Évolution du marché : Gluten de blé (CN 1109) — 2015–2025
Introduction
Le gluten de froment (code nomenclature combinée 1109) est un co-produit de la transformation du blé, largement utilisé dans l'industrie agroalimentaire (boulangerie, pâtisserie, substituts carnés) et dans les secteurs industriels (colles, enrobage textile). La présente étude examine l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour ce produit sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données de vue d'ensemble du commerce.
L'analyse révèle trois dynamiques majeures : une expansion continue des exportations qui renforce la position de l'UE en tant qu'exportateur net majeur ; une concentration géographique en mutation, tant du côté des fournisseurs que des clients ; et une forte volatilité des prix, particulièrement marquée lors du choc de 2022. La production intérieure a connu une croissance remarquable (+65,7 % en volume), consolidant l'autonomie du bloc.
1. Une puissance exportatrice en pleine consolidation
1.1. L'UE comme exportateur net structurel
Sur l'ensemble de la période, l'Union européenne affiche un taux de dépendance aux importations négatif, passant de −56,5 % en 2015 à −113,3 % en 2025, avec un minimum historique à −154,3 %. Ce chiffre signifie que les exportations dépassent largement les importations et que cet écart s'est creusé au fil du temps. Le solde commercial est ainsi passé de 327 millions d'euros à près de 477 millions d'euros (+45,7 %), avec un pic à 686 millions d'euros.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 340,0 | 485,6 | +42,8 % |
| Exportations (volume, kt) | 254,9 | 357,1 | +40,1 % |
| Importations (valeur, M€) | 12,7 | 8,6 | −31,7 % |
| Importations (volume, kt) | 8,7 | 9,1 | +4,5 % |
| Solde commercial (M€) | 327,3 | 476,9 | +45,7 % |
Source : vue d'ensemble du commerce
1.2. Une production intérieure en forte progression
Les données de production confirment cette dynamique. La production de gluten de blé dans l'UE est passée de 405 millions de kg à 671 millions de kg en volume (+65,7 %), et de 346 millions d'euros à 926 millions d'euros en valeur (+167,5 %). L'écart entre la croissance de la valeur (+167,5 %) et celle du volume (+65,7 %) reflète la hausse significative des prix unitaires au cours de la période, en particulier en 2021–2022.
1.3. L'intensité et la propension à l'exportation en hausse
Le taux de propension à l'exportation est passé de 36,7 % à 53,7 % (+46,3 %), tandis que l'intensité commerciale est passée de 37,1 % à 53,9 % (+45,5 %). L'UE consacre désormais une part plus importante de sa production au marché international, ce qui traduit à la fois une compétitivité accrue et une dépendance croissante vis-à-vis de la demande mondiale.
2. Une géographie commerciale en recomposition
2.1. Les partenaires d'exportation : vers une diversification géographique
Les principaux partenaires à l'exportation révèlent des trajectoires contrastées :
| Partenaire d'exportation | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Norvège | 63,5 | 203,9 | +221,2 % |
| États-Unis | 102,0 | 82,3 | −19,3 % |
| Royaume-Uni | 41,3 | 36,8 | −10,9 % |
| Mexique | 13,3 | 20,8 | +56,7 % |
| Brésil | 15,4 | 12,3 | −20,2 % |
| Chili | 2,4 | 4,0 | +63,9 % |
| Corée du Sud | 5,8 | 14,6 | +149,9 % |
Source : partenaires par valeur
La Norvège est devenue le premier débouché de l'UE, avec une multiplication par 3,2 de ses achats (+221 %), portant sa part à près de 42 % de la valeur des exportations en 2025. Ce développement spectaculaire s'explique vraisemblablement par la croissance de l'industrie norvégienne des protéines alternatives et des substituts carnés, la Norvège étant un marché fortement ouvert à ces produits. Parallèlement, la Corée du Sud (+150 %), le Chili (+64 %) et le Mexique (+57 %) ont renforcé leur présence, indiquant une diversification géographique des débouchés vers l'Asie-Pacifique et l'Amérique latine.
