Évolution du marché : Farines de céréales (CN 1102) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 1102 couvre les farines de céréales autres que le froment ou le méteil, et se décompose en deux sous-produits principaux : la farine de maïs (110220) et les farines d'autres céréales (110290, notamment seigle, orge, avoine, riz, etc.). Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a consolidé sa position d'exportateur net sur ce segment, avec un excédent commercial passé de 10,5 millions d'euros à 47,5 millions d'euros. Les exportations ont connu une progression spectaculaire (+153 % en valeur), portée à la fois par une hausse des volumes (+75 %) et une forte appréciation des prix unitaires (+45 %). Ce rapport analyse les dynamiques à l'œuvre en trois volets : l'essor des flux commerciaux, la reconfiguration de la géographie des échanges, et les évolutions de prix et de production.
Vue d'ensemble sur le tableau de bord
1. Un essor commercial porté par des exportations dynamiques
1.1 Les exportations ont progressé trois fois plus vite que les importations
Entre 2015 et 2025, les exportations de farines de céréales (hors froment) de l'UE vers les pays tiers ont bondi de 33,3 M€ à 84,3 M€, soit une hausse de 153,3 %. Sur la même période, les importations n'ont augmenté que de 61,9 %, passant de 22,7 M€ à 36,8 M€. En volume, l'écart de dynamisme est également net : +75,0 % pour les exportations (de 58 285 t à 101 976 t) contre +37,5 % pour les importations (de 27 555 t à 37 885 t).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 33,3 | 84,3 | +153,3 % |
| Importations (M€) | 22,7 | 36,8 | +61,9 % |
| Solde commercial (M€) | 10,5 | 47,5 | +351,0 % |
| Volume exporté (kt) | 58,3 | 102,0 | +75,0 % |
| Volume importé (kt) | 27,6 | 37,9 | +37,5 % |
| Prix moyen export (€/t) | 571 | 826 | +44,8 % |
| Prix moyen import (€/t) | 825 | 971 | +17,7 % |
Source : Vue d'ensemble
1.2 L'intensité et la propension à l'exportation s'accroissent nettement
L'intensité commerciale de l'UE sur ce produit (ratio échanges/production) est passée de 5,6 % en 2015 à 8,9 % en 2025 (+58,8 %), tandis que la propension à exporter (exportations rapportées à la production) a augmenté de 4,1 % à 6,3 % (+54,8 %). L'indicateur de dépendance nette aux importations est resté négatif tout au long de la période (de −2,6 % à −3,7 %), confirmant le statut structurel d'exportateur net de l'UE. Le point bas (−4,4 %) a été atteint autour de 2019–2020, avant un léger recul de l'excédent relatif.
1.3 Les deux sous-produits suivent des trajectoires de prix divergentes à l'import
L'analyse par sous-produit CN 110220 (farine de maïs) et 110290 (autres céréales) révèle des dynamiques contrastées :
| Segment | Flux | Indicateur | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|---|---|
| 110220 — Farine de maïs | Export | Volume (t) | 29 309 | 50 000 | +70,6 % |
| 110220 — Farine de maïs | Export | Valeur (M€) | 15,0 | 39,0 | +159,5 % |
| 110220 — Farine de maïs | Export | Prix (€/t) | 513 | 781 | +52,2 % |
| 110290 — Autres céréales | Export | Volume (t) | 28 976 | 51 976 | +79,4 % |
| 110290 — Autres céréales | Export | Valeur (M€) | 18,2 | 45,2 | +148,3 % |
| 110290 — Autres céréales | Export | Prix (€/t) | 629 | 870 | +38,3 % |
| 110220 — Farine de maïs | Import | Volume (t) | 8 941 | 14 270 | +59,6 % |
| 110220 — Farine de maïs | Import | Prix (€/t) | 896 | 678 | −24,3 % |
| 110290 — Autres céréales | Import | Volume (t) | 18 614 | 23 615 | +26,9 % |
| 110290 — Autres céréales | Import | Prix (€/t) | 791 | 1 149 | +45,2 % |
Les deux segments contribuent quasi également aux exportations (respectivement 39,0 M€ et 45,2 M€ en 2025), tandis que le segment 110290 domine nettement les importations en valeur (27,1 M€ vs 9,7 M€), avec un prix unitaire nettement supérieur (1 149 €/t vs 678 €/t). Il est notable que le prix d'importation de la farine de maïs ait diminué de 24,3 % sur la période, contrairement à celui des autres farines qui a bondi de 45,2 %, ce qui reflète probablement des conditions d'offre différentes sur les marchés mondiaux du maïs et des céréales secondaires.
