Évolution du marché : Chandails en coton (CN 61102091) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code NC 61102091 — les chandails, pull-overs, cardigans et articles similaires en bonneterie de coton pour hommes ou garçonnets (hors sous-pulls et gilets ouatinés) — sur la période 2015–2025. Les données révèlent un marché profondément transformé : une quasi-disparition de la production européenne, un recours massif aux importations en provenance d'Asie du Sud, et paradoxalement, une forte montée en gamme des exportations de l'UE. L'analyse s'appuie sur les données fournies, consultables via le tableau de bord du commerce.
I. Une dépendance structurelle croissante de l'UE aux importations
Le déficit commercial se creuse durablement
Sur l'ensemble de la période, le solde commercial de l'UE pour ce produit s'est détérioré, passant d'un déficit de −1 126 M€ (2015) à −1 591 M€ (2025), soit une aggravation de 41,2 %. Ce déficit structurel traduit la capacité de l'UE à absorber une demande intérieure que la production locale ne peut plus satisfaire.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 1 514 M€ | 2 460 M€ | +62,5 % |
| Importations (quantité) | 83 603 t | 172 610 t | +106,5 % |
| Exportations (valeur) | 388 M€ | 869 M€ | +124,1 % |
| Exportations (quantité) | 8 603 t | 13 725 t | +59,5 % |
| Solde commercial | −1 126 M€ | −1 591 M€ | −41,2 % |
Source : Aperçu général du commerce
Une production européenne en effondrement
Le phénomène le plus marquant de cette décennie est l'effondrement de la production intra-UE. En volume, la production est passée de 79,8 millions de pièces à seulement 9,4 millions de pièces, soit un recul de 88,2 %. En valeur, la chute atteint 73,0 % (de 756 M€ à 204 M€). Ce mouvement s'inscrit dans la continuité de la délocalisation textile amorcée depuis les années 2000, accélérée par les coûts de main-d'œuvre en Europe et la concurrence des pays asiatiques.
Source : Volumes de production
La dépendance aux importations atteint un niveau critique
L'indicateur de dépendance nette aux importations illustre l'ampleur du changement structurel : il est passé de 6,9 % en 2015 à 87,6 % en 2025, soit une multiplication par plus de 12. En parallèle, l'intensité commerciale (rapport du commerce extérieur au PIB de la production) a bondi de 9,0 % à 129,8 %, et la propension à exporter de 1,2 % à 484,9 % (indicateurs de vulnérabilité). Ces chiffres extrêmes s'expliquent par le fait que la production résiduelle de l'UE est devenue marginale, tandis que les flux commerciaux (réimportations incluses) restent substantiels.
II. Une reconfiguration géographique des flux d'approvisionnement
L'Asie du Sud consolide sa domination sur les importations
Les fournisseurs historiques ont cédé la place à de nouveaux hubs de production. Le tableau ci-dessous synthétise l'évolution des principaux partenaires d'importation de l'UE :
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation | Part 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Bangladesh | 405 | 791 | +95,5 % | 32,2 % |
| Chine | 468 | 396 | −15,5 % | 16,1 % |
| Turquie | 183 | 349 | +91,3 % | 14,2 % |
| Pakistan | 78 | 264 | +236,0 % | 10,7 % |
| Cambodge | 64 | 158 | +147,8 % | 6,4 % |
| Inde | 73 | 124 | +69,0 % | 5,0 % |
| Royaume-Uni | 94 | 24 | −74,8 % | 1,0 % |
Source : Partenaires principaux par valeur
Le déclin chinois et l'ascension de Bangladesh et Pakistan
La Chine, premier fournisseur en 2015 (468 M€), a été détrônée par Bangladesh (791 M€ en 2025). Cette substitution s'explique par les avantages comparatifs du Bangladesh en termes de coûts de main-d'œuvre et d'accords commerciaux préférentiels (Everything But Arms). Le Pakistan affiche la progression la plus spectaculaire (+236 %), suivi du Cambodge (+148 %). Ces dynamiques reflètent une diversification stratégique des chaînes d'approvisionnement européennes, probablement accélérée par les tensions commerciales avec la Chine et la pandémie de COVID-19.
L'effondrement des importations britanniques
Le cas du Royaume-Uni est remarquable : ses exportations vers l'UE sont passées de 94 M€ à 24 M€ (−74,8 %). Ce déclin, qui coïncide avec le Brexit (sortie effective le 31 janvier 2020), illustre l'impact des nouvelles barrières non tarifaires (déclarations douanières, règles d'origine) sur les flux intra-européens sensibles.
Une concentration des importations en légère baisse
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a diminué de 1 941 à 1 706 (−12,1 %), témoignant d'une diversification progressive des sources d'approvisionnement. Le HHI des exportations a chuté de manière plus prononcée, de 1 993 à 779 (−60,9 %), indiquant une ouverture beaucoup plus large des débouchés à l'export (concentration).
