Évolution du marché : Diamants travaillés (CN 710239) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 710239 couvre les diamants travaillés mais non montés ni sertis, à l'exclusion des diamants industriels — c'est-à-dire les pierres de joaillerie taillées et polies prêtes à être serties. Ce segment représente un marché de haute valeur ajoutée au sein du commerce extérieur de l'Union européenne. Sur la période 2015–2025, le commerce de l'UE avec les pays tiers dans cette nomenclature a connu des transformations profondes : un effondrement des valeurs échangées, une reconfiguration majeure des partenaires commerciaux, une hausse de la concentration des approvisionnements et une dépendance accrue aux importations. Le présent rapport identifie et analyse les dynamiques clés de cette évolution, en s'appuyant sur les données de l'aperçu général du commerce.
1. Une chute sévère des valeurs masquant une expansion volumétrique du marché
L'effondrement de la valeur des échanges entre 2015 et 2025
Sur la période considérée, la valeur des exportations de diamants travaillés de l'UE vers les pays tiers est passée de 4,64 milliards € en 2015 à 2,30 milliards € en 2025, soit une baisse de −50,4 %. Les importations ont suivi une trajectoire comparable, reculant de 5,40 milliards € à 2,80 milliards € (−48,1 %). Le point bas a été atteint en 2020 pour les deux flux, avec l'impact de la pandémie de Covid-19 : 2,06 milliards € à l'export et 2,54 milliards € à l'import. Une reprise vigoureuse a eu lieu en 2022 (3,75 milliards € en exportations, 5,35 milliards € en importations), avant un nouveau recul en 2024–2025.
Un paradoxe volumétrique : plus de carats échangés à des prix en chute
Le tableau ci-dessous révèle un paradoxe fondamental : alors que les valeurs chutaient, les volumes échangés augmentaient fortement.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations — valeur (Mds €) | 4,64 | 2,30 | −50,4 % |
| Exportations — volume (M carats) | 2,74 | 4,39 | +60,7 % |
| Exportations — prix unitaire (indice) | 1 496 | 497 | −66,8 % |
| Importations — valeur (Mds €) | 5,40 | 2,80 | −48,1 % |
| Importations — volume (M carats) | 4,64 | 12,06 | +160,1 % |
| Importations — prix unitaire (indice) | 1 008 | 212 | −78,9 % |
Les prix unitaires moyens se sont donc effondrés de manière beaucoup plus prononcée que les valeurs totales, ce qui indique un changement structurel dans la composition des flux : l'UE échange désormais un volume considérablement plus élevé de diamants à valeur unitaire bien plus faible. Ce phénomène s'explique vraisemblablement par la pression concurrentielle des diamants de synthèse (lab-grown diamonds), dont la production industrielle a connu une croissance exponentielle au cours de la période, faisant baisser les prix des diamants naturels de qualité inférieure et modifiant la structure de la demande mondiale.
Des volumes d'importation en forte hausse tirés par l'Inde et Israël
La hausse spectaculaire des volumes importés (+160 %) est concentrée sur deux fournisseurs principaux. Les importations en provenance d'Inde sont passées de 1,05 million de carats en 2015 à 3,99 millions de carats en 2025, tandis que celles d'Israël ont bondi de 0,79 à 4,33 millions de carats sur la même période, selon les données de volatilité par partenaire. Le Vietnam est également devenu un fournisseur notable, passant de 5 000 à 241 000 carats. Cette expansion volumétrique contraste avec la stagnation ou le déclin des valeurs, confirmant la tendance à la baisse des prix unitaires.
2. Consolidation indienne et concentration croissante des approvisionnements
L'Inde, pivot incontournable d'un approvisionnement restructuré
L'analyse des partenaires d'importation révèle une reconfiguration profonde des sources d'approvisionnement de l'UE. L'Inde s'est imposée comme le fournisseur dominant, avec des importations relativement stables en valeur (1,57 milliard € en 2015, 1,62 milliard € en 2025), mais ayant culminé à 3,01 milliards € en 2022. En parallèle, les importations en provenance de Hong Kong se sont effondrées de 843 M€ à 70 M€ (−91,7 %), celles de Chine de 331 M€ à 18 M€ (−94,5 %), et celles de Thaïlande de 243 M€ à 23 M€ (−90,7 %), d'après les données par partenaire.
| Partenaire d'importation | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Inde | 1 567 | 1 623 | +3,6 % |
| Israël | 567 | 245 | −56,7 % |
| Hong Kong | 843 | 70 | −91,7 % |
| États-Unis | 419 | 130 | −69,0 % |
| Chine | 331 | 18 | −94,5 % |
| Thaïlande | 243 | 23 | −90,7 % |
| Royaume-Uni | 119 | 30 | −74,6 % |
La Russie, qui figurait parmi les sources d'approvisionnement (270 M€ en 2015), est passée à pratiquement zéro dès 2023 (6 872 €), en lien avec les sanctions européennes liées au conflit ukrainien. Par ailleurs, les importations en provenance d'Afrique du Sud sont restées relativement stables (86 M€ en 2015, 190 M€ en 2025), tandis que le Botswana a émergé comme un fournisseur croissant.
Un indice de concentration en forte hausse
L'indice Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a plus que doublé, passant de 1 454 en 2015 à 3 555 en 2025 (+144,4 %), selon les données de concentration. Un HHI supérieur à 2 500 indique un marché fortement concentré ; à 3 555, la dépendance de l'UE envers un nombre restreint de fournisseurs est devenue critique. L'Inde seule représente désormais une part prépondérante des importations, ce qui expose l'UE à un risque de dépendance accrue vis-à-vis d'un seul pays. Côté exportations, le HHI est resté plus modéré (de 1 558 à 1 736, soit +11,4 %), les destinations restant relativement diversifiées.
