Évolution du marché : Appareils électrothermiques (CN 851679) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec les pays tiers pour le code nomenclature combinée 851679, qui regroupe les « appareils électrothermiques pour usages domestiques » — une catégorie résiduelle excluant notamment les fours à micro-ondes, les fers à repasser, les grille-pain, les appareils à café/thé, les grils, rôtissoires et fours. En pratique, ce code couvre des produits tels que les friteuses électriques, les appareils de cuisson divers et d'autres petits appareils ménagers électrothermiques non spécifiquement classés ailleurs. La période analysée s'étend de 2015 à 2025 et révèle des dynamiques profondes de restructuration du commerce européen dans ce segment.
Vue d'ensemble sur le tableau de bord
1. Une explosion des importations et un déficit commercial en forte expansion
1.1. Les importations ont plus que doublé en valeur et en volume
L'évolution la plus frappante sur la période est la croissance spectaculaire des importations de l'UE en provenance des pays tiers. En valeur, elles sont passées de 697,6 millions d'euros en 2015 à 1 711,6 millions d'euros en 2025, soit une hausse de 145,3 %. En masse nette, l'augmentation est encore plus marquée, avec un passage de 97 707 tonnes à 245 443 tonnes (+151,2 %). En nombre de pièces, les importations ont progressé de 79,1 millions à 140,7 millions d'unités (+77,9 %), ce qui traduit un accroissement substantiel des volumes entrant sur le marché européen.
1.2. Les exportations progressent de manière plus modérée
Les exportations de l'UE vers les pays tiers ont suivi une trajectoire nettement moins dynamique. En valeur, elles sont passées de 299,3 millions d'euros à 448,9 millions d'euros (+50,0 %). Cependant, en termes de volume physique (masse nette), la progression n'est que de 3,0 % (de 20 140 à 20 749 tonnes), signe que la hausse de valeur provient essentiellement d'une augmentation des prix unitaires à l'exportation (+45,6 % au prix par tonne). Le nombre de pièces exportées a progressé de 6,5 millions à 9,2 millions (+42,5 %), mais reste très loin des volumes importés.
1.3. Un déficit commercial qui se creuse massivement
La conjonction d'importations en forte hausse et d'exportations en croissance plus modeste a conduit à un creusement considérable du déficit commercial de l'UE dans ce segment. Celui-ci est passé de -398 millions d'euros en 2015 à -1 263 millions d'euros en 2025, soit une détérioration de 217 %. Ce déficit traduit la dépendance croissante du marché européen vis-à-vis des fournisseurs extérieurs.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur, M€) | 697,6 | 1 711,6 | +145,3 % |
| Importations (volume, t) | 97 707 | 245 443 | +151,2 % |
| Exportations (valeur, M€) | 299,3 | 448,9 | +50,0 % |
| Exportations (volume, t) | 20 140 | 20 749 | +3,0 % |
| Solde commercial (M€) | -398 | -1 263 | -217 % |
2. La domination chinoise et la concentration accrue des approvisionnements
2.1. La Chine, fournisseur quasi exclusif de l'UE
La Chine occupe une position hégémonique dans les importations européennes du code 851679. En 2015, les importations en provenance de Chine s'élevaient déjà à 596,9 millions d'euros, soit 85,6 % du total des importations. En 2025, elles atteignent 1 625,1 millions d'euros, représentant 94,9 % du total des importations — une progression de 172,3 % sur la période. Cette concentration extrême de l'approvisionnement sur un seul partenaire constitue un facteur de vulnérabilité structurel pour le marché européen.
2.2. Les autres fournisseurs restent marginalisés
Les autres partenaires à l'importation restent de taille nettement inférieure. Le Royaume-Uni a vu ses exportations vers l'UE chuter de 21,8 à 6,7 millions d'euros (-69,4 %), probablement en lien avec le Brexit et la mise en place de barrières douanières. La Suisse est restée relativement stable (de 27,7 à 22,9 M€, -17,3 %). L'Ukraine a connu une forte progression (de 0,1 à 10,9 M€, +10 349 %), mais reste un partenaire modeste en valeur absolue. La Corée du Sud a vu ses ventes à l'UE diminuer de moitié (-54,8 %).
2.3. Les exportations de l'UE sont plus diversifiées mais stagnent en volume
À l'exportation, les principaux partenaires de l'UE en 2025 sont le Royaume-Uni (63,8 M€, +7,8 %), la Suisse (79,2 M€, +87,1 %), la Norvège (23,8 M€, +132,2 %), les États-Unis (32,6 M€, +68,0 %), l'Australie (27,4 M€, +21,6 %) et l'Ukraine (35,8 M€, +1 852 %). Cette dernière progression remarquable s'explique vraisemblablement par les besoins de reconstruction liés au conflit. En revanche, les exportations vers la Chine ont diminué de 32,9 à 19,7 M€ (-40,1 %), confirmant la nature asymétrique de la relation commerciale UE-Chine dans ce segment.
