Évolution du marché : Résistances chauffantes (CN 851680) — 2015–2025
Introduction
Les résistances chauffantes (code NC 851680), qui englobent les résistances électriques montées sur support isolant (85168020) ainsi que les autres résistances électriques chauffantes hors graphite et charbon aggloméré (85168080), constituent un composant essentiel de très nombreux appareils électrothermiques : systèmes de chauffage domestique et industriel, électroménager, équipements automobiles ou encore applications industrielles spécifiques. Sur la période 2015–2025, le marché européen de ce produit a connu trois mutations majeures que ce rapport s'attache à documenter et à interpréter.
D'une part, la demande intérieure européenne a crû nettement plus vite que les exportations, érodant de près de deux tiers l'excédent commercial de l'UE. D'autre part, la géographie des échanges a été profondément reconfigurée : l'effondrement des livraisons vers la Russie après 2022 s'est accompagné de l'émergence rapide de nouveaux fournisseurs, notamment dans les Balkans et en Asie. Enfin, la production européenne a connu un basculement structurel marqué par une montée en gamme spectaculaire, les volumes reculant de 58 % tandis que la valeur progressait de 77 %.
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1. L'essor des importations et l'érosion rapide de l'excédent commercial
1.1 Les importations ont doublé en valeur tandis que les exportations ne progressaient que de 28 %
Entre 2015 et 2025, les importations intra-UE de résistances chauffantes ont bondi de 289,6 M€ à 601,3 M€, soit une hausse de +107,7 %. Sur la même période, les exportations hors UE n'ont progressé que de 27,5 %, passant de 537,3 M€ à 685,2 M€. L'écart de dynamisme est saisissant : les importations ont connu une croissance près de quatre fois supérieure à celle des exportations en rythme relatif.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 537,3 | 685,2 | +27,5 % |
| Importations (M€) | 289,6 | 601,3 | +107,7 % |
| Solde commercial (M€) | +247,7 | +83,9 | −66,1 % |
| Exportations (t) | 22 026 | 17 712 | −19,6 % |
| Importations (t) | 15 247 | 25 591 | +67,8 % |
| Prix export (€/t) | 24 381 | 38 612 | +58,4 % |
| Prix import (€/t) | 18 988 | 23 489 | +23,7 % |
Source : Vue d'ensemble des échanges
En volume, le constat est encore plus frappant : les importations ont progressé de 67,8 % (de 15 247 t à 25 591 t), alors que les exportations ont reculé de 19,6 % (de 22 026 t à 17 712 t). L'Union européenne est ainsi passée d'une position de net exportateur en volume à une situation quasi-équilibrée.
1.2 Le solde commercial passe de +248 M€ à +84 M€, un recul de 66 %
Le solde commercial de l'UE sur le poste 851680 est passé de +247,7 M€ en 2015 à +83,9 M€ en 2025, soit une contraction de 66,1 %. Ce montant de 83,9 M€ représente le niveau le plus bas observé sur la période, le maximum ayant été atteint à 260,0 M€. L'Union européenne demeure excédentaire, mais l'érosion est continue et rapide.
Cette dynamique s'explique par la combinaison d'une demande intérieure soutenue — portée notamment par la transition énergétique et le développement de l'électrification des usages thermiques — et d'une capacité de production européenne qui, comme on le verra dans la troisième partie, se concentre sur des segments à plus forte valeur ajoutée au détriment des volumes de base.
1.3 L'intensité commerciale de l'UE atteint 70 %, signe d'une ouverture croissante
L'indice d'intensité commerciale de l'UE sur ce produit est passé de 44,5 % en 2015 à 69,7 % en 2025 (+56,7 %). Parallèlement, la propension à l'exportation (part des exportations dans la production) a progressé de 33,2 % à 56,0 % (+68,5 %). Ces deux indicateurs traduisent une internationalisation croissante de la chaîne de valeur des résistances chauffantes européennes.
La dépendance nette aux importations reste négative (de −14,9 % à −12,2 %), confirmant que l'UE demeure structurellement exportatrice nette. Toutefois, ce ratio a atteint un minimum de −47,0 % au cours de la période, avant de remonter progressivement, ce qui confirme la trajectoire de convergence entre importations et exportations.
Sources : Intensité commerciale · Dépendance nette aux importations
2. Reconfiguration géographique : chocs géopolitiques et émergence de nouveaux corridors d'approvisionnement
2.1 Les exportations vers la Russie passent de 40 M€ à quasi-zéro sous l'effet des sanctions
Le choc géopolitique le plus marquant de la période est l'effondrement total des exportations de résistances chauffantes vers la Fédération de Russie. En 2015, la Russie représentait 40,3 M€ d'exportations, en faisant le cinquième marché de destination de l'UE sur ce produit. En 2025, ce montant est tombé à 6 924 € — soit une quasi-disparition totale (−100,0 %). Ce recul s'explique par les sanctions commerciales imposées à la Russie à la suite de l'invasion de l'Ukraine en février 2022, qui ont progressivement restreint puis interdit les exportations de nombreux biens industriels européens.
