Explorer les données en direct

Évolution du marché : Fécule et amidon (CN 1108) — 2015–2025

Introduction

Le code nomenclature combinée 1108 recoupe les amidons et fécules (de froment, de maïs, de pommes de terre, de manioc et d'autres origines) ainsi que l'inuline. Ce secteur occupe une place significative dans l'industrie agroalimentaire européenne, tantôt comme matière première pour la transformation, tantôt comme produit fini à forte valeur ajoutée (notamment l'inuline, ingrédient fonctionnel recherché). Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a consolidé sa position de net exportatrice structurelle, tout en connaissant des transformations profondes dans la géographie de ses échanges, la composition des flux par sous-produit, et la résilience face aux chocs de prix. Le présent rapport s'appuie sur les données commerciales intra- et extra-UE pour décrire et interpréter ces dynamiques.


I. Une dynamique de croissance portée par la valeur plutôt que par les volumes

Les exportations progressent fortement en valeur grâce à la hausse des prix unitaires

Sur la période considérée, la valeur des exportations extra-UE de la position 1108 est passée de 583 M€ à 926 M€, soit une progression de +58,8 % (Vue d'ensemble des échanges). En parallèle, les volumes exportés n'ont augmenté que de +8,8 % (de 936 000 à 1 018 000 tonnes). C'est donc principalement la hausse des prix unitaires — en progression de +46,0 % (de 623 à 910 €/t) — qui a tiré la croissance de la valeur exportée. L'Union européenne a ainsi bénéficié d'un environnement de prix favorable, notamment dans le contexte post-Covid et post-invasion de l'Ukraine.

Indicateur exportations 2015 2025 Variation
Valeur (M€) 583 926 +58,8 %
Quantité (k t) 936 1 018 +8,8 %
Prix moyen (€/t) 623 910 +46,0 %

La production intérieure confirme la montée en gamme

Les données de production PRODCOM montrent une évolution encore plus frappante : la production en volume a progressé de +12,7 % (de 3,8 à 4,3 milliards de kg), tandis que la valeur de production a bondi de +117,6 % (de 1,4 à 3,0 Mds€) (Volumes de production). Cet écart entre volume et valeur trahit un effet prix considérable et suggère que l'industrie européenne a su monter en gamme ou que les coûts de production ont mécaniquement été répercutés.

Les importations croissent en volume, mais les prix restent stables

Du côté des importations, la valeur a augmenté de +71,2 % (de 57 à 98 M€) et les quantités de +69,1 % (de 90 000 à 152 000 tonnes), tandis que le prix moyen est resté quasiment stable (+1,3 %, autour de 636–644 €/t). Contrairement aux exportations, la hausse des importations est donc essentiellement volumique, ce qui traduit une demande intérieure en expansion — probablement tirée par l'industrie agroalimentaire et les bioplastiques — pour des matières premières amidonnées à prix compétitifs.

Indicateur importations 2015 2025 Variation
Valeur (M€) 57 98 +71,2 %
Quantité (k t) 90 152 +69,1 %
Prix moyen (€/t) 636 644 +1,3 %

La balance commerciale excédentaire se renforce nettement

Le solde commercial de l'UE est resté structurellement excédentaire tout au long de la période, passant de 526 M€ à 828 M€ (+57,5 %). L'indicateur de dépendance nette aux importations (net import reliance) confirme ce positionnement : il est passé de −13,6 % à −27,1 %, signifiant que l'UE a considérablement renforcé sa position de fournisseur net sur ce segment. L'intensité commerciale (rapport échanges/production) a progressé de +77,6 %, tout comme la propension à l'exporter (+79,1 %) (Intensité commerciale ; Propension à l'exporter), ce qui révèle une économie européenne de l'amidon de plus en plus tournée vers les marchés mondiaux.


II. Une recomposition géographique des flux, entre consolidation atlantique et montée des fournisseurs d'Europe de l'Est et d'Asie du Sud-Est

Les exportations se concentrent sur les marchés à haute valeur ajoutée : Royaume-Uni, États-Unis et Corée du Sud

Les principaux partenaires à l'exportation montrent une trajectoire ascendante quasi généralisée :

Partenaire Valeur export 2015 (M€) Valeur export 2025 (M€) Variation
Pays non spécifiés 114 219 +93,1 %
Royaume-Uni 66 110 +67,4 %
États-Unis 78 129 +65,8 %
Corée du Sud 39 61 +56,3 %
Thaïlande 27 20 −24,5 %
Chine 29 27 −6,4 %
Viêt Nam 23 19 −19,8 %

(Partenaires à l'exportation)

Le Royaume-Uni demeure le premier partenaire identifié, avec une croissance de +67,4 % post-Brexit, ce qui atteste de l'absence d'effet dissuasif majeur des barrières tarifaires et non tarifaires sur ce segment. Les États-Unis ont progressé à un rythme comparable (+65,8 %), devenant un débouché majeur pour l'inuline et les amidons spécialisés. En revanche, les exportations vers la Thaïlande, la Chine et le Viêt Nam ont reculé, ce qui peut s'expliquer par le développement de la production locale d'amidon de manioc et de maïs en Asie du Sud-Est, réduisant la dépendance vis-à-vis des fournisseurs européens.

