Évolution du marché : Diamants bruts (CN 710231) — 2015–2025
Introduction
Le code nomenclature combinée 710231 couvre les diamants bruts ou simplement sciés, clivés ou débrutés, à l'exclusion des diamants industriels. Ce produit est au cœur d'une chaîne de valeur mondiale concentrée autour de quelques centres de négoce historiques, parmi lesquels Anvers occupe une position centrale au sein de l'Union européenne. La période 2015–2025 a été marquée par une contraction profonde et quasi ininterrompue des échanges de l'UE avec le reste du monde, tant en valeur qu'en volume. Ce rapport analyse les grandes dynamiques de ce marché, en s'appuyant sur les données commerciales de l'aperçu général.
I. Une contraction séculière du commerce de diamants bruts de l'UE
Des volumes en chute libre sur toute la période
Le commerce de diamants bruts de l'Union européenne avec le reste du monde a connu un déclin continu entre 2015 et 2025. Les exportations sont passées de 18,0 millions de carats en 2015 à 5,0 millions en 2025 (−72,0 %), tandis que les importations ont chuté de 15,3 à 3,5 millions de carats (−77,3 %). La valeur a suivi une trajectoire comparable :
| Indicateur | 2015 | 2020 | 2025 | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Exportations (Mrd €) | 9,25 | 4,84 | 2,49 | −73,1 % |
| Importations (Mrd €) | 8,88 | 4,66 | 2,16 | −75,7 % |
| Exportations (M carats) | 18,0 | 14,9 | 5,0 | −72,0 % |
| Importations (M carats) | 15,3 | 13,4 | 3,5 | −77,3 % |
La contraction n'est pas linéaire. Deux phases distinctes se distinguent : une première érosion progressive liée à la restructuration de la filière (2015–2019), suivie d'un choc brutal en 2020 (pandémie de COVID-19) et d'une reprise incomplète en 2021–2022, avant une nouvelle dégradation marquée à partir de 2023. En 2025, les volumes et les valeurs atteignent leur minimum sur la période étudiée (aperçu général).
Des prix unitaires relativement stables malgré le contexte
Contrairement aux volumes et aux valeurs, les prix unitaires moyens (valeur ÷ quantité) sont restés relativement stables sur l'ensemble de la période. Les prix à l'exportation moyens oscillent entre 325 et 652 millions d'euros par million de carats, avec un recul limité de −3,0 % entre 2015 et 2025. Les prix à l'importation affichent même une hausse de +7,9 % sur la même période, passant de 577 à 622 millions d'euros par million de carats. Cela suggère que la contraction du commerce porte davantage sur les volumes échangés que sur la dépréciation de la marchandise. La tendance haussière des prix à l'importation pourrait refléter une sélection croissante de parcelles de meilleure qualité ou une raréfaction de l'offre brute sur le marché mondial (aperçu général).
La balance commerciale oscille sans tendance claire
La balance commerciale de l'UE en diamants bruts est restée modérément positive pendant la majeure partie de la période, avec un excédent record de 1,52 milliard d'euros en 2022. Toutefois, elle a connu un déficit ponctuel de −198 millions d'euros en 2019, avant de se stabiliser autour de 325 millions d'euros en 2025. L'évolution de la balance reflète l'alternance entre des cycles d'approvisionnement et de réexportation propres au rôle d'entrepôt d'Anvers (aperçu général).
II. Une recomposition radicale des partenaires commerciaux
L'effondrement des importations en provenance de Russie
La dynamique la plus marquante de la période est la quasi-disparition des importations de diamants bruts en provenance de Russie. En 2015, la Fédération de Russie fournissait 1,99 milliard d'euros de diamants bruts à l'UE (près de 4,4 millions de carats), ce qui en faisait l'un des principaux partenaires. Ce montant a culminé à 2,52 milliards d'euros en 2017, avant d'amorcer un déclin qui s'est accéléré après 2022. À partir de 2024, les importations russes tombent à zéro, conformément au régime de sanctions de l'UE. Sur la période 2015–2023, le recul est de −85,7 % en valeur. En volume, la chute est tout aussi spectaculaire : de 6,3 millions de carats en 2017 à 0,4 million en 2023, puis néant (partenaires principaux).
Le déclin simultané des importations des Émirats arabes unis
Les importations en provenance des Émirats arabes unis — qui servent de hub de négoce et de transit — ont suivi une trajectoire tout aussi marquée. Passant de 2,06 milliards d'euros en 2015 à seulement 24 millions en 2025 (−98,8 %), cette chute reflète à la fois la restructuration des circuits de distribution mondiaux et le contrecoup des sanctions sur les diamants russes transitant par Dubaï. En volume, le recul est de 2,8 millions de carats en 2015 à 0,03 million en 2025 (partenaires principaux).
L'Inde reste le partenaire dominant des exportations, mais en fort recul
L'Inde demeure de loin la première destination des exportations de diamants bruts de l'UE, absorbant 5,92 milliards d'euros en 2015 (64 % du total) et 1,47 milliard en 2025 (59 % du total). Ce reflux de −75,2 % en valeur s'explique par la contraction de l'industrie diamantaire indienne elle-même, les diamants bruts étant envoyés à Surat et Mumbai pour la taille et le polissage avant réexportation. La part de l'Inde dans les exportations de l'UE est restée remarquablement stable, ce qui traduit la solidité de cette relation structurelle (partenaires principaux).
