Évolution du marché : Batteries au plomb (CN 850720) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 850720 couvre les accumulateurs au plomb autres que ceux destinés au démarrage des moteurs à piston et que les batteries hors d'usage. Il s'agit d'un poste résiduel au sein de la nomenclature 8507, qui regroupe notamment les batteries à électrolyte liquide (NC 85072020) et à électrolyte non liquide (NC 85072080) (Vue d'ensemble du produit). Ces batteries sont notamment utilisées dans le stockage stationnaire d'énergie, les véhicules industriels (chariots élévateurs, véhicules de loisir) et les systèmes de secours.
Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne avec les pays tiers sur ce produit a connu une croissance sensible en valeur, portée davantage par la hausse des prix unitaires que par l'expansion des volumes physiques. Parallèlement, l'UE est passée d'une position d'exportateur net à celle d'importateur net, sous l'effet d'une recomposition géographique marquée — notamment la montée en puissance du Viêt Nam et l'effondrement des exportations vers la Russie. Le présent rapport analyse ces dynamiques en trois temps.
1. Une hausse de valeur tirée par les prix, avec un déficit commercial croissant
L'écart entre croissance des valeurs et croissance des volumes
Entre 2015 et 2025, les importations de l'UE en provenance des pays tiers sont passées de 730,6 M€ à 979,3 M€ (+34,0 %), tandis que le volume importé n'a progressé que de 14,7 % (de 262 948 t à 301 705 t). Du côté des exportations, la valeur a augmenté de 25,8 % (de 704,8 M€ à 886,8 M€), pour un gain de seulement 6,7 % en tonnage (de 192 429 t à 205 242 t) (Données commerciales).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations — valeur (M€) | 730,6 | 979,3 | +34,0 % |
| Importations — volume (kt) | 263,0 | 301,7 | +14,7 % |
| Importations — prix moyen (€/t) | 2 778 | 3 246 | +16,8 % |
| Exportations — valeur (M€) | 704,8 | 886,8 | +25,8 % |
| Exportations — volume (kt) | 192,4 | 205,2 | +6,7 % |
| Exportations — prix moyen (€/t) | 3 662 | 4 320 | +18,0 % |
Cet écart entre valeur et volume traduit une forte composante inflationniste sur les prix des batteries au plomb. Le prix moyen à l'importation a progressé de 16,8 % (de 2 778 à 3 246 €/t) et celui à l'exportation de 18,0 % (de 3 662 à 4 320 €/t). La hausse a été particulièrement marquée en 2022, année de forte tension sur les matières premières et l'énergie, où les prix moyens à l'exportation ont atteint 4 404 €/t — un pic sur la période.
Le passage d'un excédent à un déficit commercial
En 2015, le solde commercial de l'UE sur les batteries au plomb (NC 850720) était légèrement déficitaire de 25,8 M€. Après un bref retour à l'excédent en 2017–2019 (le solde culminant à +60,9 M€ en 2018), le déficit s'est creusé de manière prononcée à partir de 2021, atteignant −92,5 M€ en 2025 (Indice de dépendance aux importations). En termes de taux de dépendance nette aux importations, l'UE est ainsi passée de −2,3 % en 2015 (légèrement autonome) à +4,2 % en 2025.
Ce retournement s'explique par une croissance plus rapide des importations que des exportations, tant en volume qu'en valeur. Les importations ont augmenté de 34 % en valeur contre 25,8 % pour les exportations, et de 14,7 % en poids contre 6,7 %. L'UE a donc absorbé une part croissante de la demande mondiale de batteries au plomb via ses importations.
Une production européenne en recul en volume, stable en valeur
La production européenne (données Prodcom) de batteries au plomb non destinées au démarrage a reculé de 21,4 % en volume (de 21,3 M éléments en 2015 à 16,7 M éléments en 2025), tandis que sa valeur a progressé de 8,6 % (de 1,39 Md€ à 1,51 Md€) (Volumes de production). Cela traduit une hausse très significative de la valeur unitaire des batteries produites, en ligne avec la tendance à la hausse des prix observée sur les échanges commerciaux. En volume, le déclin de la production européenne est cohérent avec la montée des importations et suggère un transfert progressif de la production vers des pays tiers à moindre coût, en particulier en Asie.
2. Une recomposition géographique profonde des partenaires commerciaux
À l'importation : l'explosion du Viêt Nam et la stabilité relative de la Chine
La Chine demeure le premier fournisseur de l'UE en batteries au plomb, avec 340,9 M€ en 2025 (soit 9,0 % de hausse par rapport à 2015). Toutefois, la progression la plus spectaculaire revient au Viêt Nam, dont les exportations vers l'UE ont bondi de 286,1 %, passant de 60,0 M€ à 231,6 M€ — faisant du pays le deuxième fournisseur devant le Royaume-Uni (Partenaires d'importation).
