Évolution du marché : Accumulateurs au plomb (sauf hors d'usage et autres que pour le démarrage des moteurs à piston) (CN 850720) — 2015–2025
Introduction
Les accumulateurs au plomb de code NC 850720 — qui excluent les batteries de démarrage pour moteurs à piston — constituent un segment important du marché européen des accumulateurs électriques. Ce produit couvre principalement les batteries stationnaires et industrielles (stockage d'énergie, alimentation de secours, systèmes photovoltaïques, etc.), fonctionnant avec électrolyte liquide (NC 85072020) ou non liquide (NC 85072080). Le présent rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec le reste du monde sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données du Trade Dashboard.
La période étudiée est marquée par trois dynamiques majeures : un creusement du déficit commercial, un choc de prix majeur en 2022, et une reconfiguration profonde des partenaires commerciaux, tant en approvisionnement qu'en débouchés à l'exportation.
I. Un déficit commercial structurel qui se creuse
La croissance des importations dépasse celle des exportations
Entre 2015 et 2025, les importations de l'UE en accumulateurs au plomb (hors démarrage) ont progressé de 34,1 % en valeur (de 730 M€ à 979 M€), tandis que les exportations n'ont crû que de 25,8 % (de 705 M€ à 886 M€). En volumes, l'écart est encore plus net : les quantités importées ont augmenté de 14,7 % (de 262 947 à 301 704 tonnes), là où les exportations n'ont progressé que de 6,7 % (de 192 429 à 205 242 tonnes).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations – valeur | 730 M€ | 979 M€ | +34,1 % |
| Exportations – valeur | 705 M€ | 886 M€ | +25,8 % |
| Solde commercial | −26 M€ | −93 M€ | — |
La dépendance nette aux importations s'accroît
Le taux de dépendance nette aux importations (part des importations nettes dans la consommation apparente) est passé de −2,3 % en 2019 à +4,2 % en 2024, culminant à 13,2 % en 2022. L'UE, qui était quasiment autosuffisante en 2019–2020, est devenue structurellement dépendante de l'extérieur pour ce segment de produits.
| Année | Dépendance nette (%) |
|---|---|
| 2019 | −2,3 |
| 2020 | −5,5 |
| 2021 | +3,1 |
| 2022 | +13,2 |
| 2023 | −2,1 |
| 2024 | +4,2 |
L'intensité commerciale reste élevée malgré un léger recul
Le taux d'intensité commerciale (rapport entre le commerce extérieur et la production intérieure) est resté élevé, passant de 78,7 % à 77,8 % entre 2019 et 2024. Ce chiffre traduit une forte ouverture de l'UE sur les marchés mondiaux pour ce produit. Le taux de propension à l'exporter a quant à lui légèrement reculé, de 65,2 % à 62,8 %, signe que la production européenne s'oriente davantage vers le marché intérieur.
II. Le choc de 2022 : une onde de choc sur les prix et un effondrement des échanges avec la Russie
Une hausse brutale des prix à l'importation en 2022
L'année 2022 constitue un point de bascule majeur. Les prix moyens à l'importation ont bondi, tous fournisseurs confondus, sous l'effet combiné de la crise énergétique européenne, de la perturbation des chaînes logistiques post-Covid et du conflit russo-ukrainien. Les chocs de prix détectés révèlent des hausses spectaculaires :
| Partenaire | Prix moyen 2020–21 (€/kg) | Prix 2022 (€/kg) | Hausse (%) |
|---|---|---|---|
| Viet Nam | 1 558 | 3 253 | +108,8 % |
| Chine | 2 311 | 3 757 | +62,6 % |
| Taiwan | 1 443 | 3 790 | +162,6 % |
| EAU | 2 079 | 3 054 | +46,9 % |
L'effondrement des exportations vers la Russie
Le choc le plus spectaculaire concerne la Fédération de Russie. Premier débouché de l'UE en 2019–2021 (environ 86 M€), la Russie a vu ses importations en provenance de l'UE s'effondrer de 99,9 % pour atteindre seulement 96 105 € en 2025. Cet effondrement, d'une anomalie de prix de 652,4, traduit directement l'impact des sanctions européennes liées à l'invasion de l'Ukraine.
| Période | Exportations UE → Russie (valeur) |
|---|---|
| 2019–2021 (moyenne) | 85,5 M€ |
| 2022 | 48,6 M€ |
| 2023 | 12,5 M€ |
| 2024 | 0,05 M€ |
| 2025 | 0,1 M€ |
Le rebond des prix d'exportation vers des marchés tiers
L'onde de choc 2022 s'est également manifestée à l'exportation, avec des hausses de prix significatives vers plusieurs partenaires. Le prix moyen des exportations vers la Suisse est passé de 3 041 à 4 849 €/kg (+59,5 %), vers le Maroc de 2 429 à 3 825 €/kg (+57,5 %), et vers les Émirats arabes unis de 2 657 à 4 457 €/kg (+67,8 %). Depuis 2022, les prix demeurent à des niveaux structurellement plus élevés qu'avant-crise.