2. Reconfiguration des partenaires et géographie des échanges
2.1 Le Royaume-Uni, partenaire dominant sur les deux flux
Le Royaume-Uni est de loin le premier partenaire de l'UE, tant à l'import qu'à l'export. À l'export, il concentre près de la moitié de la valeur totale : les ventes vers le Royaume-Uni ont bondi de 11,6 M€ à 41,0 M€ (+254 %), tirant fortement la croissance globale. À l'import, le Royaume-Uni reste en tête avec 9,0 M€ en 2025 (en hausse de 8,7 % par rapport à 2015), mais son poids relatif a diminué au profit de partenaires émergents.
| Partenaire | Import 2015 (M€) | Import 2025 (M€) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 8,2 | 9,0 | +8,7 % |
| Thaïlande | 4,0 | 5,5 | +37,9 % |
| États-Unis | 3,6 | 1,0 | −73,0 % |
| Serbie | 0,1 | 1,1 | +1 337 % |
| Mexique | 0,2 | 3,2 | +1 596 % |
| Inde | 0,3 | 3,3 | +974 % |
| Colombie | 2,7 | 1,3 | −52,8 % |
Source : Partenaires — importations
2.2 Diversification des sources d'approvisionnement
L'indice de concentration HHI des importations a fortement chuté, passant de 2 038 à 1 176 (−42,3 % en valeur), signalant une diversification significative des sources d'approvisionnement. Ce mouvement est porté par l'émergence rapide de nouveaux fournisseurs : la Serbie, le Mexique et l'Inde, qui représentaient des flux marginaux en 2015, totalisent désormais 7,7 M€ combinés en 2025. En parallèle, les importations en provenance des États-Unis ont reculé de 73 % (de 3,6 M€ à 1,0 M€), et celles de Colombie de 53 %.
À l'export, la tendance est inverse : l'HHI est passé de 1 514 à 2 542 (+68 %), indiquant une concentration croissante des ventes extérieures, principalement sur le Royaume-Uni. La Suisse (+195 %), la Thaïlande (+247 %) et Taïwan (+105 %) figurent parmi les marchés secondaires à forte croissance, mais leur contribution absolue reste limitée par rapport au marché britannique.
| Partenaire | Export 2015 (M€) | Export 2025 (M€) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 11,6 | 41,0 | +254,0 % |
| États-Unis | 3,6 | 7,0 | +91,5 % |
| Suisse | 1,5 | 4,5 | +195,4 % |
| Thaïlande | 0,6 | 2,0 | +247,3 % |
| Taïwan | 0,8 | 1,7 | +104,8 % |
| Israël | 1,4 | 2,3 | +70,0 % |
| Corée du Sud | 1,1 | 1,3 | +18,5 % |
Source : Partenaires — exportations
2.3 Les États membres : une spécialisation géographique marquée
Parmi les États membres, la France domine les deux côtés du commerce, avec 15,7 M€ à l'export et 7,1 M€ à l'import en 2025. L'Italie (18,5 M€) et l'Allemagne (17,9 M€) ont connu les hausses les plus spectaculaires à l'export (respectivement +201 % et +335 %), dépassant désormais la France en valeur absolue. Le Portugal affiche la progression la plus remarquable (+547 %, passant de 1,1 M€ à 6,9 M€), porté par une spécialisation marquée dans ce secteur (RSCA de 0,63, le plus élevé de l'UE).
