Évolution du marché : Biscuits sucrés (CN 190531) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse les flux commerciaux extérieurs de l'Union européenne pour les biscuits additionnés d'édulcorants (code nomenclature combinée 190531) sur la période 2015–2025. Cette catégorie couvre une gamme variée de produits — biscuits simples, enrobés de chocolat, doubles biscuits fourrés, et biscuits riches en matières grasses laitières — destinés aux consommateurs recherchant des alternatives à faible teneur en sucre. L'analyse s'appuie sur les données du Trade Dashboard et vise à mettre en lumière les dynamiques structurelles de ce marché sur plus d'une décennie.
1. Une expansion commerciale spectaculaire portée par la valeur
1.1 Les exportations ont presque doublé en valeur, dépassant nettement la croissance des volumes
Sur la période étudiée, les exportations de l'UE vers les pays tiers ont connu une progression remarquable. En valeur, elles sont passées de 1,1 milliard d'euros en 2015 à 2,2 milliards d'euros en 2025, soit une hausse de 96,8 %. En quantité, la croissance a été plus modeste, de 356 205 tonnes à 478 381 tonnes (+34,3 %), ce qui traduit une augmentation significative du prix moyen à l'exportation, de 3 128 à 4 583 EUR/tonne (+46,5 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations (M EUR) | 1 114 | 2 192 | +96,8 % |
| Volume exportations (t) | 356 205 | 478 381 | +34,3 % |
| Prix moyen export (EUR/t) | 3 128 | 4 583 | +46,5 % |
Cette dynamique suggère que l'industrie biscuitière européenne a réussi à monter en gamme, capturant davantage de valeur unitaire sur les marchés internationaux. Cela peut s'expliquer par une demande croissante pour des produits de qualité supérieure, par l'inflation des coûts de production (matières premières, énergie), ou par un positionnement premium sur certains marchés.
1.2 Les importations progressent en valeur mais stagnent en volume
Côté importations, la trajectoire est différente. La valeur est passée de 330 à 502 M EUR (+51,9 %), mais le volume n'a augmenté que de 11,0 % (de 122 526 à 135 982 tonnes). Le prix moyen à l'importation a ainsi bondi de 2 697 à 3 691 EUR/tonne (+36,8 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur importations (M EUR) | 330 | 502 | +51,9 % |
| Volume importations (t) | 122 526 | 135 982 | +11,0 % |
| Prix moyen import (EUR/t) | 2 697 | 3 691 | +36,8 % |
La faible croissance volumétrique des importations contraste nettement avec celle des exportations, confirmant le rôle structurel de l'UE comme puissance exportatrice nette sur ce segment. Le taux de dépendance nette aux importations est passé de −8,3 % en 2015 à −24,5 % en 2025, indiquant un excédent commercial croissant.
1.3 L'excédent commercial a plus que doublé
La balance commerciale de l'UE pour les CN 190531 est passée de 784 M EUR à 1 691 M EUR (+115,7 %), ce qui représente la dynamique la plus marquante de la période. L'UE dégage un excédent structurel qui s'est considérablement renforcé, signe d'une compétitivité accrue de sa production biscuitière « sans sucre ajouté » sur les marchés mondiaux.
2. Une géographie commerciale en pleine reconfiguration
2.1 Les exportations se diversifient vers des marchés lointains à forte croissance
Les sept principaux partenaires à l'exportation de l'UE montrent des dynamiques très contrastées, comme l'illustre le classement par valeur :
| Partenaire export | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 350 | 666 | +90,6 % |
| États-Unis | 149 | 358 | +140,4 % |
| Israël | 23 | 62 | +174,6 % |
| Australie | 35 | 69 | +96,4 % |
| Chine | 60 | 83 | +38,4 % |
| Suisse | 47 | 79 | +70,3 % |
| Norvège | 36 | 56 | +54,6 % |
Le Royaume-Uni demeure le premier débouché, mais sa part relative s'érode face à la montée en puissance des États-Unis (×2,4) et d'Israël (×2,7). Les marchés anglophones et méditerranéens apparaissent comme les moteurs de la croissance à l'export, portés par des tendances de consommation favorables aux produits « sugar-free » et « low-carb ». La Chine, bien que croissante (+38,4 %), progresse à un rythme nettement plus lent, ce qui peut refléter des barrières réglementaires ou une concurrence locale croissante.
