Évolution du marché : Plaques, feuilles, pellicules, bandes et lames, en polymères de l'éthylène non alvéolaires, non renforcées ni stratifiées, ni munies d'un support, ni pareillement associées à d'autres matières, non travaillées ou simpl. ouvrées en surface ou simpl. découpées de forme carrée ou rectangulaire (à l'excl. des produits auto-adhésifs ainsi que des revêtements de sols, de murs ou de plafonds du n° 3918) (CN 392010) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport examine l'évolution des échanges commerciaux extra-européens de l'Union européenne pour le code douanier CN 392010 — les plaques, feuilles, pellicules et lames en polymères de l'éthylène non alvéolaires — sur la période 2015–2025. Ce produit, qui regroupe notamment les films d'emballage en polyéthylène (PE), les feuilles étirables et les plaques de PE, constitue un segment important de l'industrie européenne des matières plastiques, servant des secteurs aussi variés que l'emballage, l'agriculture et l'industrie.
Au cours de la période analysée, le marché européen de la CN 392010 a traversé des transformations majeures : une croissance soutenue de la production intérieure, une accélération des importations qui érode le solde commercial, un choc de prix lié à la crise énergétique de 2022, et une réorganisation géopolitique profonde des flux commerciaux, marquée par l'effondrement des échanges avec la Russie et la montée de fournisseurs comme la Turquie, la Chine et l'Égypte.
Les données utilisées proviennent du tableau de bord du commerce et couvrent les flux commerciaux annuels de l'UE avec les pays tiers, de 2015 à 2025.
1. Une base productive en expansion mais un excédent commercial qui s'érode
1.1. Une production européenne en forte hausse
La production intérieure de l'UE en CN 392010 a connu une croissance remarquable sur la période, passant d'environ 3,9 milliards de tonnes en 2003 à près de 5,0 milliards de tonnes en 2024, soit une augmentation de +26 % depuis 2015 (5,04 milliards de tonnes). En valeur, la progression est encore plus spectaculaire : de 6,6 milliards d'euros en 2003 à 11,4 milliards d'euros en 2024, soit un bond de +72,7 % par rapport à 2015 (10,7 milliards d'euros). Ce dynamisme traduit une augmentation substantielle de la valeur unitaire de la production, passant de 1,68 €/kg en 2003 à 2,31 €/kg en 2024, suggérant une montée en gamme ou l'impact de l'inflation des coûts de production. Ces données de production sont disponibles sur les volumes de production.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Production (quantité, tonnes) | 5 035 M | 4 954 M | -1,6 % |
| Production (valeur, €) | 10 690 M | 11 432 M | +6,9 % |
| Prix moyen production (€/kg) | 2,12 | 2,31 | +8,7 % |
La production a connu un pic en volume en 2017 (6,06 milliards de tonnes) et en valeur en 2022 (13,9 milliards d'euros), avant de se stabiliser à des niveaux légèrement inférieurs.
1.2. Un excédent commercial en recul continu
Malgré cette base productive solide, l'UE reste exportatrice nette de CN 392010, mais son excédent commercial se réduit. Le solde commercial est passé de 853 millions d'euros en 2015 à 743 millions d'euros en 2025, soit une baisse de -12,9 %.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 1 822 | 2 157 | +18,4 |
| Exportations (quantité, t) | 674 820 | 668 540 | -0,9 |
| Prix export (€/t) | 2 700 | 3 227 | +19,5 |
| Importations (valeur, M€) | 969 | 1 415 | +46,0 |
| Importations (quantité, t) | 398 292 | 623 044 | +56,4 |
| Prix import (€/t) | 2 432 | 2 270 | -6,7 |
| Solde (M€) | 853 | 743 | -12,9 |
L'analyse de ces chiffres révèle une divergence structurelle :
- Les exportations ont crû en valeur (+18,4 %) grâce à une hausse des prix (+19,5 %), alors que les volumes sont restés quasi-stables (-0,9 %). L'UE maintient sa position exportatrice par la valeur plutôt que par les volumes.
- Les importations ont bondi tant en volume (+56,4 %) qu'en valeur (+46,0 %), avec toutefois une baisse du prix unitaire (-6,7 %). Cela indique un afflux de volumes à des prix concurrentiels.
