Évolution du marché : Diamants (CN 7102) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 7102 couvre l'ensemble des diamants — bruts, simplement sciés, clivés, débrutés ou travaillés — non montés ni sertis, à l'exclusion des diamants pour têtes de lecture et des pièces intégrées aux instruments du chapitre 90. Ce code regroupe aussi bien les diamants de joaillerie que les diamants industriels, ainsi que les diamants non triés, et se décompose en cinq sous-positions (Voir le périmètre du code).
La période 2015–2025 a été marquée par des transformations profondes du commerce diamantaire de l'Union européenne : une contraction sévère des flux commerciaux, une reconfiguration géographique brutale des partenaires — accélérée par les sanctions contre la Russie — et un basculement de l'UE vers une position de dépendance nette aux importations. Ce rapport analyse ces dynamiques à partir des données Eurostat, en structurant l'analyse autour de trois axes majeurs.
1. Une contraction massive des flux, rythmée par des crises successives
1.1 Des échanges divisés par près de trois en une décennie
Entre 2015 et 2025, les importations extra-UE de diamants (CN 7102) ont chuté de 14,97 milliards € à 5,47 milliards €, soit un recul de 63,5 %. Les exportations ont connu un déclin similaire, passant de 13,92 milliards € à 4,84 milliards € (-65,2 %). En volume physique, la contraction est également marquée : les importations en tonnes nettes ont diminué de 28,3 % (de 26,7 à 19,1 t) et les exportations de 53,0 % (de 21,9 à 10,3 t). Le nombre de carats échangés a chuté de manière encore plus prononcée, avec des importations en carats passant de 104,9 à 34,5 millions (-67,1 %) et des exportations de 94,6 à 27,8 millions (-70,7 %) (Voir l'évolution des flux).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (Md€) | 14,97 | 5,47 | -63,5 % |
| Exportations (Md€) | 13,92 | 4,84 | -65,2 % |
| Solde commercial (M€) | -1 051 | -631 | +40,0 % |
| Importations (tonnes) | 26,7 | 19,1 | -28,3 % |
| Exportations (tonnes) | 21,9 | 10,3 | -53,0 % |
| Prix moyen import (€/carat) | 142,6 | 158,4 | +11,0 % |
| Prix moyen export (€/carat) | 147,0 | 174,2 | +18,5 % |
Un paradoxe notable : alors que les valeurs et les volumes ont fortement baissé, le prix moyen par carat a progressé de 11 % à l'import et de 18,5 % à l'export. Cela suggère que la contraction des flux a davantage touché les segments à moindre valeur unitaire, ou que la structure de qualité des diamants échangés s'est déplacée vers le haut.
1.2 Le séisme de 2020 et la reprise éphémère de 2021–2022
L'évolution annuelle des échanges révèle une trajectoire en dents de scie :
| Année | Importations (Md€) | Exportations (Md€) | Solde (M€) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 14,97 | 13,92 | -1 051 |
| 2016 | 14,86 | 14,14 | -721 |
| 2017 | 13,03 | 13,39 | +364 |
| 2018 | 12,82 | 12,63 | -182 |
| 2019 | 10,33 | 10,08 | -257 |
| 2020 | 7,54 | 6,99 | -552 |
| 2021 | 10,41 | 10,16 | -245 |
| 2022 | 13,27 | 11,99 | -1 281 |
| 2023 | 9,49 | 8,40 | -1 093 |
| 2024 | 6,45 | 6,03 | -416 |
| 2025 | 5,47 | 4,84 | -631 |
Sources : calculs à partir des données par sous-position.
Plusieurs ruptures se distinguent :
- 2017 est la seule année où l'UE a dégagé un excédent commercial (+364 M€), les exportations ayant légèrement surpassé les importations.
- 2020 marque le choc pandémique : les importations s'effondrent à 7,54 Md€ et les exportations à 6,99 Md€, en raison de l'arrêt temporaire des centres de taille (Anvers, Mumbai) et des perturbations logistiques mondiales.
