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Évolution du marché : Tourteaux de tournesol (CN 230630) — 2015–2025

Introduction

Les tourteaux de tournesol (code NC 230630), sous-produits issus de l'extraction de l'huile de tournesol, constituent un ingrédient essentiel des aliments pour le bétail. Entre 2015 et 2025, le marché européen de ce produit a connu des transformations profondes, marquées par un choc géopolitique majeur — les sanctions contre la Russie —, une forte montée en puissance de la production intérieure de l'UE, et une reconfiguration notable des flux commerciaux tant à l'import qu'à l'export. Ce rapport propose une analyse structurée de ces dynamiques à partir des données commerciales disponibles (Vue d'ensemble sur le tableau de bord).


1. La rupture des approvisionnements russes et la reconfiguration géopolitique des importations

La période 2015–2025 est d'abord celle d'un bouleversement des sources d'approvisionnement de l'Union européenne en tourteaux de tournesol. Les sanctions adoptées à l'encontre de la Russie, combinées à la résilience de l'Ukraine malgré le conflit armé, ont radicalement remodelé la carte des partenaires importateurs.

La quasi-disparition des importations en provenance de Russie

En 2015, la Russie était le deuxième fournisseur de l'UE en tourteaux de tournesol, avec des importations valorisées à 156,6 millions d'euros. En 2025, ce montant s'est effondré à seulement 193 000 euros, soit une chute de 99,9 %. Cette évolution traduit l'impact direct des sanctions commerciales européennes adoptées dans le contexte du conflit russo-ukrainien. La part de la Russie dans les importations européennes est ainsi passée d'environ 24 % à un niveau quasi négligeable (Détails par partenaire).

Partenaire Importations 2015 (M€) Importations 2025 (M€) Variation (%)
Ukraine 412,9 293,9 -28,8 %
Russie 156,6 0,2 -99,9 %
Argentine 62,1 195,5 +215,0 %
Kazakhstan 0,8 26,5 +3 342,0 %
Serbie 13,9 11,5 -17,6 %
Moldavie 4,0 9,6 +141,6 %

L'Ukraine, fournisseur dominant mais en repli relatif

L'Ukraine demeure de loin le premier fournisseur de l'UE tout au long de la période, avec des importations passées de 412,9 à 293,9 millions d'euros (–28,8 %). En dépit du déclenchement de la guerre en février 2022, l'approvisionnement ukrainien a tenu, soutenu par la mise en place de corridors logistiques et de facilités douanières européennes. Toutefois, sa part relative diminue à mesure que de nouveaux fournisseurs gagnent du terrain. Un pic de prix à l'importation en provenance d'Ukraine a été détecté en 2021 (anomalie de 23,2 et hausse de prix de 32,4 %), antérieur au conflit armé, probablement lié à des tensions sur les marchés mondiaux des céréales et oléagineux (Événements de choc).

L'émergence de fournisseurs alternatifs : Argentine et Kazakhstan

Le vide laissé par la Russie a été en partie comblé par l'Argentine, dont les exportations vers l'UE ont bondi de 62,1 à 195,5 millions d'euros (+215 %), et surtout par le Kazakhstan, dont les livraisons sont passées de 0,8 à 26,5 millions d'euros (+3 342 %). La Moldavie a également accru ses envois (de 4,0 à 9,6 M€, +141,6 %). Cette diversification géographique des approvisionnements témoigne d'une adaptation stratégique des importateurs européens face aux contraintes géopolitiques, même si la concentration des importations reste élevée (indice HHI de 4 149 en 2025, en baisse par rapport à 4 568 en 2015) (Indice de concentration HHI).


2. L'essor de la production européenne et la mutation du profil exportateur de l'UE

Au-delà du choc d'approvisionnement, la période se caractérise par une transformation structurelle du secteur européen des tourteaux de tournesol. La production a connu une croissance spectaculaire, propulsant l'UE vers un rôle exportateur nettement plus affirmé.