La centralité de la Belgique dans le commerce intra-UE et externe
La Belgique demeure le cœur du commerce européen de diamants travaillés, reflétant le rôle historique d'Anvers comme principal centre mondial de négoce diamantaire. En 2025, la Belgique concentrait 85,8 % de la production UE de diamants travaillés et affichait un indice de spécialisation (RSCA) de 0,82 et un RCA de 10,14, selon la carte de spécialisation. La Belgique a vu ses importations passer de 4,36 milliards € à 2,01 milliards € (−54 %) et ses exportations de 4,09 à 1,93 milliards € (−53 %). Les Pays-Bas affichent une progression remarquable en importations, passant de 10 M€ à 100 M€ (+876 %), suggérant une relocalisation partielle de certaines fonctions logistiques ou commerciales. La France et l'Italie conservent des positions secondaires mais significatives, avec des RSCA négatifs (−0,18 et −0,27 respectivement), indiquant une spécialisation relative inférieure à la moyenne.
3. Chocs de prix, volatilité croissante et vulnérabilité de l'UE
Des événements de chocs de prix significatifs
L'analyse des chocs détectés sur la période révèle des épisodes de forte instabilité. Le choc le plus spectaculaire concerne les exportations vers le Royaume-Uni en 2021 : les volumes ont chuté de 5,21 millions de carats (2020) à 0,21 million de carats, tandis que le prix unitaire a bondi de 1 522 %, avec un indice d'anomalie de 39,7. Ce phénomène, documenté dans les événements de chocs, est vraisemblablement lié aux effets du Brexit sur les flux de diamants entre l'UE et le Royaume-Uni, avec une réorientation des circuits et une modification des déclarations douanières.
Un second choc notable affecte les exportations vers la Suisse en 2022, avec une hausse de prix de 111,8 % et un indice d'anomalie de 4,4, pour une part de 23,6 % de la valeur totale des exportations. Du côté des importations, un pic de prix de +149,2 % a été observé pour les flux en provenance des États-Unis en 2022.
Une volatilité hétérogène selon les partenaires
Les coefficients de variation (CV) des volumes échangés varient fortement selon les partenaires, ce qui traduit des dynamiques commerciales contrastées :
| Partenaire | CV importations (volume) | CV exportations (volume) |
|---|---|---|
| Inde | 0,50 | 0,56 |
| Israël | 0,62 | 0,76 |
| Hong Kong | 0,35 | 0,49 |
| Thaïlande | 0,47 | 0,18 |
| Royaume-Uni | 0,81 | 1,40 |
| Vietnam | 1,34 | — |
| Canada | — | 2,42 |
| Maroc | — | 2,93 |
Les échanges avec le Royaume-Uni (CV = 1,40 à l'export), le Canada (2,42) et le Maroc (2,93) sont les plus volatils, tandis que les flux avec Hong Kong et la Thaïlande restent relativement stables. Le Vietnam présente une volatilité très élevée côté importations (CV = 1,34), reflétant son émergence récente et irrégulière comme fournisseur.
Une dépendance aux importations qui se renforce
L'indicateur de dépendance nette aux importations a évolué de manière significative. En 2003, l'UE était en situation de surplus à l'export (−35 %, indiquant un excédent). En 2015, la dépendance nette atteignait 69,4 %, pour culminer à 87,7 % en 2021, avant de refluer légèrement à 65,1 % en 2024. La production européenne de diamants travaillés, estimée à 414 M€ en 2015, a chuté à 180 M€ en 2020 avant de remonter à 385 M€ en 2024, selon les données de production. Cette production demeure nettement insuffisante pour couvrir la demande intérieure, maintenant l'UE dans une position structurelle de dépendance vis-à-vis de l'extérieur.
La propension à l'exporter, qui mesure le rapport entre exportations et production, reste très élevée (887 % en 2024), confirmant que la Belgique joue un rôle de plateforme de transformation et de réexportation : l'UE importe des diamants bruts ou semi-travaillés, les taille et les polis, puis les réexporte, principalement depuis Anvers.
Conclusion
Le marché européen des diamants travaillés (CN 710239) a connu entre 2015 et 2025 une triple transformation. Premièrement, un effondrement des prix unitaires a fait chuter la valeur des échanges de près de moitié, alors même que les volumes échangés augmentaient fortement — un signal probable de la disruption causée par les diamants de synthèse. Deuxièmement, une concentration géographique croissante des approvisionnements autour de l'Inde, combinée à l'effacement de fournisseurs historiques (Hong Kong, Chine, Thaïlande, Russie), a accru la vulnérabilité de l'UE face à un nombre réduit de partenaires. Troisièmement, des épisodes de chocs de prix (notamment post-Brexit et autour de 2022) et une volatilité persistante sur certains corridors commerciaux soulignent la fragilité des circuits d'approvisionnement. La position de la Belgique reste centrale mais son modèle de plateforme de négoce est confronté à une pression structurelle sur les prix et à une dépendance nette aux importations qui demeure élevée. L'avenir du secteur dépendra de sa capacité à s'adapter à la coexistence croissante entre diamants naturels et synthétiques, et à diversifier ses sources d'approvisionnement pour réduire les risques de concentration.