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Évolution du marché : Pull-overs et cardigans en coton (CN 61102099) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour les articles de bonneterie en coton pour femmes et fillettes — chandails, pull-overs, cardigans et gilets (code NC 61102099) — sur la période 2015–2025. Ce segment, qui englobe une large gamme de vêtements tricotés féminins en coton, à l'exclusion des sous-pulls et gilets ouatinés, constitue un indicateur pertinent des dynamiques de restructuration du secteur textile européen.

L'analyse de l'aperçu général révèle trois mouvements majeurs : un effondrement de la production intra-européenne, une reconfiguration géographique des approvisionnements, et une hausse significative des prix à l'exportation — signes d'un secteur en profonde mutation structurelle.


1. L'effondrement de la production européenne et la dépendance accrue aux importations

Une production en chute libre

La donnée la plus marquante de la période est l'effondrement spectaculaire de la production intra-européenne. En volume, la production est passée de 93 175 203 pièces à seulement 10 540 373 pièces, soit une baisse de -88,7 %. En valeur, le déclin est tout aussi saisissant : de 791 502 181 € à 236 291 097 € (-70,1 %).

Indicateur 2015 2025 Variation
Production (pièces) 93 175 203 10 540 373 -88,7 %
Production (valeur, €) 791 502 181 236 291 097 -70,1 %

Cette divergence entre la baisse du volume (-88,7 %) et celle de la valeur (-70,1 %) indique que les rares productions restantes se concentrent sur des segments à plus forte valeur ajoutée, tandis que le volume « ordinaire » a quasi-disparu du territoire européen.

Une dépendance aux importations devenue structurelle

Le corollaire direct de cet effondrement est l'explosion de la dépendance nette aux importations, passée de 19,4 % à 87,4 % sur la période. L'UE, qui couvrait encore une part significative de sa demande intérieure en 2015, est devenue quasi-totalement dépendante des fournisseurs extérieurs.

Indicateur 2015 2025 Variation
Dépendance nette aux importations (%) 19,4 87,4 +350,1 %
Intensité commerciale (%) 25,4 121,7 +379,8 %
Propension à exporter (%) 4,2 346,3 +8 098,8 %

L'intensité commerciale (rapport échanges/production) et la propension à exporter (rapport exportations/production) ont respectivement atteint 121,7 % et 346,3 %. Ces valeurs très élevées, supérieures à 100 %, signifient que les échanges extérieurs (importations et exportations) dépassent désormais largement la production locale. L'UE n'est plus un producteur au sens classique : elle est devenue une plateforme logistique, important en grande quantité, re-exportant partiellement, et ne conservant qu'une production résiduelle.

Un déficit commercial persistant mais en léger recul

Le solde commercial reste structurellement négatif, oscillant entre -1,10 Md€ (point bas, probablement autour de 2019–2020) et -2,10 Md€ (point haut). En 2025, il s'établit à -1,75 Md€, soit une quasi-stabilité par rapport à 2015 (-1,72 Md€). La légère amélioration observée au milieu de la période (autour de 2019–2020) s'explique davantage par un recul temporaire des importations que par une dynamique exportatrice.


2. Une reconfiguration géographique des échanges

Les importations : du Bangladesh à la diversification asiatique

Les partenaires d'importation ont connu une restructuration profonde entre 2015 et 2025 :

Partenaire Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation
Bangladesh 552,8 883,5 +59,8 %
Chine 752,9 491,8 -34,7 %
Turquie 266,4 328,2 +23,2 %
Pakistan 47,5 154,1 +224,7 %
Cambodge 138,1 156,8 +13,5 %
Inde 86,0 128,2 +49,2 %
Maroc 35,3 68,8 +95,3 %

Le principal mouvement est le déclin relatif de la Chine, qui est passée de premier fournisseur (752,9 M€) à deuxième position (491,8 M€), perdant plus d'un tiers de sa part. À l'inverse, le Bangladesh a conforté sa position de leader avec une valeur en hausse de près de 60 %, dépassant les 883 M€.

Deux dynamiques secondaires méritent l'attention :

  • La montée en puissance du Pakistan (+224,7 %), qui passe de fournisseur marginal à partenaire significatif, reflétant un redéploiement de la capacité de production vers ce pays.
  • La progression du Maroc (+95,3 %), qui traduit une stratégie de nearshoring : la proximité géographique et les accords commerciaux préférentiels avec l'UE attirent des flux auparavant dirigés vers l'Asie du Sud-Est.

