Évolution du marché : Sacs en papier (CN 481940) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec les pays tiers pour le code douanier 481940 — qui couvre les sacs, sachets, pochettes et cornets en papier, carton, ouate de cellulose ou nappes de fibres de cellulose (à l'exclusion des pochettes pour disques et des sacs d'une largeur à la base ≥ 40 cm). La période étudiée s'étend de 2015 à 2025 et permet d'observer des tendances de fond majeures : un basculement progressif de l'UE vers une position d'importateur net, une forte croissance des importations en provenance de fournisseurs émergents, et une instabilité des prix alimentée par des chocs d'approvisionnement. L'analyse s'appuie exclusivement sur les données de la vue d'ensemble du commerce.
1. Un déficit commercial structurel en expansion rapide
Un basculement de l'excédent vers le déficit
Entre 2015 et 2025, la balance commerciale de l'UE pour les sacs en papier s'est nettement détériorée. Le solde est passé de −27 millions EUR (2015) à −155 millions EUR (2025), soit une dégradation de −473,5 %. Ce chiffre masque d'ailleurs un creux encore plus profond à mi-période, le déficit ayant atteint un maximum de −239 millions EUR avant de se résorber partiellement. L'UE, qui était à peine déficitaire au début de la période, s'est ainsi structurellement installée dans une position d'importateur net, avec un taux de dépendance aux importations passant de −6,7 % à +5,3 %.
Des importations qui croissent bien plus vite que les exportations
L'asymétrie fondamentale réside dans les dynamiques divergentes des flux entrants et sortants :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Importations — valeur (M EUR) | 371 | 672 | +80,8 % |
| Importations — volume (kt) | 115 | 223 | +93,3 % |
| Importations — prix moyen (EUR/t) | 3 222 | 3 014 | −6,5 % |
| Exportations — valeur (M EUR) | 344 | 516 | +50,0 % |
| Exportations — volume (kt) | 131 | 146 | +11,5 % |
| Exportations — prix moyen (EUR/t) | 2 627 | 3 532 | +34,5 % |
Les importations ont quasiment doublé en volume (+93,3 %), tandis que les exportations n'ont progressé que de 11,5 % en poids. Les exportations ont compensé partiellement par une hausse significative de leurs prix (+34,5 %), mais cette dynamique tarifaire ne suffit pas à absorber l'écart. Les importations, quant à elles, ont même vu leur prix moyen reculer légèrement (−6,5 %), ce qui suggère un avantage compétitif persistant des fournisseurs extérieurs.
Une production intérieure en hausse mais insuffisante
La production européenne de sacs en papier (au sens PRODCOM 17.21.12.50) a connu une croissance notable : +64,1 % en volume (de 643 kt à 1 056 kt) et +79,3 % en valeur (de 1,43 Mds EUR à 2,56 Mds EUR). Cette progression témoigne d'une demande intérieure robuste, probablement tirée par les politiques de réduction des plastiques à usage unique. Toutefois, cette montée en capacité n'a pas suffi à endiguer la progression des importations, ce qui indique que la demande a globalement crû plus vite que la capacité de production domestique.
2. L'Asie du Sud-Est et le voisinage européen au cœur de la recomposition des approvisionnements
La Chine, pilier central mais sous pression concurrentielle
La Chine demeure de loin le premier fournisseur de l'UE, avec des importations passant de 218 M EUR à 375 M EUR (+72,4 %) sur la période. La part de la Chine dans les importations totales reste considérable (environ 56 % en valeur). Cependant, l'indice de concentration des importations (HHI) a légèrement reculé de 3 684 à 3 459 (−6,1 %), signalant une diversification progressive des sources.
L'émergence spectaculaire de la Turquie et des Balkans
La dynamique la plus marquante de la période concerne la montée en puissance de fournisseurs proches de l'UE, en particulier :
| Fournisseur | Import. 2015 (M EUR) | Import. 2025 (M EUR) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Turquie | 21,4 | 92,8 | +332,8 % |
| Serbie | 8,1 | 48,3 | +493,2 % |
| Tunisie | 2,8 | 17,0 | +513,5 % |
| Albanie | 33,0 | 36,4 | +10,4 % |
La Turquie et la Serbie ont multiplié respectivement par 4 et par 6 leurs ventes à l'UE. La Tunisie, depuis un niveau plus modeste, a connu une progression comparable. Ces dynamiques s'expliquent vraisemblablement par des facteurs de proximité géographique, des coûts de main-d'œuvre compétitifs, des accords commerciaux préférentiels (statut de candidat pour la Serbie, union douanière partielle pour la Turquie) et une recherche européenne de diversification des approvisionnements.
