Évolution du marché : Produits de boulangerie (CN 190590) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 190590 couvre une vaste gamme de produits de boulangerie, pâtisserie et biscuiterie — des pains aux pizzas en passant par les biscuits, les tartes, les croissants ou encore les hosties et pâtes séchées en feuilles. C'est un code résiduel qui exclut les Knäckebrot, pains d'épices, biscuits aux édulcorants, gaufres, biscottes et pain grillé. Sur la période 2015–2025, le commerce de l'UE avec les pays tiers a connu une trajectoire de croissance remarquable, tant en volume qu'en valeur, avec un excédent commercial structurel qui s'est considérablement creusé. Ce rapport identifie trois dynamiques majeures : une expansion vigoureuse des flux commerciaux alimentée par la hausse des prix, une géographie du commerce dominée par un petit nombre de partenaires avec des mutations notables, et une vulnérabilité accrue de l'approvisionnement liée aux chocs exogènes des années 2020.
I. Une expansion commerciale vigoureuse portée par l'effet prix
La valeur des échanges a plus que doublé sur la période
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE vers les pays tiers est passée de 2,82 milliards € à 6,34 milliards €, soit une progression de 125,0 %. Les importations ont suivi une trajectoire ascendante comparable, passant de 809 millions € à 1,47 milliard € (+82,2 %). L'excédent commercial s'est ainsi élargi de 2,01 milliards € à 4,87 milliards € (+142,2 %), confirmant le statut de l'UE comme exportateur net majeur dans ce segment.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur) | 2 818 M€ | 6 341 M€ | +125,0 % |
| Importations (valeur) | 809 M€ | 1 474 M€ | +82,2 % |
| Excédent commercial | 2 009 M€ | 4 867 M€ | +142,2 % |
L'effet prix explique une part substantielle de la hausse en valeur
La progression en valeur est largement supérieure à celle des volumes. Les exportations en quantité n'ont augmenté que de 58,8 % (de 1 021 à 1 622 milliers de tonnes), tandis que le prix unitaire moyen des exportations a grimpé de 2 759 €/t à 3 907 €/t (+41,6 %). Du côté des importations, les volumes ont progressé de 87,0 % (de 329 à 616 milliers de tonnes), avec un prix unitaire quasiment stable (−2,6 %), passant de 2 456 €/t à 2 394 €/t. Cet écart de dynamique prix est révélateur : l'UE exporte des produits à valeur ajoutée croissante (pâtisseries, produits finis) tout en important des produits à moindre valeur unitaire.
| Flux | Quantité 2015 | Quantité 2025 | Prix 2015 (€/t) | Prix 2025 (€/t) |
|---|---|---|---|---|
| Exports | 1 021 kt | 1 622 kt | 2 759 | 3 907 |
| Imports | 329 kt | 616 kt | 2 456 | 2 394 |
L'accélération post-2020 marque un tournant structurel
La croissance n'a pas été linéaire. La période 2015–2019 a vu une progression régulière des exportations (de 2,82 à 3,94 milliards €), interrompue par un palier en 2020 (4,02 milliards €, impact modéré du Covid). L'accélération décisive intervient à partir de 2021, avec une progression annuelle moyenne de près de 500 millions € entre 2020 et 2023. L'année 2022 marque une inflexion en termes de volumes exportés (stagnation à 1 586 kt en 2022 vs 1 561 kt en 2021) alors que la valeur continue de croître, confirmant le rôle central de l'effet prix — probablement lié à la hausse des coûts des intrants (énergie, matières premières) et à l'inflation post-Covid amplifiée par le conflit en Ukraine.
II. Une géographie commerciale concentrée et en mutation
Le Royaume-Uni, partenaire incontournable et asymétrique
Le Royaume-Uni demeure de loin le premier partenaire de l'UE, aussi bien à l'export (2,74 milliards € en 2025, soit 43,2 % du total) qu'à l'import (664 millions €, soit 45,1 % du total). Cette asymétrie est frappante : l'UE exporte vers le Royaume-Uni plus de quatre fois la valeur qu'elle en importe. La valeur des exportations vers le Royaume-Uni a progressé de 110,8 % sur la période, tandis que les importations en provenance du Royaume-Uni n'ont augmenté que de 36,0 %. Le Brexit n'a manifestement pas entamé significativement ce flux commercial, mais la concentration des importations s'est considérablement réduite : l'indice HHI des importations est passé de 3 751 à 2 239 (−40,3 %), signe d'une diversification des sources d'approvisionnement.
L'émergence de nouveaux moteurs de croissance à l'export
Au-delà du Royaume-Uni et de la Suisse (partenaire stable à +92,1 %), trois marchés ont connu une croissance exceptionnelle des exportations de l'UE :
- États-Unis : de 209 M€ à 766 M€ (+266,6 %), devenant le 3ᵉ partenaire. Le choc prix détecté en 2022 sur ce marché (+25,0 % de prix vs baseline) illustre la dynamique inflationniste globale.
- Japon : de 41 M€ à 128 M€ (+211,8 %), avec un pic à 155 M€ en 2022.
- Australie : de 63 M€ à 163 M€ (+159,8 %).
Ces marchés lointains absorbent désormais une part croissante des exportations, réduisant la dépendance vis-à-vis du seul Royaume-Uni.
