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Évolution du marché : Médicaments contenant de l'insuline, mais ne contenant pas d'antibiotiques, présentés sous forme de doses [y.c. ceux destinés à être administrés par voie percutanée] ou conditionnés pour la vente au détail (CN 300431) — 2015–2025

Introduction

Le code CN 300431 couvre les médicaments contenant de l'insuline (sans antibiotiques), présentés sous forme de doses ou conditionnés pour la vente au détail. Ce secteur, essentiel pour le traitement du diabète, a connu des transformations majeures au sein de l'Union européenne sur la période 2015–2025. L'UE, historiquement un exportateur net majeur de produits à base d'insuline, a vu sa position commerciale se modifier profondément : les exportations ont chuté de 5,75 milliards d'euros en 2015 à 579 millions d'euros en 2025 (–85,1 %), tandis que les importations ont été multipliées par plus de trois, passant de 77,6 millions à 242,1 millions d'euros (+212 %). Le solde commercial, resté excédentaire, est passé de 5,67 milliards d'euros à 614 millions d'euros (–89,2 %).

Ce rapport examine trois dynamiques clés : l'effondrement structurel des flux commerciaux traditionnels de l'UE, le réalignement géographique des partenaires commerciaux, et les conséquences en matière de sécurité d'approvisionnement et de vulnérabilité.

Sources : Vue d'ensemble des flux commerciaux · Définition du produit CN 300431


1. Un effondrement structurel de la production et des exportations européennes

1.1 La chute vertigineuse des exportations intra-UE vers le reste du monde

Les exportations de l'Union européenne vers les pays tiers ont suivi une trajectoire baissière quasi ininterrompue sur toute la période. Partant de 5,75 milliards d'euros en 2015, elles ont décliné chaque année pour atteindre un plancher de 579 millions d'euros en 2025. En volume, le recul est plus modéré (de 7 348 tonnes à 5 830 tonnes, soit –20,7 %), ce qui indique que la baisse est avant tout tirée par un effondrement des prix unitaires à l'exportation : le prix moyen a chuté de 782 439 €/t à 146 875 €/t (–81,2 %).

Année Exportations (Mds €) Quantité exportée (t) Prix moyen (€/t)
2015 5,75 7 348 782 439
2018 3,41 6 647 513 630
2020 3,26 6 171 528 269
2022 2,95 6 232 473 237
2023 2,40 11 627 206 794
2024 1,78 8 720 204 191
2025 0,86 5 830 146 875

Le pic de volume en 2023 (11 627 tonnes) contraste avec la poursuite de la baisse de la valeur, confirmant une déflation marquée des prix à l'exportation. Voir les données complètes.

1.2 Un déclin de la production européenne qui alimente la contraction des exportations

Les données de production (au code Prodcom 21.20.12.60) révèlent un effondrement parallèle. La valeur de la production de l'UE est passée d'un pic de 11,0 milliards d'euros en 2014 à 3,4 milliards d'euros estimés en 2024, soit une baisse de près de 70 %. La contraction la plus brutale s'est produite entre 2019 (7,8 milliards €) et 2021 (3,9 milliards €), période coïncidant avec la pandémie de Covid-19 et ses perturbations logistiques. Données de production.

Cependant, il convient de noter que la production n'a pas baissé au même rythme que les exportations, ce qui suggère qu'une partie croissante de la production européenne est désormais destinée au marché intérieur ou ne transite plus par les circuits d'exportation classiques.

1.3 Allemagne et France : les piliers de l'industrie sous pression

Deux États membres concentrent l'essentiel des exportations, mais tous deux connaissent des déclins marqués :

Pays Exportations 2015 (M€) Exportations 2025 (M€) Variation
Allemagne 4 274,5 524,9 –87,7 %
France 1 351,1 138,1 –89,8 %
Italie 81,7 14,4 –82,3 %

L'Allemagne demeure le premier exportateur de l'UE, mais sa contribution s'est effritée. En 2015, l'Allemagne à elle seule exportait davantage que la totalité des exportations de l'UE en 2025.