Les indices de spécialisation confirment que le Portugal, la Lettonie, l'Italie, l'Estonie et la Belgique sont les membres les plus spécialisés dans l'exportation de ce produit, tandis que Chypre, l'Irlande, la Bulgarie, la Slovaquie et la Tchéquie en sont les moins spécialisés.
| État membre | Export 2015 (M€) | Export 2025 (M€) | Évolution |
|---|---|---|---|
| France | 10,4 | 15,7 | +50,7 % |
| Italie | 6,1 | 18,5 | +200,7 % |
| Allemagne | 4,1 | 17,9 | +334,6 % |
| Pays-Bas | 2,2 | 6,9 | +215,8 % |
| Belgique | 3,4 | 5,4 | +58,7 % |
| Portugal | 1,1 | 6,9 | +547,4 % |
| Pologne | 1,8 | 2,6 | +46,5 % |
Source : États membres — exportations
3. Hausse des prix, résilience de la production et chocs ponctuels
3.1 Une production en volume stable mais en valeur en forte hausse
La production européenne de farines de céréales (hors froment) est restée remarquablement stable en volume sur la décennie : 2,42 milliards de kg en 2015 contre 2,34 milliards de kg en 2025 (−3,5 %), avec un minimum à 2,13 milliards de kg. En revanche, la valeur de production a plus que doublé, passant de 536 M€ à 1 194 M€ (+122,7 %). Cette divergence traduit une forte inflation des prix de production, cohérente avec la hausse des prix constatée sur les flux commerciaux et les tensions sur les marchés des matières premières agricoles observées depuis 2020 (hausse des coûts énergétiques, perturbations logistiques, conflit en Ukraine).
3.2 Des prix à l'export nettement plus dynamiques qu'à l'import
Les prix moyens à l'export ont progressé de 44,8 % (de 571 €/t à 826 €/t), avec un pic à 902 €/t atteint en 2022, année marquée par la flambée des prix agricoles mondiaux. Les prix à l'import, partis d'un niveau plus élevé (825 €/t), n'ont augmenté que de 17,7 % (à 971 €/t), avec un sommet à 974 €/t en 2024. L'écart de prix import-export, initialement favorable aux importations (prix import supérieur), tend à se réduire, signe d'une amélioration de la compétitivité-prix des exportations européennes.
3.3 Quelques chocs de prix détectés sur des marchés périphériques
L'analyse de volatilité et de chocs d'approvisionnement révèle deux événements notables :
- Philippines (export, 2022) : un choc de prix avec une anormalité de 35,5 et un bond de +77 %, correspondant à la conjoncture mondiale de 2022. Ce marché reste cependant modeste (1,2 % de la valeur d'exportation).
- Inde (import, 2019) : un choc de prix avec une anormalité de 3,4 et une hausse de +59,8 %, sur un marché représentant 6,5 % des importations de l'UE.
Les flux les plus volatils sont les importations en provenance des États-Unis (coefficient de variation de 1,0) et de Serbie (0,98), ainsi que les exportations vers l'Angola (1,52) et la Norvège (1,11). En revanche, les partenaires majeurs — Royaume-Uni et Thaïlande à l'import, Royaume-Uni, Suisse et Israël à l'export — présentent une volatilité modérée (CV entre 0,22 et 0,25), ce qui confère une certaine stabilité aux flux principaux.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des farines de céréales (hors froment) s'est caractérisé par une triple dynamique : une forte croissance des exportations, une diversification des sources d'importation, et une hausse significative des prix. L'UE a consolidé sa position d'exportateur net avec un excédent multiplié par plus de cinq (de 10,5 M€ à 47,5 M€), porté notamment par l'Italie, l'Allemagne et le Portugal, et capté principalement par le marché britannique. Cette concentration des exportations sur le Royaume-Uni constitue toutefois un facteur de vulnérabilité, comme en témoigne la hausse de l'HHI à l'export (+68 %). Parallèlement, la production européenne est restée stable en volume, mais la forte inflation de sa valeur (+123 %) illustre les tensions structurelles sur les coûts de production. La stabilité relative des flux avec les principaux partenaires (CV modérés) et la diversification des approvisionnements à l'import constituent des atouts pour la résilience du secteur à moyen terme.