Une production qui a presque doublé en volume et quadruplé en valeur

La production européenne de tourteaux de tournesol est passée de 2,08 milliards de kg en 2015 à 3,87 milliards de kg en 2025, soit une hausse de 85,6 %. Plus remarquable encore, la valeur de cette production a bondi de 196 millions à 810 millions d'euros (+313,4 %), avec un pic à 1,02 milliard d'euros au cours de la période (Volumes de production). Cette divergence entre la trajectoire des volumes et celle des valeurs traduit une forte revalorisation unitaire du produit, portée par la hausse des cours mondiaux des matières premières agricoles.

Indicateur 2015 2025 Min (période) Max (période) Variation (%)
Production (milliards kg) 2,08 3,87 1,91 4,01 +85,6 %
Valeur de production (M€) 196 810 189 1 023 +313,4 %

Une propension à l'exporter en forte hausse

L'indicateur le plus marquant de cette transformation est la propension à l'exportation de l'UE, qui est passée de 8,5 % à 25,5 % (+198,6 %) entre 2015 et 2025. L'intensité commerciale (part du commerce extérieur dans la production) a également progressé de 48,6 % à 62,7 % (+29,0 %). L'UE, historiquement déficitaire en tourteaux de tournesol, exporte désormais une part significative de sa production vers des marchés tiers (Propension à l'exportation).

Des destinations d'exportation en pleine mutation

Les flux sortants de l'UE se sont reconfigurés. La Chine, qui ne représentait que 89 640 euros d'importations depuis l'UE en 2015, est devenue un débouché majeur à 21,5 millions d'euros en 2025 (+23 834 %). La Norvège a connu une trajectoire comparable (de 129 000 à 27,6 M€). En sens inverse, les exportations vers la Turquie ont reculé de 73,9 % (de 17,0 à 4,4 M€), reflétant peut-être le développement de la propre production turque ou un réacheminement des flux.

Destination Exportations 2015 (M€) Exportations 2025 (M€) Variation (%)
Chine 0,09 21,5 +23 834 %
Norvège 0,13 27,6 +21 381 %
Maroc 7,2 16,5 +131,1 %
Royaume-Uni 33,8 25,1 -25,5 %
Suisse 4,2 6,4 +53,5 %
Israël 9,8 6,3 -35,5 %
Turquie 17,0 4,4 -73,9 %

Du côté des États membres, la Bulgarie et l'Allemagne se distinguent. La Bulgarie a accru ses exportations hors UE de 20,8 à 38,3 millions d'euros (+84,1 %), tandis que l'Allemagne est passée de 624 000 à 29,9 millions d'euros (+4 695 %), devenant un acteur de premier plan. La Roumanie, autre grand producteur, a vu ses exportations diminuer de 29,2 à 18,7 M€ (–36,2 %) (Détails par reporter).

L'analyse de spécialisation confirme cette géographie : en 2025, la Bulgarie (RCA de 21,5), la Hongrie (11,7) et la Roumanie (5,5) sont les États membres les plus spécialisés dans ce produit à l'exportation, tandis que le Portugal, le Danemark et l'Allemagne figurent parmi les moins spécialisés malgré leur poids commercial (Spécialisation des États membres).


3. Prix, chocs et vulnérabilité : les fragilités persistantes d'un marché en tension

Si la restructuration des flux commerciaux et l'essor de la production européenne témoignent d'une adaptation réussie, le marché n'en demeure pas moins exposé à des tensions sur les prix, des chocs d'approvisionnement ponctuels et une dépendance structurelle aux importations.

Des prix à l'exportation en forte hausse, reflet de la revalorisation du produit

Le prix moyen des exportations européennes de tourteaux de tournesol est passé de 193,6 à 254,6 euros par tonne (+31,5 %), avec un pic à 338,7 euros par tonne au cours de la période. À l'importation, la hausse est plus modérée, de 221,5 à 228,0 euros par tonne (+2,9 %). L'écart de prix entre importations et exportations s'est ainsi resserré, signe d'une meilleure valorisation des tourteaux européens sur les marchés mondiaux. Sur la période, les exportations ont toutefois connu un volume en baisse de 1,1 % (de 474 705 à 469 589 tonnes), tandis que leur valeur a progressé de 30,1 % (de 91,9 à 119,6 M€), confirmant que la hausse est essentiellement tirée par les prix (Vue d'ensemble).

