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Évolution du marché : Montres à quartz (CN 910211) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 910211 couvre les montres-bracelets fonctionnant électriquement, à affichage mécanique seulement, excluant les modèles en métaux précieux ou plaqués. Il s'agit d'un segment emblématique de l'horlogerie de milieu de gamme, à l'intersection des productions de masse asiatiques et du savoir-faire européen. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne pour ce produit a connu des mutations profondes : effondrement des volumes échangés, hausse marquée des prix unitaires, reconfiguration des partenaires et transformation de la base productive européenne. Le présent rapport identifie trois dynamiques majeures à partir des données disponibles et propose une lecture structurée de ces évolutions.


1. Un effondrement des volumes masqué par la montée en gamme des prix

1.1 Des volumes en recul massif tant à l'import qu'à l'export

La caractéristique la plus saillante de la période est la contraction drastique des quantités échangées. En poids net, les importations de montres CN 910211 sont passées de 8 059 tonnes en 2015 à 3 733 tonnes en 2025, soit une baisse de 53,7 %. Les exportations ont connu un recul encore plus prononcé, passant de 1 601 tonnes à 639 tonnes (-60,1 %).

En nombre de pièces (unité supplémentaire), le constat est similaire :

Indicateur 2015 2025 Variation
Importations (p/st) 83 848 413 33 302 064 -60,3 %
Exportations (p/st) 10 322 723 3 374 387 -67,3 %

Ce recul des volumes s'explique probablement par plusieurs facteurs convergents : la concurrence croissante des montres connectées (smartwatches), les perturbations liées à la pandémie de Covid-19 (2020–2021) et, plus récemment, le ralentissement de la demande mondiale.

1.2 Une hausse spectaculaire des prix unitaires

Paradoxalement, alors que les volumes se contractent, les valeurs unitaires augmentent fortement. Le prix moyen à la tonne des importations a progressé de 231 483 €/t à 323 033 €/t (+39,5 %), tandis que celui des exportations est passé de 382 418 €/t à 726 207 €/t (+89,9 %).

Indicateur 2015 (€/t) 2025 (€/t) Variation
Prix import (€/t) 231 483 323 033 +39,5 %
Prix export (€/t) 382 418 726 207 +89,9 %
Prix import (€/pce) 22,26 36,24 +62,8 %
Prix export (€/pce) 59,55 139,51 +134,3 %

Ce phénomène traduit une montée en gamme : ce sont désormais des montres de plus grande valeur unitaire qui transitent par le commerce extérieur de l'UE, les segments les moins onéreux étant vraisemblablement absorbés par les circuits de production locaux ou concurrencés par les montres connectées.

1.3 Un déficit commercial qui se réduit, mais pour de mauvaises raisons

Le solde commercial de l'UE sur ce produit est resté structurellement déficitaire, passant de -1,25 milliard € à -738 millions € (+41,1 % d'amélioration relative). Toutefois, cette réduction du déficit n'est pas le signe d'une meilleure compétitivité à l'export : elle résulte principalement de l'effondrement des importations en volume. Le taux de dépendance nette aux importations est même légèrement passé de 93,2 % à 95,3 %, confirmant que l'UE reste très largement dépendante de l'extérieur pour s'approvisionner en montres-bracelets à quartz.


2. Une reconfiguration géographique des flux commerciaux

2.1 Le recul massif de la Chine et de Hong Kong aux importations

La Chine, premier fournisseur de l'UE en 2015 avec 837 millions €, a vu ses exportations vers l'UE reculer de 50,4 % pour atteindre 415 millions € en 2025. Hong Kong, troisième fournisseur, a connu un déclin encore plus brutal (-81,5 %, de 141 M€ à 26 M€). Le Royaume-Uni, ancien partenaire significatif, a quasi disparu des fournisseurs (-91,0 %, de 49 M€ à 4,4 M€), en lien probable avec le Brexit.

Partenaire (import) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Chine 836,5 414,8 -50,4 %
Suisse 785,2 693,1 -11,7 %
Hong Kong 140,6 26,0 -81,5 %
Royaume-Uni 49,4 4,4 -91,0 %
Philippines 5,8 15,5 +166,3 %
Japon 18,9 27,1 +43,0 %

En revanche, la Suisse résiste remarquablement bien (-11,7 % seulement), ce qui confirme la position dominante de l'horlogerie suisse dans le segment milieu à haut de gamme. Les Philippines (+166,3 %) et le Japon (+43,0 %) émergent comme fournisseurs alternatifs, témoignant d'une diversification partielle des chaînes d'approvisionnement.

2.2 La concentration des importations s'accroît

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est passé de 3 844 à 4 505 (+17,2 %), indiquant une concentration accrue des sources d'approvisionnement. Alors que les fournisseurs secondaires (Hong Kong, Royaume-Uni) disparaissent, le marché se recentre sur la Chine et surtout la Suisse. Cette dynamique accroît la vulnerabilité de l'UE face à un éventuel choc d'approvisionnement de ces deux pays.

2.3 Des exportations européennes de plus en plus dispersées

À l'inverse, le HHI des exportations a baissé de 1 449 à 938 (-35,3 %), révélant une diversification des destinations. Le Royaume-Uni, premier client en 2015 avec 195 M€, a vu ses achats fondre de 69,9 % (Brexit), tandis que la Turquie (+70,8 %), les États-Unis (+9,4 %) et la Suisse (+9,0 %) ont renforcé leurs importations en provenance de l'UE.