2.4. Une concentration des importations qui s'accentue
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) pour les importations en valeur est passé de 7 354 à 9 092 (+23,6 %), confirmant la tendance à une concentration croissante des approvisionnements sur la Chine. À l'inverse, le HHI des exportations a diminué de 897 à 775 (-13,6 %), indiquant une légère diversification des débouchés à l'exportation. L'écart considérable entre les deux indices (9 092 à l'import vs. 775 à l'export) illustre bien la dissymétrie structurelle du commerce européen dans ce segment.
3. L'effondrement de la production européenne et la montée de la vulnérabilité
3.1. Une production européenne en chute libre
Les données de production PRODCOM révèlent un déclin dramatif de la production européenne d'appareils électrothermiques domestiques. En nombre de pièces, la production est passée de 23,8 millions d'unités en 2015 à 9,3 millions d'unités en 2025, soit une baisse de 60,9 %. En valeur, le recul est encore plus brutal, passant de 731 millions d'euros à 210 millions d'euros (-71,3 %). Cette contraction de la production locale explique en grande partie le recours massif aux importations.
3.2. Une dépendance aux importations devenue critique
Le taux de dépendance nette aux importations a connu une augmentation vertigineuse, passant de 5,1 % en 2015 à 85,4 % en 2025 (+1 575 %). Ce chiffre signifie que l'essentiel de la consommation européenne de ces produits est désormais assuré par des importations. L'intensité commerciale (rapport entre le commerce total et la production) est passée de 41,6 % à 111,8 %, ce qui indique que le commerce international dépasse désormais la production locale — signe d'un marché profondément mondialisé. La propension à exporter (exportations rapportées à la production) a également bondi de 24,3 % à 205,0 %, ce qui suggère que les producteurs européens restants se sont concentrés sur des niches à plus forte valeur ajoutée destinées à l'export.
Taux de dépendance aux importations
3.3. Les principaux États membres et leur spécialisation
En 2025, les principaux importateurs intra-UE sont les Pays-Bas (364,8 M€), l'Allemagne (261,8 M€), la France (224,8 M€), l'Espagne (133,4 M€), la Belgique (148,6 M€), l'Italie (126,3 M€) et la Pologne (106,5 M€). La Pologne a connu la plus forte progression (+602 %), reflétant peut-être un rôle croissant de hub logistique ou de transformation dans l'UE. À l'exportation, l'Allemagne domine avec 242,3 M€ (+92 %), suivie par l'Italie (31,2 M€), l'Espagne (21,5 M€) et la Suède (19,0 M€).
L'analyse de la spécialisation révèle que la France dispose du ratio RSCA le plus élevé (0,54), suivi de la Slovaquie (0,18), de la Pologne (0,06) et de l'Espagne (0,05). À l'inverse, Malte, Chypre, l'Irlande et la Finlande figurent parmi les pays les moins spécialisés, avec des indices RCA proches de zéro.
Spécialisation par État membre
3.4. Volatilité et chocs d'approvisionnement
L'analyse de la volatilité des échanges révèle des niveaux variables selon les partenaires. Les importations en provenance d'Inde (CV = 0,84), de Suisse (CV = 0,75) et d'Ukraine (CV = 0,61) présentent les coefficients de variation les plus élevés, tandis que celles de Corée du Sud (CV = 0,15) et de Taïwan (CV = 0,29) sont les plus stables. À l'exportation, l'Ukraine (CV = 1,24) et le Canada (CV = 0,63) affichent la plus forte volatilité.
Plusieurs chocs significatifs ont été détectés. En 2019, un choc de prix à l'exportation vers la Fédération de Russie (hausse de prix de 43,7 %, abnormalité de 37,6) a été observé, potentiellement lié à des tensions géopolitiques et des restrictions commerciales. En 2022, un choc de prix des importations en provenance de Chine (hausse de 33,0 %, abnormalité de 9,0) coïncide avec les perturbations des chaînes d'approvisionnement post-COVID et la hausse des coûts de transport maritime.
Conclusion
La période 2015-2025 se caractérise par une transformation profonde du marché européen des appareils électrothermiques domestiques (CN 851679). Trois dynamiques majeures se dégagent. Premièrement, l'effondrement de la production européenne (recul de 61 à 71 % selon les indicateurs) a vidé le marché de sa capacité industrielle propre. Deuxièmement, la dépendance quasi exclusive vis-à-vis de la Chine (95 % des importations en 2025) s'est considérablement renforcée, avec un taux de dépendance aux importations passé de 5 % à 85 %. Troisièmement, le déficit commercial s'est creusé de manière alarmante, atteignant 1,26 milliard d'euros, tandis que les exportations stagnent en volume malgré une progression en valeur.
Ce scénario pose des questions importantes en termes de souveraineté industrielle et de résilience des chaînes d'approvisionnement européennes dans un segment de consommation courante. La concentration extrême des approvisionnements sur un seul partenaire, combinée à l'érosion de la base de production locale, expose l'UE à des risques significatifs en cas de tensions commerciales ou de disruptions logistiques futures.