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Évolution du marché : Morceaux et abats comestibles de coqs et de poules [des espèces domestiques], congelés (CN 020714) — 2015–2025

Introduction

Le code combiné 020714 couvre l'ensemble des morceaux et abats comestibles de volailles (coqs et poules d'espèces domestiques) à l'état congelé. Ce segment constitue un pilier du commerce extérieur agroalimentaire de l'Union européenne, qui demeure exportatrice nette sur l'ensemble de la période étudiée. Entre 2015 et 2025, le commerce extérieur de l'UE sur ce produit a connu des transformations profondes : un recul progressif des exportations, une hausse marquée de la valeur des importations, un redécoupage des flux géographiques et des épisodes de chocs sur les prix. Le présent rapport propose une lecture structurée de ces dynamiques à travers trois axes d'analyse.

Vue d'ensemble du commerce CN 020714


1. Une orientation structurelle vers l'export qui s'essouffle

1.1. Des exportations en repli tendanciel après un pic en 2019

Les exportations de l'UE vers le reste du monde ont culminé en 2019 à 1 232 M€ et 1 332 181 tonnes avant d'amorcer une trajectoire descendante. En 2025, elles s'établissent à 985 M€ et 887 751 tonnes, soit un recul de -8,5 % en valeur et de -4,8 % en volume par rapport à 2015. L'année 2021 représente le point le plus bas de la période en valeur (935 M€), ce qui correspond à la reprise post-COVID et à des perturbations logistiques persistantes.

Année Exportations (M€) Exportations (tonnes)
2015 1 076 932 844
2016 1 074 1 075 588
2017 1 067 1 110 396
2018 1 125 1 240 900
2019 1 232 1 332 181
2020 1 107 1 231 888
2021 935 987 550
2022 997 845 380
2023 930 770 162
2024 971 873 310
2025 985 887 751

Source : données Exportations

1.2. Une production intérieure en forte expansion, tirée par la Pologne

Paradoxalement, le recul des exportations ne s'explique pas par un déficit de production. La production communautaire de morceaux et abats de volaille congelés est passée de 775 millions de tonnes (2003) à 2 516 millions de tonnes (2024), soit une multiplication par plus de trois. La Pologne, avec un indice RCA de 3,92 en 2025 (RSca : 0,59), domine désormais la spécialisation à l'export de ce produit, devançant les Pays-Bas (RCA : 2,45). La Pologne concentre à elle seule 26,0 % de la production communautaire contre 35,6 % pour les Pays-Bas. Cette montée en puissance polonaise explique le transfert intra-UE des parts d'exportation : les Pays-Bas, premier exportateur de l'UE vers le reste du monde en 2015 (450 M€), ont cédé la première place à la Pologne (393 M€ en 2025).

Pays RCA (2025) RSca (2025) Part production UE
Pologne 3,916 0,5932 26,0 %
Lettonie 2,983 0,4979 1,0 %
Pays-Bas 2,453 0,4207 35,6 %
Lituanie 2,382 0,4086 1,5 %
Hongrie 1,350 0,1488 3,6 %

[Source : Carte de spécialisation 2025 et volumes de production]

1.3. Une propension à l'export en net recul

L'indicateur de propension à l'export — soit le ratio exportations / production — est passé de 53,2 % en 2015 (sommet de la série) à 26,8 % en 2024. Cela signifie que l'essentiel de la croissance de production s'est orienté vers le marché intérieur ou l'intra-UE, et non vers les marchés tiers. De même, l'intensité commerciale (commerce total / production) a baissé de 58,8 % à 34,1 %. L'UE consomme donc une part croissante de sa propre production, ce qui contribue à la contraction des flux extra-UE.


2. Un redécoupage profond des partenaires commerciaux

2.1. La montée en puissance de l'Ukraine côté importations, au détriment du Royaume-Uni

Les importations de l'UE ont progressé de 64,3 % en valeur (de 341 M€ à 561 M€), alors que le volume importé a légèrement diminué (de 192 620 à 183 926 tonnes, soit -4,5 %). L'explication tient à la forte hausse des prix moyens à l'importation : de 1 772 €/tonne en 2015 à 3 049 €/tonne en 2025 (+72 %). Cette inflation des prix reflète à la fois le renchérissement des coûts de production et l'effet de composition vers des parts plus onéreuses (morceaux désossés).

