Évolution du marché : Propane liquéfié (CN 271112) — 2015–2025
Introduction
Le propane liquéfié (code NC 271112) est un gaz de pétrole essentiel, utilisé aussi bien comme combustible et carburant que comme matière première pour l'industrie pétrochimique. L'Union européenne, structurellement déficitaire sur ce produit, importe l'essentiel de ses approvisionnements auprès de fournisseurs extra-européens. La période 2015–2025 a été marquée par des bouleversements majeurs : l'essor du gaz de schiste américain, la pandémie de Covid-19, puis le conflit russo-ukrainien et les sanctions qui en ont découlé. Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'UE en propane liquéfié sur cette période, en s'appuyant sur les données douanières de l'aperçu général du commerce.
1. Un déficit commercial qui se creuse malgré des volumes d'importation stables
Les importations restent quantitativement stables mais explosent en valeur
Sur la période étudiée, les volumes importés par l'UE sont remarquablement stables, oscillant entre 10,8 et 12,6 millions de tonnes par an. En 2025, le volume importé s'élève à 12,1 millions de tonnes, soit une hausse de seulement 2,7 % par rapport à 2015. En revanche, la valeur des importations a bondi de 3,93 milliards d'euros en 2015 à 5,69 milliards d'euros en 2025 (+44,7 %), en grande partie sous l'effet de la hausse des prix moyens passés de 333 €/t à 463 €/t (+39,2 %). Le pic de valeur a été atteint en 2022 avec 8,03 milliards d'euros, année marquée par une flambée des prix de l'énergie.
| Année | Valeur importations (Mds €) | Volume importations (Mt) | Prix moyen import (€/t) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 3,93 | 11,82 | 333 |
| 2018 | 5,43 | 12,28 | 443 |
| 2020 | 3,45 | 11,49 | 300 |
| 2022 | 8,03 | 12,28 | 654 |
| 2025 | 5,69 | 12,15 | 463 |
Sources : Aperçu général du commerce
Les exportations de l'UE restent marginales et déclinent en volume
Les exportations de l'UE vers les pays tiers demeurent modestes : 170 millions d'euros en 2025 (contre 155 millions en 2015), pour un volume en baisse de 20,2 % (de 388 000 à 310 000 tonnes). Le prix moyen des exportations a progressé de 400 €/t à 550 €/t sur la période, sans toutefois compenser l'érosion des volumes.
Le déficit structurel s'approfondit sensiblement
Le solde commercial négatif de l'UE en propane liquéfié s'est creusé de 3,78 milliards d'euros en 2015 à 5,52 milliards d'euros en 2025 (aggravation de 46,2 %). Le point le plus critique a été atteint en 2022, avec un déficit record de 7,66 milliards d'euros, conséquence directe de la flambée des prix de l'énergie. Ce creusement du déficit s'explique moins par une augmentation des volumes importés que par la hausse structurelle des prix.
2. La reconfiguration géopolitique des approvisionnements : de la Russie vers les États-Unis
L'effondrement des importations en provenance de Russie
La dynamique la plus spectaculaire de la période est l'élimination quasi totale des importations de propane en provenance de Russie. En 2015, la Russie fournissait 684 millions d'euros de propane à l'UE, en faisant le quatrième fournisseur. Les volumes ont commencé à décliner dès 2019 (en partie pour des raisons de politique commerciale), puis se sont effondrés après février 2022. En 2025, les importations russes ne représentent plus que 254 505 euros — soit une chute de 100 % par rapport au niveau de 2015. Le volume importé est passé de 2,06 millions de tonnes en 2015 à moins de 480 tonnes en 2025.
| Année | Valeur importations Russie (M€) | Volume importations Russie (kt) |
|---|---|---|
| 2015 | 684 | 2 060 |
| 2018 | 865 | 1 988 |
| 2020 | 234 | 744 |
| 2022 | 320 | 484 |
| 2025 | 0,3 | < 1 |
Source : Partenaires — importations par valeur
Les États-Unis deviennent le fournisseur dominant de l'UE
En miroir, les importations en provenance des États-Unis ont connu une croissance extraordinaire : de 783 millions d'euros en 2015 à 3,57 milliards d'euros en 2025, soit une multiplication par 4,6 (+356 %). En volume, les importations américaines sont passées de 2,48 à 7,88 millions de tonnes (+218 %). En 2025, les États-Unis représentent à eux seuls 62,8 % de la valeur totale des importations de propane de l'UE, contre 19,9 % en 2015. Cette montée en puissance s'explique par l'essor de la production de gaz de schiste aux États-Unis, combiné à la capacité croissante d'exportation GNL et GPL depuis la côte du Golfe, puis par la nécessité de substituer les volumes russes après 2022.
Des fournisseurs historiques relativement stables mais en perte de parts de marché
L'Algérie et la Norvège, fournisseurs historiques de l'UE, ont maintenu des niveaux d'exportation relativement stables en valeur (Algérie : 904 M€ en 2015 vs 923 M€ en 2025 ; Norvège : 616 M€ vs 653 M€). Cependant, en volume, l'Algérie a légèrement reculé (de 2,69 à 2,00 millions de tonnes), tandis que la Norvège a connu un déclin plus marqué en fin de période (1,26 million de tonnes en 2025, contre 1,91 million en 2015). Le Royaume-Uni a vu ses exportations vers l'UE diminuer de 38,6 % en valeur.
| Fournisseur | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 783 | 3 574 | +356 % |
| Algérie | 904 | 923 | +2 % |
| Norvège | 616 | 653 | +6 % |
| Russie | 684 | 0,3 | -100 % |
| Royaume-Uni | 404 | 248 | -39 % |
Source : Partenaires — importations par valeur
Une concentration des importations en forte hausse
L'indice de concentration HHI (Herfindahl-Hirschman) des importations en valeur est passé de 1 617 en 2015 à 4 362 en 2025, soit une hausse de 170 %. Ce niveau de concentration (supérieur à 2 500) indique un marché fortement concentré. La dépendance accrue de l'UE vis-à-vis des États-Unis, combinée à la disparition des flux russes, a considérablement réduit la diversification des approvisionnements. Cela constitue un risque stratégique pour l'UE en cas de perturbation des flux transatlantiques.
