Évolution du marché : Butanes, liquéfiés (à l'excl. des butanes d'une pureté >= 95% en n-butane ou en isobutane) (CN 271113) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour les butanes liquéfiés (code NC 271113) entre 2015 et 2025. Ce produit, excluant les butanes de haute pureté, est un hydrocarbure gazeux liquéfié utilisé principalement comme combustible ou dans l'industrie chimique. La période étudiée, marquée par des chocs géopolitiques et des crises énergétiques, révèle des dynamiques complexes dans les flux commerciaux de l'UE avec le reste du monde. L'analyse s'appuie sur les données du Tableau de bord du commerce pour identifier les tendances majeures, les restructurations des partenaires commerciaux et l'impact des événements de volatilité.
1. Des tendances contrastées entre volumes et valeurs, amplifiées par la crise énergétique
Les flux commerciaux de l'UE en butanes liquéfiés (CN 271113) ont évolué de manière dissonante entre la période 2015-2019 et la période 2020-2025. Les volumes échangés n'ont pas suivi la trajectoire des valeurs monétaires, en particulier après 2020, en raison d'une hausse spectaculaire des prix mondiaux de l'énergie.
1.1. Une contraction des volumes importés masquée par une flambée des prix
Les importations de l'UE en termes de valeur ont connu une croissance modeste sur la décennie (+10,1%), passant de 1,17 milliard € à 1,29 milliard €. Cependant, cette évolution moyenne dissimule des pics et des creux prononcés. Le volume importé, lui, a subi une baisse significative (-15,9%) passant de 3,42 millions de tonnes à 2,87 millions de tonnes. L'écart entre ces deux trajectoires est principalement dû à la flambée des prix moyens à l'importation, qui ont augmenté de 30,9% sur la période, avec un maximum à 651 €/t en 2022.
- 2015-2019 : Période de relative stabilité. Les volumes importés oscillent entre 2,28 et 3,58 millions de tonnes, tandis que les valeurs restent comprises entre 850 millions € et 1,28 milliard €.
- 2020 : Année de rupture marquée par la pandémie de Covid-19. La valeur des importations chute à 921 millions € (son niveau le plus bas de la période), tandis que le volume recule à 2,98 millions de tonnes.
- 2021-2022 : Reprise fulgurante suivie d'un pic historique. La valeur des importations atteint un sommet à 1,95 milliard € en 2022, soit plus du double de la valeur de 2020. Cette explosion est entièrement portée par les prix, car les volumes restent inférieurs à leur niveau de 2019.
- 2023-2025 : Phase de correction. Les prix se dégonflent, entraînant une baisse de la valeur des importations à 1,29 milliard € en 2025, tandis que les volumes se stabilisent autour de 2,87 millions de tonnes.
1.2. Une dynamique des exportations européennes plus volatile mais en repli final
Le commerce des exportations de l'UE a suivi une trajectoire plus instable. La valeur totale a augmenté de 9,4% sur la période, passant de 547 millions € à 598 millions €, mais avec une amplitude de variation bien plus forte (entre 453 millions € et 826 millions €). Les volumes exportés ont quant à eux diminué de 10,1%, passant de 1,45 à 1,30 million de tonnes. Les prix à l'exportation ont connu une hausse marquée (+21,7%), atténuant partiellement l'effet négatif de la baisse des volumes sur la valeur.
- 2017 et 2022 : Années record pour la valeur des exportations, atteignant respectivement 691 millions € et 826 millions €. Ces pics coïncident avec des périodes de prix élevés sur le marché mondial.
- 2020 : Nouvelle année creuse, avec une valeur d'exportation minimale de 453 millions €.
- 2025 : L'UE exporte pour 598 millions € de butanes, un niveau légèrement supérieur à celui de 2015, mais en dessous de la moyenne de la décennie.
1.3. Un déficit commercial structurel qui s'est aggravé avant de se résorber
L'UE est structurellement déficitaire sur ce produit. Le solde commercial négatif a fluctué entre -160 millions € en 2017 et -1,13 milliard € en 2022. La crise énergétique de 2022 a particulièrement creusé le déficit, car la hausse des prix a davantage affecté la facture des importations (qui représentent un volume beaucoup plus important) que les recettes des exportations. En 2025, le déficit se stabilise à -695 millions €, indiquant un retour progressif vers l'équilibre des prix mais une dépendance structurelle aux importations persistante.
2. Une restructuration profonde des partenaires commerciaux de l'UE
La période 2015-2025 a été le théâtre d'une reconfiguration majeure des origines des importations et des destinations des exportations de l'UE. Ces changements reflètent des ajustements géopolitiques, des contraintes logistiques et des stratégies de diversification des approvisionnements.