Les deux principaux partenaires à l'importation ont connu des trajectoires opposées :

Partenaire Importations 2015 (M€) Importations 2025 (M€) Variation (%)
Brésil 141,6 226,8 +60,2 %
Ukraine 38,6 218,4 +465,4 %
Royaume-Uni 131,5 55,0 -58,2 %
Thaïlande 10,1 25,4 +151,8 %
Norvège 2,9 9,0 +213,0 %
Argentine 3,9 7,9 +102,8 %

[Source : Partenaires d'importation]

L'Ukraine est passée de 39 M€ à 218 M€, soit une multiplication par 5,7 en dix ans. Cette trajectoire s'explique par la mise en œuvre de l'accord d'association UE-Ukraine et de son volet DCFTA (2016), qui a progressivement éliminé les droits de douane, ainsi que par la compétitivité-prix de la volaille ukrainienne (prix moyen de 3 632 €/t en 2025, nettement inférieur à celui du Brésil à 2 686 €/t). Le Royaume-Uni, ancien premier fournisseur, a vu ses livraisons fondre, ce qui s'explique par l'impact du Brexit sur les flux commerciaux et la réorientation des circuits d'approvisionnement.

2.2. Un redéploiement des exportations vers l'Afrique et le Sud-Est asiatique

Côté exportations, la recomposition est tout aussi spectaculaire. Le Royaume-Uni reste le premier client (192 M€ en 2025) mais a perdu la moitié de sa valeur par rapport à 2015 (384 M€). En parallèle, des marchés africains et asiatiques ont gagné en importance :

Partenaire Exportations 2015 (M€) Exportations 2025 (M€) Variation (%)
Ghana 43,9 127,5 +190,6 %
Viet Nam 18,8 55,8 +196,1 %
Philippines 29,8 40,6 +36,2 %
Royaume-Uni 383,9 192,4 -49,9 %
Afrique du Sud 173,0 14,9 -91,4 %
Hong Kong 73,0 15,0 -79,4 %

[Source : Partenaires d'exportation]

L'Afrique de l'Ouest (Ghana, Bénin, RDC) constitue désormais un marché structurel pour les exportations européennes de volaille congelée, avec des volumes stables autour de 125 000–140 000 tonnes pour le seul Ghana. Le Viet Nam a triplé ses achats, probablement sous l'effet de l'accord de libre-échange UE-Viet Nam entré en vigueur en 2020. À l'inverse, l'Afrique du Sud et Hong Kong ont connu des effondrements quasi complets, en lien respectivement avec des restrictions sanitaires et un basculement vers d'autres fournisseurs (Chine continentale pour Hong Kong).

2.3. Une diversification géographique nette des exportations

L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) des exportations est passé de 1 728 (2015) à 780 (2025), soit une baisse de -54,9 %. Ce chiffre témoigne d'une diversification très significative des débouchés : les exportations de l'UE ne dépendent plus autant d'un petit nombre de clients. À l'importation, le HHI est resté relativement stable (de 3 353 à 3 285), les fournisseurs principaux (Brésil et Ukraine) consolidant conjointement leur position.

[Source : Indices de concentration HHI]


3. Des chocs de prix marqués et un solde commercial sous pression

3.1. Des épisodes de chocs sur les prix en 2021–2022

L'analyse de volatilité a identifié plusieurs chocs de prix significatifs autour de la période 2021–2022. Le plus marquant concerne les importations en provenance de Brésil : en 2022, le prix moyen de ces importations a bondi à 2 621 €/tonne contre 1 450 €/tonne sur la période de base (2020–2021), soit une hausse de +80,8 %, avec un degré d'anormalité de 26,7. Les volumes ont simultanément augmenté (+27,5 % par rapport à la base), indiquant une dynamique de prix tirée par la demande ou les coûts de production mondiaux.