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 312,7 | 340,9 | +9,0 % |
| Viêt Nam | 60,0 | 231,6 | +286,1 % |
| Royaume-Uni | 99,0 | 91,5 | −7,6 % |
| Émirats arabes unis | 45,6 | 74,1 | +62,3 % |
| États-Unis | 86,9 | 79,3 | −8,8 % |
| Taïwan | 40,2 | 45,9 | +14,4 % |
| Inde | 7,2 | 18,8 | +162,4 % |
Cette montée du Viêt Nam s'inscrit dans une dynamique de diversification des chaînes d'approvisionnement, les importateurs européens cherchant à réduire leur dépendance exclusive vis-à-vis de la Chine. L'Inde (+162,4 %) et les Émirats arabes unis (+62,3 %) connaissent également une progression notable, tandis que le Royaume-Uni et les États-Unis stagnent ou reculent légèrement. Néanmoins, en termes de concentration, l'indice HHI des importations a diminué de 2 327 à 2 025 (−13,0 %), confirmant une diversification progressive des sources d'approvisionnement (Indice de concentration).
À l'exportation : l'effondrement russe et l'essor transatlantique
Le changement le plus spectaculaire côté exportations est l'effondrement des ventes vers la Fédération de Russie : de 69,4 M€ en 2015, elles se sont pratiquement réduites à néant en 2025 (96 000 €), soit une chute de 99,9 %. Ce krach, qui s'est accéléré dès 2022, est directement lié aux sanctions européennes imposées à la suite de l'invasion de l'Ukraine. La Russie, qui était en 2015 le deuxième client de l'UE pour ce produit, a ainsi disparu du classement (Partenaires d'exportation).
En contrepartie, les États-Unis sont devenus le premier marché d'exportation de l'UE, avec une progression de 247,6 % (de 42,5 M€ à 147,6 M€), devançant désormais le Royaume-Uni (139,0 M€, +17,6 %). La Turquie (+86,7 %), l'Australie (+71,7 %) et la Suisse (+43,2 %) ont également connu des croissances vigoureuses. L'Arabie saoudite reste un client stable (44,4 M€, +10,3 %).
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 118,3 | 139,0 | +17,6 % |
| Russie | 69,4 | 0,1 | −99,9 % |
| États-Unis | 42,5 | 147,6 | +247,6 % |
| Suisse | 38,0 | 54,4 | +43,2 % |
| Turquie | 28,0 | 52,2 | +86,7 % |
| Arabie saoudite | 40,3 | 44,4 | +10,3 % |
| Australie | 19,8 | 33,9 | +71,7 % |
L'indice HHI des exportations a légèrement augmenté (de 577 à 717, soit +24,1 %), indiquant un regroupement modéré des flux autour de quelques marchés clés — essentiellement les États-Unis, le Royaume-Uni et la Suisse.
Des profils nationaux variés au sein de l'UE
Les États membres de l'UE présentent des trajectoires très contrastées. À l'importation, les Pays-Bas (+49,1 %, 215,9 M€ en 2025), la France (+50,3 %, 142,4 M€), l'Espagne (+123,7 %) et la Pologne (+151,5 %) affichent les plus fortes hausses, tandis que l'Allemagne (−2,8 %) et l'Italie (−6,4 %) sont en léger repli (Rapports par pays membre). À l'exportation, la Grèce (+146,1 %), la Pologne (+89,3 %) et la Slovénie (+97,4 %) ont connu une expansion remarquable, tandis que l'Allemagne, premier exportateur, a reculé de 16,4 % (de 229,2 M€ à 191,7 M€). La France (+52,7 %) et l'Italie (+61,7 %) ont en revanche consolidé leur position exportatrice.
En termes de spécialisation, les données 2025 révèlent que la Grèce (RSCA de 0,91, RCA de 20,3) et la Slovénie (RSCA de 0,68, RCA de 5,3) se distinguent comme les États membres les plus spécialisés dans l'exportation de batteries au plomb, tandis que le Portugal, la Pologne et la Bulgarie affichent également un avantage comparatif révélé (Spécialisation).