2.1. La diversification des approvisionnements et l'effondrement des importations en provenance de Russie
Les principaux fournisseurs de l'UE restent le Royaume-Uni, la Norvège et l'Algérie, qui cumulaient à eux trois près de 70% de la valeur des importations en 2025. Cependant, leur part a évolué, et de nouveaux acteurs ont émergé.
- Déclin russe et montée en puissance américaine : Les importations en provenance de Russie ont chuté de manière spectaculaire, passant de 220 millions € en 2015 à seulement 23 millions € en 2024, avant de disparaître des données en 2025. Cette chute, d'un coefficient de variation de 0,63, est directement liée aux sanctions imposées après 2022. Parallèlement, les importations des États-Unis ont explosé, avec une augmentation de 580% sur la période, passant de 41 millions € à 277 millions €, avec un coefficient de variation très élevé (0,73) attestant d'une grande instabilité. Les volumes en provenance des USA ont été multipliés par 6 entre 2015 et 2022.
- Rôle accru de l'Algérie et stabilité norvégienne : L'Algérie a consolidé sa position de fournisseur clé, avec une croissance régulière de la valeur des importations (+106,4%). La Norvège reste un partenaire majeur mais avec des volumes plus erratiques.
- Concentration accrue des importations : L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) pour les importations en valeur a augmenté de 8,1% sur la période, passant de 2 104 à 2 275, avec un pic à 2 492 en 2022. Cela indique une légère concentration accrue du marché des fournisseurs, malgré la diversification géographique. Voir la concentration des importations par valeur.
2.2. La polarisation des exportations européennes vers l'Afrique du Nord et l'Est européen
Les destinations des exportations de l'UE se sont également transformées, avec un recentrage sur le bassin méditerranéen et l'Europe de l'Est.
- Montée en puissance de l'Ukraine : Le cas le plus frappant est la croissance exponentielle des exportations vers l'Ukraine, dont la valeur a été multipliée par plus de 600 entre 2015 et 2025, passant de 100 000 € à 64 millions €. Cette trajectoire, très volatile (coefficient de variation de 1,11), s'accélère nettement à partir de 2022.
- Déclin de l'Égypte et consolidation du Maroc : Les exportations vers l'Égypte se sont effondrées à partir de 2020, chutant de 74 millions € en 2017 à moins de 100 000 € en 2025. À l'inverse, le Maroc est devenu de loin le premier client de l'UE, avec des exportations oscillant autour de 250-300 millions € par an, représentant près de la moitié des exportations totales. La Tunisie reste le deuxième client, avec des flux cependant plus instables.
- Concentration extrême des exportations : L'HHI des exportations a augmenté de manière spectaculaire (+30,8%), passant de 1 805 à 2 360, avec un pic à 2 778 en 2022. Cela témoigne d'une concentration très forte des exportations sur un nombre limité de pays partenaires. Voir la concentration des exportations par valeur.
2.3. Une spécialisation géographique marquée au sein de l'UE
L'analyse de la spécialisation à l'exportation des États membres en 2025 révèle des profils très différents, mesurés par l'indice RSCA.
| État membre | Indice RSCA (2025) | Part dans la production UE | Part dans les exportations UE |
|---|---|---|---|
| Suède | 0.672 | 12.25% | 2.40% |
| Lituanie | 0.5395 | 2.08% | 0.62% |
| Grèce | 0.4974 | 2.01% | 0.67% |
| Belgique | 0.4582 | 22.78% | 8.47% |
| France | 0.4014 | 18.30% | 7.82% |
| Roumanie | 0.3569 | 3.52% | 1.67% |
| Pays-Bas | 0.1147 | 18.27% | 14.51% |
Source : Carte de spécialisation 2025
La Suède affiche la plus forte spécialisation relative (RSCA de 0.672), tandis que de grands producteurs comme la Belgique et la France présentent une spécialisation modérée. À l'inverse, des pays comme la Bulgarie, l'Estonie ou la Finlande ont une spécialisation négative, indiquant qu'ils sont davantage importateurs nets sur ce segment.
3. Une volatilité accrue et des chocs de prix localisés dans le temps
La période est marquée par une forte instabilité des flux commerciaux, avec des épisodes de volatilité extrême affectant certains partenaires et l'apparition de chocs de prix identifiables, notamment en lien avec la crise énergétique post-2021.
3.1. Une volatilité des volumes concentrée sur quelques partenaires clés
La volatilité des échanges, mesurée par le coefficient de variation (CV) des quantités, est très hétérogène selon les partenaires.
