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Évolution du marché : Aciers alliés laminés plats (CN 7226) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 7226 couvre les produits laminés plats en aciers alliés autres qu'aciers inoxydables, d'une largeur inférieure à 600 mm, laminés à chaud ou à froid. Cette position tarifaire regroupe six sous-positions : les aciers au silicium « magnétiques » à grains orientés (722611) et non orientés (722619), les aciers à coupe rapide (722620), ainsi que les aciers alliés laminés à chaud (722691), à froid (722692) et autrement traités (722699). Il s'agit d'un segment clé de la sidérurgie européenne, servant notamment les secteurs de l'électrotechnique, de l'automobile et de l'outillage.

Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a connu une transformation profonde de ses échanges extérieurs sur ce produit : une hausse marquée des prix, un recul des volumes mais une progression de la valeur ajoutée, une reconfiguration des partenaires commerciaux — notamment avec l'effondrement des importations en provenance de Russie — et un renforcement net de sa position de pays exportateur net.


1. Hausse des prix et montée en valeur : l'UE consolide sa position d'exportateur net

Des volumes en repli mais une valeur en forte progression

Le constat le plus frappant de la période est la divergence entre volumes et valeurs. Du côté des exportations, l'UE a exporté 253 259 tonnes en 2025, contre 370 277 tonnes en 2015 (–31,6 %), mais la valeur est passée de 598 M€ à 753 M€ (+26,0 %). Les importations ont connu un repli encore plus marqué : de 118 648 tonnes et 157 M€ en 2015 à 43 745 tonnes et 91 M€ en 2025 (–63,1 % en volume, –42,0 % en valeur).

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations — volume (t) 370 277 253 259 –31,6 %
Exportations — valeur (M€) 598 753 +26,0 %
Exportations — prix moyen (€/t) 1 614 2 973 +84,2 %
Importations — volume (t) 118 648 43 745 –63,1 %
Importations — valeur (M€) 157 91 –42,0 %
Importations — prix moyen (€/t) 1 311 2 078 +58,5 %
Solde commercial (M€) 441 663 +50,2 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

La hausse des prix moyens, de +84,2 % à l'export et +58,5 % à l'import, reflète à la fois la dynamique inflationniste des coûts de l'énergie et des matières premières (notamment post-2021) et un mouvement structurel vers des aciers à plus forte valeur ajoutée.

L'UE devient structurellement exportatrice nette

L'indicateur de dépendance nette aux importations est passé de +0,77 % en 2015 à –6,20 % en 2025, avec un creux à –13,89 % à un moment intermédiaire. Un score négatif indique un excédent net : l'UE exporte nettement plus qu'elle n'importe sur ce segment. La propension à l'exportation a bondi de 1,75 % à 7,95 % (+353 %), tandis que l'intensité commerciale est passée de 4,18 % à 9,84 % (+135 %).

Une production industrielle en nette croissance

La production européenne de produits CN 7226 est passée de 1 902 kt à 3 089 kt (+62,4 % en volume), et de 2 173 M€ à 4 104 M€ en valeur (+88,8 %). La croissance de la valeur de production, nettement supérieure à celle du volume, confirme une orientation vers des produits à plus forte valeur ajoutée et/ou une hausse structurelle des prix de vente.


2. Une reconfiguration géographique profonde des flux commerciaux

L'effondrement des importations en provenance de Russie

Le partenariat le plus marqué par un choc structurel est la Russie. Les importations en provenance de Russie sont passées de 38,2 M€ en 2015 à 0,4 M€ en 2025 (–99,0 %). Un choc d'approvisionnement d'une ampleur de –99,9 % a été détecté en 2024, coïncidant avec le durcissement des sanctions de l'UE. La Russie représentait encore 30,5 % de la valeur des importations au moment du choc. Ce retrait a libéré de la place pour d'autres fournisseurs.