- 2022 présente une reprise vigoureuse des importations (13,27 Md€), proche des niveaux de 2015, tirée par la demande refoulée et la hausse des prix. Mais cette reprise s'accompagne du déficit commercial le plus élevé de la période (-1,28 Md€), car les exportations ne suivent pas au même rythme.
- 2023–2025 voient une nouvelle phase de déclin accéléré, ramenant les flux à des planchers historiques.
Ce double creux (2020 puis 2023–2025) et l'absence de retour au niveau de 2015 suggèrent un ajustement structurel plus profond qu'un simple cycle conjoncturel.
1.3 Un basculement du mix produit : déclin du brut, progression relative du taillé
La ventilation par sous-position confirme que le déclin est hétérogène selon les catégories (Voir la ventilation par produit) :
| Sous-position | Description | Imp. 2015 (M€) | Imp. 2025 (M€) | Var. |
|---|---|---|---|---|
| 710231 | Bruts de joaillerie | 8 900 | 2 160 | -75,7 % |
| 710239 | Travaillés de joaillerie | 5 406 | 2 803 | -48,1 % |
| 710210 | Non triés | 623 | 479 | -23,1 % |
| 710221 | Bruts industriels | 32 | 23 | -29,2 % |
| 710229 | Travaillés industriels | 8 | 4 | -53,7 % |
Les diamants bruts de joaillerie (710231), qui représentaient 60 % des importations en valeur en 2015, ont subi le déclin le plus sévère (-75,7 %), ne représentant plus que 40 % du total en 2025. Leur volume en carats importés a chuté de 75,7 à 15,4 millions (-80 %). Les diamants travaillés de joaillerie (710239), bien qu'en baisse en valeur, ont vu leur poids physique en tonnes augmenter significativement (de 4,6 à 12,1 t), alors que leur volume en carats est resté stable (~5,1–5,2 millions de carats). Le prix moyen par carat de cette catégorie a été divisé par deux à l'import (de 1 057 à 535 €/c/k), ce qui peut refléter la pression concurrentielle des diamants de synthèse sur le segment des pierres taillées.
Les diamants non triés (710210) ont connu une trajectoire singulière : après un effondrement à 215 M€ en 2020, ils ont partiellement rebondi à 479 M€ en 2025, avec un volume en carats remontant à 7,3 millions (après un creux à 0,99 million en 2022).
2. Une géographie commerciale bouleversée par les sanctions et les reconfigurations de flux
2.1 L'effondrement des importations depuis la Russie, les EAU et le Royaume-Uni
La transformation la plus spectaculaire de la période concerne l'évolution des principaux partenaires d'approvisionnement de l'UE (Voir les principaux partenaires) :
| Partenaire | Imp. 2015 (M€) | Imp. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Fédération de Russie | 2 263 | 0,0005 | -100,0 % |
| Émirats arabes unis | 2 515 | 105 | -95,8 % |
| Royaume-Uni | 730 | 31 | -95,8 % |
| Inde | 1 934 | 1 638 | -15,3 % |
| Botswana | 1 421 | 859 | -39,6 % |
| Israël | 838 | 259 | -69,1 % |
| Canada | 674 | 608 | -9,8 % |
Les importations en provenance de Russie, qui représentaient 2,26 milliards € (15 % du total) en 2015, sont tombées à pratiquement zéro. Ce résultat est la conséquence directe des sanctions de l'UE adoptées à partir de 2022–2024 dans le cadre des mesures liées au conflit en Ukraine, incluant l'interdiction progressive des diamants russes et l'adhésion de l'UE au mécanisme de traçabilité du G7. L'effondrement des importations depuis les Émirats arabes unis (de 2,52 à 0,10 milliard €, -95,8 %) et le Royaume-Uni (de 730 à 31 M€, -95,8 %) est vraisemblablement lié à des effets de transit : une partie des flux enregistrés via ces hubs de négoce a été redirigée ou a disparu avec le renforcement de la transparence des circuits commerciaux et les nouvelles obligations de certification d'origine.