Côté exportations, le Royaume-Uni, premier partenaire historique de l'UE, voit ses échanges stagner puis légèrement reculer (de 71,2 M€ à 64,2 M€, −9,9 %), probablement sous l'effet des frictions post-Brexit. À l'inverse, les États-Unis consolident leur position de premier client avec 115,6 M€ (+45,8 %), et la Chine progresse fortement (de 43,4 M€ à 71,4 M€, +64,6 %).
| Partenaire (exportations UE) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 79,3 | 115,6 | +45,8 % |
| Chine | 43,4 | 71,4 | +64,6 % |
| Turquie | 63,3 | 68,7 | +8,6 % |
| Royaume-Uni | 71,2 | 64,2 | −9,9 % |
| Russie | 40,3 | 0,007 | −100,0 % |
| Norvège | 18,4 | 25,6 | +39,2 % |
| Arabie saoudite | 13,7 | 20,5 | +50,1 % |
Source : Principaux partenaires à l'exportation
2.2 La Macédoine du Nord, l'Inde et la Serbie émergent comme fournisseurs majeurs
Plusieurs partenaires ont connu une progression spectaculaire en tant que fournisseurs de l'UE. Le cas le plus remarquable est celui de la Macédoine du Nord, dont les exportations vers l'UE sont passées de 6 633 € en 2015 à 16,4 M€ en 2025 — partant de quasi-zéro pour devenir un fournisseur significatif. L'Inde a également connu une trajectoire ascendante très marquée, passant de 4,3 M€ à 14,4 M€ (+235,2 %). La Serbie, déjà un fournisseur important en 2015 avec 40,4 M€, a plus que doublé ses livraisons pour atteindre 94,8 M€ (+134,8 %), se hissant au deuxième rang des fournisseurs extra-UE de l'UE.
| Partenaire (importations UE) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 82,9 | 147,8 | +78,3 % |
| Serbie | 40,4 | 94,8 | +134,8 % |
| États-Unis | 38,9 | 73,4 | +88,5 % |
| Turquie | 18,6 | 29,4 | +58,0 % |
| Macédoine du Nord | 0,007 | 16,4 | — |
| Inde | 4,3 | 14,4 | +235,2 % |
| Ukraine | 11,7 | 13,6 | +15,8 % |
Source : Principaux partenaires à l'importation
Cette montée en puissance des pays des Balkans occidentaux et d'Asie s'inscrit dans des stratégies de relocalisation de capacités de production, tirées par des coûts de main-d'œuvre compétitifs, des accords commerciaux préférentiels (accord de stabilisation et d'association avec la Serbie, statut SPG pour la Macédoine du Nord) et une proximité géographique avantageuse pour les flux logistiques.
2.3 La concentration des importations recule, témoignant d'une diversification structurelle
La concentration des importations mesurée par l'indice Herfindahl-Hirschman (HHI) est passée de 1 436 à 1 202 en valeur (−16,3 %), indiquant une diversification des sources d'approvisionnement. Les importations étaient auparavant dominées par la Chine et la Serbie ; elles se répartissent désormais entre un nombre accru de fournisseurs.
| Indicateur HHI | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 1 436 | 1 202 | −16,3 % |
| Importations (volume) | 2 338 | 2 079 | −11,1 % |
| Exportations (valeur) | 746 | 719 | −3,6 % |
| Exportations (volume) | 1 118 | 910 | −18,6 % |
Source : Concentration HHI
Côté exportations, la concentration est restée relativement stable (HHI de 746 à 719, −3,6 %), l'UE exportant vers un éventail déjà diversifié de marchés. La volatilité des flux commerciaux varie toutefois fortement selon les partenaires : les échanges avec la Tunisie et le Maroc affichent les coefficients de variation les plus élevés (respectivement 1,19 et 1,02), tandis que la Suisse (0,10) et l'Arabie saoudite (0,16) se distinguent par leur stabilité.
Source : Volatilité des flux
3. Montée en gamme de la production européenne : moins de volume, plus de valeur
3.1 La production européenne perd 58 % de son volume mais gagne 77 % de valeur
Les données de production PRODCOM révèlent une transformation structurelle profonde de l'industrie européenne des résistances chauffantes. Le volume produit est passé de 145 100 t en 2015 à 60 532 t en 2025, soit un recul de 58,3 %. En revanche, la valeur de la production a progressé de 667,4 M€ à 1 183,1 M€ (+77,3 %). La valeur unitaire de la production a ainsi été multipliée par plus de quatre, passant d'environ 4,6 €/kg à 19,5 €/kg.
| Indicateur de production | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume (milliers de t) | 145,1 | 60,5 | −58,3 % |
| Valeur (M€) | 667,4 | 1 183,1 | +77,3 % |
| Valeur unitaire (€/kg) | 4,6 | 19,5 | +325 % |
Source : Volumes de production
Ce décalage considérable entre volumes et valeur traduit une montée en gamme structurelle : les producteurs européens se concentrent sur des résistances chauffantes à forte valeur ajoutée — technologies spécifiques, matériaux avancés, miniaturisation, applications automobiles ou industrielles critiques — tout en cédant les segments de commodité à la concurrence internationale. C'est dans ce contexte qu'il faut lire la progression parallèle des importations : l'UE achète à l'étranger les volumes de base qu'elle ne produit plus sur son sol.