Le taux d'intensité commerciale (part du commerce extérieur dans la production intérieure) est passé de 15,7 % en 2015 à 27,4 % en 2024, soit une hausse de +74 %, ce qui témoigne d'une intégration croissante du marché européen dans les échanges mondiaux.
1.3. Une dépendance aux importations qui s'accélère
La dépendance nette aux importations (déficit commercial rapporté à la production intérieure) reste négative, confirmant que l'UE est structurellement exportatrice nette. Elle s'est cependant détériorée au fil du temps : de -7,0 % en 2015, elle a atteint un minimum de -11,2 % en 2020, avant de revenir à -6,9 % en 2024. La part des exportations dans la production (propension à exporter) est passée de 11,5 % à 18,6 %, suggérant que les exportateurs européens ont accru leur présence sur les marchés tiers, mais pas assez vite pour compenser la montée des importations.
2. Un choc de prix de 2022 qui a durablement reconfiguré les conditions d'échange
2.1. Une explosion des prix à l'exportation en 2022
L'année 2022 constitue un tournant structurel dans les prix du marché de la CN 392010. Les chocs de prix détectés sur cette année sont multiples et touchent presque tous les partenaires commerciaux majeurs.
Le prix moyen à l'exportation de l'UE a bondi de 2 971 €/t en 2021 à 3 705 €/t en 2022, soit une hausse de +24,7 % en une seule année. Ce pic est principalement imputable à la flambée des coûts de l'énergie en Europe (gaz naturel et électricité), qui a directement affecté les coûts de production des polymères d'éthylène, une industrie très énergivore.
| Partenaire (export) | Prix 2020 (€/t) | Prix 2022 (€/t) | Pic (%) | Anomalie |
|---|---|---|---|---|
| États-Unis | 3 344 | 4 966 | +38,8 % | 4,2 |
| Canada | 2 608 | 3 503 | +29,7 % | 6,1 |
| Turquie | 2 607 | 3 734 | +33,6 % | 3,6 |
| Ukraine | 2 071 | 3 111 | +36,9 % | 2,9 |
| Maroc | 1 816 | 2 680 | +34,7 % | 2,8 |
| Mexique | 2 645 | 4 470 | +51,6 % | 3,5 |
Les prix des exportations vers les États-Unis ont connu le plus grand choc en valeur absolue, avec un bond de 38,8 % et un score d'anomalie de 4,2, reflétant l'avantage concurrentiel que la crise énergétique européenne a conféré aux producteurs américains. Le choc vers le Canada (anomalie 6,1) et les États-Unis sont les plus significatifs statistiquement.
2.2. Des prix à l'importation également en hausse, mais à un rythme moindre
Côté importations, les prix ont aussi augmenté en 2022, mais dans une moindre mesure. Le prix moyen à l'importation a culminé à 2 815 €/t en 2022 contre 2 352 €/t en 2021 (+19,7 %), avant de redescendre à 2 270 €/t en 2025.
Plusieurs partenaires ont connu des chocs de prix significatifs sur les importations :
| Partenaire (import) | Prix 2020 (€/t) | Prix 2022 (€/t) | Pic (%) | Anomalie |
|---|---|---|---|---|
| Turquie | 2 001 | 2 699 | +28,1 % | 3,9 |
| Arabie saoudite | 870 | 1 656 | +37,1 % | 2,9 |
| Tunisie | 1 105 | 1 766 | +36,8 % | 6,7 |
L'anomalie de prix la plus élevée pour les importations concerne la Tunisie (score 6,7), dont les prix ont bondi de 36,8 % en 2021 (avant le pic général de 2022), suggérant un choc spécifique lié aux coûts de production tunisiens ou à un changement de mix produit.
2.3. Une normalisation progressive mais incomplète
Après le pic de 2022, les prix ont entamé un processus de normalisation, sans toutefois revenir à leurs niveaux d'avant-crise :
- Le prix moyen à l'exportation est redescendu de 3 705 €/t (2022) à 3 227 €/t (2025), soit encore 19,5 % au-dessus du niveau de 2015 (2 700 €/t).
- Le prix moyen à l'importation a baissé de 2 815 €/t (2022) à 2 270 €/t (2025), soit 6,7 % en dessous du niveau de 2015 (2 432 €/t).
