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Évolution du marché : Boîtes en carton ondulé (CN 481910) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 481910 couvre les boîtes et caisses en papier ou en carton ondulé, un segment central de l'industrie de l'emballage et un indicateur sensible de l'activité économique réelle, tant dans la grande consommation que dans les flux logistiques industriels. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne avec le reste du monde dans ce produit a connu des mutations profondes. La valeur totale des exportations a progressé de 34,5 % (de 576 M€ à 775 M€), tandis que celle des importations a presque doublé (+95,1 %, passant de 296 M€ à 577 M€). Pourtant, les volumes échangés n'ont pas connu la même dynamique : les exportations en tonnes ont légèrement reculé (−2,5 %), tandis que les importations ont bondi de 80,0 %.

Ce rapport propose une lecture structurée de ces évolutions, en s'appuyant sur les données du Trade Dashboard. Trois dynamiques majeures se dégagent : une inflation des prix qui a masqué une stagnation des volumes, une réorientation géographique spectaculaire des flux, et une série de chocs en 2022 qui ont mis en évidence la vulnérabilité — mais aussi la résilience — du secteur européen.


1. L'inflation des prix, moteur principal de la croissance apparente du commerce

La première observation fondamentale est le décalage marqué entre l'évolution des valeurs commerciales et celle des volumes échangés. Si la valeur des exportations a progressé de 34,5 % sur la décennie, cette croissance s'explique quasi intégralement par la hausse des prix unitaires (+38,0 %), les volumes ayant au contraire légèrement diminué (−2,5 %). Du côté des importations, la hausse des prix est plus modérée (+8,4 %) mais la croissance des volumes est considérable (+80,0 %), ce qui traduit un afflux réel de marchandises sur le marché européen.

1.1 Des prix à l'exportation en forte hausse, reflet des tensions sur les coûts

Les prix unitaires à l'exportation de l'UE sont passés de 1 332 €/t en 2015 à 1 838 €/t en 2025, soit une progression de 38,0 %. Le pic a été atteint à 2 012 €/t, très probablement en 2022, année marquée par la crise énergétique européenne et l'inflation généralisée des coûts de production (pâte à papier, énergie, transport). Cette inflation des prix à l'exportation traduit à la fois une transmission des surcoûts de production aux clients étrangers et un positionnement vers des produits à plus forte valeur ajoutée.

Indicateur 2015 2025 Min Max Variation
Prix export (€/t) 1 332 1 838 1 275 2 012 +38,0 %
Prix import (€/t) 1 735 1 881 1 514 2 506 +8,4 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

1.2 Les importations en volume en forte progression : une demande structurelle en hausse

Le volume des importations de l'UE est passé de 170 434 t à 306 786 t (+80,0 %), avec un maximum historique atteint en 2025. Ce mouvement s'explique par plusieurs facteurs : la croissance du e-commerce et de la logistique colis, le besoin croissant d'emballages dans l'agroalimentaire, et l'arrivée de fournisseurs tiers (Chine, Turquie) proposant des prix compétitifs. Le volume des exportations, en revanche, est resté globalement stable autour de 420 000–540 000 t, avec un creux probable en 2020 (410 430 t), vraisemblablement lié au ralentissement lié à la pandémie de COVID-19.

Indicateur 2015 2025 Min Max Variation
Volume export (t) 432 543 421 755 410 429 542 819 −2,5 %
Volume import (t) 170 434 306 786 170 434 306 786 +80,0 %

1.3 Un excédent commercial qui se réduit sensiblement

L'Union européenne demeure exportatrice nette de carton ondulé, mais l'excédent commercial s'est fortement érodé : il est passé de 280 M€ en 2015 à 198 M€ en 2025 (−29,3 %), le niveau le plus bas de la période observée. Le maximum de l'excédent a été atteint à 329 M€. Cette contraction s'explique par la croissance bien plus rapide des importations (+95,1 % en valeur) que des exportations (+34,5 %).


2. Une réorientation géographique profonde des flux commerciaux

La deuxième grande dynamique de la période est la restructuration des partenaires commerciaux de l'UE, aussi bien à l'import qu'à l'export. Certains partenaires traditionnels ont vu leur position se consolider, tandis que de nouveaux acteurs ont émergé de manière spectaculaire — et qu'un partenaire majeur a quasi-disparu des échanges.

2.1 La montée en puissance de la Chine et de la Turquie à l'importation

Les importations en provenance de Chine ont bondi de 53 M€ à 168 M€ (+219,1 %), faisant de la Chine le premier fournisseur de l'UE en valeur sur la dernière année de la période. La Turquie a connu une progression tout aussi remarquable : de 31 M€ à 110 M€ (+259,2 %), avec un pic à 128 M€. Ces deux pays se sont imposés comme des sources majeures d'approvisionnement, probablement en raison de leur compétitivité-coût et de la montée en capacité de leur industrie de l'emballage.

