Évolution du marché : Batteries lithium-ion (CN 850760) — 2015–2025
Introduction
Les accumulateurs au lithium-ion (code NC 850760) se situent au cœur de la transition énergétique européenne, alimentant le développement des véhicules électriques, du stockage stationnaire et de l'électronique grand public. Au cours de la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne pour ce produit a connu une transformation profonde : les importations ont été multipliées par plus de treize en valeur (passant de 2,16 milliards € à 28,5 milliards €), tandis que les exportations ont cru de manière similaire, passant de 343 millions € à 4,96 milliards € (Vue d'ensemble du commerce). Ce rapport examine les dynamiques structurelles de ce marché en se fondant exclusivement sur les données chiffrées fournies.
1. Une croissance exponentielle des échanges masquant un effondrement des prix unitaires
1.1. Des volumes et des valeurs en expansion continue
Entre 2015 et 2025, les importations de batteries lithium-ion dans l'UE ont progressé de 54 788 tonnes à 1 617 631 tonnes, soit une hausse de 2 853 % en volume. En valeur, elles sont passées de 2,16 milliards € à 28,5 milliards € (+1 220 %). Du côté des exportations, la trajectoire est comparable : de 5 511 tonnes (343 millions €) en 2015 à 162 132 tonnes (4,96 milliards €) en 2025, soit +2 842 % en volume et +1 344 % en valeur.
| Indicateur | 2015 | 2020 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|---|
| Importations — valeur (Md€) | 2,16 | 6,76 | 28,50 | +1 220 |
| Importations — volume (ktonnes) | 54,8 | 210,6 | 1 617,6 | +2 853 |
| Exportations — valeur (Md€) | 0,34 | 2,53 | 4,96 | +1 344 |
| Exportations — volume (ktonnes) | 5,5 | 59,4 | 162,1 | +2 842 |
| Solde commercial (Md€) | -1,82 | -4,23 | -23,54 | -1 197 |
1.2. L'effet de la chute des prix unitaires
La croissance spectaculaire des volumes n'est que partiellement reflétée dans la valeur des échanges, car les prix unitaires (valeur divisée par la masse) ont connu un déclin marqué. Le prix unitaire à l'importation est passé de 39 404 €/tonne en 2015 à 17 618 €/tonne en 2025 (-55,3 %). Celui des exportations a baissé de 62 263 €/tonne à 30 584 €/tonne (-50,9 %). Cette baisse reflète à la fois les gains d'efficacité de production, la montée en puissance de la concurrence asiatique et l'évolution technologique (densité énergétique croissante par kilogramme). Ainsi, en 2025, l'UE importe environ 29 fois plus de tonnes qu'en 2015, mais « seulement » 13 fois plus en valeur.
1.3. Un déficit commercial qui se creuse inexorablement
Le solde commercial de l'UE est structurellement déficitaire et s'est considérablement détérioré : de -1,82 milliard € en 2015 à -23,54 milliards € en 2025. Ce creusement, de +1 197 % en termes absolus, résulte du fait que la croissance des importations (+28,5 Md€) dépasse largement celle des exportations (+4,6 Md€). La dépendance nette aux importations (indicateur de vulnérabilité) a toutefois baissé, passant de 69,2 % en 2019 à 47,8 % en 2024, ce qui suggère une amélioration relative liée au développement de la production intra-européenne.
2. La domination chinoise et la concentration croissante de l'approvisionnement
2.1. La Chine, partenaire incontournable des importations
La dynamique la plus marquante de la période est la montée en puissance de la Chine comme fournisseur quasi exclusif de batteries lithium-ion pour l'UE. En 2015, les importations en provenance de Chine représentaient 636 millions € (29 % du total des importations). En 2025, elles atteignent 25,65 milliards €, soit 90 % de l'ensemble des importations de l'UE en provenance de pays tiers (partenaires par valeur).
| Partenaire (importations) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Part 2025 (%) | Variation (%) |
|---|---|---|---|---|
| Chine | 636 | 25 647 | 89,9 | +3 933 |
| Japon | 355 | 657 | 2,3 | +85 |
| États-Unis | 361 | 571 | 2,0 | +58 |
| Corée du Sud | 515 | 371 | 1,3 | -28 |
| Vietnam | 14 | 249 | 0,9 | +1 624 |
| Hong Kong | 50 | 275 | 1,0 | +447 |
| Malaisie | 84 | 124 | 0,4 | +48 |
2.2. Le recul des fournisseurs historiques coréen et japonais
La Corée du Sud, qui pesait 515 millions € en 2015 (24 % des importations), n'atteint plus que 371 millions € en 2025 (-28 %), avec un pic à 1,79 milliard € en 2022 avant un déclin rapide. Le Japon, quant à lui, a maintenu un volume relativement stable (de 355 à 657 millions €), mais sa part relative s'est effondrée en raison de la croissance chinoise. Ce glissement géographique illustre la transition de la chaîne de valeur mondiale des batteries vers l'Asie du Sud-Est et la Chine continentale.
2.3. Une concentration extrême mesurée par l'indice HHI
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est passé de 2 014 en 2015 à 8 119 en 2025 (+303 %), signalant un marché devenu très concentré (concentration HHI). À titre de comparaison, le HHI des exportations est resté relativement stable (de 1 013 à 1 084), confirmant que l'UE approvisionne un ensemble diversifié de marchés de destination. En volume, le HHI des importations suit une trajectoire similaire, passant de 2 330 à 8 861.