Cette asymétrie de trajectoire — prix à l'export qui restent élevés, prix à l'import qui reviennent en dessous du niveau initial — contribue à expliquer la compression du solde commercial malgré une production intérieure dynamique.
3. Une réorganisation géopolitique des flux : l'effondrement russe et la montée de nouveaux fournisseurs
3.1. L'effondrement quasi-total des exportations vers la Russie
L'événement le plus marquant de la période est sans doute l'effondrement des exportations de l'UE vers la Russie. Deuxième destination des exportations en 2015 avec 147 millions d'euros (65 525 tonnes en 2017), la Fédération de Russie est passée à 66 millions d'euros en 2022 (19 892 tonnes), puis à un quasi-zéro de 205 280 € (29 tonnes) en 2025. La série temporelle des exportations vers la Russie illustre cette trajectoire.
| Année | Valeur (M€) | Quantité (t) | Prix (€/t) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 147,4 | 56 194 | 2 623 |
| 2020 | 133,0 | 57 704 | 2 304 |
| 2021 | 143,6 | 53 789 | 2 669 |
| 2022 | 66,2 | 19 892 | 3 329 |
| 2023 | 0,2 | 32 | 7 713 |
| 2024 | 0,3 | 43 | 6 167 |
| 2025 | 0,2 | 29 | 7 047 |
Les quantités exportées vers la Russie ont chuté de 99,9 % entre 2015 et 2025, tandis que le prix unitaire des rares expéditions restantes a bondi à 7 047 €/t — un niveau 2,7 fois supérieur au prix moyen des exportations, suggérant des envois de niche ou résiduels. Ce choc d'offre (anomalie 3,8 en 2025) reflète les sanctions européennes imposées après février 2022.
3.2. La Turquie, premier fournisseur de l'UE en forte croissance
La Turquie est devenue le premier fournisseur extra-européen de l'UE pour la CN 392010. Ses importations par l'UE ont plus que doublé, passant de 140 M€ en 2015 à 310 M€ en 2025 (+121 %), avec un pic à 380 M€ en 2022. En volume, la progression est de 56 911 tonnes à 130 568 tonnes (+129 %).
L'année 2022 a marqué un pic tant en volume (140 795 tonnes, +10,5 % par rapport à 2021) qu'en prix (2 699 €/t, +22 %), avant un retour à la normale en 2023-2024. La Turquie bénéficie d'avantages concurrentiels significatifs : proximité géographique, accords commerciaux préférentiels avec l'UE, coûts de production compétitifs et capacité industrielle croissante dans le secteur des polymères.
3.3. La Chine, une montée en puissance régulière et accélérée
La Chine a connu la croissance la plus spectaculaire parmi les fournisseurs de l'UE en CN 392010, avec une augmentation de +178 % en valeur (de 62 M€ à 173 M€) et de +211 % en volume (de 24 244 tonnes à 75 446 tonnes).
| Année | Valeur (M€) | Quantité (t) | Prix (€/t) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 62,1 | 24 244 | 2 565 |
| 2018 | 69,6 | 30 241 | 2 301 |
| 2020 | 76,4 | 32 821 | 2 329 |
| 2021 | 121,4 | 44 330 | 2 738 |
| 2022 | 173,9 | 53 977 | 3 222 |
| 2025 | 173,0 | 75 446 | 2 294 |
La croissance chinoise a été particulièrement forte entre 2020 et 2022, période de reprise post-COVID et de flambée des prix énergétiques européens. Depuis 2022, les volumes continuent d'augmenter tandis que les prix se normalisent, ce qui indique que les producteurs chinois ont consolidé leur compétitivité-prix face à l'industrie européenne.
3.4. L'Égypte et la Malaisie : l'émergence de nouveaux fournisseurs
Deux fournisseurs ont connu des trajectoires de croissance remarquables :
L'Égypte est passée de 3,5 M€ (2 220 tonnes) en 2015 à 51,8 M€ (42 321 tonnes) en 2025, soit une multiplication par 14,7 en valeur. Le coefficient de variation des volumes (0,81) est le plus élevé de tous les partenaires, indiquant une trajectoire particulièrement volatile. L'Égypte s'est imposée comme un fournisseur de volumes à prix compétitif (1 225 €/t en 2025).