Partenaire (importations) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Chine 53 168 +219,1 %
Turquie 31 110 +259,2 %
Royaume-Uni 94 135 +44,3 %
Suisse 67 66 −1,3 %
Norvège 6 12 +117,0 %
Égypte 3 11 +335,0 %
Russie 4 ≈ 0 −100,0 %

Source : Principaux partenaires par valeur

2.2 L'effondrement des importations en provenance de Russie

Les importations depuis la Russie sont passées de 4,4 M€ à moins de 50 000 € (−100,0 %), avec un pic intermédiaire à 13,1 M€ avant la chute. Cet effondrement coïncide avec les sanctions économiques imposées à la Russie à la suite de l'invasion de l'Ukraine en février 2022. La volatilité extrême de ce flux (coefficient de variation de 0,70) illustre la brutalité de cette rupture commerciale.

2.3 Une diversification des débouchés à l'exportation vers l'Afrique du Nord et les Balkans

Les exportations de l'UE vers le Maghreb et les Balkans ont connu une croissance vigoureuse :

Partenaire (exportations) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Suisse 149 206 +37,6 %
Royaume-Uni 159 149 −6,1 %
Norvège 38 55 +42,6 %
Maroc 11 25 +130,5 %
Tunisie 12 26 +116,7 %
Serbie 11 21 +84,1 %
Égypte 12 11 −6,7 %

Source : Principaux partenaires par valeur

La Suisse demeure le premier débouché de l'UE, tandis que le Royaume-Uni — historiquement le premier — a légèrement reculé (−6,1 %), probablement sous l'effet des frictions commerciales post-Brexit. Le Maroc (+130,5 %), la Tunisie (+116,7 %) et la Serbie (+84,1 %) confirment la dynamique de nearshoring et de délocalisation de capacités de production vers des pays à proximité de l'UE.

2.4 Une concentration des importations stable malgré les bouleversements, et des exportations en voie de diversification

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations est passé de 1 992 à 1 936 (−2,8 %), demeurant dans la zone de concentration modérée. Les exportations, en revanche, se sont nettement diversifiées : le HHI est passé de 1 526 à 1 263 (−17,3 %), signe que les entreprises européennes ont élargi leur portefeuille de marchés à l'export.

Indicateur HHI 2015 2025 Variation
Importations 1 992 1 936 −2,8 %
Exportations 1 526 1 263 −17,3 %

Source : Concentration (HHI)

2.5 L'Allemagne domine, l'Espagne progresse, la France recule

Au sein de l'UE, les dynamiques nationales divergent fortement. L'Allemagne est à la fois le premier exportateur (171 M€, +53,2 %) et un importateur majeur (89 M€, +49,0 %). L'Espagne a doublé ses exportations (+111,9 %), tandis que la France a vu les siennes reculer de 28,3 % (de 60 M€ à 43 M€). L'Ireland est devenue le premier importateur intra-UE (134 M€, +94,8 %), suivie de l'Allemagne et des Pays-Bas (+193,0 %).

Source : Principaux déclarants par valeur


3. Chocs de 2022, production en hausse et résilience relative de l'UE

L'année 2022 apparaît comme un tournant dans la série, avec des chocs de prix violents qui ont affecté plusieurs flux commerciaux majeurs. Néanmoins, la trajectoire de l'industrie européenne du carton ondulé reste celle d'un secteur en expansion structurelle, porté par une production en forte hausse.

3.1 L'année 2022 : des chocs de prix d'une ampleur exceptionnelle

Trois événements de choc majeurs ont été détectés en 2022 :

Partenaire Flux Type de choc Amplitude du choc Anomalie
Turquie Importations Prix +54,5 % 19,8
Liechtenstein Exportations Prix +32,2 % 32,9
Égypte Exportations Prix +52,1 % 12,8

Source : Chocs d'approvisionnement

Le choc sur les importations turques (+54,5 %), qui représentaient 20,9 % de la valeur des importations cette année-là, illustre la transmission de la crise énergétique mondiale et de l'inflation des matières premières. Les prix unitaires à l'importation ont atteint un maximum de 2 506 €/t, soit 44 % au-dessus du niveau de 2015. Les chocs sur les exportations vers le Liechtenstein et l'Égypte, bien que de part plus limitée, témoignent de la propagation des tensions inflationnistes à l'ensemble des flux commerciaux du secteur.

3.2 Des coefficients de volatilité qui révèlent des vulnérabilités ciblées

La volatilité des flux commerciaux varie considérablement selon les partenaires. À l'importation, la Russie (CV = 0,70) et la Bosnie-Herzégovine (CV = 0,83) présentent les niveaux de volatilité les plus élevés, tandis que la Suisse (CV = 0,16) et les États-Unis (CV = 0,16) offrent les flux les plus stables. À l'exportation, la Suisse se distingue par une stabilité remarquable (CV = 0,07), tandis que le Brésil (CV = 0,37) et la Moldavie (CV = 0,40) sont les partenaires les plus volatils.