Partenaire (export) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Royaume-Uni 195,1 58,8 -69,9 %
Suisse 85,4 93,1 +9,0 %
États-Unis 37,4 40,9 +9,4 %
Turquie 18,5 31,5 +70,8 %
Hong Kong 54,9 49,0 -10,9 %

2.4 Des chocs de prix ponctuels sur certaines destinations

L'analyse de la volatilité et des chocs détectés révèle des épisodes de forte instabilité sur certains corridors. Le cas le plus spectaculaire est le choc de prix à l'export vers l'Arabie saoudite en 2023 (hausse de 239,6 % du prix, avec une abnormalité de 14,8 écarts-types), suggérant une commande exceptionnelle de montres de grande valeur. Un choc similaire mais plus modéré avait eu lieu vers les États-Unis en 2017 (+109,1 %). Ces épisodes illustrent la sensibilité des prix moyens aux commandes ponctuelles dans un segment de marché devenu plus concentré en volume.


3. Une transformation structurelle de la production et du profil européen

3.1 L'Europe produit moins de pièces mais à une valeur bien supérieure

Les données de production européenne révèlent une transformation radicale de la base productive. Le nombre de pièces produites a chuté de 2 047 615 à 450 000 unités (-78,0 %), mais la valeur totale de la production a augmenté de 125 M€ à 180 M€ (+44,0 %).

Indicateur 2015 2025 Variation
Production (pces) 2 047 615 450 000 -78,0 %
Production (valeur) 125 M€ 180 M€ +44,0 %
Valeur moyenne par pièce ~61 € ~400 € ~x6,5

La valeur moyenne par pièce produite a ainsi été multipliée par environ 6,5, passant d'environ 61 € à près de 400 €. Ce mouvement s'inscrit dans une stratégie de repositionnement vers le haut de gamme : les fabricants européens abandonnent les segments de volume à faible marge — désormais captés par les producteurs asiatiques — pour se concentrer sur des montres quartz à forte valeur ajoutée (marques de prestige, éditions limitées, matériaux nobles dans les bracelets et boîtiers hors métaux précieux).

3.2 Des profils de spécialisation très inégaux au sein de l'UE

L'analyse des avantages comparatifs révélés montre que la production de montres CN 910211 reste concentrée dans quelques États membres. En 2025, les membres les plus spécialisés sont :

Pays RSCA RCA Part prod. UE Part com. total UE
France 0,408 2,377 18,6 % 7,8 %
Allemagne 0,271 1,744 36,9 % 21,2 %
Autriche 0,135 1,312 4,3 % 3,3 %

L'Allemagne et la France dominent la production, mais c'est la France qui affiche l'avantage comparatif le plus fort (RSCA de 0,408). À l'opposé, des pays comme la Hongrie, la Finlande ou la Roumanie n'ont aucune spécialisation dans ce segment.

3.3 Le rôle ambigu de l'Irlande : symptôme des flux de multinationales

Une anomalie notable dans les données est l'explosion des importations et des exportations de l'Irlande : importations passées de 8 M€ à 128 M€ (+1 481 %) et exportations de 0,8 M€ à 109 M€ (+13 985 %). Ces chiffres, à mettre en parallèle avec la hausse simultanée des Pays-Bas à l'import (+52,4 %) et à l'export (+518 %), sont probablement le reflet de la réorganisation des flux intra-groupes de grandes entreprises horlogères ou de distributeurs ayant établi des plateformes logistiques dans ces pays à fiscalité avantageuse, plutôt que d'une réelle transformation productive locale.

3.4 Une propension à l'export en forte hausse

Le taux de propension à l'export — rapport entre la valeur des exportations et la production — a bondi de 379 % à 722 %, ce qui signifie que l'UE exporte désormais plus de sept fois la valeur de sa production. Ce ratio supérieur à 100 % indique que l'UE joue un rôle croissant de hub de reexportation : des montres importées (notamment de Chine ou de Suisse) sont réexpédiées vers des marchés tiers après transformation, reconditionnement ou simple transit logistique.


Conclusion

La période 2015–2025 a vu le marché européen des montres CN 910211 se transformer en profondeur. Le constat central est celui d'un recul massif des volumes (de l'ordre de -60 % à -78 % selon les indicateurs) compensé par une montée en gamme significative des prix unitaires. La géographie commerciale s'est reconfigurée : les fournisseurs asiatiques secondaires (Hong Kong, Royaume-Uni post-Brexit) ont cédé du terrain au profit d'une bipolarisation Chine-Suisse à l'import, tandis que les destinations d'export se diversifient. La production européenne, enfin, se concentre sur un nombre réduit de pièces à très haute valeur ajoutée, portée principalement par la France et l'Allemagne. La dépendance nette de l'UE aux importations demeure très élevée (95 %), et l'augmentation de la concentration des fournisseurs constitue un risque structurel. L'essor de l'Irlande et des Pays-Bas comme hubs logistiques ajoute une dimension de complexité supplémentaire à l'interprétation des flux, rappelant que les statistiques commerciales de l'UE reflètent autant les stratégies des multinationales que la réalité productive du continent.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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