À l'inverse, les États-Unis (−19 %) et le Brésil (−20 %) ont réduit leurs achats, ce qui peut s'expliquer par le développement de capacités de production locales ou par des effets de change.
L'indice de concentration des exportations (HHI) a augmenté de 1 607 à 2 174 (+35,2 %), ce qui indique que la concentration des exportations s'est accrue. Cela s'explique principalement par la montée en puissance de la Norvège, qui pèse désormais beaucoup plus dans le total.
2.2. Les fournisseurs : un marché import en déclin et en mutation
Les importations de l'UE en gluten de blé restent marginales comparées aux exportations. Le Royaume-Uni demeure le principal fournisseur, mais ses ventes à l'UE ont diminué de 7,6 millions d'euros à 5,5 millions d'euros (−27,8 %). La Chine, deuxième fournisseur en 2015, a vu ses exportations vers l'UE s'effondrer de 4,5 millions d'euros à 1,1 million d'euros (−76,8 %).
Les principaux partenaires à l'importation font apparaître une émergence remarquable :
| Partenaire d'importation | Valeur 2015 (k€) | Valeur 2025 (k€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 7 615 | 5 494 | −27,8 % |
| Chine | 4 541 | 1 055 | −76,8 % |
| Serbie | 305 | 557 | +82,3 % |
| États-Unis | 121 | 390 | +223,3 % |
| Ukraine | 27 | 751 | +2 780 389 % |
Source : partenaires par valeur
L'Ukraine est passée d'un quasi-néant à 751 000 euros d'exportations vers l'UE en 2025, une progression spectaculaire qui reflète l'intégration croissante du pays dans le marché unique européen, accélérée par l'autonomisation commerciale liée au contexte géopolitique depuis 2022. La Serbie, pays candidat à l'adhésion, connaît également une croissance soutenue (+82 %). L'HHI des importations a légèrement diminué (de 4 912 à 4 361, −11,2 %), indiquant une diversification modérée des sources d'approvisionnement.
2.3. Les États membres : une spécialisation contrastée
L'analyse de la spécialisation des États membres révèle que la production et l'exportation de gluten de blé sont concentrées dans un nombre limité de pays :
| État membre | RCA | RSCA | Part production UE | Part exportations UE |
|---|---|---|---|---|
| Lituanie | 7,80 | 0,77 | 4,8 % | 0,6 % |
| Belgique | 3,43 | 0,55 | 29,0 % | 8,5 % |
| France | 1,60 | 0,23 | 12,5 % | 7,8 % |
| Hongrie | 1,49 | 0,20 | 4,0 % | 2,7 % |
| Allemagne | 1,42 | 0,17 | 30,1 % | 21,2 % |
La Lituanie affiche l'avantage comparatif le plus élevé (RCA de 7,8), bien que sa part dans la production totale de l'UE soit modeste. L'Allemagne et la Belgique dominent en termes absolus, représentant à elles deux près de 59 % de la production et 30 % des exportations de l'UE. La France occupe une position intermédiaire.
Du côté des exportations intra-UE, la Pologne (+218,5 %) et les Pays-Bas (+127,9 %) ont connu la plus forte croissance, tandis que l'Allemagne (−3,8 %) et la Lituanie (+8,3 %) ont connu des évolutions plus modestes.
3. Volatilité des prix et chocs d'approvisionnement
3.1. Une trajectoire de prix marquée par le pic de 2022
Les prix à l'exportation ont connu une évolution en deux temps :
| Indicateur | 2015 | Min | Max | 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Prix export (€/t) | 1 334 | 1 235 | 2 289 | 1 360 |
| Prix import (€/t) | 1 457 | 521 | 1 457 | 952 |
Source : vue d'ensemble
Le prix moyen d'exportation a culminé à 2 289 €/t (probablement en 2022), soit un quasi-doublement par rapport au minimum observé (1 235 €/t). Ce pic correspond au contexte de crise énergétique et de tension sur les marchés agricoles consécutive au conflit russo-ukrainien, qui a affecté l'ensemble des matières premières agricoles. En 2025, le prix est revenu à 1 360 €/t, soit un niveau à peine supérieur à celui de 2015 (+1,9 %).