Pour les importations :
- Les volumes en provenance du Kazakhstan (CV=1.12), de Biélorussie (CV=1.37) et de Turquie (CV=1.52) ont été extrêmement volatils, indiquant des approvisionnements sporadiques ou fortement perturbés.
- Les fournisseurs principaux comme le Royaume-Uni (CV=0.21) et la Norvège (CV=0.22) montrent une volatilité plus modérée, bien que non négligeable.
- La Russie (CV=0.63) et les États-Unis (CV=0.73) présentent une volatilité élevée, reflétant les changements radicaux dans leurs flux commerciaux avec l'UE.
Pour les exportations :
- Les volumes à destination de l'Ukraine (CV=1.11) et d'Égypte (CV=0.94) ont été les plus volatils.
- Les flux vers le Maroc (CV=0.12) et la Norvège (CV=0.18) ont été relativement stables.
3.2. L'identification de chocs de prix majeurs liés à la crise énergétique
L'analyse des chocs détectés dans les données révèle des épisodes de tension extrême, principalement concentrés autour de 2021-2022.
| Partenaire | Type de choc | Flux | Année du choc | Décalage prix | Valeur partagée |
|---|---|---|---|---|---|
| Sénégal | Prix | Exportations | 2022 | +138.7% | 3.3% |
| Égypte | Prix | Exportations | 2022 | +671.6% | 5.8% |
| Royaume-Uni | Prix | Exportations | 2021 | +78.8% | 6.9% |
| Tunisie | Prix | Exportations | 2021 | +54.1% | 22.8% |
Source : Événements de chocs majeurs
L'Égypte a subi un choc de prix exceptionnel en 2022, avec une augmentation de 671,6% du prix à l'exportation, accompagnée d'un effondrement des volumes (quantité de seulement 8 tonnes, contre une moyenne de 31 000 tonnes sur la baseline). Cet événement coïncide avec la quasi-disparition des exportations vers ce pays. La Tunisie et le Royaume-Uni ont connu des chocs plus modérés mais significatifs en 2021, avec des hausses de prix de 54% et 79% respectivement.
3.3. L'impact différencié de la crise sur les partenaires méditerranéens
Les partenaires d'exportation méditerranéens de l'UE (Maroc, Tunisie) ont connu des trajectoires distinctes face à la crise des prix de 2021-2022.
- Pour la Tunisie : Le choc de 2021 (prix +54%) a été suivi d'une période de forte volatilité des prix en 2022-2023 (augmentation de 79% par rapport à la baseline). Les volumes sont restés relativement stables, mais les prix ont considérablement réduit la compétitivité des exportations européennes.
- Pour le Maroc : Le choc de prix de 2021 (+43.5%) a été moins violent, mais suivi également d'une période de volatilité des prix en 2022-2023 (+69% par rapport à la baseline). Les volumes ont légèrement diminué (-18% par rapport à la baseline).
- Contraste avec l'Égypte : Le choc subi par l'Égypte en 2022 a été d'une nature différente, avec un effondrement des volumes et une explosion des prix suggérant une rupture totale des échanges commerciaux normaux.
Conclusion
Le marché européen des butanes liquéfiés (CN 271113) a connu une décennie de profonde transformation entre 2015 et 2025. Trois dynamiques principales se dégagent : premièrement, une divergence croissante entre volumes et valeurs, les prix devenant le principal moteur des variations de la facture commerciale, particulièrement visible lors du pic de 2022. Deuxièmement, une restructuration géographique majeure des partenaires, caractérisée par l'effondrement des échanges avec la Russie, la montée en puissance des États-Unis comme fournisseur et de l'Ukraine comme client, et une concentration accrue des exportations sur l'Afrique du Nord. Troisièmement, une instabilité accrue des flux, avec des épisodes de volatilité extrême et des chocs de prix localisés qui ont redessiné certaines relations commerciales, comme avec l'Égypte.
La crise énergétique de 2021-2022 a agi comme un révélateur et un accélérateur de ces tendances, accentuant les vulnérabilités de l'approvisionnement européen et poussant à une diversification des partenaires. À l'horizon 2025, le marché apparaît stabilisé à un niveau de prix supérieur à la moyenne pré-crise, avec un déficit commercial qui reste significatif mais tend à se résorber. La dépendance de l'UE aux importations de butanes, bien que diversifiée géographiquement, demeure un enjeu stratégique, tandis que les exportations se concentrent sur un nombre limité de partenaires méditerranéens et d'Europe de l'Est, exposant l'UE à la volatilité politique et économique de ces régions.