Indicateur 2015 2025 Min Max Variation (%)
Prix moyen import. (€/t) 221,5 228,0 176,7 296,2 +2,9 %
Prix moyen export. (€/t) 193,6 254,6 167,3 338,7 +31,5 %

Des chocs de prix ponctuels mais significatifs

L'analyse des événements de choc révèle trois épisodes notables :

  • Ukraine, 2021 (importations) : un pic de prix avec une anomalie de 23,2 et une hausse de 32,4 %, part de valeur de 57,6 %. Ce choc précède le conflit armé et s'inscrit dans un contexte de tension mondiale sur les marchés agricoles.
  • Turquie, 2022 (exportations) : une hausse de prix de 96,1 % (anomalie 5,5), part de valeur de 14,8 %, reflétant les difficultés d'approvisionnement turques.
  • Maroc, 2022 (exportations) : une hausse de 48,6 % (anomalie 5,4), part de valeur de 14,2 %, dans un contexte de sécheresse et de forte demande méditerranéenne.

L'année 2022 concentre deux des trois principaux chocs de prix à l'exportation, confirmant le caractère exceptionnel de cette année marquée par l'invasion russe de l'Ukraine et les perturbations logistiques qui en ont découlé (Événements de choc).

La volatilité des flux (mesurée par le coefficient de variation) reste élevée sur certains partenaires, en particulier la Biélorussie (CV de 1,91 pour les importations), la Chine (1,51) et le Brésil (1,47) pour les importations, ainsi que la Bosnie-Herzégovine (1,39) et la Chine (1,01) pour les exportations. Ces niveaux de volatilité soulignent la fragilité de certains flux commerciaux récents ou périphériques (Indicateurs de volatilité).

Une dépendance aux importations qui demeure structurelle

Malgré la montée en puissance de la production et des exportations européennes, le taux de dépendance nette aux importations n'a que marginalement évolué, passant de 41,0 % à 42,6 % (+3,9 %). Ce taux, qui a oscillé entre un minimum de 31,6 % et un maximum de 59,5 % au cours de la période, confirme que l'UE reste structurellement déficitaire en tourteaux de tournesol. Le solde commercial, bien qu'en amélioration de 24,2 % (passant de –568 à –431 millions d'euros), reste profondément négatif (Taux de dépendance aux importations).

La concentration des importations, quoique en légère baisse (HHI passant de 4 568 à 4 149), reste élevée, ce qui signifie que le marché demeure dépendant d'un nombre limité de fournisseurs. En 2025, l'Ukraine et l'Argentine à eux deux représentent la quasi-totalité des importations hors UE.

Du côté des États membres importateurs, les évolutions sont contrastées. Les Pays-Bas ont plus que doublé leurs importations (de 70,6 à 157,9 M€, +123,8 %), tandis que la France (–37,4 %), l'Italie (–41,5 %), l'Espagne (–66,6 %) et le Danemark (–77,3 %) ont significativement réduit les leurs, suggérant un réacheminement des flux intracommautaires ou une réduction de la demande locale.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen des tourteaux de tournesol a été profondément remodelé par la conjonction de deux forces majeures : le choc géopolitique lié à la guerre en Ukraine et les sanctions contre la Russie, d'une part, et la dynamique de montée en puissance de la production européenne, d'autre part. La quasi-disparition des importations russes a été compensée par la montée de l'Argentine et du Kazakhstan, tandis que l'Ukraine a maintenu — en dépit du conflit — sa position de premier fournisseur. En parallèle, la production européenne a presque doublé en volume et quadruplé en valeur, transformant l'UE en un exportateur nettement plus actif, avec une propension à l'exportation multipliée par trois. Néanmoins, la dépendance nette aux importations reste stable autour de 42 %, et le marché demeure concentré sur un petit nombre de fournisseurs. Les chocs de prix observés en 2021 et 2022 rappellent que ce marché reste exposé aux tensions géopolitiques et climatiques, appelant à une vigilance continue en matière de sécurité d'approvisionnement.

Généré le 2026-08-09. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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