Évolution du marché : Fours, cuisinières, réchauds, tables de cuisson, grils et rôtissoires électriques, pour usages domestiques (sauf fours destinés au chauffage des locaux et fours à micro-ondes) (CN 851660) — 2015–2025
Introduction
Le code 851660 regroupe les principaux appareils de cuisson électrique à usage domestique — fours (hors micro-ondes et chauffage de locaux), cuisinières, réchauds, tables de cuisson, grils et rôtissoires. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne pour ce produit a connu une transformation profonde : l'UE est passée d'une position d'excédent net (649 millions d'euros en 2015) à un déficit commercial (−121 millions d'euros en 2025). Ce basculement s'explique par une hausse massive des importations (+94 % en valeur) couplée à une stagnation relative des exportations (+6,3 %), dans un contexte de restructuration géopolitique et de montée en gamme des prix. Le présent rapport analyse les dynamiques principales de ce marché en trois volets.
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1. Du surplus au déficit : une décennie de déséquilibre croissant
Les importations ont presque doublé en valeur tandis que les exportations stagnent
Le contraste entre l'évolution des importations et des exportations est frappant. Entre 2015 et 2025, la valeur des importations de l'UE en provenance des pays tiers est passée de 924 millions d'euros à 1 792 millions d'euros, soit une progression de 94 %. Sur la même période, les exportations n'ont augmenté que de 6,3 %, passant de 1 572 à 1 671 millions d'euros. Le pic d'exportation a été atteint en 2021, avec 1 975 millions d'euros, avant de refluer.
| Indicateur | 2015 | 2021 (pic) | 2025 | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 1 572 | 1 975 | 1 671 | +6,3 % |
| Importations (M€) | 924 | 1 746 | 1 792 | +94,0 % |
| Solde (M€) | +649 | +229 | −121 | −118,6 % |
Voir les données détaillées du commerce.
Les volumes confirment le déséquilibre mais avec des trajectoires divergentes
En quantité, les exportations ont baissé de 24,9 % (de 196 187 à 147 364 tonnes), tandis que les importations ont progressé de 50 % (de 228 799 à 343 221 tonnes). L'UE a donc à la fois réduit ses expéditions vers le reste du monde et accru massivement ses achats. Ce double mouvement traduit une perte de compétitivité relative de la production européenne sur les marchés tiers, ou un redéploiement de la production vers d'autres zones géographiques.
La montée en prix masque partiellement la détérioration des volumes exportés
Les prix unitaires à l'exportation ont augmenté de 41,5 % sur la période, passant de 8 015 à 11 337 €/tonne. Du côté des importations, la hausse est de 29,3 % (de 4 037 à 5 220 €/tonne). L'écart de prix entre exportations et importations — environ 2:1 en 2025 — suggère que l'UE exporte des produits à plus forte valeur ajoutée (notamment des fours à encastrer haut de gamme) tout en important des appareils de prix plus modeste. La hausse des prix à l'exportation a permis de maintenir la valeur des exportations malgré la contraction des volumes, masquant ainsi partiellement l'érosion du positionnement quantitatif de l'UE sur ce marché.
Voir l'intensité commerciale et la vulnérabilité.
2. Chocs géopolitiques et recomposition des partenaires commerciaux
La Chine et la Turquie dominent désormais les importations, avec un rôle croissant de la Malaisie
La Chine est de loin le premier fournisseur de l'UE, avec des importations passées de 483 millions d'euros en 2015 à 1 101 millions en 2025 (+128 %). Elle représente désormais 61,4 % de la valeur totale des importations hors UE. La Turquie occupe la deuxième position (546 M€, +78,6 %), suivie de la Malaisie (70 M€, +196,5 %), qui a connu la croissance la plus rapide en termes relatifs. En revanche, les importations en provenance de Thaïlande se sont effondrées de 97,5 %, passant de 30 à 0,7 million d'euros — une quasi-disparition du flux.
| Fournisseur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 483 | 1 101 | +128,0 % |
| Turquie | 306 | 546 | +78,6 % |
| Malaisie | 24 | 70 | +196,5 % |
| Royaume-Uni | 47 | 33 | −31,0 % |
| Thaïlande | 30 | 1 | −97,5 % |
| États-Unis | 13 | 7 | −41,3 % |
Voir les principaux partenaires d'importation.
Le choc de 2022 sur les importations chinoises : un séisme de prix
L'année 2022 marque un événement remarquable sur le front des importations en provenance de Chine. Le prix unitaire a bondi de 69,4 % par rapport à la baseline (2020–2021), avec une abnormalité statistique de 9,1 écarts-types — le choc le plus marquant détecté sur la période. Les quantités importées de Chine ont simultanément chuté de 33 % par rapport à la baseline (de 210 000 à 141 000 tonnes). Ce choc coïncide avec les perturbations de la chaîne d'approvisionnement post-COVID et la hausse des coûts du fret maritime, mais il a eu un effet durable : en 2023–2024, les prix n'ont pas retrouvé leur niveau d'avant-choc (5 981 €/tonne contre 4 057 €/tonne pour la baseline).