2.2 Les importations se réorientent vers les Balkans et la Turquie
À l'import, la restructuration est tout aussi frappante :
| Partenaire import | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 192 | 246 | +28,5 % |
| Turquie | 35 | 68 | +94,5 % |
| Ukraine | 10 | 50 | +421,5 % |
| Serbie | 9 | 27 | +216,6 % |
| Bosnie-Herzégovine | 8 | 15 | +88,8 % |
| Moldavie | 7 | 9 | +26,7 % |
| Suisse | 40 | 14 | −65,6 % |
Trois dynamiques se distinguent :
- L'Ukraine connaît une croissance explosive (+421,5 %), passant d'un fournisseur marginal à un acteur significatif. Cette progression s'explique probablement par l'Accord d'association UE-Ukraine et, plus récemment, par les facilités commerciales accordées dans le contexte du conflit.
- Les pays des Balkans occidentaux (Serbie, Bosnie-Herzégovine, Moldavie) gagnent en importance, portés par l'intégration progressive de ces économies dans la chaîne de valeur européenne et par des coûts de production compétitifs.
- La Suisse connaît un effondrement de ses exportations vers l'UE (−65,6 %), passant du 2ᵉ au dernier rang parmi les partenaires importants, ce qui pourrait refléter des réorientations d'approvisionnement ou une perte de compétitivité-prix.
2.3 Le Royaume-Uni reste le partenaire central, mais le Brexit a reconfiguré les flux
Le Royaume-Uni constitue à la fois le premier client (666 M EUR en 2025) et le premier fournisseur (246 M EUR) de l'UE. Cependant, la croissance des exportations vers le Royaume-Uni (+90,6 %) est nettement supérieure à celle des importations en provenance du pays (+28,5 %), ce qui creuse l'excédent bilatéral de l'UE. Ce déséquilibre croissant peut être lié aux nouvelles frictions commerciales post-Brexit, qui ont pu décourager les exportations britanniques vers l'UE tout en renforçant la dépendance du marché britannique aux fournisseurs européens.
3. Une production européenne en forte croissance avec des spécialisations nationales marquées
3.1 La production de l'UE a progressé de 87 % en valeur
Les données de production de l'UE révèlent une expansion industrielle vigoureuse : les volumes produits sont passés de 2,3 milliards de kg en 2015 à 3,4 milliards de kg en 2025 (+45,8 %), tandis que la valeur de production a bondi de 6,4 à 12,0 milliards d'euros (+87,2 %). La valeur progresse donc près de deux fois plus vite que les volumes, confirmant la dynamique de montée en prix observée sur le commerce extérieur.
3.2 L'Italie, la Belgique et l'Espagne ont connu les plus fortes hausses à l'export
Au sein de l'UE, la répartition des exportations par État membre montre une concentration modérée, avec plusieurs pays en forte progression :
| État membre exportateur | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 220 | 354 | +60,9 % |
| Allemagne | 183 | 306 | +67,3 % |
| Belgique | 124 | 334 | +169,6 % |
| Italie | 102 | 323 | +217,6 % |
| Espagne | 93 | 220 | +135,6 % |
| Danemark | 111 | 142 | +27,7 % |
| France | 91 | 177 | +95,5 % |
L'Italie (+217,6 %), la Belgique (+169,6 %) et l'Espagne (+135,6 %) affichent les hausses les plus spectaculaires, signe d'une dynamique industrielle puissante dans le secteur de la biscuiterie sucrée alternative. L'indice de concentration HHI des exportations est resté stable autour de 1 295–1 298, indiquant que la croissance a été partagée de manière relativement équilibrée entre les différents États membres, sans concentration excessive.
