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Évolution du marché : Plaques, feuilles, pellicules, bandes et lames, en polymères du propylène non alvéolaires, non renforcées ni stratifiées, ni munies d'un support, ni pareillement associées à d'autres matières, non travaillées ou simpl. ouvrées en surface ou simpl. découpées de forme carrée ou rectangulaire (à l'excl. des produits auto-adhésifs ainsi que des revêtements de sols, de murs ou de plafonds du n° 3918) (CN 392020) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 392020 couvre les feuilles, plaques, pellicules et bandes en polymères du propylène (polypropylène, PP), non alvéolaires et non renforcées — un produit semi-ouvré de base de l'industrie plastique, servant d'intrant à de multiples secteurs (emballage, automobile, agroalimentaire, électronique, etc.). La période 2015–2025 a été marquée par des bouleversements structurels : la pandémie de COVID-19, la crise énergétique européenne de 2021–2022, l'invasion de l'Ukraine par la Russie et le régime de sanctions qui a suivi, ainsi que la montée en puissance des capacités productives turques et asiatiques. Le présent rapport s'appuie sur les données douanières de l'Union européenne (Vue d'ensemble du commerce) pour analyser l'évolution des flux commerciaux entre l'UE et le reste du monde sur cette période.


1. D'un excédent structurel à un déficit quasi-balancé : la détérioration du solde commercial européen

La trajectoire des échanges globaux masque un renversement de tendance

Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE a progressé de manière modeste (+2,8 %, passant de 1 037,5 M€ à 1 067,0 M€), tandis que celle des importations a bondi de +40,4 % (de 813,9 M€ à 1 142,3 M€). L'excédent de 223,7 M€ constaté en 2015 s'est ainsi transformé en un déficit de 75,3 M€ en 2025, un retournement de −133,7 %.

Indicateur 2015 2020 2022 2025 Variation 2015→2025
Exportations (M€) 1 037,5 1 102,4 1 370,1 1 067,0 +2,8 %
Importations (M€) 813,9 744,5 1 216,3 1 142,3 +40,4 %
Solde (M€) +223,7 +357,9 +153,8 −75,3 −133,7 %
Exportations (tonnes) 327 477 395 472 356 272 305 558 −6,7 %
Importations (tonnes) 303 485 294 961 339 942 379 552 +25,1 %

Source : Données générales

Les volumes révèlent un découplage entre valeur et quantité

La dynamique quantitative et la dynamique de valeur divergent sensiblement. Du côté des exportations, le volume a culminé à 395 472 tonnes en 2020 avant de reculer à 305 558 tonnes en 2025 (−6,7 % sur la période). Ce repli quantitatif n'a été que partiellement compensé par une hausse des prix moyens à l'exportation, passés de 3 168 €/t à 3 492 €/t (+10,2 %). Du côté des importations, la quantité a progressé de 303 485 à 379 552 tonnes (+25,1 %), tandis que le prix moyen d'importation est passé de 2 682 à 3 010 €/t (+12,2 %).

L'écart de prix entre importations et exportations persiste mais se réduit

Tout au long de la période, les prix moyens à l'exportation (reflétant des produits à plus forte valeur ajoutée, notamment les films biorientés) demeurent supérieurs aux prix d'importation. En 2015, l'écart était de 487 €/t ; en 2025, il est ramené à 482 €/t. La convergence progressive suggère une montée en gamme des importations ou une pression concurrentielle accrue sur les produits de base exportés par l'UE.

La relance post-pandémie a constitué un point d'inflexion décisif

L'année 2020 a marqué un creux cyclique : les importations ont reculé à 744,5 M€, le niveau le plus bas de la période. La reprise de 2021 (+25,5 % en valeur) et surtout le pic de 2022 (1 216,3 M€, soit +48,7 % par rapport à 2020) ont entamé durablement le solde excédentaire. Ce pic est cohérent avec la flambée des coûts de l'énergie et des matières premières pétrochimiques en Europe, qui a rendu les importations en provenance de pays disposant de coûts énergétiques plus bas plus compétitives.


2. La reconfiguration géopolitique des partenaires : montée de la Turquie, effacement de la Russie, affirmation de la Chine

La Turquie s'impose comme le premier fournisseur de l'UE avec une croissance spectaculaire

La Turquie est passée de 191,4 M€ d'importations en 2015 à 367,9 M€ en 2025 (+92,2 %), consolidant sa position de premier fournisseur hors-UE. En volume, les importations turques ont progressé de 69 420 à 127 683 tonnes (+83,9 %). Cette progression est alimentée par les importants investissements turcs dans la pétrochimie (notamment le complexe Petkim de la société SOCAR, et les expansions de Tüpraş et des producteurs privés) et par la proximité géographique qui réduit les coûts logistiques.