Les exportations vers la Russie en chute libre depuis 2022
Du côté des exportations, la Russie — troisième destination de l'UE en 2015 (231 M€) — a connu un effondrement continu à partir de 2022. Les exportations vers la Fédération de Russie ont chuté de 66,7 % sur la période, passant de 231 à 77 millions d'euros. En 2022, un choc de prix a été détecté (prix +18,3 % par rapport à la baseline, abnormalité de 8,0 écarts-types), coïncidant avec l'instauration des sanctions économiques liées au conflit en Ukraine. Les volumes ont été divisés par plus de deux (de 40 750 à 18 248 tonnes). Cette perte n'a été que partiellement compensée par la croissance vers d'autres marchés comme l'Ukraine (+180,6 %), Israël (+59,5 %) ou la Suisse (+38,9 %).
| Destination d'exportation | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 399 | 335 | −16,1 % |
| Russie | 231 | 77 | −66,7 % |
| Australie | 111 | 119 | +7,7 % |
| Norvège | 114 | 124 | +8,4 % |
| Suisse | 128 | 178 | +38,9 % |
| Ukraine | 18 | 51 | +180,6 % |
| Israël | 34 | 55 | +59,5 % |
Voir les principaux partenaires d'exportation.
La concentration des importations augmente, celle des exportations diminue
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) pour les importations a progressé de 22,1 % (de 3 877 à 4 735), signalant une concentration croissante des sources d'approvisionnement autour de la Chine et de la Turquie. À l'inverse, l'HHI des exportations a baissé de 28,1 % (de 1 100 à 790), indiquant une diversification des débouchés. Ce double mouvement rend l'UE plus vulnérable à des chocs d'approvisionnement (notamment chinois) tout que ses exportations sont mieux réparties géographiquement.
Voir la concentration HHI.
3. Restructuration sectorielle : production en déclin et montée en gamme
La production européenne de volumes en repli, mais la valeur augmente
Les données de production de l'UE montrent une baisse significative des volumes : de 24,5 millions d'unités en 2015 à 16,3 millions en 2024 (−33,7 %). En revanche, la valeur de production a progressé de 48,5 %, passant de 3,9 à 4,1 milliards d'euros sur une base comparable. Le prix moyen de production a ainsi bondi de 159 à 253 €/unité (+58,8 %), ce qui indique un mouvement de montée en gamme : les fabricants européens produisent moins d'unités mais à des prix plus élevés, probablement en se concentrant sur des segments premium (fours à encastrer, équipements haut de gamme).
Voir les volumes de production.
Cinq États membres concentrent l'avantage comparatif de l'UE
Les données de spécialisation (RSCA) pour 2025 révèlent que seuls cinq États membres présentent un avantage comparatif révélé dans ce secteur :
| État membre | RSCA | RCA | Part de la production UE | Part des exportations UE |
|---|---|---|---|---|
| Slovénie | 0,62 | 4,31 | 4,3 % | 1,0 % |
| Pologne | 0,42 | 2,47 | 16,4 % | 6,6 % |
| Roumanie | 0,34 | 2,05 | 3,4 % | 1,7 % |
| Espagne | 0,27 | 1,75 | 10,2 % | 5,8 % |
| Italie | 0,13 | 1,30 | 10,4 % | 8,0 % |
La Slovénie et la Pologne affichent les RSCA les plus élevés, tandis que l'Allemagne — premier exportateur de l'UE en valeur absolue (615 M€ en 2025) — ne présente qu'un avantage marginal (RSCA de 0,07). À l'autre extrême, l'Irlande (RSCA de −0,999), le Portugal (−0,90) et la Finlande (−0,86) sont structurellement déficitaires dans ce secteur.
Voir la spécialisation des États membres.
Les fours à encastrer dominent le commerce extérieur de l'UE
La ventilation par sous-produit révèle une structure commerciale très différente entre importations et exportations. À l'importation, le segment « autres fours et cuisinières » (85166090) domine avec 541 millions d'euros en 2025, suivi des fours à encastrer (424 M€) et des grils/rôtissoires (245 M€). À l'exportation, les fours à encastrer constituent de loin le premier poste (792 M€, soit 47 % des exportations totales), suivis des réchauds/tables de cuisson (520 M€) et des cuisinières (212 M€).
| Sous-produit | Import. 2025 (M€) | Export. 2025 (M€) |
|---|---|---|
| Fours à encastrer (85166080) | 424 | 792 |
| Réchauds et tables de cuisson (85166050) | 337 | 520 |
| Cuisinières (85166010) | 244 | 212 |
| Grils et rôtissoires (85166070) | 245 | 37 |
| Autres fours et cuisinières (85166090) | 541 | 109 |
Cette asymétrie confirme le positionnement de l'UE : les fours à encastrer, segment à haute valeur ajoutée et fort contenu technologique (design, énergie, connectivité), constituent la force exportatrice de l'industrie européenne. En revanche, l'UE importe massivement des appareils standardisés à bas prix, notamment de Chine et de Turquie.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des appareils de cuisson électriques domestiques a subi une double transformation structurelle. D'une part, l'UE est passée d'une position excédentaire à déficitaire, sous l'effet d'une quasi-doublée des importations (+94 %) tandis que les exportations ne progressaient que marginalement (+6,3 %). D'autre part, le tissu productif européen s'est restructuré autour d'une logique de montée en gamme : les volumes de production ont reculé d'un tiers, mais la valeur totale a progressé de près de 50 %.
Les chocs géopolitiques de 2022 — perturbations des chaînes d'approvisionnement chinoises et sanctions contre la Russie — ont laissé des traces durables, avec des prix d'importation restés structurellement élevés et des flux vers la Russie durablement érodés. La concentration des importations autour de la Chine et de la Turquie constitue un risque de vulnérabilité croissant, tandis que la diversification géographique des exportations offre une certaine résilience. L'industrie européenne conserve un avantage compétitif notable sur les fours à encastrer, segment à forte valeur ajoutée, mais perd du terrain sur les produits standardisés face à la concurrence asiatique et turque.