Évolution du marché : Résidus d'extraction d'huiles végétales (CN 2306) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne (UE) pour le code nomenclature combinée 2306, qui couvre les tourteaux et autres résidus solides issus de l'extraction d'huiles végétales (hors soja et arachide) sur la période 2015-2025. Ces produits sont des sous-produits clés de l'industrie oléagineuse, principalement utilisés dans l'alimentation animale. L'analyse s'appuie sur les données annuelles d'échanges commerciaux entre l'UE et les pays tiers, ainsi que sur des indicateurs de structure de marché, de volatilité et d'autonomie. Le produit est détaillé dans le tableau de bord du commerce.
1. Une amélioration structurelle de la balance commerciale malgré un déficit persistant
La balance commerciale de l'UE pour le code 2306 reste déficitaire sur toute la période, mais le déficit s'est sensiblement réduit. Les importations ont légèrement reculé en valeur et en volume, tandis que les exportations ont connu une croissance dynamique, tirée par une hausse significative des prix.
1.1. Recul des importations et croissance vigoureuse des exportations
Les importations de l'UE en provenance des pays tiers ont diminué de 4,7 % en valeur (de 1,02 milliard € à 977 millions €) et de 12,6 % en volume (de 5,61 à 4,90 millions de tonnes) entre 2015 et 2025. À l'inverse, les exportations ont augmenté de 45,3 % en valeur (de 276 millions € à 401 millions €) et de 15,3 % en volume (de 1,27 à 1,46 million de tonnes). Cette divergence a conduit à une réduction du déficit commercial de 23,1 %, le faisant passer de -749 millions € à -576 millions €.
| Indicateur | 2015 (première valeur) | 2025 (dernière valeur) | Évolution (%) |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur, M€) | 1 024,9 | 977,0 | -4,7 % |
| Importations (volume, Mt) | 5,61 | 4,90 | -12,6 % |
| Exportations (valeur, M€) | 275,8 | 400,6 | +45,3 % |
| Exportations (volume, Mt) | 1,27 | 1,46 | +15,3 % |
| Balance commerciale (M€) | -749,1 | -576,4 | +23,1 % (réduction du déficit) |
Source : Vue d'ensemble du commerce
1.2. Une hausse des prix plus marquée à l'export qu'à l'import
L'évolution des prix moyens explique en partie la dynamique des valeurs. Le prix moyen à l'importation a augmenté de 9,1 % (de 182,6 à 199,2 €/t), tandis que le prix moyen à l'exportation a progressé de 25,9 % (de 217,5 à 273,8 €/t). Cette divergence a amélioré les termes de l'échange pour l'UE sur ce créneau.
1.3. Un secteur en plein essor au sein de l'UE
La production intérieure de l'UE a connu une croissance spectaculaire sur la période, indiquant un renforcement de la capacité de transformation oléagineuse sur le continent. En volume, la production a augmenté de 172,7 %, passant de 9,54 milliards de kg à 26,0 milliards de kg. En valeur, la hausse est de 293,0 %. Cette forte progression de la production domestique contribue à expliquer la réduction de la dépendance aux importations et la capacité accrue à exporter.
| Indicateur de production UE | Valeur initiale (2015) | Valeur finale (2025) | Évolution (%) |
|---|---|---|---|
| Volume (milliards de kg) | 9,54 | 26,00 | +172,7 % |
| Valeur (milliards €) | 0,95 | 3,72 | +293,0 % |
Source : Volumes de production
2. Une recomposition géographique des flux commerciaux majeure
La période 2015-2025 est marquée par des changements profonds dans l'origine des importations et la destination des exportations de l'UE, révélant une réorientation des partenariats stratégiques et une sensibilité accrue aux chocs géopolitiques.
2.1. L'effondrement des importations en provenance de Russie et la montée de l'Argentine
La part de la Russie dans les importations de l'UE s'est effondrée, passant de 208 millions € à moins d'1 million € (-99,6 %), un effondrement coïncidant avec le renforcement des sanctions économiques. L'Argentine a comblé en partie ce vide, avec une hausse de 218,6 % de ses exportations vers l'UE (de 62 à 198 millions €). L'Ukraine demeure le premier fournisseur, mais ses ventes ont reculé de 29 % en valeur. L'Indonésie et la Malaisie, fournisseurs majeurs de tourteaux de palmiste, montrent des trajectoires contrastées : stabilité pour l'Indonésie, recul marqué pour la Malaisie (-67,5 %).
| Principaux partenaires d'importation (valeur, M€) | 2015 | 2025 | Évolution (%) |
|---|---|---|---|
| Ukraine | 443,9 | 315,4 | -29,0 % |
| Indonésie | 161,0 | 171,0 | +6,2 % |
| Russie | 208,1 | 0,7 | -99,6 % |
| Argentine | 62,3 | 198,4 | +218,6 % |
| Royaume-Uni | 23,8 | 38,9 | +63,7 % |
Source : Partenaires principaux
2.2. Une diversification des destinations d'exportation et l'émergence de la Chine
Les exportations de l'UE se sont intensifiées vers plusieurs marchés. Le Royaume-Uni, premier client, a augmenté ses achats de 56,1 % (de 98 à 153 millions €). La Norvège a plus que doublé ses importations (+104,2 %). Le changement le plus spectaculaire concerne la Chine : les exportations de l'UE vers ce pays ont bondi de 16 767 %, passant de 132 000 € à 22,3 millions €, bien que ce chiffre soit très volatil. À l'inverse, les ventes vers la Turquie ont chuté de 71,9 %.