La Malaisie a progressé de 17 M€ à 46 M€ (+162 %), avec un coefficient de variation de 0,30 en volume. La croissance régulière de ce fournisseur asiatique s'inscrit dans la stratégie de diversification des chaînes d'approvisionnement européennes.
3.5. Une stabilité remarquable des partenaires à l'exportation
À l'exportation, la structure des partenaires est restée relativement stable, à l'exception notable de la Russie :
| Partenaire (export) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) | CV quantité |
|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 417,2 | 456,4 | +9,4 % | 0,07 |
| Suisse | 173,8 | 225,1 | +29,5 % | 0,06 |
| États-Unis | 157,6 | 286,6 | +81,9 % | 0,17 |
| Norvège | 105,7 | 135,7 | +28,3 % | 0,04 |
| Féd. de Russie | 147,4 | 0,2 | -99,9 % | 0,71 |
| Turquie | 86,1 | 79,4 | -7,7 % | 0,10 |
| Maroc | 38,6 | 70,0 | +81,3 % | 0,18 |
Le Royaume-Uni demeure de loin la première destination des exportations de l'UE (456 M€ en 2025), avec une volatilité très faible (CV = 0,07), témoignant d'une relation commerciale profondément ancrée. Les États-Unis ont progressé de manière spectaculaire (+81,9 %), portant leur part dans les exportations totales à 13,3 % en 2025 contre 8,6 % en 2015. Le Maroc a doublé ses importations de l'UE, confirmant le développement industriel de la rive sud de la Méditerranée.
3.6. L'Allemagne, moteur incontesté des échanges intra-UE
Au sein de l'UE, l'Allemagne domine tant les importations que les exportations, avec respectivement 223 M€ et 570 M€ en 2025. L'Allemagne concentre à elle seule 26,5 % des exportations intra-UE vers des pays tiers, suivie par l'Italie (219 M€), l'Espagne (199 M€) et la France (173 M€). La spécialisation des États membres est variée : la Croatie (RSCA = 0,74) et la Finlande (RSCA = 0,54) se distinguent par leur forte spécialisation, tandis que l'Irlande (RSCA = -0,61) et le Luxembourg (RSCA = -0,55) sont les moins spécialisés.
Conclusion
Le marché européen de la CN 392010 a connu, entre 2015 et 2025, une triple transformation : productive, commerciale et géopolitique.
Sur le plan productif, l'industrie européenne a démontré sa résilience, avec une production en valeur en hausse de 73 % sur la décennie, soutenue par une montée en gamme des produits. Toutefois, cette croissance n'a pas été suffisante pour maintenir le solde commercial à son niveau initial, en raison d'une progression beaucoup plus rapide des importations que des exportations.
Sur le plan commercial, le choc de prix de 2022, lié à la crise énergétique européenne, a durablement reconfiguré les conditions d'échange. Les prix à l'exportation ont augmenté plus que les prix à l'importation, ce qui a préservé la valeur des exportations mais a rendu les importations plus attractives en termes de volumes. La normalisation des prix post-2022 s'est faite de manière asymétrique, avec des prix d'importation revenant sous leur niveau de 2015, signe d'une pression concurrentielle accrue.
Sur le plan géopolitique, la disparition quasi-totale des échanges avec la Russie a créé un vide qui a été partiellement comblé par la montée de nouveaux partenaires, en premier lieu la Turquie, la Chine et l'Égypte. Cette réorganisation des chaînes d'approvisionnement s'est accompagnée d'une diversification des sources d'importation (l'indice HHI des importations a baissé de 1 254 à 1 189), mais aussi d'une exposition accrue à des fournisseurs présentant des niveaux de volatilité élevés (Chine : CV = 0,43 ; Égypte : CV = 0,81).
L'UE conserve sa position d'exportatrice nette, mais les dynamiques observées — croissance accélérée des importations, concurrence de prix des fournisseurs asiatiques et moyen-orientaux, perturbation des flux avec la Russie — suggèrent que le maintien de cet avantage dépendra de la capacité de l'industrie européenne à se différencier par la qualité, l'innovation et la durabilité de ses produits.