Évolution du marché : Montres automatiques (CN 910221) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 910221 couvre les montres-bracelets à remontage automatique, hors métaux précieux. Entre 2015 et 2025, le commerce extérieur de l'Union européenne dans ce segment a connu des mutations profondes : une valeur des importations en forte hausse, des volumes physique en repli, et un déficit commercial qui s'est creusé de près de 95 %. Ce rapport propose une lecture structurée de ces dynamiques, en s'appuyant sur les données du tableau de bord du commerce de l'UE.
I. Une dépendance suisse persistante et un déficit commercial qui se creuse
L'économie européenne reste structurellement importatrice de montres automatiques. La dépendance nette aux importations est passée de 93,2 % à 95,3 % sur la période, signe que la production locale ne couvre qu'une fraction marginale de la consommation intérieure.
Un déficit passé de −1,3 milliard € à −2,5 milliards €
Le solde commercial de l'UE pour le CN 910221 s'est détérioré de manière spectaculaire :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur, M€) | 2 038 | 3 148 | +54,4 % |
| Exportations (valeur, M€) | 732 | 606 | −17,2 % |
| Solde (M€) | −1 306 | −2 542 | −94,6 % |
(Sources : vue d'ensemble du commerce)
La hausse des importations et le recul simultané des exportations expliquent cette dégradation.
La Suisse, partenaire quasi exclusif des importations
La répartition par partenaire révèle une concentration extrême des flux entrants :
| Partenaire (import.) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Suisse | 1 971 | 2 957 | +50,0 % |
| Chine | 29 | 60 | +104,7 % |
| Hong Kong | 8 | 44 | +457,3 % |
| Royaume-Uni | 21 | 8 | −63,3 % |
| Japon | 3 | 38 | +1 203,7 % |
| Thaïlande | 0,006 | 15 | +240 697 % |
| États-Unis | 3 | 8 | +181,8 % |
La Suisse représente en 2025 près de 94 % de la valeur importée. L'indice de concentration HHI des importations (vue concentration) oscille entre 8 832 et 9 360, un niveau très élevé qui confirme la dépendance quasi monopolistique vis-à-vis de la Suisse.
Une diversification timide des sources secondaires
Malgré la domination suisse, quelques partenaires secondaires ont connu des croissances spectaculaires en pourcentage, partant toutefois de bases très faibles. Le Japon (passant de 3 à 38 M€, soit +1 204 %) et la Thaïlande (de 6 000 € à 15 M€) illustrent une possible stratégie de diversification des groupes horlogers (implantation de manufactures au Japon et en Asie du Sud-Est). Cependant, ces flux restent marginaux face au volume suisse.
II. La montée en gamme : des volumes en repli, des prix unitaires en forte hausse
Le trait le plus marquant de la période est une dissociation nette entre les quantités physiques et les valeurs commerciales. Ce phénomène traduit une montée en gamme structurelle du segment.
Des volumes qui reculent tandis que les valeurs progressent
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations — masse nette (t) | 457,9 | 438,1 | −4,3 % |
| Importations — pièces (milliers) | 3 425 | 2 563 | −25,2 % |
| Importations — prix unitaire (€/pièce) | 595 | 1 228 | +106,3 % |
| Exportations — masse nette (t) | 160,0 | 96,1 | −40,0 % |
| Exportations — pièces (milliers) | 645 | 445 | −30,9 % |
| Exportations — prix unitaire (€/pièce) | 1 136 | 1 360 | +19,7 % |
(Sources : vue d'ensemble)
Une production européenne en volume en effondrement
Les données de production confirment cette tendance de manière frappante :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Production — pièces | 2 047 615 | 450 000 | −78,0 % |
| Production — valeur (M€) | 125 | 180 | +44,0 % |
La production européenne en volume a été divisée par près de cinq, tandis que sa valeur a augmenté de 44 %. Le prix moyen par pièce produite est ainsi passé d'environ 61 € à 400 €, ce qui traduit un recentrage des fabricants européens (principalement italiens, français et allemands) sur des segments à haute valeur ajoutée, tandis que les volumes « grand public » migrent vers d'autres zones de production.
