Évolution du marché : Montres-bracelets, même incorporant un compteur de temps, à remontage automatique (autres que celles en métaux précieux ou en plaqués ou doublés de métaux précieux) (CN 910221) — 2015–2025
Introduction
Le présent rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code douanier 910221, qui couvre les montres-bracelets à remontage automatique hors métaux précieux. Cette catégorie, bien que distincte du segment du luxe haut de gamme, représente un secteur significatif de l'horlogerie européenne, caractérisé par une forte dépendance aux importations et des dynamiques commerciales profondément transformées sur la période 2015–2025.
La période étudiée est marquée par des événements majeurs — Brexit, pandémie de Covid-19, tensions géopolitiques — qui ont profondément reconfiguré les flux commerciaux. Comme l'aperçu général le révèle, l'UE a vu son déficit commercial s'aggraver considérablement, passant de −1,31 milliard d'euros en 2015 à −2,54 milliards d'euros en 2025, soit une détérioration de 94 %.
1. Une dépendance structurelle aux importations qui se renforce, portée par la Suisse et de nouveaux fournisseurs asiatiques
1.1. La Suisse consolide sa position de fournisseur dominant
La Suisse demeure de très loin le premier fournisseur de montres-bracelets automatiques de l'UE. Les importations en provenance de Suisse ont progressé de 1,97 milliard d'euros en 2015 à 2,96 milliards d'euros en 2025, soit une hausse de 50 %. Ce montant représente à lui seul environ 94 % des importations totales de l'UE en valeur en 2025. Cette concentration extrême illustre le rôle central de l'industrie horlogère suisse, qui capte l'essentiel de la demande européenne pour les montres automatiques hors métaux précieux.
| Année | Importations depuis la Suisse (€M) | Part dans les importations UE (%) |
|---|---|---|
| 2015 | 1 971 | 96,7 |
| 2020 | 1 512 | 93,9 |
| 2025 | 2 957 | 94,2 |
Cf. partenaires principaux par valeur
1.2. L'émergence de nouveaux fournisseurs asiatiques
Si la Suisse domine en valeur, plusieurs fournisseurs asiatiques ont connu des croissances spectaculaires sur la période, bien qu'à des niveaux absolus nettement inférieurs :
| Pays d'origine | 2015 (€M) | 2025 (€M) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Japon | 2,9 | 37,6 | +1 204 |
| Thaïlande | 0,006 | 14,9 | +240 697 |
| Hong Kong | 7,8 | 43,7 | +457 |
| Chine | 29,3 | 60,0 | +105 |
Le Japon (+1 204 %), la Thaïlande et Hong Kong confirment la diversification progressive des sources d'approvisionnement de l'UE. Cette tendance reflète vraisemblablement la montée en gamme de certains fabricants japonais (Seiko, Citizen, Orient) ainsi que le développement de capacités d'assemblage en Asie du Sud-Est. La Thaïlande, qui ne représentait que 6 174 euros d'importations en 2015, est passée à près de 15 millions d'euros en 2025, témoignant d'une relocalisation partielle de la production.
1.3. Une concentration des importations en légère déclin mais toujours élevée
L'indice de concentration HHI des importations a diminué de 9 360 en 2015 à 8 886 en 2025 (−5,1 %), ce qui indique un début de diversification des approvisionnements. Toutefois, ce niveau reste très élevé, confirmant la prédominance quasi-monopolistique de la Suisse. En volume, la baisse du HHI est plus marquée (−14,8 %), ce qui suggère que les nouveaux fournisseurs proposent des montres à des prix unitaires inférieurs à ceux de la Suisse.
2. Un redéploiement des exportations européennes marqué par la chute des échanges avec le Royaume-Uni et la montée de nouvelles destinations
2.1. L'effondrement des exportations vers le Royaume-Uni
Le Royaume-Uni, qui était le premier destination des exportations de montres automatiques de l'UE en 2015 (113 millions d'euros), a vu ses importations en provenance de l'UE s'effondrer à 33 millions d'euros en 2025, soit une baisse de 70,5 %. Ce déclin, amorcé dès avant le Brexit formel mais accéléré après 2020, s'explique par la mise en place de barrières douanières et réglementaires post-Brexit. En volume, les exportations vers le Royaume-Uni ont chuté de 85,9 mille unités à 11,4 mille unités (−87 %).
| Année | Exportations UE vers le Royaume-Uni (€M) |
|---|---|
| 2015 | 113,1 |
| 2019 | 124,6 |
| 2021 | 34,0 |
| 2025 | 33,4 |
Cf. partenaires principaux par valeur — exportations
2.2. La Suisse et les États-Unis comme relais de croissance
En contrepartie de la chute des exportations vers le Royaume-Uni, certaines destinations ont progressé significativement :
| Destination | 2015 (€M) | 2025 (€M) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Suisse | 93,6 | 163,8 | +75,0 |
| Émirats arabes unis | 19,3 | 41,8 | +116,4 |
| États-Unis | 50,6 | 71,0 | +40,4 |
| Norvège | 4,5 | 6,8 | +52,1 |
La croissance des exportations vers la Suisse (+75 %) s'explique probablement par des échanges intrabranchés — des composants ou des montres assemblées dans l'UE sont envoyés en Suisse pour y subir des finitions ou y être commercialisés via le réseau suisse. Les Émirats arabes unis, plaque tournante du commerce de luxe au Moyen-Orient, ont doublé leurs achats à l'UE, reflétant la demande croissante de cette région.