Source : Indice de concentration HHI
3. Chocs de prix, volatilité et structure segmentée du marché
2021–2022 : un choc de prix systémique sur les importations
L'analyse de volatilité révèle un choc de prix généralisé sur les importations de propane à partir de 2021. Les quatre principaux fournisseurs (États-Unis, Algérie, Norvège, Russie) ont tous connu des hausses de prix anormales en 2021, avec des augmentations comprises entre 57 % et 67 % par rapport à la période de référence (2019–2020). Ce choc coïncide avec la reprise post-Covid et la crise énergétique européenne de 2021–2022. Pour la Russie, le choc de prix a été de 66,8 % en 2021 (valeur d'abnormalité de 7,5), tandis que les volumes ont chuté de moitié par rapport à la baseline.
| Fournisseur | Prix baseline 2019–2020 (€/t) | Prix 2021 (€/t) | Hausse (%) |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 323 | 510 | +58 % |
| Algérie | 324 | 509 | +57 % |
| Norvège | 325 | 515 | +58 % |
| Russie | 336 | 561 | +67 % |
Source : Chocs de prix
Des fournisseurs d'exportation volatils et des marchés de niche fragiles
Côté exportations de l'UE, la volatilité est encore plus prononcée sur certains partenaires. L'Ukraine est devenue un marché d'exportation important à partir de 2022 (55 800 tonnes, puis 67 300 et 68 100 tonnes), probablement en lien avec les besoins de substitution au gaz russe. Les coefficients de variation les plus élevés concernent la Chine (1,63), l'Ukraine (1,29), les États-Unis (1,29) et la Turquie (0,93) pour les exportations, reflétant des flux sporadiques et irréguliers. Le choc le plus notable côté exportations est l'effondrement quasi total des exportations vers les États-Unis en 2020 (de 36 588 tonnes à 64 tonnes), un événement d'abnormalité extrême (826,8).
Source : Volatilité des échanges
Structure des sous-produits : un marché dominé par le propane de pureté intermédiaire
La ventilation par sous-position tarifaire révèle que les importations sont très largement dominées par le propane de pureté supérieure à 90 % mais inférieure à 99 % (NC 27111294), qui représente 7,42 millions de tonnes en 2025 (61,2 % du volume total importé), suivi du propane de pureté inférieure à 99 % destiné à un traitement défini (NC 27111291) avec 3,92 millions de tonnes (32,3 %). Le propane de haute pureté (≥ 99 %) destiné au carburant/combustible (NC 27111211) reste marginal à l'importation (108 000 tonnes). À l'exportation, la structure est similaire : le sous-produit NC 27111294 domine (285 000 tonnes sur 310 000).
Le prix moyen varie sensiblement selon le segment : le propane de haute pureté non combustible (NC 27111219) atteint des prix très élevés à l'exportation (près de 4 000 €/t en 2025), tandis que les produits de pureté standard se négocient autour de 500–600 €/t.
Source : Ventilation par produit
Spécialisation et rôle des États membres
Au sein de l'UE, les Pays-Bas, l'Italie, la Belgique et la France sont les principaux importateurs, reflétant la présence de grands terminaux GPL et de complexes pétrochimiques côtiers. La Belgique (+140 %) et la Suède (+158 %) ont connu les plus fortes hausses d'importations en valeur sur la période. À l'exportation, la Suède domine nettement (61 millions d'euros en 2025), suivie des Pays-Bas et de la Belgique.
L'analyse de spécialisation révèle que la Lettonie (RSCA : 0,78) et la Suède (RSCA : 0,76) sont les États membres les plus spécialisés dans le commerce du propane, tandis que la Grèce, la Bulgarie et la Roumanie présentent une spécialisation fortement négative, signe qu'ils importent ce produit sans être impliqués dans sa réexportation.
Sources : Spécialisation des rapporteurs et Rapporteurs — importations par valeur
Conclusion
La période 2015–2025 a profondément restructuré le marché européen du propane liquéfié. Trois dynamiques majeures se dégagent :
-
Une dépendance américaine croissante : les États-Unis sont passés de fournisseur secondaire à fournisseur dominant (63 % des importations en valeur en 2025), portés par l'essor du gaz de schiste et la nécessité de remplacer les volumes russes.
-
La disparition des flux russes : les importations de propane russe se sont effondrées de 684 millions d'euros à presque rien, illustrant l'impact concret des sanctions et de la reconfiguration géopolitique de l'énergie européenne.
-
Une volatilité des prix et une concentration accrue : le choc de 2021–2022 a fait grimper les prix de près de 60 %, tandis que l'indice de concentration des approvisionnements a plus que doublé, posant la question de la résilience stratégique de l'UE.
Si les volumes importés restent stables autour de 12 millions de tonnes par an, la facture énergétique s'est alourdie et la diversification des sources d'approvisionnement s'est réduite. La dépendance accrue vis-à-vis d'un seul fournisseur dominant, conjuguée à la volatilité structurelle des prix des hydrocarbures, constitue un enjeu majeur pour la sécurité énergétique européenne dans les années à venir.