Évolution du marché : Eaux non sucrées ni aromatisées (CN 2201) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec le reste du monde pour le code douanier 2201, qui couvre les eaux minérales, les eaux gazeifiées, les autres eaux non sucrées, ainsi que la glace et la neige. La période d'étude s'étend de 2015 à 2025. Durant cette décennie, l'UE a consolidé sa position d'exportateur net majeur, affichant une croissance solide de ses exportations, une diversification de ses partenaires et une spécialisation accrue de certains de ses États membres, malgré une production nationale en forte hausse. Ce rapport explore ces dynamiques en trois sections : la première examine la forte croissance des exportations et le creusement de l'excédent commercial ; la seconde analyse la réorientation des flux commerciaux et la réduction de la concentration des importations ; la troisième évalue la position concurrentielle de l'UE et sa vulnérabilité aux chocs.
1. Une expansion vigoureuse des exportations creusant l'avantage commercial de l'UE
Entre 2015 et 2025, le commerce extérieur de l'UE en eaux non sucrées a connu une croissance notable, marquée par une augmentation des exportations supérieure à celle des importations, conduisant à un accélération de l'excédent commercial.
Une hausse marquée de la valeur et des volumes exportés
La valeur des exportations de l'UE vers les pays hors UE a progressé de 59,0 %, passant de 931 millions d'euros à 1,48 milliard d'euros (vue d'ensemble du commerce). Cette forte augmentation s'explique principalement par une hausse de 44,7 % des prix à l'exportation (de 364 à 527 € par tonne), les volumes ayant crû plus modérément de 9,9 % (de 2,56 à 2,81 millions de tonnes).
| Indicateur (Exportations UE) | Valeur 2015 | Valeur 2025 | Évolution (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur (Mds €) | 0,931 | 1,480 | +59,0 % |
| Quantité (Mds tonnes) | 2,556 | 2,808 | +9,9 % |
| Prix moyen (€/t) | 364 | 527 | +44,7 % |
Une croissance plus modeste des importations
Du côté des importations, la hausse a été plus contenue. Leur valeur a augmenté de 28,1 % pour atteindre 111 millions d'euros en 2025, tandis que les volumes importés ont progressé de 13,4 % (passant de 1,77 à 2,01 millions de tonnes). Les prix à l'importation n'ont augmenté que de 13,0 %, maintenant un écart de prix substantiel avec les exportations (527 €/t contre 55 €/t en 2025).
Un excédent commercial en nette expansion
La combinaison de ces dynamiques a conduit à une expansion de l'excédent commercial de l'UE de 62,1 %, le faisant passer de 844 millions d'euros en 2015 à 1,37 milliard d'euros en 2025. Cet écart s'est principalement creusé après 2019, illustrant la robustesse du secteur exportateur européen.
2. Une réorientation des flux et une diversification des approvisionnements
La période étudiée a été marquée par d'importants changements dans les partenaires commerciaux de l'UE, entraînant une réduction significative de la concentration des importations.
Les États-Unis, moteur principal de la croissance des exportations
La part des États-Unis dans les exportations de l'UE a connu une hausse spectaculaire de 125,4 %, le pays passant du 3ᵉ au 1ᵉʳ rang des destinations d'exportation (de 254 à 572 millions d'euros). Cette dynamique a largement compensé le recul de 62,9 % des exportations vers le Japon (principaux partenaires). Le Royaume-Uni (+33,0 %) et la Suisse (+53,6 %) ont également contribué à cette croissance.
| Principales destinations des exportations UE | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Évolution (%) |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 254 | 572 | +125,4 % |
| Royaume-Uni | 152 | 202 | +33,0 % |
| Suisse | 84 | 129 | +53,6 % |
| Japon | 96 | 36 | -62,9 % |
L'essor de nouveaux fournisseurs à l'importation
Les importations de l'UE se sont réorientées vers la Turquie (+65,4 % à 27 millions d'euros), la Géorgie (+61,1 %) et, de manière très marquée, vers les Balkans : la Bosnie-Herzégovine (+279,7 %) et la Serbie (+271,1 %) ont vu leurs ventes vers l'UE fortement augmenter. À l'inverse, les importations en provenance du Royaume-Uni ont chuté de 33,3 %.