La catégorie « pays non spécifiés » (à des fins commerciales ou militaires) représente le plus gros volume de valeur (+93,1 %, passant de 114 à 219 M€), ce qui peut refléter la montée des réexportations ou des transactions via des hubs logistiques.

Les importations se diversifient fortement, avec l'irruption de l'Ukraine et du Viêt Nam

La géographie des importations a connu des bouleversements plus marqués :

Partenaire Valeur import 2015 (M€) Valeur import 2025 (M€) Variation
Thaïlande 16 27 +73,1 %
Serbie 10 20 +101,3 %
Royaume-Uni 17 6 −67,4 %
Ukraine 0,3 9 +2 568 %
Norvège 0,2 0,1 −36,1 %
Viêt Nam 0,4 10 +2 176 %
Brésil 0,8 5 +537,9 %

(Partenaires à l'importation)

Deux dynamiques se distinguent :

  1. L'effondrement des importations en provenance du Royaume-Uni (−67,4 %) traduit probablement l'impact du Brexit sur les chaînes d'approvisionnement, les opérateurs préférant d'autres sources.
  2. La montée spectaculaire de l'Ukraine (+2 568 %) et du Viêt Nam (+2 176 %) illustre à la fois l'ouverture commerciale post-ALE (accord de libre-échange UE-Ukraine) et la dynamique de substitution des fournisseurs. La Serbie (+101 %) et le Brésil (+538 %) suivent une tendance similaire, reflétant l'intégration des économies balkaniques et la compétitivité du manioc brésilien.

La structure des produits révèle une spécialisation européenne dans la fécule de pommes de terre et l'inuline

La ventilation par sous-produit confirme des dynamiques très contrastées :

À l'exportation :

Sous-produit Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation
Fécule de pommes de terre (110813) 280 401 +43,1 %
Inuline (110820) 87 93 +7,0 %
Amidon de maïs (110812) 80 114 +41,9 %
Autres amidons (110819) 41 57 +39,4 %
Amidon de froment (110811) 32 37 +15,0 %
Fécule de manioc (110814) 4 5 +12,0 %

La fécule de pommes de terre domine largement les exportations (401 M€ en 2025, soit 43 % de la valeur totale), ce qui reflète la position dominante des Pays-Bas, de l'Allemagne et du Danemark dans ce segment. L'inuline — un prébiotique dérivé principalement de la chicorée — occupe la deuxième place avec 93 M€ et les prix moyens les plus élevés de tous les sous-produits (2 734 €/t en 2025), attestant de sa nature de produit à haute valeur ajoutée.

À l'importation :

Sous-produit Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation
Fécule de manioc (110814) 20 45 +130,6 %
Amidon de maïs (110812) 25 35 +36,5 %
Inuline (110820) 3 2 −29,7 %
Fécule de pommes de terre (110813) 3 5 +86,4 %
Autres amidons (110819) 4 10 +133,8 %
Amidon de froment (110811) 2 1 −54,4 %

La fécule de manioc est le produit dont les importations ont le plus progressé (+130,6 %), passant de 20 à 45 M€. Ce produit, issu principalement de Thaïlande et du Viêt Nam, sert de substitut à la fécule de pommes de terre dans de nombreuses applications industrielles. À l'inverse, les importations d'amidon de froment ont chuté de 54,4 %, reflétant un moindre recours à cette variété au profit d'alternatives plus compétitives.

La concentration des approvisionnements se réduit progressivement

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a diminué de 2 061 à 1 463 (−29,0 %) (Concentration HHI). Bien que cet indice reste dans la zone de « concentration modérée », la tendance à la baisse indique une diversification des sources d'approvisionnement, facteur positif pour la résilience. Du côté des exportations, le HHI est resté faible (de 708 à 765), ce qui confirme que l'UE écoule ses productions sur un large éventail de marchés.