La concentration des importations (HHI), mesurée en valeur, a diminué de 2 139 à 1 887 (-11,8 %), indiquant une diversification des sources d'approvisionnement. L'UE réduit ainsi sa dépendance vis-à-vis d'un fournisseur dominant, ce qui constitue une réponse partielle au risque de concentration.

Les exportations : une montée en gamme et de nouveaux relais

Les exportations de l'UE vers le reste du monde ont progressé de 87,9 % en valeur (de 424 M€ à 797 M€), alors que les volumes n'ont augmenté que de 15,4 % (de 10 315 t à 11 902 t). Cette divergence fondamentale traduit une repositionnement vers le haut de gamme.

Partenaire Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation
Royaume-Uni 123,1 115,8 -5,9 %
Suisse 60,0 185,1 +208,3 %
Turquie 13,3 43,5 +226,1 %
États-Unis 26,3 75,1 +185,9 %
Norvège 9,8 37,4 +280,5 %
Chine 19,2 57,5 +199,4 %

Le Royaume-Uni demeure le premier client, mais avec une valeur en légère baisse (-5,9 %), probablement en lien avec les frictions post-Brexit. En revanche, plusieurs marchés ont connu des hausses spectaculaires : la Suisse (+208,3 %), la Norvège (+280,5 %), la Chine (+199,4 %) et les États-Unis (+185,9 %).

Cette géographie exportatrice évoluée suggère que les produits de bonneterie coton exportés par l'UE sont de plus en plus positionnés sur des segments premium — probablement des marques de luxe ou de prêt-à-porter haut de gamme — destinés à des marchés à fort pouvoir d'achat. Le prix unitaire à l'exportation confirme cette lecture.

La spécialisation des États membres

L'analyse de spécialisation (RSCA, 2025) révèle que certains États membres conservent un avantage comparatif significatif :

Pays RSCA RCA
Danemark 0,464 2,73
Pologne 0,332 1,99
Portugal 0,297 1,85
Espagne 0,269 1,74
Italie 0,046 1,10

Le Danemark et la Pologne se distinguent par un avantage comparatif révélé (RCA) supérieur à 1,5, tandis que l'Italie — pourtant historiquement forte dans le textile — n'atteint qu'un RCA de 1,10, proche de la neutralité. Cela reflète probablement la montée en gamme italienne (moins de volume, plus de valeur), qui ne se traduit pas nécessairement par un RCA élevé en termes de masse.

À l'inverse, Malte, l'Irlande, la Finlande et les pays baltes affichent des RSCA fortement négatifs, confirmant leur spécialisation dans d'autres secteurs.

Les importations par État membre montrent que l'Allemagne reste le premier importateur (762,9 M€ en 2025), suivie de la France (343,9 M€) et des Pays-Bas (309,9 M€). L'Espagne a connu la plus forte progression (+93,3 %), tandis que la Pologne a multiplié ses importations par plus de cinq (+431,2 %), signe d'une intégration croissante dans les chaînes d'approvisionnement textile européennes.


3. Des dynamiques de prix et de volatilité révélatrices des tensions structurelles

Un écart de prix entre importations et exportations qui se creuse

Les prix unitaires révèlent une divergence fondamentale entre les deux sens du commerce :

Indicateur 2015 2025 Variation
Prix moyen import (€/t) 18 429 16 600 -9,9 %
Prix moyen export (€/t) 41 114 66 954 +62,9 %
Prix moyen import (€/pièce) 5,84 5,98 +2,3 %
Prix moyen export (€/pièce) 12,85 22,71 +76,7 %

Le prix à la tonne des importations a baissé de 9,9 %, tandis que celui des exportations a augmenté de 62,9 %. En prix par pièce, l'écart est encore plus frappant : les exportations sont passées de 12,85 € à 22,71 € (+76,7 %), alors que les importations sont restées quasiment stables autour de 6 €.

L'écart de prix par pièce (ratio export/import) est ainsi passé de 2,2 à 3,8, ce qui confirme que l'UE importe des produits à faible valeur unitaire (production de masse asiatique) et exporte des produits à forte valeur ajoutée (marques européennes, design, qualité supérieure). Cette dynamique de « valeur ajoutée capturée » est caractéristique d'un modèle où la production physique est délocalisée, mais où la conception, le branding et la distribution restent en Europe.