2.3. Une concentration des importations en baisse, mais des exportations plus ciblées
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) mesure la concentration des échanges. Pour les importations, le HHI a baissé de 26,0 %, indiquant une diversification des sources d'approvisionnement de l'UE, un mouvement favorable à la résilience. À l'inverse, le HHI des exportations a augmenté de 20,4 %, suggérant une concentration accrue sur un nombre plus restreint de marchés clients, ce qui pourrait représenter un risque.
| Indicateur de concentration (HHI) | Valeur initiale | Valeur finale | Évolution (%) |
|---|---|---|---|
| Importations | 2 605 | 1 928 | -26,0 % |
| Exportations | 1 863 | 2 244 | +20,4 % |
Source : Concentration (HHI)
3. Dynamiques de production, spécialisation et vulnérabilités
L'analyse de la structure interne du marché de l'UE et de ses indicateurs de dépendance révèle une industrie en transformation, avec une spécialisation accrue de certains États membres et une réduction globale de la vulnérabilité aux importations.
3.1. Des profils de spécialisation très disparates au sein de l'UE
L'analyse de l'avantage comparatif révélé (RCA) et de la spécialisation (RSCA) montre une forte hétérogénéité. La Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie sont les États membres les plus spécialisés dans l'exportation de ces produits, avec des indices RSCA supérieurs à 0,5. À l'inverse, l'Irlande, le Luxembourg, la Finlande et l'Italie sont structurellement importateurs nets, avec des indices RSCA très négatifs (proches de -1).
| États membres les plus spécialisés (2025) | RSCA | RCA |
|---|---|---|
| Bulgarie | 0,79 | 8,54 |
| Roumanie | 0,54 | 3,36 |
| Hongrie | 0,54 | 3,34 |
| Grèce | 0,49 | 2,95 |
| Lituanie | 0,44 | 2,55 |
Source : Spécialisation
3.2. Une réduction significative de la dépendance nette aux importations
Le ratio de dépendance nette aux importations (part des importations nettes dans la consommation apparente) a baissé de 31,4 %, passant de 25,6 % à 17,6 %. Cette amélioration de l'autonomie est cohérente avec la forte croissance de la production intérieure observée précédemment. Parallèlement, la propension à exporter (part des exportations dans la production) a bondi de 151,1 %, passant de 5,2 % à 13,0 %, ce qui confirme la montée en puissance de l'UE en tant qu'exportateur net sur ce segment.
| Indicateur d'autonomie | 2015 | 2025 | Évolution (%) |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations (%) | 25,6 | 17,6 | -31,4 % |
| Propension à exporter (%) | 5,2 | 13,0 | +151,1 % |
Source : Dépendance nette aux importations
3.3. Une volatilité marquée et des chocs de prix sur certaines relations commerciales
Les données de volatilité (coefficient de variation) et de détection des chocs mettent en lumière des relations commerciales instables. Les importations en provenance du Canada (CV=2,91), de Biélorussie (CV=1,03) et de Moldavie (CV=1,07) sont très volatiles. Du côté des exportations, les flux vers la Chine (CV=1,33) et la Macédoine du Nord (CV=0,96) sont les plus instables. Trois événements de choc majeurs ont été détectés : un pic de prix des exportations vers la Chine en 2018 (+1 329 % en un an), une hausse des prix des importations depuis l'Ukraine en 2021 (+31 %) et un autre pic à l'export vers la Turquie en 2022 (+98 %). Ces chocs reflètent une sensibilité aux perturbations logistiques, climatiques et géopolitiques.
| Principaux chocs détectés | Partenaire | Type | Année | Variation de prix (%) |
|---|---|---|---|---|
| Exportations vers la Chine | Chine | Prix | 2018 | +1 329 % |
| Importations depuis l'Ukraine | Ukraine | Prix | 2021 | +31 % |
| Exportations vers la Turquie | Türkiye | Prix | 2022 | +98 % |
Source : Chocs d'approvisionnement
Conclusion
La période 2015-2025 marque un tournant pour le marché européen des tourteaux d'extraction d'huiles végétales (hors soja/arachide). Le déficit commercial structurel de l'UE se réduit, porté par une formidable croissance de sa production intérieure (+172 % en volume) et une propension à exporter en forte hausse. Le paysage des partenaires commerciaux a été profondément recomposé, avec l'effondrement des échanges avec la Russie au profit de l'Argentine et une percée vers de nouveaux marchés comme la Chine, bien que ce dernier soit très volatil. L'UE a ainsi amélioré son autonomie, réduisant sa dépendance nette aux importations de 26 % à 18 %. Cependant, la concentration accrue de ses exportations sur certains marchés et la volatilité persistante des prix sur des relations clés (Chine, Ukraine) soulignent des vulnérabilités qui nécessitent une vigilance continue dans un contexte de tensions géopolitiques et de fluctuations des marchés agricoles mondiaux.