3.3 La Lettonie, la Croatie et la Belgique se distinguent par leur spécialisation
Les données de spécialisation à l'exportation pour l'année 2025 révèlent des profils nationaux très différents :
| État membre | RSCA | RCA | Part dans l'export UE | Part dans le total UE |
|---|---|---|---|---|
| Lettonie | 0,52 | 3,19 | 1,1 % | 0,3 % |
| Croatie | 0,36 | 2,10 | 0,9 % | 0,4 % |
| Belgique | 0,22 | 1,58 | 13,3 % | 8,5 % |
| Tchéquie | 0,14 | 1,32 | 6,3 % | 4,8 % |
| Pologne | 0,13 | 1,29 | 8,6 % | 6,6 % |
La Lettonie et la Croatie présentent les indices de spécialisation les plus élevés (RSCA), ce qui indique que les biscuits édulcorants représentent une niche d'exportation particulièrement importante pour ces économies, même si leur poids absolu reste modeste. À l'inverse, l'Irlande (RSCA de −0,95), la Finlande (−0,76) et Malte (−0,99) sont les pays les moins spécialisés dans ce segment.
3.4 Le segment des biscuits simples sans chocolat domine les échanges
La décomposition par sous-catégorie montre une structure commerciale clairement dominée par le code 19053199 (biscuits à teneur en matières grasses laitières < 8 %, non enrobés de chocolat) :
Importations 2025 :
| Sous-catégorie | Volume (t) | Valeur (M EUR) | Part volume |
|---|---|---|---|
| 19053199 — Biscuits simples | 74 896 | 208 | 55,1 % |
| 19053119 — Enrobés chocolat >85g | 27 160 | 139 | 20,0 % |
| 19053191 — Doubles biscuits fourrés | 18 605 | 58 | 13,7 % |
| 19053111 — Enrobés chocolat ≤85g | 11 579 | 66 | 8,5 % |
| 19053130 — Matières grasses laitières ≥8% | 3 737 | 30 | 2,7 % |
Exportations 2025 :
| Sous-catégorie | Volume (t) | Valeur (M EUR) | Part volume |
|---|---|---|---|
| 19053199 — Biscuits simples | 231 106 | 853 | 48,3 % |
| 19053191 — Doubles biscuits fourrés | 97 525 | 453 | 20,4 % |
| 19053119 — Enrobés chocolat >85g | 72 157 | 422 | 15,1 % |
| 19053111 — Enrobés chocolat ≤85g | 45 886 | 263 | 9,6 % |
| 19053130 — Matières grasses laitières ≥8% | 31 706 | 201 | 6,6 % |
Le segment 19053130 (biscuits riches en matières grasses laitières), bien que le plus petit en volume, affiche les prix unitaires les plus élevés à l'import comme à l'export (respectivement 8 122 et 6 341 EUR/tonne en 2025), suggérant qu'il s'agit de produits premium ou de niche.
Conclusion
Le marché européen des biscuits additionnés d'édulcorants (CN 190531) a connu, entre 2015 et 2025, une transformation profonde marquée par trois tendances majeures. Premièrement, l'UE a consolidé et renforcé son statut de puissance exportatrice nette, avec un excédent commercial qui a plus que doublé pour atteindre 1,7 milliard d'euros, porté autant par la montée en gamme (prix +47 % à l'export) que par la croissance des volumes (+34 %). Deuxièmement, la géographie commerciale s'est reconfigurée : les marchés lointains (États-Unis, Israël, Australie) ont gagné en importance côté export, tandis que les fournisseurs des Balkans et d'Ukraine ont gagné du terrain côté import, au détriment de la Suisse. Troisièmement, la production européenne a connu une forte expansion (+87 % en valeur), avec des pôles de spécialisation bien identifiés (Belgique, Italie, Espagne) et une concentration géographique modérée.
À l'horizon 2025, le secteur apparaît dynamique et diversifié, bien positionné pour capter la demande mondiale croissante de produits biscuitiers à faible teneur en sucre. Toutefois, la dépendance au Royaume-Uni — à la fois premier client et premier fournisseur — ainsi que la forte volatilité observée sur certains corridors (Suisse, Inde, Ukraine) appellent à une vigilance accrue sur la gestion des risques d'approvisionnement et de débouchés.