Un Royaume-Uni stable mais en relative perte de vitesse
Le Royaume-Uni reste le premier client de l'UE (121 M EUR en 2025, +31,2 %) et un fournisseur stable (39 M EUR). Cependant, les importations en provenance du Royaume-Uni sont restées quasiment stagnantes (−0,1 %), tandis que la Suisse et les États-Unis ont renforcé leur position en tant que marchés de destination. La forte croissance des exportations vers les États-Unis (+211,5 %, passant de 28 M EUR à 88 M EUR) constitue l'une des trajectoires les plus remarquables.
La Russie, un marché d'exportation en effondrement
À l'inverse, les exportations vers la Russie se sont effondrées de 28 M EUR à 6 M EUR (−79,7 %), un effondrement qui s'accélère depuis 2022. Le coefficient de variation de ce flux (0,60) confirme une instabilité élevée, cohérente avec les sanctions économiques et les réorientations commerciales consécutives au conflit russo-ukrainien.
3. Volatilité des prix, chocs d'approvisionnement et enjeux de résilience
Des chocs de prix concentrés autour de 2021–2022
L'analyse des chocs détectés révèle trois épisodes significatifs :
| Choc | Type | Flux | Période | Anomalie | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| Chine | Prix | Importations | 2021 | 26,3 | 61,8 % |
| Turquie | Prix | Importations | 2022 | 26,4 | 12,1 % |
| Soudan | Prix | Exportations | 2022 | 61,2 | 0,9 % |
Le choc chinois de 2021, de loin le plus significatif en termes d'impact (il affecte plus de 60 % de la valeur des importations), correspond à la période post-COVID où les prix des matières premières et des coûts de transport ont fortement augmenté. Le choc turc de 2022, bien que plus modeste en amplitude, s'inscrit dans un contexte d'inflation généralisée et de dépréciation de la livre turque, qui a paradoxalement pu renforcer la compétitivité-prix des exportateurs turcs tout en provoquant des tensions sur les prix déclarés.
Une volatilité structurellement plus élevée sur les flux d'importation
L'examen des coefficients de variation par partenaire révèle que les flux d'importation sont globalement plus volatils que les flux d'exportation :
- Partenaires d'importation les plus volatils : Ukraine (CV = 0,84), Maroc (0,79), Viêt Nam (0,69), Turquie (0,55), Serbie (0,51).
- Partenaires d'exportation les plus stables : Royaume-Uni (CV = 0,07), Suisse (0,06), Norvège (0,11).
Les exportations de l'UE bénéficient d'une clientèle plus stable et géographiquement proche, tandis que les importations dépendent de chaînes d'approvisionnement plus longues et plus exposées aux aléas géopolitiques et économiques. La volatilité extrême observée pour l'Ukraine et le Maroc illustre la fragilité de certains approvisionnements alternatifs.
Un renforcement de l'ouverture commerciale avec des risques accrus
Le taux d'intensité commerciale a quasiment doublé, passant de 18,8 % à 36,7 % (+95,1 %), tandis que le taux de propension à l'exportation est passé de 13,2 % à 20,3 % (+54,0 %). Cette internationalisation croissante du secteur reflète à la fois l'intégration de l'UE dans les chaînes de valeur mondiales du papier-emballage et la demande soutenue liée aux politiques environnementales. Cependant, elle signifie aussi une exposition accrue aux chocs externes, comme en témoignent les épisodes de 2021–2022.
Du côté de la spécialisation des États membres, on observe que la Croatie (RSCA = 0,81), le Portugal (0,53) et la Pologne (0,35) figurent parmi les membres les plus spécialisés dans la production de sacs en papier, tandis que des pays comme Malte, l'Irlande ou le Luxembourg présentent un déficit structurel de spécialisation. L'Allemagne reste de loin le premier exportateur (128 M EUR en 2025), devant l'Italie (117 M EUR) et la France (59 M EUR).
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des sacs en papier (CN 481940) a connu une transformation profonde. L'UE est passée d'une position d'équilibre commercial relatif à un déficit structurel de plus de 150 millions EUR, porté par une quasi-doublée des importations en volume. Si la Chine demeure le fournisseur dominant, la montée en puissance de la Turquie, de la Serbie et de la Tunisie marque une diversification géographique notable. Parallèlement, la production intérieure a fortement progressé, tirée par la demande post-plastique, sans pour autant absorber l'ensemble de la croissance de la demande. La période 2021–2022 a été marquée par des chocs de prix significatifs sur les principaux flux d'importation, révélant une vulnérabilité accrue de l'UE face aux perturbations des chaînes d'approvisionnement. À l'horizon, la poursuite des politiques de substitution plastique et la diversification des partenaires commerciaux structureront probablement les dynamiques de ce marché, sous réserve d'une gestion attentive des risques liés à la concentration des approvisionnements et à la volatilité des prix.