Évolution du marché : Pull-overs en coton (CN 611020) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport examine l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code nomenclature combinée 611020, qui couvre les chandails, pull-overs, cardigans, gilets et articles similaires en bonneterie de coton (sauf gilets ouatinés). Sur la période 2015–2025, ce segment du textile a connu des transformations profondes : une restructuration géographique des approvisionnements, un effondrement de la production intra-européenne, une montée en puissance des exportations de l'UE vers des marchés tiers, et des chocs de prix majeurs sur certains partenaires clés. L'analyse s'appuie exclusivement sur les données disponibles sur le tableau de bord du commerce.
1. Une décennie de croissance asymétrique entre importations et exportations
Le déficit commercial s'est creusé malgré une forte progression des exportations
La valeur des exportations de l'UE en pull-overs de coton a plus que doublé sur la période, passant de 848 M€ en 2015 à 1 715 M€ en 2025 (+102,3 %). Toutefois, les importations, bien que progressant à un rythme plus modéré (+35,7 %), demeurent dans un tout autre ordre de grandeur : 5 120 M€ en 2025, soit trois fois le niveau des exportations. Le déficit commercial s'établit ainsi à −3 405 M€ en 2025, en aggravation de 16,4 % par rapport à 2015 (−2 925 M€).
| Indicateur | 2015 | 2019 | 2022 (pic) | 2025 | Évolution 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 848 | 1 718 | 2 186 | 1 715 | +102,3 % |
| Importations (M€) | 3 773 | 4 268 | 6 339 | 5 120 | +35,7 % |
| Solde (M€) | −2 925 | −2 549 | −4 152 | −3 405 | −16,4 % |
Les dynamiques de volumes et de prix révèlent des stratégies distinctes
Du côté des importations, la quantité a progressé de 61,3 % (de 205 638 t à 331 778 t) tandis que le prix unitaire a baissé de 15,9 % (de 18 348 à 15 430 €/t). Ce mouvement traduit une orientation de l'approvisionnement européen vers des sources à moindre coût, notamment en Asie du Sud. À l'inverse, les exportations ont affiché une hausse de prix de 51,2 % (de 43 112 à 65 175 €/t), ce qui suggère une montée en gamme ou un déplacement vers des segments à plus forte valeur ajoutée. La quantité exportée a certes progressé de 33,8 %, mais l'essentiel de la croissance de valeur provient de l'augmentation des prix unitaires.
| Flux | Quantité (t) | Prix (€/t) |
|---|---|---|
| Importations | +61,3 % | −15,9 % |
| Exportations | +33,8 % | +51,2 % |
L'année 2022 marque un pic exceptionnel suivi d'une correction
L'année 2022 constitue un sommet historique tant pour les importations (6 339 M€, 323 915 t) que pour les exportations (2 186 M€, 39 799 t). Ce pic résulte probablement de la conjonction d'effets post-Covid (reconstitution des stocks), de tensions sur les chaînes d'approvisionnement et d'inflation des prix de l'énergie et du transport. La période 2023–2025 se caractérise par une normalisation, avec des volumes d'importations qui repartent à la hausse (331 778 t en 2025) tandis que les exportations restent inférieures à leur pic de 2022.
2. Une restructuration géographique profonde des échanges
L'Asie du Sud s'impose comme le cœur de l'approvisionnement européen
Bangladesh est devenu de loin le premier fournisseur de l'UE en pull-overs de coton, avec 1 702 M€ en 2025 (+73,1 % par rapport à 2015). Ce pays a connu un pic spectaculaire en 2022 (2 079 M€), porté par un effet prix (+27,7 %) et une forte hausse des volumes. Le Pakistan confirme la dynamique de l'Asie du Sud : ses exportations vers l'UE ont triplé (+231,5 %), passant de 127 M€ à 421 M€, avec une progression de volumes ininterrompue (de 10 834 t à 37 280 t).
| Fournisseur | 2015 (M€) | 2022 (M€) | 2025 (M€) | Évolution |
|---|---|---|---|---|
| Bangladesh | 983 | 2 079 | 1 702 | +73,1 % |
| Chine | 1 243 | 1 134 | 912 | −26,6 % |
| Turquie | 470 | 1 094 | 715 | +52,3 % |
| Pakistan | 127 | 419 | 421 | +231,5 % |
| Cambodge | 204 | 373 | 316 | +54,6 % |
| Inde | 162 | 297 | 260 | +60,5 % |
La Chine perd progressivement des parts de marché
La Chine, qui était le premier fournisseur de l'UE en 2015 (1 243 M€), a cédé cette position à Bangladesh dès 2019. En 2025, ses exportations vers l'UE ne représentent plus que 912 M€ (−26,6 %). En volume, la chute est encore plus marquée : de 55 021 t en 2015 à 43 250 t en 2025 (−21,4 %). Le prix unitaire chinois, nettement supérieur à celui de la moyenne (21 080 €/t contre 15 430 €/t pour l'ensemble des importations), témoigne d'une spécialisation relative en produits de gamme supérieure. Le déclin progressif de la Chine s'explique par la convergence de plusieurs facteurs : hausse des coûts de production domestiques, stratégies de diversification des marques européennes vers d'autres pays d'Asie, et effet des chocs de prix détectés en 2019.
Le Brexit modifie les flux avec le Royaume-Uni
L'un des changements les plus spectaculaires concerne le Royaume-Uni. Ses importations de pull-overs de coton en provenance de l'UE ont chuté de 77,0 % (de 201 M€ en 2015 à 46 M€ en 2025), ce qui s'explique par la sortie du Royaume-Uni du marché unique en 2021 et l'introduction de formalités douanières. Parallèlement, les exportations de l'UE vers le Royaume-Uni ont diminué de 10,0 % (de 299 M€ à 269 M€), avec une chute brutale des quantités (de 7 549 t à 5 295 t) partiellement compensée par une hausse des prix, ce qui peut refléter un effet de sélection vers des produits à plus forte valeur ajoutée.