3. Volatilité, chocs de 2022 et dynamiques sectorielles
L'année 2022 comme point de rupture
L'année 2022 marque un tournant sur plusieurs plans. Les prix moyens à l'exportation atteignent leur pic à 4 404 €/t, et trois chocs de prix significatifs sont détectés cette année-là (Chocs détectés) :
| Choc | Type | Anomalie | Variation | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|
| Russie — 2022 | Prix à l'export. | 652,4 | +142,3 % | 8,5 % |
| Maroc — 2022 | Prix à l'export. | 478,1 | +57,5 % | 1,4 % |
| Suisse — 2022 | Prix à l'export. | 290,6 | +59,5 % | 7,3 % |
Le choc le plus violent concerne les exportations vers la Russie, où le prix unitaire a bondi de 142,3 % en une seule année — un effet direct des sanctions et de la perturbation des flux commerciaux. Ce choc, bien que n'affectant plus de 8,5 % de la valeur totale des exportations, a eu une anomalie statistique de 652,4, le classant parmi les événements les plus extrêmes observés. La Suisse et le Maroc ont également connu des pics de prix significatifs en 2022, probablement liés à la hausse du coût des matières premières (plomb, énergie) et à des tensions logistiques post-Covid.
Une volatilité géographique inégale
L'analyse des coefficients de variation révèle des profils de stabilité très différents selon les partenaires (Volatilité).
- Partenaires stables à l'importation : La Chine (CV = 0,09), les États-Unis (CV = 0,13) et les Émirats arabes unis (CV = 0,20) offrent des flux relativement réguliers.
- Partenaires volatils à l'importation : L'Inde (CV = 0,52), les Philippines (CV = 0,53), la Turquie (CV = 0,53) et Taïwan (CV = 0,49) présentent une volatilité beaucoup plus élevée, reflétant des flux encore en construction ou sensibles aux conjonctures.
- Côté exportations, la Russie affiche un CV de 0,91, illustration de l'instabilité extrême de ce flux avant sa quasi-disparition. Les États-Unis (CV = 0,43) et le Canada (CV = 0,38) sont aussi relativement volatils, tandis que le Royaume-Uni (CV = 0,15), la Norvège (CV = 0,12) et l'Arabie saoudite (CV = 0,17) constituent des marchés d'exportation plus prévisibles.
La dualité entre batteries à électrolyte liquide et non liquide
La ventilation par sous-code révèle la prédominance des accumulateurs à électrolyte non liquide (NC 85072080) dans les importations de l'UE : en 2025, ils représentent 207 090 t contre 94 611 t pour les batteries à électrolyte liquide (NC 85072020) (Segmentation par produit). Toutefois, les batteries à électrolyte non liquide affichent un prix moyen à l'importation nettement inférieur (3 303 €/t contre 3 120 €/t pour les batteries à électrolyte liquide en 2025), ce qui suggère que les batteries non liquides importées correspondent à des produits de plus grande taille ou plus basiques en valeur unitaire.
À l'exportation, la répartition est plus équilibrée : 113 452 t pour le non liquide contre 91 790 t pour le liquide. Notablement, le prix moyen à l'exportation des batteries à électrolyte non liquide a bondi de 3 991 €/t en 2015 à 4 686 €/t en 2025, dépassant celui des batteries à électrolyte liquide (3 869 €/t), ce qui pourrait refléter une montée en gamme des batteries non liquides exportées par l'UE (notamment vers les applications de stockage stationnaire d'énergie). Les volumes exportés de batteries non liquides ont atteint un pic en 2022 (38,4 M éléments) avant de refluer à 19,3 M éléments en 2025, tandis que le volume à l'importation a progressé de manière plus régulière, passant de 65,3 M à 116,1 M éléments.
L'intensité commerciale de l'UE sur ce produit reste élevée (77,8 % en 2025, contre 78,7 % en 2015), ce qui confirme que le secteur des batteries au plomb reste profondément inscrit dans les échanges internationaux, avec un taux de propension à l'exportation de 62,8 % (Intensité commerciale).
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des accumulateurs au plomb (NC 850720) a connu une transformation significative marquée par trois tendances majeures : premièrement, une croissance de la valeur des échanges largement tirée par la hausse des prix unitaires (+17–18 %) plus que par l'expansion des volumes (+7–15 %) ; deuxièmement, une recomposition géographique profonde, avec la montée fulgurante du Viêt Nam comme fournisseur (+286 %), l'effondrement des exportations vers la Russie (−99,9 %) et l'émergence des États-Unis comme premier marché d'exportation (+248 %) ; et troisièmement, un passage de l'UE d'une position d'exportateur net à importateur net, le déficit commercial atteignant 92,5 M€ en 2025.
Ces dynamiques s'inscrivent dans un contexte plus large de transition énergétique et de recomposition des chaînes d'approvisionnement mondiales. Si les batteries au plomb demeurent un segment mature face à la concurrence croissante des technologies lithium-ion (NC 850760), elles conservent une importance significative dans les applications de stockage stationnaire et les véhicules industriels. La capacité de l'UE à maintenir un appareil productif compétitif — malgré un recul de 21 % des volumes de production — tout en diversifiant ses sources d'importation, sera déterminante pour la résilience de ce secteur dans les années à venir.