III. Chocs de prix, événements géopolitiques et résilience du secteur

Le choc de prix ukrainien de 2022 est l'événement le plus significatif de la période

L'analyse des chocs détectés dans les données révèle trois événements majeurs :

Événement Flux Type Année Variation de prix Part de valeur
Ukraine Importations Prix 2022 +123,8 % 11,2 %
Philippines Exportations Prix 2023 +44,8 % 1,8 %
Norvège Importations Prix 2023 +238,2 % 4,2 %

(Événements de choc)

Le choc ukrainien est le plus saillant : en 2022, les prix des importations en provenance d'Ukraine ont bondi de +123,8 %, avec un score d'anomalie de 67,2 (le plus élevé de la période). Ce choc coïncide avec l'invasion russe de février 2022, qui a provoqué des perturbations logistiques majeures (blocus des ports de la mer Noire, hausse des coûts de transport). L'Ukraine représentait alors 11,2 % de la valeur des importations de la position 1108, ce qui explique l'ampleur de l'impact. Il est notable que malgré ce choc, les importations en provenance d'Ukraine ont continué à croître en volume sur la période (de 0,3 à 9 M€), ce qui suggère une résilience de la chaîne d'approvisionnement et l'effet des corridors céréaliers mis en place.

Le choc norvégien de 2023 (prix à l'importation en hausse de +238,2 %) est spectaculaire en pourcentage mais concerne un volume marginal (4,2 % de la valeur d'importation). Le choc philippin à l'exportation (2023, +44,8 %) pourrait refléter une demande exceptionnelle liée aux perturbations climatiques affectant la production locale de manioc en Asie du Sud-Est.

La volatilité des flux commerciaux varie fortement selon les partenaires

Les coefficients de variation (Volatilité des flux) confirment des profils de risque très hétérogènes :

Importations les plus volatiles :

Partenaire Coefficient de variation
Égypte 2,02
Türkiye 1,43
Viêt Nam 1,27
Norvège 1,06
Moldavie 1,07

Exportations les plus stables :

Partenaire Coefficient de variation
Corée du Sud 0,11
États-Unis 0,18
Royaume-Uni 0,20
Japon 0,20

Les importations en provenance de pays tiers (Égypte, Türkiye, Moldavie) présentent une volatilité extrême (CV > 1), ce qui les rend peu fiables comme sources d'approvisionnement stables. À l'inverse, les exportations vers les marchés développés (Corée du Sud, États-Unis, Royaume-Uni, Japon) montrent une remarquable stabilité (CV < 0,25), ce qui témoigne de relations commerciales matures et de contrats de long terme.

Le secteur européen démontre sa résilience par une diversification à la fois géographique et produit-product

La Lithuanie (RSCA = 0,71), la Roumanie (0,43), la Belgique (0,27) et les Pays-Bas (0,13) figurent parmi les États membres les plus spécialisés dans ce secteur (Spécialisation des États membres), tandis que des économies plus petites (Chypre, Luxembourg, Estonie) en sont nettement désavantagées. Cette spécialisation géographique concentre la production dans les grands bassins agricoles d'Europe du Nord et de l'Est, mais la diversification des partenaires commerciaux (HHI importations en baisse) compense ce risque. L'Allemagne demeure de loin le premier exportateur (222 M€ en 2025), suivie du Danemark (219 M€ — en forte hausse de +277,7 %), de la Belgique (101 M€) et des Pays-Bas (166 M€) (Exportateurs par État membre).

Le cas du Danemark est particulièrement remarquable : ses exportations ont été multipliées par près de 4 (de 58 à 219 M€), ce qui reflète probablement la montée en puissance de l'inuline produite à partir de chicorée par les industriels danois (notamment Chr. Hansen/Novozymes), ou la relocalisation de certaines productions à forte valeur ajoutée.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le secteur des amidons, fécules et inuline (CN 1108) dans l'Union européenne a connu une transformation structurelle profonde. Trois enseignements majeurs se dégagent :

  1. La croissance est tirée par la valeur, pas par les volumes. La hausse des prix unitaires (+46 % à l'exportation) a permis à l'UE de doubler presque la valeur de sa production (+118 %) tout en maintenant une croissance volumique modérée (+13 %). Cela traduit une industrie qui monte en gamme, notamment grâce à l'inuline et aux amidons fonctionnels.

  2. La géographie commerciale se restructure. Le Brexit n'a pas significativement affecté les échanges avec le Royaume-Uni, mais la montée de l'Ukraine, du Viêt Nam et de la Serbie comme fournisseurs, combinée au déclin des importations britanniques, révèle un réalignement des chaînes d'approvisionnement. La fécule de manioc asiatique s'impose comme le produit d'importation à la plus forte dynamique.

  3. La résilience s'améliore mais des vulnérabilités persistent. La diversification des sources d'approvisionnement (HHI importations en baisse de 29 %) et la stabilité des flux vers les marchés matures (CV < 0,25) sont des facteurs positifs. Cependant, le choc de prix ukrainien de 2022 rappelle que la dépendance à des partenaires géopolitiquement instables reste un risque, même si l'UE a su absorber ce choc grâce à la diversité de son portefeuille de fournisseurs et de débouchés.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

Si vous avez besoin de conseils sur la politique commerciale européenne, ou de représentation pour vos intérêts à Bruxelles, merci de me contacter à support@tradedashboard.eu. Vous trouverez mon CV à cette adresse.