Partenaire (importations) 2015 (M€) 2020 (M€) 2022 (M€) 2025 (M€) Var.
Turquie 191,4 225,2 363,7 367,9 +92,2 %
Royaume-Uni 156,1 133,3 175,5 190,9 +22,2 %
Chine 37,7 38,6 89,3 99,2 +162,8 %
Égypte 51,5 45,9 94,2 84,5 +63,9 %
Suisse 76,6 50,3 64,0 88,5 +15,6 %
Inde 56,9 40,4 120,7 58,8 +3,4 %
Russie 34,1 53,6 55,2 0,1 −99,7 %

Source : Partenaires principaux

L'effondrement des échanges avec la Russie constitue le choc géopolitique majeur de la période

Les importations en provenance de Russie ont chuté de 34,1 M€ en 2015 à seulement 93 000 € en 2025 (−99,7 %), les quantités passant de 22 786 tonnes à pratiquement zéro. Le choc est intervenu brutalement en 2023 : après un pic de 72,2 M€ en 2021, les volumes se sont effondrés dès 2023 sous l'effet des sanctions européennes liées à l'invasion de l'Ukraine. Du côté des exportations, la chute est tout aussi marquée : de 94,3 M€ en 2015 à 20,5 M€ en 2024 (puis données non disponibles en 2025), soit −78,3 %. L'analyse par blocs confirme qu'il s'agit bien d'un « événement de sortie » structurel, et non d'une volatilité conjoncturelle (Chocs d'approvisionnement).

La Chine émerge comme un fournisseur de plus en plus important

Les importations chinoises ont bondi de 37,7 M€ (2015) à 99,2 M€ (2025), soit une progression de +162,8 %. En volume, le passage est de 17 748 à 45 563 tonnes (+156,7 %). L'année 2021 a constitué un choc de prix particulièrement marqué : le prix moyen des importations chinoises a bondi de 2 178 à 3 096 €/t (+42,1 %), reflétant les tensions mondiales sur les coûts de transport et les matières premières. Le coefficient de variation des importations chinoises (0,426) est l'un des plus élevés de tous les partenaires, confirmant un profil d'approvisionnement volatil (Volatilité des échanges).

Le Royaume-Uni demeure le premier client de l'UE malgré un déclin continu

Le Royaume-Uni reste de loin le premier débouché à l'exportation de l'UE (223,7 M€ en 2025), mais les volumes ont fondu de 107 702 à 64 996 tonnes (−39,7 %) entre 2015 et 2025. Cette tendance reflète vraisemblablement les effets du Brexit (barrières non tarifaires, délocalisation de certaines productions) et la montée en puissance de la production turque qui concurrence désormais les exportations européennes vers le marché britannique.

L'Ukraine et les États-Unis compensent partiellement le recul vers le Royaume-Uni et la Russie

Les exportations vers l'Ukraine ont progressé de 23,3 M€ à 63,1 M€ (+170,4 %), les volumes passant de 8 326 à 30 339 tonnes. Ce bond massif est probablement lié aux besoins de reconstruction et à la réorientation des chaînes d'approvisionnement ukrainiennes vers l'Europe depuis 2022. Parallèlement, les exportations vers les États-Unis ont presque doublé (+93,3 %), passant de 59,5 M€ à 115,0 M€. L'Ukraine présente toutefois le coefficient de variation le plus élevé (0,551) parmi les principaux partenaires à l'exportation, signalant une forte instabilité des flux.


3. Croissance productive européenne mais concentration accrue des approvisionnements

La production européenne de polypropylène a connu une forte expansion

D'après les données PRODCOM, la production européenne de feuilles et plaques en PP est passée d'environ 936 778 tonnes en 2003 (première donnée disponible) à 1 443 031 tonnes en 2024 (+54,0 %), tandis que la valeur de production a bondi de 2 249 M€ à 4 172 M€ (+85,5 %). Cette croissance reflète à la fois l'expansion des capacités et la hausse des prix de vente (Volumes de production).

L'intensité commerciale augmente tandis que l'autonomie se dégrade

L'indicateur d'intensité commerciale (part du commerce extérieur dans la production intérieure) est passé de 34,7 % en 2015 à 41,6 % en 2025 (+19,7 %), signe que l'économie européenne est de plus en plus intégrée dans les flux mondiaux de ce produit. Simultanément, le taux de dépendance nette aux importations est passé de −18,3 % à −1,6 % : l'UE demeure globalement excédentaire, mais à peine. L'indicateur d'aptitude à l'exportation (part des exportations dans la production) recule légèrement de 27,1 % à 26,8 %, suggérant un léger tassement de la compétitivité à l'export (Autonomie et vulnérabilité).