2.4. La structure des exportations : des marchés de destination diversifiés
Les exportations de l'UE se répartissent sur un large éventail de partenaires, avec un HHI stable autour de 1 000. Les principaux destinateurs en 2025 sont les États-Unis (1,10 Md€, 22 %), le Royaume-Uni (727 M€, 15 %), la Turquie (509 M€, 10 %), la Chine (448 M€, 9 %), le Mexique (435 M€, 9 %) et la Suisse (321 M€, 6 %). L'Ukraine, qui ne pesait que 0,8 million € en 2015, atteint 272 millions € en 2025 (+35 890 %), reflétant probablement la restructuration des chaînes d'approvisionnement liée au conflit. Le Mexique (435 M€, +35 182 %) et la Turquie (509 M€, +6 079 %) affichent également des trajectoires de croissance remarquables (partenaires d'exportation).
3. L'émergence d'une base industrielle européenne sous contrainte de spécialisation géographique
3.1. Une production intra-européenne en forte croissance
Selon les données de production disponibles (à partir de 2019), la production de batteries lithium-ion dans l'UE a progressé de manière significative : les quantités produites sont passées de 73 121 tonnes en 2019 à 199 465 tonnes en 2024 (+173 %), tandis que la valeur de production a bondi de 1,86 milliard € à 18 milliards € (+867 %) (volumes de production). La hausse de la valeur, nettement supérieure à celle des volumes, indique un renchérissement des prix de production intra-européens, passés de 25 €/kg en 2019 à 90 €/kg en 2024, ce qui peut refléter des coûts de production plus élevés que les prix d'importation asiatiques. Les données de production affichent un statut « arrondi » (rounded) pour la plupart des années, ce qui témoigne d'un degré d'incertitude inhérent.
3.2. Une spécialisation inégale entre États membres
En 2025, les indicateurs de spécialisation révèlent une géographie industrielle très déséquilibrée au sein de l'UE (spécialisation des États membres) :
| État membre | RSCA | RCA | Part de la production UE |
|---|---|---|---|
| Hongrie | 0,78 | 8,21 | 22,1 % |
| Pologne | 0,42 | 2,44 | 16,2 % |
| Tchéquie | 0,41 | 2,36 | 11,4 % |
| Finlande | 0,27 | 1,72 | 1,7 % |
| Slovénie | 0,23 | 1,59 | 1,6 % |
| Allemagne | -0,13 | 0,77 | 16,4 % |
| France | -0,61 | 0,24 | 1,9 % |
| Italie | -0,78 | 0,12 | 1,0 % |
La Hongrie (RSCA = 0,78 ; RCA = 8,21) et la Pologne (RSCA = 0,42 ; RCA = 2,44) apparaissent comme les champions européens de la spécialisation dans les batteries lithium-ion, avec respectivement 22 % et 16 % de la production totale de l'UE. L'Allemagne, bien que représentant 16,4 % de la production, affiche un RSCA négatif (-0,13) en raison de la taille de son économie totale, qui dilue la part relative des batteries. La France et l'Italie sont nettement sous-spécialisées.
3.3. L'Allemagne, moteur des importations mais aussi premier exportateur
L'Allemagne domine à la fois les importations (10,21 milliards € en 2025, 36 % du total UE) et les exportations (1,93 milliard €, 39 % du total UE), suivie par les Pays-Bas (5,08 milliards € d'importations, 479 M€ d'exportations), la Tchéquie (2,59 milliards € d'importations) et la Pologne (834 M€ d'importations, 878 M€ d'exportations) (reporters par valeur). La Hongrie se distingue par une forte croissance des exportations (de 3,6 M€ en 2015 à 875 M€ en 2025, +24 417 %), confirmant son rôle de plateforme d'assemblage et d'exportation, notamment pour les grands constructeurs automobiles.
3.4. Volatilité des échanges et chocs sur les prix
L'analyse de la volatilité des échanges révèle que la Chine présente le coefficient de variation (CV) le plus élevé parmi les partenaires d'importation (CV = 1,26), suivi de Hong Kong (1,17) et du Vietnam (1,12), reflétant des trajectoires de croissance très saccadées. Du côté des exportations, l'Ukraine (CV = 1,79), le Canada (1,44) et la Turquie (1,36) affichent la plus forte volatilité (volatilité des échanges). Des événements de choc ont été détectés, notamment des pics de prix ponctuels sur des flux de faible valeur (par exemple, les exportations vers les Îles Marshall avec une hausse de prix de +16 219 % en 2020, ou le Cap-Vert avec +855 % en 2019), qui restent toutefois de portée marginale dans le commerce global de l'UE.
Conclusion
Le marché européen des batteries lithium-ion a connu une décennie de transformations radicales entre 2015 et 2025. Trois tendances majeures se dégagent :
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Une expansion massive des volumes, tirée par la demande des véhicules électriques et du stockage d'énergie, avec des importations passant de 55 000 à plus de 1,6 million de tonnes. Cette croissance s'est accompagnée d'une chute des prix unitaires (-55 % à l'importation), fruit de la compétition mondiale et des gains technologiques.
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Une dépendance croissante vis-à-vis de la Chine, dont la part dans les importations de l'UE est passée de 29 % à 90 % en valeur. L'indice de concentration HHI des importations a quadruplé, atteignant un niveau qui caractérise un oligopone de facto. Cette concentration constitue un risque géopolitique majeur pour la sécurité d'approvisionnement européenne.
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L'émergence progressive, mais encore limitée, d'une production intra-européenne, portée par des États membres comme la Hongrie, la Pologne et la Tchéquie. Si la production de l'UE a été multipliée par près de trois en volume depuis 2019, elle ne couvre qu'une fraction de la demande, et les prix de production demeurent sensiblement supérieurs aux prix d'importation.
Le déficit commercial de l'UE dans ce segment, qui dépasse désormais 23 milliards €, illustre l'ampleur du défi industriel qui accompagne la transition vers l'électrification des transports.