Une recomposition des sources d'importation
Les importations en provenance de Turquie ont connu une progression spectaculaire (+242,0 %, de 37 M€ à 127 M€), portant ce pays au 3ᵉ rang des fournisseurs de l'UE. La Serbie a connu la plus forte croissance relative (+492,3 %, de 11 M€ à 64 M€), avec un coefficient de variation de 0,83 — le plus élevé parmi les principaux partenaires — témoignant d'une forte volatilité des flux. Le Vietnam (+160,2 %) et la Chine (+123,7 %) ont également renforcé leur présence, cette dernière avec un choc de prix significatif en 2021 (+19,4 %).
Des États membres aux trajectoires divergentes
La spécialisation à l'export au sein de l'UE est très hétérogène. En 2025, les membres les plus spécialisés dans ce segment sont la Croatie (RSCA 0,32), l'Estonie (0,26) et la Lettonie (0,25), tandis que Malte (−0,95), Chypre (−0,91) et l'Irlande (−0,88) sont les plus déficitaires. Parmi les grands exportateurs :
- France : 507 M€ → 1 117 M€ (+120,4 %), restant le 1ᵉʳ exportateur de l'UE.
- Italie : 429 M€ → 1 084 M€ (+152,7 %), dépassant désormais l'Allemagne.
- Allemagne : 537 M€ → 786 M€ (+46,3 %), en léger déclin relatif.
- Irlande : 156 M€ → 574 M€ (+267,4 %), progression fulgurante.
- Pologne : 115 M€ → 404 M€ (+251,3 %), devenant un acteur majeur.
| État membre | Exports 2015 | Exports 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| France | 507 M€ | 1 117 M€ | +120,4 % |
| Allemagne | 537 M€ | 786 M€ | +46,3 % |
| Italie | 429 M€ | 1 084 M€ | +152,7 % |
| Belgique | 370 M€ | 708 M€ | +91,2 % |
| Irlande | 156 M€ | 574 M€ | +267,4 % |
| Espagne | 177 M€ | 504 M€ | +184,6 % |
| Pologne | 115 M€ | 404 M€ | +251,3 % |
III. Chocs exogènes et montée en gamme : les facteurs structurants de la période récente
Le conflit ukrainien et la crise des prix alimentaires de 2022
L'année 2022 constitue un point d'inflexion. Le choc de prix à l'export est généralisé : pour les États-Unis (+25,0 %), la Suisse (+18,1 %), l'Arabie saoudite (+34,4 %) ou le Maroc (+30,4 %), les prix unitaires à l'export ont connu des hausses significatives par rapport à leur baseline 2020–2021. Le prix unitaire moyen des exportations de l'UE est passé de 2 744 €/t (2015) à un maximum de 3 907 €/t (2025).
Côté importations, la Turquie a subi un choc prix marqué en 2022 (+26,6 %), suivi d'une accélération supplémentaire en 2023. La volatilité des importations en provenance de Serbie (CV 0,83) et d'Ukraine (CV 0,53) est nettement plus élevée que celle des partenaires traditionnels comme la Suisse (0,07) ou le Royaume-Uni (0,29), reflétant les perturbations géopolitiques et logistiques.
La Russie, un marché en repli structurel
Les exportations vers la Fédération de Russie constituent un cas emblématique de choc géopolitique. Après un pic à 184 M€ en 2021, les exportations ont chuté à 117 M€ en 2024 avant un rebond partiel à 142 M€ en 2025. En parallèle, le choc détecté sur les volumes (−48,7 % en 2022) et la hausse des prix (+54,1 %) traduisent l'impact des sanctions. Le coefficient de variation des exportations vers la Russie (0,39) se situe parmi les plus élevés des grands partenaires, confirmant la perte de fiabilité de ce débouché.
Le renforcement de la position de l'UE comme exportateur net
Le taux de dépendance nette aux importations est passé de −1,7 % à −6,6 % sur la longue période (2003–2024), confirmant le renforcement continu de la position excédentaire de l'UE. La propension à l'exportation a progressé de 2,5 % à 7,9 % du total des exportations mondiales, et l'intensité commerciale de 3,3 % à 9,5 %. Ces indicateurs convergent pour montrer que l'UE a renforcé sa compétitivité extérieure dans ce segment au-delà de la simple croissance du marché mondial.
La production intérieure accompagne la dynamique
Les volumes de production de l'UE sont passés de 25,0 milliards de tonnes (2015) à un pic de 30,9 milliards de tonnes (2023), avant un repli à 28,0 milliards en 2024. La valeur de la production a bondi de 51,8 milliards € à 81,4 milliards € (2023, maximum), soit une progression de 57 % — un chiffre inférieur à l'inflation des prix à l'export, ce qui suggère une montée en gamme des produits exportés par rapport à la production moyenne.
Conclusion
Sur la décennie 2015–2025, le marché des produits de boulangerie (CN 190590) de l'UE a connu une transformation profonde. L'excédent commercial a été multiplié par plus de deux, porté à la fois par la croissance des volumes et par un effet prix significatif. La géographie commerciale s'est diversifiée au-delà du Royaume-Uni, avec l'émergence des États-Unis, de l'Australie et du Japon comme marchés à forte croissance, et l'affirmation de la Turquie et de la Serbie comme fournisseurs. Les chocs des années 2020 — pandémie, inflation, conflit ukrainien — ont certes provoqué des épisodes de volatilité, mais n'ont pas freiné la tendance haussière globale. L'UE a consolidé sa position d'exportateur net majeur, avec une propension à l'exportation et une intensité commerciale en nette progression. Les risques principaux à surveiller restent la concentration résiduelle sur le Royaume-Uni (43 % des exportations), la volatilité des approvisionnements depuis les Balkans et les perturbations géopolitiques susceptibles d'affecter les flux vers l'Est.