Source : Volatilité

3.3 Une production européenne en forte expansion

La production de l'UE en carton ondulé a progressé de manière spectaculaire sur la période. En volume, elle est passée de 20,2 milliards de kg à 26,0 milliards de kg (+28,8 %), avec un pic à 26,3 milliards. En valeur, la progression est encore plus marquée : de 15,7 milliards d'euros à 30,0 milliards d'euros (+90,9 %), avec un maximum à 36,0 milliards. L'écart entre la croissance des volumes (+28,8 %) et celle des valeurs (+90,9 %) confirme le rôle central de l'inflation des prix dans l'évolution du secteur.

Indicateur 2015 2025 Min Max Variation
Production volume (Mrd kg) 20,2 26,0 16,7 26,3 +28,8 %
Production valeur (Mrd €) 15,7 30,0 15,4 36,0 +90,9 %

Source : Volumes de production

3.4 Une spécialisation géographique persistante au sein de l'UE

Les indices de spécialisation (RCA et RSCA) pour 2025 révèlent une géographie industrielle structurante. La Pologne (RCA = 2,42) et l'Autriche (RCA = 2,28) sont les États membres les plus spécialisés dans la production de carton ondulé, tandis que Chypre (RCA = 0,03), l'Irlande (RCA = 0,06) et le Luxembourg (RCA = 0,07) en sont les moins spécialisés. L'Irlande, bien que première importatrice au sein de l'UE, a une spécialisation quasi nulle, ce qui indique qu'elle est essentiellement un marché de consommation et de réexportation.

Source : Déclarants les plus spécialisés

3.5 L'UE demeure exportatrice nette, mais l'autonomie relative se maintient par la croissance de la production

La dépendance nette aux importations (calculée comme (importations − exportations) / production) est restée négative sur l'ensemble de la période, confirmant le statut d'exportatrice nette de l'UE. Elle est passée de −0,58 % à −0,75 % (−28,6 %), indiquant un léger renforcement relatif de la position exportatrice malgré l'érosion de l'excédent en valeur absolue. Ce paradoxe s'explique par la croissance très forte de la production (+90,9 % en valeur), qui a plus que compensé l'augmentation des importations. L'intensité commerciale du secteur (part du commerce extérieur dans la production) a progressé de 3,3 % à 4,3 % (+32,3 %), et la propension à l'exporter de 2,0 % à 2,6 % (+32,2 %), signe d'une internationalisation croissante du secteur.

Indicateur d'autonomie 2015 2025 Variation
Dépendance nette aux importations (%) −0,58 −0,75 −28,6 %
Intensité commerciale (%) 3,29 4,35 +32,3 %
Propension à l'exportation (%) 1,96 2,59 +32,2 %

Source : Dépendance nette aux importations · Intensité commerciale · Propension à l'exportation


Conclusion

Le marché européen du carton ondulé (NC 481910) a traversé une décennie de transformations profondes entre 2015 et 2025. La trajectoire dominante est celle d'une croissance tirée par les prix plutôt que par les volumes : la valeur des échanges a fortement progressé, portée par l'inflation des coûts de production (énergie, matières premières), tandis que les volumes échangés sont restés relativement stables à l'exportation et ont fortement augmenté à l'importation.

Sur le plan géographique, la période a été marquée par une montée en puissance de la Chine et de la Turquie comme fournisseurs de l'UE, par l'effondrement des échanges avec la Russie à la suite des sanctions de 2022, et par une diversification des marchés d'exportation vers l'Afrique du Nord et les Balkans. Le Royaume-Uni, ancien premier partenaire à l'export, a légèrement perdu du terrain, probablement sous l'effet du Brexit.

L'année 2022 constitue un point d'inflexion majeur, avec des chocs de prix d'une ampleur exceptionnelle sur plusieurs flux. Néanmoins, la forte croissance de la production européenne (+28,8 % en volume, +90,9 % en valeur) a permis de préserver le statut d'exportatrice nette de l'UE et de contenir la vulnérabilité du secteur. L'excédent commercial s'est certes réduit (−29,3 % en valeur), mais la dépendance nette aux importations s'est même légèrement améliorée en termes relatifs, grâce à l'expansion de la base productive.

À l'horizon, la poursuite de la tendance à l'internationalisation (intensité commerciale et propension à l'exporter en hausse de plus de 30 %), combinée à la diversification géographique des partenaires commerciaux, dessine un secteur européen de plus en plus inséré dans les chaînes de valeur mondiales — mais aussi plus exposé aux chocs externes, comme l'a révélé l'expérience de 2022.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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