La Turquie et la Chine saisissent les opportunités

Deux partenaires ont fortement accru leurs parts à l'import vers l'UE :

Partenaire Import 2015 (M€) Import 2025 (M€) Variation
Fédération de Russie 38,2 0,4 –99,0 %
Turquie 2,6 13,1 +415,0 %
Chine 8,2 30,4 +271,1 %
Royaume-Uni 39,5 8,3 –78,9 %
Japon 33,0 12,5 –62,2 %
États-Unis 14,3 3,4 –76,4 %
Suisse 11,4 10,8 –5,4 %

La Turquie a connu une progression spectaculaire (+415 %), tandis que la Chine est devenue le premier fournisseur extra-UE avec 30,4 M€. Un choc de prix à l'import en provenance de Chine a été détecté en 2022 (+37,4 %), reflétant la conjoncture mondiale post-Covid et la hausse des coûts de transport. Parallèlement, les importations en provenance du Royaume-Uni ont chuté de 78,9 %, un déclin amorcé dès le Brexit (2019–2020). Le Japon et les États-Unis ont également perdu des parts significatives.

L'indice de concentration des importations (HHI) en volume a baissé de 3 928 à 2 086 (–46,9 %), signe d'une diversification des sources d'approvisionnement. En valeur, le HHI est resté stable autour de 1 840–1 862 (marché modérément concentré).

Des marchés d'exportation de plus en plus diversifiés

Du côté des exportations, la Suisse demeure le premier partenaire (123 M€ en 2025, +19,5 %), suivie de la Chine (134 M€, +18,1 %). Le Mexique est la progression la plus remarquable : de 8,2 M€ à 32,0 M€ (+291,6 %), ce qui en fait le septième partenaire en 2025.

Partenaire Export 2015 (M€) Export 2025 (M€) Variation
Suisse 102,7 122,7 +19,5 %
Chine 113,5 134,0 +18,1 %
États-Unis 108,5 88,0 –18,9 %
Royaume-Uni 29,6 30,2 +2,1 %
Turquie 19,5 19,6 +0,2 %
Inde 29,9 22,8 –23,7 %
Mexique 8,2 32,0 +291,6 %

La Suisse se distingue aussi par sa faible volatilité à l'export (coefficient de variation de 0,18), ce qui en fait un client extrêmement stable et fiable.

La recomposition au sein de l'UE : la France rattrape l'Allemagne

Au sein de l'UE, la géographie des exportations vers les pays tiers s'est profondément modifiée :

Pays UE Export 2015 (M€) Export 2025 (M€) Variation Part 2015 Part 2025
Allemagne 319 287 –10,2 % 53,4 % 38,1 %
France 116 291 +150,0 % 19,5 % 38,6 %
Autriche 62 89 +43,2 % 10,4 % 11,8 %
Italie 15 29 +93,6 % 2,5 % 3,9 %
Suède 29 19 –34,8 % 4,9 % 2,5 %

La part de l'Allemagne dans les exportations extra-UE a chuté de 53,4 % à 38,1 %, tandis que celle de la France est passée de 19,5 % à 38,6 %, la hissant au même rang que l'Allemagne en 2025. La France a ainsi plus que doublé ses exportations hors UE sur la période. À l'import, la Roumanie a connu la progression la plus forte (+479 %, passant de 1,7 M€ à 9,6 M€), tandis que l'Allemagne (–72,9 %) et les Pays-Bas (–84,2 %) ont vu leur volume d'importations fortement diminuer.


3. Chocs, volatilité et spécialisation : les dynamiques de restructuration du secteur

Trois chocs majeurs identifiés sur la période

Trois événements de choc significatif ont été détectés dans les données :

Événement Type Flux Partenaire Année Amplitude
Choc de prix à l'export Prix Export Royaume-Uni 2018 +72,5 %
Choc de prix à l'import Prix Import Chine 2022 +37,4 %
Choc d'approvisionnement Offre Import Fédération de Russie 2024 –99,9 %

Le choc de prix à l'export vers le Royaume-Uni en 2018 (anomalie de 136,1, soit la plus élevée de la période) coïncide avec l'incertitude entourant le Brexit et la dépréciation de la livre sterling. Le choc de prix en provenance de Chine en 2022 (anomalie 9,7, part de 25,6 % dans la valeur des importations) s'inscrit dans le contexte de la flambée des prix de l'énergie post-Covid. Enfin, l'effondrement quasi total des importations russes en 2024 constitue le choc d'approvisionnement le plus brutal de la décennie, en lien direct avec les sanctions européennes.