3.2 Le segment des résistances sur support isolant tire la hausse des prix à l'exportation
La ventilation par sous-code douanier confirme cette dynamique de montée en gamme. Le segment 85168020 (résistances montées sur un support en matière isolante), dont le prix unitaire est structurellement plus élevé, a vu ses exportations croître de 2 529 t et 111,1 M€ à 3 772 t et 242,3 M€ — soit +49,1 % en volume et +118,0 % en valeur. Sa part dans la valeur totale des exportations est ainsi passée de 20,7 % à 35,4 %.
| Segment | Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|---|
| 85168080 (autres) | Export volume (t) | 19 497 | 13 941 | −28,5 % |
| Export valeur (M€) | 426,1 | 442,9 | +3,9 % | |
| Export prix (€/t) | 21 851 | 31 761 | +45,3 % | |
| 85168020 (support isolant) | Export volume (t) | 2 529 | 3 772 | +49,1 % |
| Export valeur (M€) | 111,1 | 242,3 | +118,0 % | |
| Export prix (€/t) | 43 880 | 63 938 | +45,7 % |
Source : Ventilation par produit
À l'inverse, le segment 85168080 (autres résistances chauffantes) a vu ses exportations en volume reculer de 28,5 %, tandis que sa valeur ne progressait que de 3,9 %. C'est donc le segment à plus haute valeur ajoutée qui tire la performance globale des exportations européennes.
Côté importations, le segment 85168080 domine nettement avec 20 367 t pour 409,6 M€ en 2025, contre 5 221 t et 191,6 M€ pour le segment 85168020. Le prix moyen importé du segment 85168080 (20 107 €/t) reste très inférieur au prix exporté (31 761 €/t), l'écart de prix global entre exportations et importations passant de 28 % à 64 % sur la période. Cet écart croissant est le reflet direct de la spécialisation européenne en amont de la chaîne de valeur.
3.3 Des chocs de prix ponctuels mais significatifs affectent certains corridors commerciaux
L'analyse de la volatilité a identifié plusieurs événements de prix atypiques au cours de la période. Trois chocs se distinguent par leur ampleur et leur impact économique :
| Événement | Partenaire | Sens | Année | Amplitude | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| Choc de prix | États-Unis | Import | 2017 | +63,3 % | 19,5 % |
| Choc de prix | Turquie | Import | 2022 | +23,6 % | 7,7 % |
| Choc de prix | Mexique | Export | 2019 | +18,7 % | 4,1 % |
Source : Chocs d'approvisionnement
Le choc le plus significatif en termes d'impact économique est celui des importations en provenance des États-Unis en 2017, avec un bond de prix de +63,3 % pour une part de 19,5 % de la valeur totale des importations. Ce mouvement pourrait être lié à des tensions commerciales naissantes ou à des changements structurels dans le positionnement tarifaire des exportateurs américains. Le choc turc de 2022, bien que plus modéré en amplitude (+23,6 %), s'inscrit dans le contexte plus large de l'inflation mondiale post-Covid et de la crise énergétique européenne. Ces épisodes rappellent que, malgré la diversification géographique, le marché européen reste exposé à des volatilités de prix sur des corridors spécifiques.
Conclusion
La période 2015–2025 marque une triple transformation du marché européen des résistances chauffantes (CN 851680). Premièrement, l'Union européenne voit son excédent commercial se réduire de 66 % sous l'effet d'une croissance des importations (+108 %) nettement plus rapide que celle des exportations (+28 %), sans pour autant basculer dans un déficit structurel. Deuxièmement, la géographie des échanges est profondément reconfigurée : les sanctions contre la Russie ont effacé un marché de 40 M€, tandis que de nouveaux corridors se sont ouverts avec les Balkans occidentaux (Serbie, Macédoine du Nord) et l'Asie (Inde), contribuant à une diversification mesurable des approvisionnements. Troisièmement, la production européenne se transforme en profondeur : les volumes reculent de 58 % mais la valeur augmente de 77 %, traduisant une montée en gamme structurelle qui concentre l'industrie sur les segments à forte valeur ajoutée, notamment les résistances montées sur support isolant.
À l'horizon, la poursuite de la transition énergétique et l'électrification croissante des usages thermiques devraient maintenir une demande soutenue pour ces composants. Toutefois, l'accélération des importations à bas prix et la spécialisation accrue de la production européenne sur les segments de niche pourraient à terme menacer l'excédent commercial encore existant. Les entreprises et les décideurs européens auront intérêt à surveiller l'évolution de cette balance commerciale, la dynamique des prix sur les corridors majeurs et les risques de dépendance accrue vis-à-vis de fournisseurs extra-européens.