Des chocs de prix ponctuels mais significatif

L'analyse de volatilité identifie plusieurs événements de prix atypiques :

Événement Type Flot Anomalie Décalage Part de valeur
Bangladesh, 2022 Prix Importations 22,2 +26,8 % 39,3 %
Suisse, 2019 Prix Exportations 17,9 +49,7 % 29,7 %
Cambodge, 2022 Prix Importations 12,7 +19,7 % 7,3 %

Le choc le plus important concerne le Bangladesh en 2022 : une hausse de prix de 26,8 % sur une part de valeur représentant 39,3 % des importations totales. Ce choc, d'une anomalie de 22,2 (un écart très significatif), coïncide avec la crise énergétique mondiale et la hausse des coûts de production dans le secteur textile bangladais. Le Cambodge a subi une pression similaire la même année (+19,7 %).

Du côté des exportations, le pic de prix vers la Suisse en 2019 (+49,7 %) pourrait refléter un effet de composition (un changement dans le mix de produits exportés vers ce marché) ou une appréciation des produits de luxe européens.

La volatilité des flux, mesurée par le coefficient de variation, confirme des niveaux élevés pour certains partenaires : le Pakistan (CV = 0,36), le Myanmar (CV = 0,48) et le Viêt Nam (CV = 0,75) présentent une forte instabilité des approvisionnements, ce qui constitue un risque pour les chaînes d'approvisionnement européennes.

Les importations en volume et en valeur : des trajectoires qui convergent

Il est utile de décomposer l'évolution des importations pour comprendre les moteurs de la croissance :

Composante des importations 2015 2025 Variation
Valeur (M€) 2 146,9 2 542,5 +18,4 %
Volume (tonnes) 116 490 153 149 +31,5 %
Prix moyen (€/t) 18 429 16 600 -9,9 %

La hausse de la valeur (+18,4 %) est tirée principalement par le volume (+31,5 %), partiellement compensée par la baisse des prix (-9,9 %). Cela suggère que l'UE absorbe des quantités croissantes de produits à bas prix, une tendance compatible avec la poursuite de la délocalisation de la production de base vers des pays à faibles coûts.

Pour les exportations, le schéma est inversé :

Composante des exportations 2015 2025 Variation
Valeur (M€) 424,1 797,0 +87,9 %
Volume (tonnes) 10 315 11 902 +15,4 %
Prix moyen (€/t) 41 114 66 954 +62,9 %

La hausse de la valeur (+87,9 %) est ici tirée à la fois par le volume (+15,4 %) et surtout par les prix (+62,9 %). L'UE exporte légèrement plus en volume, mais à des prix considérablement plus élevés, confirmant le repositionnement qualitatif.


Conclusion

L'analyse du commerce de l'UE pour les pull-overs et cardigans en coton (CN 61102099) sur la période 2015–2025 révèle une transformation profonde du modèle économique du secteur textile européen.

La production intra-européenne s'est effondrée (-88,7 % en volume, -70,1 % en valeur), entraînant une dépendance quasi-totale aux importations (87,4 % de dépendance nette). Ce mouvement s'est accompagné d'une reconfiguration géographique : le Bangladesh s'est imposé comme fournisseur dominant, la Chine a reculé, et de nouveaux acteurs (Pakistan, Maroc) émergent, reflétant à la fois le nearshoring et la diversification des risques.

Paradoxalement, cette dépendance accrue coïncide avec un renforcement de la position exportatrice de l'UE sur le segment haut de gamme. Les prix à l'exportation ont progressé de 62,9 %, et les marchés les plus dynamiques (Suisse, Norvège, États-Unis, Chine) sont des marchés à fort pouvoir d'achat. L'UE ne produit plus en volume, mais elle capture la valeur par le design, la marque et la distribution.

Les risques demeurent cependant significatifs : la concentration des approvisionnements au Bangladesh (39,3 % des importations), la volatilité des prix (chocs de 2022), et l'instabilité de certains fournisseurs (Viêt Nam, Myanmar) constituent des vulnérabilités structurelles. La stratégie de diversification géographique, amorcée mais encore incomplète, sera déterminante pour la résilience du secteur dans les années à venir.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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