L'export de l'UE se diversifie géographiquement
Les exportations de l'UE vers des marchés tiers se sont considérablement diversifiées. La Suisse est devenue le premier client (287 M€ en 2025, +213 %), suivie de la Turquie (106 M€, +274 %) et des États-Unis (176 M€, +263 %). La Chine, client émergent, a vu ses importations en provenance de l'UE passer de 38 M€ à 135 M€ (+257 %). Le HHI des exportations est passé de 1 561 à 852 (−45,4 %), confirmant une diversification significative des débouchés.
Au sein de l'UE, l'Italie est devenue le premier exportateur intra-UE en 2025 (567 M€, +156,9 %), devançant l'Allemagne (270 M€) et la France (247 M€, +172,3 %). La Pologne a connu une progression spectaculaire (+999,5 %), de 9 M€ à 95 M€, illustrant le développement du secteur textile dans les pays d'Europe centrale et orientale.
3. Chocs de prix et vulnérabilité structurelle du modèle d'approvisionnement
Des chocs de prix majeurs sur les principaux fournisseurs
L'analyse de volatilité met en lumière des perturbations significatives sur plusieurs flux clés. En 2022, le prix à l'importation en provenance de Bangladesh a bondi de 27,7 % par rapport à sa ligne de base, un événement classé avec un indice d'anormalité de 20,2 et représentant 37,6 % de la valeur totale des importations — le choc le plus important de la période. Ce pic de prix coïncide avec la crise énergétique mondiale et la hausse des coûts de production au Bangladesh.
La Turquie a également connu un choc de prix à l'exportation en 2022 (+41,3 %, anormalité de 4,7), ce qui a temporairement réduit la compétitivité des exportations turques vers l'UE. Du côté des exportations de l'UE, la Suisse a subi un choc majeur en 2019 (prix multiplié par 1,58 par rapport à la base), un événement qui a durablement rehaussé le niveau de prix moyen vers ce marché.
| Choc | Partenaire | Flux | Année | Variation de prix | Anormalité |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Bangladesh | Import | 2022 | +27,7 % | 20,2 |
| 2 | Suisse | Export | 2019 | +57,6 % | 10,4 |
| 3 | Turquie | Export | 2022 | +41,3 % | 4,7 |
| 4 | Norvège | Export | 2017 | +18,2 % | 3,4 |
L'effondrement de la production intra-européenne creuse la dépendance aux importations
Les données de production de l'UE révèlent un déclin dramatique. La production en volume est passée de 219 millions d'unités en 2003 à 22,8 millions d'unités en 2024 (−89,6 %). La production en valeur a reculé de 1,8 milliard d'euros à 539 M€ (−70,1 %). Cette contraction s'est accélérée au cours de la période 2015–2024 : le volume a chuté de 30,4 à 22,8 millions d'unités.
| Indicateur | 2003 | 2015 | 2020 | 2024 |
|---|---|---|---|---|
| Production (millions d'unités) | 219,0 | 30,4 | 29,8 | 22,8 |
| Valeur de production (M€) | 1 801 | 453 | 688 | 539 |
| Prix moyen (€/unité) | 8,22 | 14,89 | 23,05 | 23,60 |
La hausse du prix moyen de production (de 8,22 €/unité en 2003 à 23,60 € en 2024) confirme que l'UE se concentre sur des segments de niche à haute valeur ajoutée, tandis que la production de volume a été délocalisée.
La dépendance aux importations atteint des niveaux critiques
Le taux de dépendance nette aux importations est passé de 12,4 % à 85,3 % entre 2003 et 2024, un bond de 590,8 %. En parallèle, la propension à exporter a explosé, passant de 2,5 % à 344,6 %, reflétant le rôle croissant de l'UE non pas comme producteur, mais comme plateforme de retraitement, de marquage et de réexportation de produits textiles vers des marchés tiers.
Les indices de spécialisation confirment cette lecture : le Danemark (RSCA : 0,48), le Portugal (0,44), la Pologne (0,26) et l'Espagne (0,24) conservent un avantage comparatif relatif en 2025, tandis que des pays comme l'Irlande (−0,84) ou la Finlande (−0,83) sont très largement déficitaires dans ce segment. La concentration des importations (HHI de 1 781) reste modérée mais repose sur une triade dominante (Bangladesh, Chine, Turquie) qui représente l'essentiel du flux.
Conclusion
Le marché européen des pull-overs en coton (CN 611020) a été profondément restructuré entre 2015 et 2025. Trois tendances majeures se dégagent. Premièrement, le modèle d'approvisionnement s'est recentré sur l'Asie du Sud, avec Bangladesh en position de leadership incontestée, au détriment de la Chine dont les parts de marché reculent. Deuxièmement, l'UE s'est repositionnée comme exportatrice nette de valeur — avec des exportations à prix élevés vers la Suisse, la Turquie, les États-Unis et la Chine — tandis que sa production intra-européenne s'effondre. Troisièmement, la dépendance structurelle aux importations a atteint 85,3 %, ce qui expose l'UE à des risques de rupture d'approvisionnement et de chocs de prix, comme l'a illustré le pic de prix sur le Bangladesh en 2022. La persistance de cette vulnérabilité, conjuguée à la poursuite de la délocalisation de la production, pose des questions en matière de résilience des chaînes de valeur textile européennes.