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Évolution du marché : Film BOPP (CN 39202021) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 39202021 désigne les films en polypropylène biaxialement orienté (BOPP), d'une épaisseur inférieure ou égale à 0,1 mm, non alvéolaires, non renforcés et non composites. Ce produit trouve ses applications principales dans l'emballage alimentaire, l'étiquetage et les pellicules techniques. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne sur ce segment a connu des mutations profondes : un retournement de la balance commerciale, une recomposition spectaculaire des partenaires d'échange et une série de chocs liés à la pandémie et au contexte géopolitique. Le présent rapport s'appuie sur les données détaillées pour analyser ces dynamiques et en proposer une interprétation structurée.


1. Le retournement de la balance commerciale : d'excédent chronique à déficit structurel

1.1 Un solde passé de +78,6 M€ à –223,3 M€

La trajectoire la plus frappante de cette décennie est le basculement de l'UE d'une position d'exportateur net à celle d'importateur net de film BOPP. En 2015, l'UE affichait un excédent commercial de 78,6 M€ ; en 2025, le solde s'est retourné à –223,3 M€, soit une détérioration de 384 %. L'indicateur de dépendance nette aux importations confirme ce basculement, passant de –26,1 % (excédent) en 2015 à +5,2 % (déficit) en 2025.

1.2 Des importations en forte hausse face à des exportations en repli

Ce retournement s'explique par deux mouvements combinés :

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations — valeur 641,6 M€ 545,2 M€ –15,0 %
Exportations — volume 215 174 t 163 108 t –24,2 %
Importations — valeur 563,0 M€ 768,5 M€ +36,5 %
Importations — volume 237 356 t 274 602 t +15,7 %

Les exportations ont reculé tant en volume (–24,2 %) qu'en valeur (–15,0 %), tandis que les importations ont bondi de 36,5 % en valeur. Les prix unitaires ont augmenté des deux côtés (+12,1 % à l'export, +18,0 % à l'import), mais cette hausse n'a pas suffi à compenser la contraction volumétrique des ventes extérieures.

1.3 Une production intérieure européenne en croissance

Paradoxalement, la production européenne de film BOPP a progressé de 567 611 tonnes à 720 000 tonnes (+26,8 %) sur la période. Cela signifie que la hausse de la production nationale n'a pas été suffisante pour couvrir la demande intérieure croissante, créant un appel d'importations. La propension à exporter a d'ailleurs diminué de 33,4 % à 30,0 %, suggérant que les producteurs européens réorientent une part croissante de leur production vers le marché intérieur.


2. La reconfiguration géopolitique des flux : entre sanctions, Brexit et montée de la Turquie

2.1 L'effondrement des échanges avec la Russie

Le choc le plus visible sur la carte des partenaires commerciaux est l'effondrement quasi total des échanges avec la Fédération de Russie, conséquence directe des sanctions imposées à partir de 2022 :

Flux 2015 2025 Variation
Importations depuis la Russie 34,0 M€ 0,09 M€ –99,7 %
Exportations vers la Russie 64,6 M€ 0,5 M€ –99,2 %

La Russie, qui était le 3ᵉ fournisseur et le 2ᵉ client de l'UE en film BOPP en 2015, a quasiment disparu des échanges. Ce retrait a laissé un vide structurel dans les flux commerciaux, que d'autres partenaires ont cherché à combler.

2.2 La Turquie : de partenaire majeur à premier fournisseur de l'UE

La Turquie est devenue le premier fournisseur externe de l'UE, avec des importations passées de 165,2 M€ à 325,0 M€ (+96,8 %) sur la période. Sa part dans les importations totales de l'UE a considérablement augmenté. Parallèlement, les exportations de l'UE vers la Turquie sont restées stables autour de 54 M€ (+2,5 %), ce qui traduit un déséquilibre croissant dans cette relation bilatérale. L'avantage compétitif turc, fondé sur des coûts de production inférieurs et une proximité géographique, s'est renforcé au fil du temps.

2.3 Le déclin du Royaume-Uni comme débouché et la montée de l'Ukraine

Le Royaume-Uni, premier marché à l'export pour l'UE en 2015 (199,0 M€), a vu ses importations en provenance de l'UE fondre à 114,5 M€ en 2025 (–42,5 %). L'effet combiné du Brexit (barrières douanières, formalités accrues) et de la relocalisation probable de capacités de production au Royaume-Uni explique en grande partie ce recul.

À l'inverse, l'Ukraine a émergé comme un débouché dynamique : les exportations de l'UE vers ce pays ont bondi de 13,5 M€ à 45,7 M€ (+238,7 %). La signature de l'accord d'association UE-Ukraine et la libéralisation progressive des échanges expliquent cette trajectoire ascendante, malgré le contexte conflictuel depuis 2022.