2.3. Un déclin prononcé des exportations vers le Japon et Hong Kong
À l'inverse, les exportations vers le Japon ont chuté de 100 millions d'euros à 25 millions d'euros (−74,6 %), tandis que celles vers Hong Kong ont reculé de 261 millions d'euros à 145 millions d'euros (−44,5 %). Ces baisses traduisent la montée en puissance de la production locale ou régionale, ainsi que possible l'impact des tensions commerciales et des restrictions liées au Covid-19 dans ces zones.
3. Une production européenne en repli quantitatif mais en progression en valeur, reflétant une montée en gamme
3.1. L'effondrement des volumes de production de l'UE
Les données de production PRODCOM révèlent un déclin spectaculaire de la production européenne de montres automatiques hors métaux précieux :
| Année | Production UE (unités) | Production UE (€M) |
|---|---|---|
| 2003 | 2 047 615 | 125 |
| 2010 | 1 766 200 | 140 |
| 2015 | 800 000 | 174 |
| 2020 | 662 900 | 134 |
| 2024 | 450 000 | 180 |
Entre 2003 et 2024, la production en volume a chuté de 78 %, passant de 2 millions à 450 000 unités. Paradoxalement, la valeur de la production a augmenté de 44 % (de 125 à 180 millions d'euros), ce qui indique une montée en gamme significative : le prix unitaire moyen de la production européenne est passé d'environ 61 euros en 2003 à 400 euros en 2024, suggissant que l'industrie européenne se concentre sur des segments à plus forte valeur ajoutée.
3.2. La France, moteur de la spécialisation horlogère européenne
L'analyse de spécialisation révèle que la France est le seul grand État membre à présenter un avantage comparatif révélé (RCA) significatif dans cette catégorie (RCA = 7,13), avec un RSCA de 0,75. La France concentre 55,7 % de la production européenne de montres automatiques hors métaux précieux. Ce résultat reflète le poids de l'industrie horlogère française, notamment dans les segments des montres de milieu et haut de gamme.
L'Italie, malgré sa tradition horlogère, présente un RSCA négatif (−0,44), ce qui s'explique par son positionnement plus marqué sur d'autres segments (bijouterie, montres en métaux précieux) ou par une production désormais tournée vers l'exportation intra-UE.
3.3. Les principaux États membres importateurs et exportateurs
| État membre | Imports 2015 (€M) | Imports 2025 (€M) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| France | 717 | 1 106 | +54 |
| Allemagne | 474 | 727 | +53 |
| Pays-Bas | 37 | 141 | +277 |
| Belgique | 32 | 153 | +381 |
| Espagne | 37 | 92 | +150 |
| État membre | Exports 2015 (€M) | Exports 2025 (€M) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Italie | 282 | 70 | −75 |
| Allemagne | 186 | 172 | −8 |
| France | 122 | 94 | −23 |
| Espagne | 29 | 65 | +123 |
| Irlande | 0,4 | 46,5 | +12 736 |
Cf. principaux États membres par valeur
L'Italie a perdu les trois quarts de ses exportations vers les pays tiers, tandis que l'Espagne les a plus que doublées. L'Irlande a connu une croissance extraordinaire (passant de 362 000 euros à 46,5 millions d'euros), probablement liée à l'implantation de plateformes logistiques ou de sièges sociaux de distributeurs dans le pays. Les Pays-Bas et la Belgique ont vu leurs importations fortement augmenter, ce qui pourrait refléter l'établissement de centres de distribution européens dans ces pays.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des montres-bracelets automatiques hors métaux précieux (CN 910221) a connu trois transformations majeures.
Premièrement, la dépendance aux importations s'est renforcée : le déficit commercial de l'UE a presque doublé, atteignant −2,54 milliards d'euros en 2025, tandis que le taux de dépendance nette aux importations s'est maintenu autour de 93–95 %. La Suisse demeure le fournisseur quasi-exclusif en valeur, mais la part croissante du Japon, de la Thaïlande et de Hong Kong signale une diversification partielle des approvisionnements.
Deuxièmement, le Brexit a profondément reconfiguré les flux d'exportation de l'UE, avec un effondrement des échanges avec le Royaume-Uni (−70 % en valeur), au profit de la Suisse, des Émirats arabes unis et des États-Unis.
Troisièmement, la production européenne se réoriente vers le haut de gamme : les volumes ont chuté de 78 % mais la valeur a progressé de 44 %, le prix unitaire passant d'environ 61 euros à 400 euros. La France concentre désormais plus de la moitié de la production communautaire et demeure le seul grand État membre doté d'un avantage comparatif net dans ce segment.
Ces évolutions soulignent la nécessité, pour l'industrie horlogère européenne, de poursuivre sa stratégie de différenciation par la qualité et l'innovation, dans un contexte de concurrence croissante des producteurs asiatiques sur les segments intermédiaires.