L'Allemagne domine largement la production et les exportations intra-européennes

La structure interne de l'UE montre une forte concentration productive. En 2025, l'Allemagne représente 21,5 % de la production et 34,1 % des exportations extra-européennes (362,9 M€). L'Italie est le second pays producteur (18,3 % de la production) avec un indice de spécialisation (RSCA) de 0,390, tandis que le Portugal (RSCA = 0,771, le plus élevé de l'UE) et la Bulgarie (RSCA = 0,759) se distinguent par une spécialisation marquée, bien que leur poids absolu soit plus modeste. À l'opposé, l'Irlande (RSCA = −0,957), la Suède (RSCA = −0,857) et l'Estonie (RSCA = −0,834) sont structurellement déficitaires dans ce segment (Spécialisation des États membres).

La concentration des importations s'accroît, celle des exportations se réduit

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations est passé de 1 206 à 1 596 (+32,3 %), signalant une concentration croissante des sources d'approvisionnement. En particulier, la Turquie, le Royaume-Uni et la Chine captent une part toujours plus importante des importations. À l'inverse, l'HHI des exportations a diminué de 1 144 à 837 (−26,8 %), signe d'une diversification des débouchés à l'exportation, avec l'essor des livraisons vers l'Ukraine, les États-Unis et divers marchés émergents compensant le recul vers le Royaume-Uni et la Russie (Indice de concentration).

Les chocs de prix de 2021–2022 ont marqué un tournant dans la structure des échanges

Plusieurs événements de prix significatifs ont été détectés. Le plus marquant est le choc de prix des importations en provenance de Chine en 2021 (+39,3 %, anomalie de 14,0 écarts-types), reflétant la crise mondiale des conteneurs et la flambée des coûts pétrochimiques. Les importations turques ont également subi un choc de prix de +28,5 % en 2022. À l'exportation, un choc significatif a été détecté vers l'Algérie en 2021 (prix +29,5 %, volumes −40,5 %), vers le Canada en 2022 (prix +57,5 %), et vers l'Ukraine en 2023 (prix −22,4 %, volumes +36,1 %), ce dernier reflétant une restructuration des flux vers un marché en guerre (Événements de chocs).

Le segment des films biorientés domine les échanges mais perd du terrain à l'exportation

La ventilation par sous-code tarifaire révèle que le segment 39202021 (films biorientés, épaisseur ≤ 0,1 mm) représente la part dominante tant à l'importation (768,5 M€ en 2025, soit 67,3 % du total) qu'à l'exportation (545,2 M€ en 2025, soit 51,1 %). Toutefois, les exportations de ce segment ont reculé de 641,6 M€ en 2015 à 545,2 M€ en 2025 (−15,0 %), tandis que les importations ont progressé de 563,0 M€ à 768,5 M€ (+36,5 %). Le segment 39202080 (épaisseur > 0,10 mm) connaît la croissance la plus dynamique à l'importation (+63,3 % en valeur). Le segment 39202029 (non biorienté, ≤ 0,1 mm) affiche la plus forte hausse des prix d'importation entre 2015 et 2025, passant de 3 933 à 3 577 €/t, après un pic à 4 564 €/t en 2022.


Conclusion

La période 2015–2025 a transformé profondément le marché européen des feuilles et plaques en polypropylène. L'Union européenne, longtemps excédentaire, se trouve désormais au seuil de l'équilibre, avec un déficit de 75 M€ en 2025. Ce retournement est la résultante de trois dynamiques convergentes : la montée en puissance de la Turquie comme fournisseur compétitif, la perte sèche des échanges avec la Russie sous l'effet des sanctions, et l'essor des importations en provenance de Chine et d'Égypte.

La production européenne reste solide (1,4 million de tonnes en 2024), mais sa compétitivité à l'exportation est mise à l'épreuve par des coûts énergétiques structurellement plus élevés que ceux de certains concurrents. La concentration croissante des importations (HHI en hausse de 32 %) constitue un risque potentiel de dépendance, tandis que la diversification des débouchés à l'exportation est un facteur positif de résilience. Les années à venir seront déterminantes : le maintien du différentiel de coûts énergétiques entre l'UE et la Turquie ou le Moyen-Orient, les évolutions des relations commerciales avec la Chine, et la capacité de l'industrie européenne à monter en gamme sur les segments à plus forte valeur ajoutée (films biorientés techniques) conditionneront l'évolution du solde commercial dans ce secteur stratégique de l'industrie plastique.

Généré le 2026-08-05. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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