Évolution du marché : Amiante travaillé (CN 6812) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier 6812 couvre l'amiante travaillé en fibres, les mélanges à base d'amiante ou d'amiante et de carbonate de magnésium, ainsi que les ouvrages en ces matières (fils, tissus, vêtements, chaussures, joints, etc.), à l'exclusion des ouvrages en amiante-ciment et des garnitures de friction. Ce produit, autrefois omniprésent dans l'industrie, fait l'objet d'une interdiction de mise sur le marché au sein de l'Union européenne depuis 2005. La période 2015–2025 se situe donc dans une phase de déclin structurel avancé, où seuls des usages résiduels, de transit ou des échanges liés au démantèlement et à la gestion des déchets subsistent. Le présent rapport examine l'évolution des échanges commerciaux extra-européens de l'UE sur cette nomenclature, en s'appuyant sur les données du Trade Dashboard.
I. Un déclin structurel prononcé des volumes échangés
Des volumes en repli continu, tant à l'import qu'à l'export
Le constat le plus marquant de la période est l'effondrement des quantités échangées. Les importations de l'UE en provenance de pays tiers passent de 215,1 tonnes en 2015 à seulement 34,1 tonnes en 2025, soit une chute de 84,1 %. Les exportations, bien que partant d'un niveau plus bas (60,3 tonnes), reculent également de 39,3 % pour atteindre 36,6 tonnes. La production de l'UE elle-même reflète cette dynamique, passant de 119 401 tonnes (équivalent kilogrammes) à 73 395 tonnes, un déclin de 38,5 %.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (t) | 215,1 | 34,1 | -84,1 % |
| Exportations (t) | 60,3 | 36,6 | -39,3 % |
| Production UE (kg) | 119 401 000 | 73 395 000 | -38,5 % |
Cf. Vue d'ensemble du commerce et volumes de production.
Un pic exceptionnel en 2019 suivi d'une correction brutale
L'année 2019 marque un pic de volumes à l'importation avec 4 424 tonnes — une valeur largement anormale qui s'explique principalement par un afflux de la sous-position 681280 (amiante crocidolite), passant de 4,3 tonnes en 2018 à 4 249,4 tonnes en 2019 avant de retomber à 2,7 tonnes en 2020. Ce type de mouvement ponctuel peut refléter des opérations ponctuelles de réexportation, de transit ou de gestion de stocks de produits interdits. Sur la période étudiée, l'importation de 681280 (crocidolite) a été extrêmement volatile, avec des prix unitaires variant de 434 à 107 787 €/t.
Une hausse des prix à l'importation qui contrebalance partiellement la chute des volumes
Paradoxalement, alors que les volumes importés se contractent massivement, la valeur totale des importations ne recule que de 20,2 % (de 632 289 € à 504 599 €), et le prix moyen à l'importation augmente de 399,9 %, passant de 2 924 €/t à 14 618 €/t. Cette divergence s'explique probablement par un effet de composition : les importations restantes portent sur des produits de niche ou à plus forte valeur ajoutée (comme les vêtements de protection spéciaux, code 681291), dont les prix ont fortement augmenté (de 9 531 à 52 961 €/t sur la période). À l'inverse, les prix à l'exportation baissent de 25,4 %.
| Flux | Valeur (€) | Quantité (t) | Prix moyen (€/t) |
|---|---|---|---|
| Importations | -20,2 % | -84,1 % | +399,9 % |
| Exportations | -54,0 % | -39,3 % | -25,4 % |
Cf. Vue d'ensemble du commerce.
II. Une réorganisation géographique profonde des flux commerciaux
L'effondrement des partenaires historiques et la persistance de l'Asie
La géographie du commerce de l'amiante travaillé a été profondément remodelée sur la période. Les importations en provenance de la Chine, premier fournisseur historique, passent de 129 540 € à 72 462 € (−44,1 %), avec une très forte volatilité (coefficient de variation de 3,01). Le Royaume-Uni, ancien partenaire majeur (281 049 € en 2015), voit ses exportations vers l'UE s'effondrer à 40 356 € (−85,6 %), un effondrement probablement lié au Brexit. Les importations en provenance de Russie et d'Iran, autrefois significatives, se réduisent à des niveaux quasi nuls (−98,7 % et −97,7 % respectivement).
| Partenaire (importations) | 2015 (€) | 2025 (€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 129 540 | 72 462 | -44,1 % |
| Royaume-Uni | 281 049 | 40 356 | -85,6 % |
| États-Unis | 79 970 | 134 346 | +68,0 % |
| Russie | 62 199 | 793 | -98,7 % |
| Iran | 59 173 | 1 385 | -97,7 % |
Cf. Principaux partenaires par valeur.
La recomposition des destinations d'exportation : entre déclin et émergence
Du côté des exportations, la chute est brutale pour plusieurs partenaires traditionnels : la Russie passe de 229 452 € à 550 € (−99,8 %), le Sénégal de 5 010 € à 37 € (−99,3 %), et la Norvège de 62 206 € à 2 351 € (−96,2 %). En parallèle, certains marchés émergent ou se consolident : l'Ukraine voit ses importations depuis l'UE passer de 31 963 € à 98 779 € (+209 %), la Turquie de 69 052 € à 111 181 € (+61 %), et le Cameroun connaît une progression spectaculaire de 350 € à 72 241 €.
| Partenaire (exportations) | 2015 (€) | 2025 (€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 31 200 | 14 829 | -52,5 % |
| Ukraine | 31 963 | 98 779 | +209,0 % |
| Norvège | 62 206 | 2 351 | -96,2 % |
| Turquie | 69 052 | 111 181 | +61,0 % |
| Cameroun | 350 | 72 241 | +20 540 % |
| Russie | 229 452 | 550 | -99,8 % |
Cf. Principaux partenaires par valeur.