Une volatilité hétérogène selon les partenaires

Les coefficients de variation des échanges révèlent des profils de stabilité très différents :

  • Partenaires les plus stables à l'import : Suisse (CV = 0,24), Japon (0,24), Corée du Sud (0,38)
  • Partenaires les plus volatils à l'import : États-Unis (CV = 0,97), Norvège (0,95), Brésil (0,78), Inde (0,77)
  • Partenaires les plus stables à l'export : Suisse (CV = 0,18), Brésil (0,21), Turquie (0,22)
  • Partenaires les plus volatils à l'export : Mexique (CV = 0,50), Chine (0,47), Canada (0,46)

La Suisse apparaît comme le partenaire le plus fiable dans les deux sens du commerce, ce qui renforce l'importance stratégique de la relation bilatérale UE–Suisse pour ce segment.

Autriche et Slovaquie : des spécialistes de niche ; la France confirme son essor

L'analyse de spécialisation (RSCA) pour l'année 2025 met en évidence des profils nationaux très contrastés :

Pays UE RSCA RCA Part des exportations CN 7226 Part dans les exports UE totaux
Autriche 0,758 7,27 24,0 % 3,3 %
Slovaquie 0,653 4,76 10,1 % 2,1 %
Slovénie 0,273 1,75 1,8 % 1,0 %
Allemagne 0,176 1,43 30,2 % 21,2 %
France 0,126 1,29 10,1 % 7,8 %

L'Autriche affiche un avantage comparatif très marqué (RCA de 7,27), avec près d'un quart de ses exportations totales hors UE concentrées sur ce produit. La Slovaquie (RCA 4,76) occupe un profil similaire. En revanche, les pays comme la Bulgarie (RCA 0,0004), le Danemark (0,001) ou la Grèce (0,002) sont quasi absents de ce segment.

Un segment dominant : les aciers laminés à froid (722692)

La décomposition par sous-position confirme la prédominance du segment 722692 (aciers alliés laminés à froid) :

Sous-position Export volume 2015 (t) Export volume 2025 (t) Export valeur 2015 (M€) Export valeur 2025 (M€)
722692 — Laminés à froid 137 521 88 386 313 465
722691 — Laminés à chaud 108 086 54 096 94 83
722699 — Autrement traités 35 901 36 920 61 77
722619 — Magnétiques, grains non orientés 37 335 41 822 29 54
722611 — Magnétiques, grains orientés 49 211 31 399 81 64
722620 — Aciers à coupe rapide 2 223 635 20 10

Le segment 722692 représente à lui seul 61,7 % de la valeur des exportations extra-UE en 2025 (465 M€), avec un prix moyen à l'export passé de 2 274 €/t à 5 265 €/t (+131 %). Les aciers au silicium à grains non orientés (722619) ont maintenu leurs volumes (~42 000 t) tandis que les laminés à chaud (722691) ont perdu la moitié de leur volume, confirmant une montée en gamme vers le laminé à froid et les produits transformés. Du côté des importations, le segment 722619 s'est effondré (de 57 256 t à 5 849 t), ce qui suggère un renforcement de l'autonomie européenne sur les aciers magnétiques.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen des produits laminés plats en aciers alliés (CN 7226) a connu une triple transformation. Premièrement, l'UE a consolidé sa position d'exportateur net, avec un solde commercial porté à 663 M€ (+50 %), porté par une production en forte hausse (+62 % en volume) et une orientation vers des produits à plus forte valeur ajoutée. Deuxièmement, la carte des partenaires commerciaux a été profondément redessinée : l'effondrement des importations russes (–99 %), la montée de la Chine et de la Turquie comme fournisseurs, l'émergence du Mexique comme débouché et la quasi-disparition du Royaume-Uni comme fournisseur importateur ont reconfiguré les flux. Troisièmement, la structure industrielle interne à l'UE s'est transformée, avec la France qui a rejoint l'Allemagne au rang de premier exportateur extra-UE, l'Autriche confirmant son statut de spécialiste (RCA 7,27), et un mouvement général de montée en gamme vers le laminé à froid et les aciers magnétiques.

Les principaux risques identifiés pour la période à venir concernent la concentration croissante des importations en provenance de Chine (+271 %), la volatilité élevée de certains partenaires émergents et la dépendance accrue envers un nombre réduit de clients stables (Suisse, Chine). La capacité de l'industrie européenne à maintenir sa compétitivité-prix dans un contexte de coûts énergétiques élevés et de concurrence internationale accrue restera un facteur déterminant de l'évolution de ce marché.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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