L'intensité de l'échange et la propension à l'exportation en hausse
La propension à l'exportation a bondi de 379 % à 722 % (+90,5 %), tandis que l' intensité commerciale est restée relativement stable autour de 115–136 %. Cela signifie que les exportations de montres automatiques ont crû bien plus vite que la production, suggérant un rôle croissant de l'UE comme plateforme de réexportation (réception, finition, reconditionnement) et non plus seulement comme lieu de fabrication de bout en bout.
III. Recomposition des flux intra-européens et signaux de volatilité
Au-delà des agrégats, la période 2015–2025 montre une reconfiguration significative des rôles des États membres, ainsi que l'apparition de chocs de prix sur certains marchés tiers.
Des rôles nationaux en pleine mutation
Les principaux reporters en termes d'importations et d'exportations ont connu des trajectoires très divergentes :
Importations (top 7 États membres) :
| État membre | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| France | 717 | 1 106 | +54,2 % |
| Allemagne | 474 | 727 | +53,4 % |
| Italie | 439 | 411 | −6,3 % |
| Autriche | 141 | 89 | −36,8 % |
| Pays-Bas | 37 | 141 | +276,6 % |
| Belgique | 32 | 153 | +381,4 % |
| Espagne | 37 | 92 | +150,4 % |
Exportations (top 7 États membres) :
| État membre | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Italie | 282 | 70 | −75,1 % |
| Allemagne | 186 | 172 | −7,5 % |
| France | 122 | 94 | −23,0 % |
| Espagne | 29 | 65 | +122,8 % |
| Autriche | 34 | 22 | −35,4 % |
| Irlande | 0,4 | 47 | +12 736 % |
| Portugal | 22 | 7 | −66,0 % |
(Sources : reporters)
La spécialisation française et la montée irlandaise
L'analyse de spécialisation confirme la position dominante de la France (RSCA = 0,754 ; RCA = 7,13), qui concentre 55,7 % de la production de l'UE en valeur. L'explosion des exportations irlandaises (+12 736 %, passant de 0,4 M€ à 47 M€) est probablement liée à la présence de filiales de distribution de grands groupes horlogers implantées en Irlande pour des raisons fiscales, plutôt qu'à une production locale.
L'Italie, historiquement le premier exportateur européen (282 M€ en 2015), a vu son poids s'effondrer à 70 M€ en 2025 (−75,1 %), un mouvement qui pourrait refléter des restructurations de chaîne d'approvisionnement, des transferts d'activités vers d'autres pays ou un recul spécifique du segment accessible.
Des chocs de prix ponctuels sur certains marchés tiers
L'analyse de volatilité et la détection de chocs révèlent deux événements notables :
| Partenaire | Type de choc | Direction | Date | Amplitude | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| Norvège | Prix | Exportations | 2018 | +67,1 % | 1,0 % |
| Émirats arabes unis | Prix | Exportations | 2019 | +111,5 % | 4,5 % |
Le choc norvégien de 2018 (anomalie de 10,0) et le choc des Émirats de 2019 (anomalie de 8,2) pourraient refléter des changements de politique commerciale locale, des fluctuations de change ou des réorganisations logistiques des exportateurs européens. La part relative des EAU dans les exportations de l'UE (4,5 % en 2025, en hausse de +116,4 %) en fait un marché de plus en plus stratégique.
Les coefficients de variation les plus élevés concernent la Malaisie (CV = 1,56 pour les importations) et la Thaïlande (CV = 1,21), ce qui confirme la nature encore instable de ces sources d'approvisionnement émergentes.
Conclusion
Sur la décennie 2015–2025, le marché européen des montres automatiques (CN 910221) se caractérise par trois dynamiques principales : un creusement du déficit commercial, alimenté par la hausse des importations en provenance de Suisse ; une montée en gamme généralisée, avec un effondrement des volumes compensé par une forte hausse des prix unitaires ; et une recomposition des rôles au sein de l'UE, marquée par le déclin italien, la consolidation française et l'émergence irlandaise. L'UE demeure structurellement dépendante (95 % de dépendance nette aux importations), avec une production locale qui se concentre sur le segment haut de gamme. La diversification des sources d'approvisionnement reste timide, et la volatilité des flux avec certains partenaires émergents constitue un risque à surveiller.