Les prix à l'importation ont connu une trajectoire inverse : après un maximum de 1 457 €/t en 2015, ils ont chuté à 952 €/t en 2025 (−34,7 %), avec un minimum à seulement 521 €/t. Cette baisse peut refléter l'arrivée de fournisseurs à moindre coût (Ukraine, Serbie) et une pression concurrentielle accrue sur le segment import.
3.2. Chocs de prix sur les marchés d'exportation
L'analyse de la volatilité et des chocs identifie trois événements significatifs :
| Marché | Type de choc | Année | Anomalie | Hausse de prix | Part valeur export |
|---|---|---|---|---|---|
| Corée du Sud | Prix | 2022 | 11,4 σ | +51,8 % | 3,3 % |
| Mexique | Prix | 2023 | 4,5 σ | +85,3 % | 4,9 % |
| Chili | Prix | 2022 | 2,7 σ | +36,2 % | 3,2 % |
Le choc le plus intense concerne la Corée du Sud en 2022, avec une anomalie de prix de 11,4 écarts-types, coïncidant avec le pic généralisé des prix agricoles. Le Mexique en 2023 a connu une hausse de prix de 85,3 %, possiblement liée à une sécheresse ou à des difficultés logistiques. Le Chili en 2022 a subi une hausse de 36,2 %.
Du côté de la volatilité structurelle, les coefficients de variation confirment des relations commerciales plus stables sur les marchés d'exportation matures (Royaume-Uni : CV de 0,17, Israël : 0,08) et plus volatiles sur les marchés émergents (Chili : 0,74, Australie : 0,72). Du côté des importations, l'Ukraine (CV de 2,82), le Canada (2,81) et l'Australie (2,43) présentent la plus forte instabilité, reflétant le caractère encore marginal et erratique de ces flux.
3.3. Un risque géopolitique modéré mais non négligeable
La position de l'UE en tant qu'exportateur net structurel (taux de dépendance aux importations de −113 %) la protège théoriquement d'un risque d'approvisionnement critique. Toutefois, la forte croissance de l'export propensity (53,7 %) signifie que l'UE dépend davantage de la demande extérieure pour absorber sa production. La concentration des exportations (HHI de 2 174) reste modérée, mais la prépondérance croissante de la Norvège pourrait constituer un facteur de vulnérabilité en cas de retournement de ce marché.
Conclusion
Le marché européen du gluten de blé s'est profondément transformé entre 2015 et 2025. L'UE a renforcé sa position de premier exportateur mondial, portée par une production intérieure en forte expansion (+65,7 % en volume) et une demande internationale croissante, notamment en provenance de Norvège, de Corée du Sud et d'Amérique latine. Le solde commercial s'est amélioré de 45,7 %, atteignant 477 millions d'euros.
Toutefois, cette réussite commerciale s'accompagne de défis. La volatilité des prix, amplifiée par le choc de 2022 (pic à 2 289 €/t), rappelle la sensibilité du secteur aux fluctuations des marchés agricoles mondiaux. La concentration accrue des exportations vers la Norvège introduit un risque de dépendance. Enfin, l'émergence de l'Ukraine comme fournisseur, bien que marginale en volume, illustre les dynamiques géopolitiques qui reconfigurent les flux commerciaux européens.
L'enjeu pour les producteurs européens sera de diversifier simultanément les marchés de destination et les sources d'approvisionnement, tout en tirant parti de la demande croissante pour les protéines végétales — un marché structurellement porteur à moyen et long terme.