2.4 Une concentration accrue des importations et une diversification des exportations

L'indice de concentration HHI confirme la polarisation croissante des importations :

Indice HHI 2015 2025 Variation
Importations (valeur) 1 629 2 341 +43,7 %
Exportations (valeur) 1 287 852 –33,8 %

Les importations se concentrent de plus en plus autour de quelques fournisseurs dominants (Turquie, Royaume-Uni, Égypte), tandis que les exportations se diversifient. Cette asymétrie crée un risque de dépendance accru envers les sources d'approvisionnement tierces.

2.5 Les spécialisations intra-européennes

Au sein de l'UE, la spécialisation à l'export varie fortement. En 2025 :

  • La Bulgarie (RCA de 11,4) et le Portugal (RCA de 7,9) affichent les plus forts indices d'avantage comparatif révélé, et ont vu leurs exportations respectives bondir de +190 % et rester à des niveaux élevés.
  • L'Italie (RCA de 2,7), qui reste le plus grand exportateur absolu de l'UE parmi les spécialisés, a cependant vu ses exportations reculer de 139,4 M€ à 106,2 M€ (–23,8 %).
  • La Belgique a connu un effondrement spectaculaire de ses exportations (–84,1 %), passant de 152,7 M€ à 24,3 M€, ce qui suggère un possible redéploiement d'activités ou la fermeture d'unités de production.

3. Chocs de prix et instabilité : les années 2020–2021 comme tournant

3.1 Une série de chocs de prix détectés en 2021

L'analyse de volatilité révèle plusieurs chocs significatifs concentrés autour de 2021 :

Partenaire Type de choc Flux Anomalie Variation de prix Part en valeur
Ukraine Prix Export 71,6 +25,6 % 5,0 %
Chine Prix Import 63,7 +58,5 % 6,0 %
Algérie Prix Export 12,0 +29,1 % 4,9 %

L'année 2021 marque un point de rupture. Le pic de prix à l'importation depuis la Chine (+58,5 %) s'inscrit dans le contexte de la crise des coûts de l'énergie et des matières premières post-Covid, combinée aux perturbations logistiques mondiales (pénurie de conteneurs, congestion portuaire).

3.2 Des partenaires à forte volatilité

Certains partenaires présentent une instabilité marquée mesurée par le coefficient de variation (CV) :

Importations — CV les plus élevés :

  • Émirats arabes unis : 0,89
  • Ukraine : 0,57
  • Taiwan : 0,50

Exportations — CV les plus élevés :

  • Ukraine : 0,68
  • Mexique : 0,62
  • Russie : 0,60

La Russie et l'Ukraine figurent parmi les partenaires les plus volatils des deux côtés, ce qui reflète à la fois l'instabilité géopolitique et les sanctions qui ont perturbé les flux commerciaux. L'Ukraine, malgré sa montée en puissance comme débouché, reste un marché à haut risque de fluctuation.

3.3 L'impact durable sur les prix unitaires

Les prix unitaires moyens ont suivi une trajectoire haussière sur l'ensemble de la période, mais avec une accélération notable autour de 2021–2022 :

Prix unitaire moyen (€/t) 2015 Point bas Point haut 2025
Exportations 2 982 2 722 3 960 3 343
Importations 2 372 2 231 3 320 2 799

L'écart de prix entre importations et exportations (les imports étant structurellement moins chers) est un facteur explicatif du basculement de la balance commerciale : les acheteurs européens se tournent vers des sources d'approvisionnement moins coûteuses, notamment turques et égyptiennes, au détriment des exportateurs européens dont les prix sont plus élevés.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen du film BOPP (CN 39202021) a subi une triple transformation. Premièrement, l'Union européenne est passée d'une position d'excédent commercial à un déficit structurel de 223 M€, signe d'un déséquilibre entre une demande intérieure croissante et une capacité exportatrice en recul. Deuxièmement, la carte des partenaires commerciaux a été profondément redessinée : la quasi-disparition des échanges avec la Russie, le recul des exportations vers le Royaume-Uni post-Brexit, et la fulgurante montée de la Turquie comme premier fournisseur (+97 %) ont reconfiguré les flux de manière durable. Troisièmement, les chocs de prix de 2021 et la volatilité persistante de certains partenaires (Ukraine, Émirats arabes unis) ont introduit un niveau d'incertitude accru dans la gestion des approvisionnements.

Pour les décideurs européens, ces évolutions soulèvent des questions stratégiques : la concentration croissante des importations autour de quelques fournisseurs (HHI en hausse de 44 %) constitue un risque de dépendance, tandis que le déclin de la propension à exporter pourrait affaiblir la position concurrentielle de l'industrie européenne du film BOPP à moyen terme. La croissance de la production intérieure (+27 %) offre cependant un socle favorable pour une stratégie de réindustrialisation et de reconquête des marchés extérieurs.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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