2.2 L'Inde, partenaire structurel du diamant européen
L'Inde demeure le principal partenaire de l'UE à la fois à l'importation et à l'exportation. À l'importation, les flux depuis l'Inde n'ont reculé que de 15,3 % (de 1,93 à 1,64 milliard €), faisant de ce pays le premier fournisseur de l'UE en 2025. À l'exportation, l'Inde reste de loin la première destination, même si les flux ont chuté de 75,3 % (de 6,14 à 1,52 milliard €). Ce rôle central s'explique par la position de l'Inde — et de Surat en particulier — comme principal centre mondial de taille et de polissage : l'UE (Anvers) exporte des diamants bruts vers l'Inde pour y être taillés, puis réimportés en tant que pierres travaillées.
Les autres corridors d'exportation ont tous reculé :
| Destination | Exp. 2015 (M€) | Exp. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Inde | 6 136 | 1 518 | -75,3 % |
| Émirats arabes unis | 2 099 | 1 154 | -45,0 % |
| Hong Kong | 1 669 | 684 | -59,0 % |
| États-Unis | 880 | 332 | -62,3 % |
| Suisse | 705 | 435 | -38,4 % |
| Israël | 834 | 227 | -72,7 % |
| Royaume-Uni | 196 | 128 | -34,5 % |
2.3 Concentration croissante et prédominance absolue de la Belgique
L'indice de concentration HHI des importations a progressé de 948 à 1 480 (+56 %), signifiant un marché de plus en plus dépendant d'un nombre réduit de fournisseurs. Côté exportations, l'HHI a reculé de 2 439 à 1 918 (-21 %), indiquant une légère diversification des débouchés, restant toutefois à un niveau élevé (Voir la concentration).
La Belgique concentre à elle seule 85 % des importations et 92 % des exportations de l'UE en 2025, confirmant le rôle central d'Anvers comme hub diamantaire mondial. Son indice de spécialisation (RCA) atteint 9,91 et son RSCA 0,82, en faisant de loin l'État membre le plus spécialisé dans ce produit (Voir la spécialisation) :
| État membre (exportations) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Belgique | 13 338 | 4 462 | -66,5 % |
| France | 308 | 173 | -43,9 % |
| Italie | 116 | 115 | -1,5 % |
| Allemagne | 53 | 38 | -28,3 % |
| Espagne | 9 | 12 | +31,1 % |
| Pays-Bas | 11 | 17 | +57,3 % |
| Danemark | 2 | 3 | +74,2 % |
Seuls l'Espagne, les Pays-Bas et le Danemark ont augmenté leurs exportations sur la période, mais à des niveaux marginaux. La Belgique demeure le seul véritable acteur européen du commerce diamantaire extra-UE, concentrant une vulnérabilité considérable sur ses infrastructures et sa place de marché.
Voir aussi les principaux reporters par valeur.
3. Vulnérabilité accrue et fragilité structurelle du secteur européen
3.1 Le basculement vers un statut de dépendance nette aux importations
L'indicateur de dépendance nette aux importations a connu un retournement radical, passant de -50,3 % en 2015 à +67,4 % en 2025, soit un déplacement de plus de 117 points de pourcentage (+234 %). En 2015, l'UE disposait d'un excédent net par rapport à sa production domestique ; en 2025, elle dépend massivement des approvisionnements extérieurs pour couvrir sa consommation apparente (Voir la dépendance nette).
| Indicateur de vulnérabilité | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations (%) | -50,3 | 67,4 | +234,0 % |
| Intensité commerciale (%) | 179,3 | 179,1 | -0,1 % |
| Propension à exporter (%) | 739,5 | 1 636,4 | +121,3 % |
L'intensité commerciale, stable autour de 179 %, indique que l'ouverture du secteur diamantaire par rapport à la taille de l'économie sous-jacente n'a pas fondamentalement changé. En revanche, la propension à exporter a plus que doublé (de 740 % à 1 636 %), ce qui traduit le fait que l'UE exporte une part croissante de ce qu'elle traite, mais à partir d'une base productive en repli (Voir la propension à exporter et l'intensité commerciale).