Quelques fournisseurs africains maintiennent leur présence
Parmi les partenaires d'approvisionnement, l'Angola et le Botswana conservent une part significative des importations de l'UE :
| Partenaire | 2015 (Mrd €) | 2025 (Mrd €) | Variation |
|---|---|---|---|
| Botswana | 1,35 | 0,75 | −44,2 % |
| Angola | 0,52 | 0,46 | −11,5 % |
| RD Congo | 0,18 | 0,25 | +41,4 % |
L'Angola et le Botswana, producteurs miniers directs, résistent mieux que les pays de transit. La RD Congo est le seul partenaire à afficher une hausse significative sur la période. Le Canada, autre fournisseur important, connaît un déclin de −62,0 % (partenaires principaux).
Une concentration accrue des importations
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est passé de 1 431 en 2015 à 2 023 en 2025, soit une hausse de +41,4 %. Cette augmentation traduit une concentration croissante des approvisionnements sur un nombre réduit de partenaires après la disparition des flux russes et émiratis. En 2025, les importations se concentrent essentiellement sur le Botswana, l'Angola et le Canada. En revanche, l'HHI des exportations est resté stable autour de 4 430, confirmant la domination quasi-totale de l'Inde comme destination (concentration HHI).
III. Un marché exposé à des chocs de prix et à une vulnérabilité structurelle
Des chocs de prix importants en 2022
L'année 2022 se distingue par la détection de plusieurs chocs de prix significatifs, tant à l'importation qu'à l'exportation. Le tableau suivant résume les principaux événements identifiés :
| Partenaire | Flux | Type de choc | Hausse de prix | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|
| Angola | Importations | Prix | +77,6 % | 9,1 % |
| EAU | Exportations | Prix | +90,6 % | 26,7 % |
| EAU | Importations | Prix | +53,8 % | 22,7 % |
| Inde | Exportations | Prix | +83,1 % | 73,3 % |
Ces chocs de prix simultanés sur les flux à l'exportation vers l'Inde (+83,1 %) et les Émirats arabes unis (+90,6 %) en 2022 correspondent à une période de tensions géopolitiques intenses (début du conflit russo-ukrainien, annonce des sanctions sur les diamants russes). La hausse des prix pourrait refléter à la fois une anticipation de la raréfaction de l'offre et une spéculation sur les stocks (chocs de prix).
La sortie de la Russie : un choc structurel d'approvisionnement
Au-delà des chocs de prix ponctuels, la donnée révèle un véritable choc structurel d'approvisionnement lié à la Russie. Entre 2015 et 2022, les importations de Russie ont suivi un volume moyen de 4,92 millions de carats par an. À partir de 2023, elles ne représentent plus que 2,6 % de ce niveau de base (0,13 million de carats en moyenne sur 2023–2025), avant de tomber à zéro. L'impact est d'autant plus significatif que la Russie représentait près de 29 % de la valeur des importations de diamants bruts de l'UE au début de la période (chocs d'approvisionnement).
Une dépendance quasi-totale vis-à-vis des importations
L'Union européenne reste structurellement dépendante des importations pour s'approvisionner en diamants bruts. Le taux de dépendance nette aux importations est passé de 99,75 % en 2015 à 99,93 % en 2025, soit une quasi-absence de production domestique. La production de l'UE n'est documentée qu'à partir de 2023, avec des volumes symboliques (80 carats en 2024, pour une valeur de 40 000 euros). La France et la Croatie affichent les indices de spécialisation comparée (RSCA) les plus élevés, mais il s'agit de productions confidentielles ne pesant pas sur l'équilibre du marché (carte de spécialisation).
Le rôle central de la Belgique et la vulnérabilité du hub anversois
Les données par État membre confirment que la Belgique est le pivot quasi-exclusif du commerce de diamants bruts de l'UE. En 2025, la Belgique représente 99,99 % des importations et des exportations de l'UE en valeur. Cette concentration extrême sur un seul État membre constitue une vulnérabilité structurelle, dans la mesure où toute perturbation du marché anversois (sanctions, concurrence des hubs de Dubaï ou de Mumbai, évolution réglementaire) affecterait l'ensemble du commerce européen. L'indicateur de taux de dépendance aux importations confirme cette exposition.
Conclusion
Le marché européen des diamants bruts (CN 710231) a traversé une décennie de profonde mutation entre 2015 et 2025. Le déclin structurel des volumes échangés, combiné aux sanctions contre la Russie et à la restructuration des circuits mondiaux de négoce, a réduit le commerce de l'UE de près de trois quarts en valeur. La recomposition des partenaires commerciaux — avec l'effondrement des flux russes et émiratis — s'est traduite par une concentration accrue des approvisionnements, laissant l'UE plus dépendante d'un nombre réduit de fournisseurs africains et canadiens. L'année 2022 apparaît comme un tournant, avec des chocs de prix simultanés sur les principaux partenaires, témoignant d'un marché sous tension géopolitique. Enfin, la domination absolue de la Belgique comme hub de négoce européen concentre les risques et rend l'ensemble du commerce communautaire vulnérable aux évolutions d'un seul marché national. À l'horizon 2025, les volumes atteignent leur minimum historique et aucune dynamique de reprise ne se dessine clairement.