| Principaux fournisseurs de l'UE | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Évolution (%) |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 37,6 | 25,1 | -33,3 % |
| Turquie | 16,4 | 27,1 | +65,4 % |
| Norvège | 8,6 | 10,5 | +21,8 % |
| Bosnie-Herzégovine | 1,4 | 5,4 | +279,7 % |
Une concentration des exportations accrue, des importations diversifiées
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) révèle une tendance divergente : la concentration des exportations a augmenté de 45,3 % (HHI passant de 1 302 à 1 892), suggérant une focalisation plus forte sur quelques marchés de destination (notamment les États-Unis). À l'inverse, la concentration des importations a chuté de 39,2 % (de 2 522 à 1 533), indiquant une diversification des sources d'approvisionnement (analyse de concentration).
3. Une spécialisation inégale au sein de l'UE face à une production en hausse
L'UE affiche globalement une forte capacité de production et un avantage comparatif marqué, mais ces atouts sont portés par un petit nombre d'États membres spécialisés.
Une production en forte croissance soutenant l'exportation
La production d'eaux de l'UE (en milliers de m³) a augmenté de 52,7 % sur la période, passant de 52,1 milliards à 79,6 milliards d'unités (volumes de production). Cette croissance, supérieure à celle des volumes exportés, a renforcé l'autonomie de l'UE, comme en témoigne le creusement de son taux de dépendance nette aux importations, devenu plus négatif (passant de -6,1 % à -9,3 %) (dépendance nette aux importations).
Une spécialisation concentrée sur la France et l'Italie
L'analyse de l'avantage comparatif révélé (RSCA) montre que l'UE est globalement compétitive, mais que cette compétitivité est tirée par quelques pays. En 2025, le Luxembourg, la France et l'Italie présentent les indices de spécialisation les plus élevés, avec des parts de production et d'exportation significatives (spécialisation). À l'inverse, des pays comme l'Irlande (RSCA = -1,00) ou la Finlande (RSCA = -0,99) sont fortement déficitaires et importateurs nets.
| État membre | RSCA (2025) | Part dans les exportations UE (2025) |
|---|---|---|
| Luxembourg | 0,663 | 1,6 % |
| France | 0,630 | 34,5 % |
| Italie | 0,488 | 23,3 % |
| Irlande | -1,000 | < 0,01 % |
Une vulnérabilité limitée mais des chocs de prix ponctuels
L'UE, en tant qu'exportateur net, présente une faible vulnérabilité structurelle. Cependant, des chocs spécifiques peuvent survenir. Les données révèlent un événement notable : en 2022, les exportations vers Israël ont subi un choc de prix anormal (abnormalité de 3,7), avec une hausse des prix de 50,3 % (chocs détectés). Cet événement, bien que ponctuel, illustre une sensibilité aux conditions de marché de certains partenaires.
Conclusion
Sur la période 2015-2025, le marché européen des eaux non sucrées (CN 2201) a fait preuve d'une dynamique vigoureuse. L'UE a significativement renforcé sa position d'exportateur net, portée par une forte augmentation des prix et une croissance soutenue des volumes, notamment vers les États-Unis. Ce succès a été accompagné d'une diversification des sources d'importation, réduisant la concentration des approvisionnements. Cependant, la compétitivité de l'UE repose sur un nombre limité d'États membres, principalement la France et l'Italie, tandis que d'autres restent structurellement déficitaires. La production a fortement augmenté, consolidant l'autonomie du bloc. À l'avenir, la capacité à maintenir cette trajectoire dépendra de la stabilité des marchés clés, de l'évolution des coûts de production et de la gestion des chocs spécifiques, comme l'a illustré l'épisode israélien en 2022.