3.2 Une production européenne en volume dynamique mais en valeur en repli
Les données Prodcom révèlent une dynamique paradoxale de la production intra-UE (Voir les volumes de production) :
| Indicateur de production | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume (millions d'unités) | 58,2 | 70,0 | +20,2 % |
| Valeur (M€) | 594 | 407 | -31,4 % |
| Prix unitaire implicite (€/unité) | ~10,2 | ~5,8 | ~-43 % |
Le volume produit a augmenté de 20 %, mais la valeur a reculé de 31 %, entraînant un effondrement du prix unitaire implicite d'environ 43 %. Cette évolution reflète probablement la montée en puissance des diamants de synthèse, qui exercent une pression à la baisse sur les prix du marché, ainsi qu'un possible déplacement du mix de production vers des catégories à moindre valeur ajoutée. La production a par ailleurs connu une forte volatilité interannuelle, avec un creux à 30 millions d'unités et un pic à 81,4 millions sur la période.
3.3 Volatilité persistante et chocs de prix sur les corridors clés
L'analyse de la volatilité des flux bilatéraux met en évidence des niveaux d'instabilité élevés sur certains corridors. Les échanges avec le Royaume-Uni présentent les coefficients de variation les plus élevés (CV = 1,21 à l'import et 1,36 à l'export), témoignant de la fragilité structurelle de ces flux dans le contexte post-Brexit. Le Maroc (CV = 1,75 à l'export), le Canada (CV = 1,43) et la Norvège (CV = 1,22) à l'export affichent également une forte instabilité (Voir la volatilité).
Trois chocs de prix majeurs ont été détectés sur la période (Voir les chocs détectés) :
| Choc | Corridor | Année | Amplitude | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|
| Prix à l'export | Royaume-Uni | 2021 | +3 292 % | 2,6 % |
| Prix à l'import | Royaume-Uni | 2020 | +257 % | 4,6 % |
| Prix à l'export | EAU | 2022 | +74 % | 30,3 % |
Le choc de prix le plus significatif en termes d'impact sur le commerce total est celui observé à l'exportation vers les Émirats arabes unis en 2022 : une hausse de prix de 74 % sur un corridor représentant 30,3 % de la valeur totale des exportations. Il coïncide avec la période de reconfiguration des circuits commerciaux suite aux sanctions contre la Russie, au cours de laquelle Dubaï a pris un rôle accru dans le négoce mondial de diamants. Le choc extrême sur les prix à l'export vers le Royaume-Uni en 2021 (+3 292 %), bien que sur un faible volume (2,6 % de la valeur), illustre la volatilité des flux sur ce corridor.
Conclusion
Le marché européen du diamant (CN 7102) a traversé une décennie de mutations profondes entre 2015 et 2025. Les échanges ont été amputés de près de deux tiers de leur valeur, sous l'effet combiné de la pandémie de COVID-19, des sanctions contre la Russie, de la concurrence croissante des diamants de synthèse et de la reconfiguration des circuits de négoce mondiaux. La Belgique conserve une position de hub dominant, mais cette concentration accrue (HHI des importations en hausse de 56 %) fait peser un risque systémique sur l'ensemble du secteur européen.
Le retournement de la dépendance nette aux importations — de -50 % à +67 % — illustre la fragilité nouvelle de l'approvisionnement européen en diamants. La production intra-UE, si elle progresse en volume, voit sa valeur s'éroder sous l'effet de la pression concurrentielle des synthétiques. À l'horizon, l'évolution de la réglementation de traçabilité (mécanisme de certification du G7), la dynamique du marché des diamants de synthèse et la stabilité géopolitique des pays producteurs (Botswana, Angola, Canada) structureront les conditions d'un marché en quête d'un nouvel équilibre.