (RSCA de 0,38) affichent un avantage comparatif révélé significatif, tandis que des pays comme Malte (RSCA de −0,89) ou le Luxembourg (RSCA de −0,85) sont structurellement importateurs.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des emballages en papier et carton (CN 4819) a connu une transformation profonde à plusieurs niveaux. Premièrement, l'inflation des prix — tant à l'importation qu'à l'exportation — a fait croître la valeur des échanges bien plus rapidement que les volumes, reflétant la hausse des coûts des matières premières et de l'énergie. Deuxièmement, la géographie commerciale s'est réorganisée autour de la Chine, devenue fournisseur quasi dominant, et de partenaires émergents (Turquie, Serbie, Inde), tandis que les sanctions ont pratiquement interrompu les exportations vers la Russie. Troisièmement, les segments les plus dynamiques sont les sacs et pochettes (481940) et le carton ondulé (481910) à l'importation, tandis que le cartonnage pliant (481920) voit ses volumes d'exportation se contracter.
L'Union européenne demeure un exportateur net, mais le rétrécissement du solde positif (+804 M€ → +632 M€) et la montée de la concentration des importations (HHI en hausse de 17 %) soulèvent des questions d'autonomie stratégique. La production européenne continue de croître, mais la dépendance croissante vis-à-vis de fournisseurs tiers, notamment asiatiques, appelle une vigilance particulière dans un contexte de tensions commerciales mondiales et de transition environnementale.