Une déconcentration des sources d'approvisionnement et une reconcentration des débouchés
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations chute de 2 698 à 1 529 (−43,3 %), indiquant une diversification des sources d'approvisionnement. À l'inverse, le HHI des exportations augmente de 1 181 à 1 669 (+41,4 %), signe d'une concentration croissante des débouchés européens sur un nombre plus restreint de partenaires. Cette asymétrie traduit une situation où l'UE, confrontée à la raréfaction de l'offre mondiale d'amiante travaillé, a diversifié ses rares sources d'importation, tandis que ses exportations se concentrent sur quelques marchés réceptifs, notamment en Europe de l'Est et en Afrique.
Cf. Concentration (HHI).
III. Chocs de prix, volatilité et positionnement structurel de l'UE
Des chocs de prix ponctuels sur des flux marginaux
L'analyse de la volatilité révèle plusieurs événements de prix extrêmes. Le choc le plus marquant concerne les exportations vers le Sénégal en 2021, avec une hausse de prix de 3 141,7 % (degré d'anomalie : 54,2), bien que ne représentant que 4,1 % de la valeur des exportations. Les exportations vers la Norvège en 2020 affichent un choc de +241,5 % (anomalie : 23,5, part de 6,6 %). Du côté des importations, les prix en provenance des États-Unis connaissent un bond de 635,2 % en 2020 (anomalie : 4,6, part de 25,2 %). Ces chocs reflètent vraisemblablement des ruptures d'approvisionnement, des changements de qualité ou des opérations commerciales isolées sur un marché devenu très étroit.
| Événement | Flux | Partenaire | Année | Hausse de prix | Part (%) |
|---|---|---|---|---|---|
| Choc de prix | Exportations | Sénégal | 2021 | +3 141,7 % | 4,1 |
| Choc de prix | Exportations | Norvège | 2020 | +241,5 % | 6,6 |
| Choc de prix | Importations | États-Unis | 2020 | +635,2 % | 25,2 |
Cf. Chocs d'approvisionnement.
Un retournement de la balance commerciale et une autonomie relative préservée
La balance commerciale de l'UE sur ce produit a basculé d'un excédent de 267 816 € en 2015 à un déficit de 90 968 € en 2025. Cette inversion s'explique par le fait que la valeur des exportations a baissé plus vite (−54 %) que celle des importations (−20,2 %). Néanmoins, le ratio de dépendance aux importations nets (net import reliance) reste négatif (−4,0 % en 2025), signe que l'UE demeure globalement exportatrice nete en volume, bien que la tendance soit à la réduction de cet avantage.
Par ailleurs, la propension à l'exportation (export propensity) augmente significativement, passant de 17,8 % à 31,1 % (+75,4 %), et l'intensité commerciale (trade intensity) passe de 26,7 % à 45,9 % (+72,0 %). Ces indicateurs suggèrent que, dans un marché en contraction, les flux commerciaux restants deviennent proportionnellement plus importants par rapport à la production résiduelle.
Cf. Dépendance aux importations, intensité commerciale et propension à l'exportation.
Une spécialisation concentrée sur quelques États membres
En 2025, les indicateurs de spécialisation révèlent que seuls quelques États membres conservent un avantage comparatif révélé (RCA > 1) sur ce produit. L'Italie (RCA de 9,12, RSCA de 0,80) et le Danemark (RCA de 8,25, RSCA de 0,78) dominent nettement, tandis que la Lettonie (RCA de 2,21) présente un avantage plus modeste. À l'inverse, l'Allemagne (RCA de 0,0001), la France (RCA de 0,003) et la Suède (RCA de 0,003) ne présentent aucune spécialisation, conformément à la logique de désengagement généralisé vis-à-vis de l'amiante.
| État membre | RCA | RSCA | Part dans la production (%) | Part dans les échanges (%) |
|---|---|---|---|---|
| Italie | 9,12 | 0,80 | 73,0 | 8,0 |
| Danemark | 8,25 | 0,78 | 14,2 | 1,7 |
| Lettonie | 2,21 | 0,38 | 0,7 | 0,3 |
| Portugal | 1,20 | 0,09 | 1,7 | 1,4 |
| Pays-Bas | 0,65 | −0,21 | 9,4 | 14,5 |
Cf. Spécialisation des États membres.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché de l'amiante travaillé (CN 6812) dans l'Union européenne se caractérise par un déclin structurel prononcé, conforme aux effets attendus de l'interdiction européenne de l'amiante. Les volumes échangés se sont considérablement réduits, les partenaires historiques se sont effondrés, et la balance commerciale s'est retournée. Cependant, les données révèlent également une réalité plus nuancée : les prix à l'importation ont fortement augmenté, suggérant que les flux résiduels portent sur des produits de niche ou de haute valeur ; certains marchés émergents (Ukraine, Turquie, Cameroun) absorbent désormais une part croissante des exportations européennes ; et la concentration des sources d'approvisionnement s'est diversifiée. En définitive, il ne s'agit pas d'un marché en voie de disparition complète, mais d'un marché résiduel, volatile et géographiquement reconfiguré, dont la pérennité dépendra de la gestion des stocks existants, des opérations de démantèlement et de la demande persistante de certains pays tiers pour des produits désormais interdits dans l'UE.