III. Paradoxe exportateur : une montée en gamme malgré la désindustrialisation
Des exportations en forte croissance, tirées par la valeur
Alors que la production s'effondre, les exportations de l'UE vers les pays tiers ont pourtant doublé en valeur (+124,1 %), passant de 388 M€ à 869 M€. Ce paradoxe s'explique par un phénomène de montée en gamme : le prix moyen à l'export a augmenté de 40,5 % (de 45 076 €/t à 63 323 €/t), tandis que le prix à l'import a baissé de 21,3 % (de 18 113 €/t à 14 253 €/t). L'UE se spécialise donc dans les segments à haute valeur ajoutée (luxe, prêt-à-porter haut de gamme) tout en externalisant la production de base.
| Indicateur prix | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Prix moyen export (€/t) | 45 076 | 63 323 | +40,5 % |
| Prix moyen import (€/t) | 18 113 | 14 253 | −21,3 % |
| Prix moyen export (€/pièce) | 17,09 | 28,21 | +65,0 % |
| Prix moyen import (€/pièce) | 7,35 | 7,11 | −3,3 % |
Source : Aperçu général
De nouveaux marchés dynamiques pour les exportations UE
Les destinations des exportations européennes se sont profondément diversifiées :
| Destination | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 163 | 147 | −9,5 % |
| Suisse | 29 | 97 | +239,0 % |
| États-Unis | 18 | 89 | +392,5 % |
| Chine | 17 | 76 | +339,4 % |
| Turquie | 15 | 62 | +325,9 % |
| Russie | 27 | 36 | +35,6 % |
| Norvège | 8 | 22 | +162,0 % |
Source : Partenaires d'exportation
La progression vers les États-Unis (+393 %) et la Chine (+339 %) confirme la capacité de l'industrie européenne du haut de gamme à conquérir des marchés exigeants. La Suisse, marché historique du luxe, confirme son rôle de plateforme de redistribution.
L'Italie et la France, moteurs de la spécialisation à l'export
L'analyse de la spécialisation montre que le Portugal (RSCA = 0,511), le Danemark (0,455) et l'Italie (0,252) disposent des avantages comparatifs les plus marqués. Au niveau des États membres, l'Italie domine les exportations (299 M€ en 2025, +159 %), suivie de la France (148 M€, +243 %). Ces deux pays concentrent des marques de mode et de luxe qui bénéficient d'un positionnement prix élevé.
Source : Rapporteurs par valeur (exportations)
Des chocs de prix ponctuels mais significatifs
L'analyse de la volatilité et des chocs d'approvisionnement révèle plusieurs épisodes marquants :
- Bangladesh (2022) : choc de prix à l'import d'une anormalité de 39,3, avec une hausse de +27,9 %. Ce choc, qui touche le premier fournisseur (35,9 % de parts de marché), reflète probablement les conséquences de la hausse des coûts de l'énergie et du coton post-COVID.
- Russie (2022) : hausse de prix à l'export de +67,0 %, coïncidant avec le début du conflit russo-ukrainien et les perturbations logistiques associées.
- Royaume-Uni (importations) : le coefficient de variation le plus élevé de tous les partenaires (CV = 1,166), confirmant la forte instabilité des flux post-Brexit.
Parmi les pays tiers à l'approvisionnement, le Pakistan (CV = 0,413), le Myanmar (0,486) et l'Égypte (0,481) présentent les niveaux de volatilité les plus élevés, ce qui suggère des fragilités dans ces chaînes d'approvisionnement.
Conclusion
La période 2015–2025 a vu le marché européen des chandails en coton pour hommes se transformer radicalement. Trois dynamiques majeures structurent ce marché :
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Une désindustrialisation achevée : la production intra-UE a été réduite de près de 90 % en volume, laissant l'UE dépendante à hauteur de 87,6 % des importations pour couvrir sa demande.
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Une recomposition géographique des approvisionnements : Bangladesh a supplanté la Chine comme premier fournisseur, tandis que le Pakistan et le Cambodge ont connu des croissances spectaculaires. Le Brexit a provoqué un effondrement des échanges avec le Royaume-Uni.
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Une montée en gamme des exportations européennes : malgré la contraction de la production, l'UE a su développer ses exportations vers les États-Unis, la Chine et la Suisse, en misant sur des produits à forte valeur ajoutée. Le prix moyen à l'export a progressé de 65 % à l'unité, contre une baisse de 3,3 % à l'import.
Cette évolution illustre la stratégie de spécialisation dans le haut de gamme qui caractérise désormais l'industrie textile européenne, au prix d'une vulnérabilité accrue face aux chocs d'approvisionnement internationaux et aux crises géopolitiques.