Choc identifié Partenaire Type Écart (%) Abnormalité Part valeur
Import BR, 2022 Brésil Prix +80,8 % 26,7 41,7 %
Import UK, 2022 Royaume-Uni Prix +47,3 % 30,0 27,8 %
Export HK, 2022 Hong Kong Prix +61,3 % 44,7 7,7 %
Export UK, 2021 Royaume-Uni Prix +47,8 % 18,2 34,0 %

[Source : Événements de chocs]

Du côté des exportations vers Hong Kong, le choc est brutal : les volumes exportés sont passés de 72 561 tonnes (2020) à seulement 6 822 tonnes en 2022 (-91 %), tandis que les prix bondissaient à 2 242 €/tonne (+61 % par rapport à la base). Cela reflète vraisemblablement des restrictions commerciales ou un basculement vers d'autres sources d'approvisionnement pour le marché hongkongais.

3.2. Une forte volatilité sur certains partenaires périphériques

Au-delà des chocs ponctuels, la volatilité structurelle (mesurée par le coefficient de variation des quantités) est particulièrement élevée pour certains partenaires d'importation. Le Chili (CV = 0,82), l'Afrique du Sud (CV = 1,69) et la Moldavie (CV = 1,64) affichent une instabilité chronique, avec des volumes oscillant fortement d'une année à l'autre. Du côté des exportations, l'Afrique du Sud (CV = 1,02), Hong Kong (CV = 0,77) et les Philippines (CV = 0,67) présentent des flux très erratiques.

[Source : Barres de volatilité]

3.3. Un solde commercial en érosion marquée

Le solde commercial de l'UE sur ce produit reste structurellement excédentaire, mais se dégrade fortement. Passé de 735 M€ en 2015 à 424 M€ en 2025 (-42,3 %), il a touché son point le plus bas en 2025. Le taux de dépendance nette aux importations s'est creusé de -15,4 % (2015) à -18,7 % (2025), ce qui signifie que les importations représentent une part plus importante du commerce net. Les Pays-Bas concentrent à eux seuls 54,5 % des importations intra-UE en 2025 (305 M€), en hausse de 148 % par rapport à 2015, tandis que l'Autriche a connu une progression spectaculaire (de 2,7 M€ à 38,5 M€, +1 322 %). Les importations au sein de l'UE reflètent en partie des réexportations et des échanges de morceaux entre États membres spécialisés dans différentes parties de la carcasse.

En parallèle, la valeur des exportations vers le Royaume-Uni (premier client extra-UE) a chuté de 384 M€ à 192 M€, pénalisant le solde. L'érosion du solde n'est cependant pas synonyme de perte d'autonomie alimentaire, puisque la production communautaire a plus que triplé sur la période ; elle reflète plutôt un marché intérieur de plus en plus dynamique et une spécialisation géographique en voie de rééquilibrage.

[Source : Évolution du solde commercial]


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen de la volaille congelée (CN 020714) a connu trois transformations majeures : (1) un tassement des exportations extra-UE au profit d'une consommation intra-communautaire croissante, alimentée par une production multipliée par trois, avec la Pologne comme moteur principal ; (2) un profond redécoupage des partenaires, marqué par l'effondrement des flux avec le Royaume-Uni (post-Brexit) et la montée de l'Ukraine et du Brésil côté importations, ainsi que le basculement vers l'Afrique de l'Ouest et le Sud-Est asiatique côté exportations ; (3) une période de forte turbulence sur les prix en 2021–2022, liée à des chocs conjoncturels sur les principaux corridors commerciaux. Le solde commercial, resté excédentaire, a néanmoins perdu 42 % de sa valeur, tandis que la diversification des débouchés d'exportation s'est nettement améliorée. L'UE reste un acteur majeur de ce segment, mais sa dépendance croissante à des fournisseurs tiers (Brésil, Ukraine) pour approvisionner certaines catégories de morceaux — en particulier les morceaux désossés (CN 02071410), qui représentent 88,0 % de la valeur des importations en 2025 — mérite une attention particulière en termes de sécurité d'approvisionnement.

Généré le 2026-08-05. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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