III. Une reconfiguration géographique profonde des flux commerciaux
Le Viêt Nam, nouveau géant de l'approvisionnement européen
La transformation la plus marquante côté importations est l'essor fulgurant du Viêt Nam comme fournisseur de l'UE. Les importations en provenance du Viêt Nam sont passées de 60 M€ en 2015 à 232 M€ en 2025, soit une progression de 286 %. Le Viêt Nam est ainsi devenu le deuxième fournisseur de l'UE, talonnant la Chine. Parallèlement, les importations en provenance des Émirats arabes unis ont crû de 62 % (de 46 M€ à 74 M€).
| Fournisseur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 313 | 341 | +9,0 % |
| Viêt Nam | 60 | 232 | +286,1 % |
| Royaume-Uni | 99 | 92 | −7,6 % |
| Émirats arabes unis | 46 | 74 | +62,3 % |
| États-Unis | 87 | 79 | −8,8 % |
| Inde | 7 | 19 | +162,4 % |
Une concentration des importations en légère baisse
Le HHI des importations est passé de 2 327 en 2015 à 2 025 en 2025 (−13 %), indiquant une diversification progressive des sources d'approvisionnement. La part de la Chine dans les importations totales reste dominante mais diminue, tandis que le Viêt Nam et les Émirats arabes unis gagnent du terrain.
Les États-Unis, nouveau premier débouché à l'exportation
Le remplacement de la Russie par les États-Unis comme premier débouché hors-UE constitue l'autre grand virage géographique. Les exportations vers les États-Unis ont été multipliées par 3,5 (de 42 M€ à 148 M€, soit +248 %). L'Arabie saoudite (+10 %), l'Australie (+72 %) et la Turquie (+87 %) confirment leur rôle croissant de débouchés. Le HHI des exportations a légèrement augmenté (de 577 à 717), reflétant la concentration plus forte sur les États-Unis et le Royaume-Uni, désormais les deux principaux marchés.
| Destination | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 118 | 139 | +17,6 % |
| États-Unis | 42 | 148 | +247,6 % |
| Féd. de Russie | 69 | 0,1 | −99,9 % |
| Suisse | 38 | 54 | +43,2 % |
| Turquie | 28 | 52 | +86,7 % |
| Arabie saoudite | 40 | 44 | +10,3 % |
| Australie | 20 | 34 | +71,7 % |
Une production européenne en repli en volume
Côté production, les données PRODCOM disponibles (2019–2024) montrent un déclin des volumes produits dans l'UE (de 21,3 à 16,7 millions d'unités, soit −21 %), alors que la valeur de la production a légèrement progressé (de 1,39 à 1,51 Md€, soit +9 %). Cette divergence volume/valeur s'explique par la hausse des prix unitaires de production (de 65 à 90 €/unité), ce qui confirme que le segment se déplace vers des produits à plus forte valeur ajoutée (accumulateurs au plomb de type AGM ou gel, notamment pour le stockage stationnaire).
Des spécialisations nationales très inégales
En 2025, les indices de spécialisation révèlent une forte hétérogénéité au sein de l'UE. La Grèce (RSCA = 0,91), la Slovénie (0,68) et le Portugal (0,46) se distinguent par une spécialisation marquée dans ce segment, tandis que la Pologne (0,35) figure parmi les grands producteurs spécialisés, avec une part de production de 13,7 %. À l'inverse, l'Allemagne (RSCA = −0,09), premier producteur de l'UE (17,7 % de la production), ne présente pas de spécialisation relative dans ce segment spécifique, sa production étant diversifiée sur l'ensemble des types d'accumulateurs.
Conclusion
Le marché européen des accumulateurs au plomb de type non-démarrage (NC 850720) a connu une décennie de transformation profonde. Le déficit commercial s'est creusé, porté par des importations qui croissent plus vite que les exportations, et par une dépendance nette qui s'est installée. Le choc de 2022, lié à la crise énergétique et au conflit en Ukraine, a provoqué une envolée des prix et marqué la quasi-disparition de la Russie comme débouché d'exportation, un repositionnement géographique sans précédent. En contrepartie, les États-Unis sont devenus le premier marché à l'exportation, tandis que le Viêt Nam a émergé comme un fournisseur majeur aux côtés de la Chine. La production européenne montre des signes de contraction en volume, mais se repositionne sur des segments à plus forte valeur ajoutée. À l'horizon, la concurrence croissante des accumulateurs au lithium-ion (NC 850760) dans les applications de stockage stationnaire constitue une menace structurelle pour ce segment au plomb, qui devra probablement se recentrer sur des niches où sa maturité technologique et son rapport coût/fiabilité restent compétitifs.