Détail par États membres exportateurs.

1.4 La concentration des exportations se dissipe progressivement

L'indice de concentration HHI des exportations (en valeur) est passé de 4 179 en 2015 à 1 295 en 2025 (–69 %), indiquant une diversification progressive des destinations. Ce mouvement s'explique par la réduction du poids dominant des États-Unis et l'émergence de nouveaux marchés. Indice de concentration HHI.


2. Un réalignement géographique majeur des partenaires commerciaux

2.1 L'effondrement du commerce avec les États-Unis

Les États-Unis, principal partenaire à l'exportation de l'UE pour l'insuline, ont vu leurs importations en provenance d'UE passer de 3,68 milliards d'euros en 2015 à 272 millions d'euros en 2025 (–92,6 %). Ce déclin spectaculaire s'explique probablement par le développement de capacités de production locales aux États-Unis, combiné à une concurrence accrue d'autres fournisseurs globaux. En volume, les exportations vers les États-Unis sont restées relativement stables autour de 1 000–1 200 tonnes jusqu'en 2023 avant de chuter, confirmant que la réorientation s'est d'abord manifestée par la pression sur les prix.

2.2 La montée en puissance fulgurante de la Chine

Le contraste le plus frappant de la période réside dans l'émergence de la Chine. Les importations de l'UE en provenance de Chine étaient quasi inexistantes en 2015 (2 472 €), avant de s'élever à 207,0 millions d'euros en 2025 (+8 375 258 %). Le volume importé de Chine a suivi la même trajectoire exponentielle :

Année Importations depuis la Chine (M€) Volume depuis la Chine (t)
2015 0,002 0,021
2017 0,003 0,008
2019 0,004 0,118
2021 56,6 156,8
2023 92,5 424,7
2025 207,0 156,2

Ce basculement est particulièrement prononcé à partir de 2021, lorsque la Chine est passée d'un acteur marginal à un fournisseur majeur. Le prix unitaire chinois est très bas (notamment en 2019 : 32 322 €/t) avant de remonter fortement, ce qui traduit une stratégie de pénétration de marché par des prix compétitifs.

Chocs identifiés : le choc de prix aux importations de Chine en 2017 (abnormalité de 931,1) correspond à un prix unitaire multiplié par près de 4 par rapport à la ligne de base, suggérant l'arrivée de lots à forte valeur ajoutée.

2.3 L'effacement du Royaume-Uni comme fournisseur et débouché

Le Brexit a profondément affecté les flux bilatéraux :

  • Importations depuis le Royaume-Uni : de 24,8 millions € en 2015 à 75 292 € en 2025 (–99,7 %). En volume, le déclin est tout aussi brutal (de 60,4 t à 0,5 t).
  • Exportations vers le Royaume-Uni : de 201,0 millions € à 115,2 millions € (–42,7 %), un recul significatif mais moins radical.

Le Royaume-Uni est ainsi passé de l'un des principaux fournisseurs de l'UE à un rôle marginal. Partenaires d'importation.

2.4 Émergence de nouveaux fournisseurs : Inde, Malaisie, Brésil

D'autres pays émergents ont renforcé leur présence sur le marché européen :

Pays Importations 2015 (M€) Importations 2025 (M€) Variation
Inde 1,2 9,4 +673 %
Malaisie 0,002 7,4 +447 137 %
Brésil 0,006 4,6 +78 983 %

L'Inde, traditionnellement un acteur important de l'industrie pharmaceutique générique, augmente régulièrement ses parts. La Malaisie et le Brésil, auparavant inexistants, émergent comme fournisseurs significatifs à partir de 2021–2025, ce qui suggère une globalisation de la chaîne d'approvisionnement en insuline.

2.5 Une redistribution des flux au sein de l'UE : nouveaux exportateurs émergents

Si l'Allemagne et la France dominent structurellement les exportations, plusieurs pays d'Europe de l'Est et du Sud ont connu une croissance remarquable :

Pays Exportations 2015 (M€) Exportations 2025 (M€) Variation
Hongrie 4,8 31,4 +550 %
Pologne 13,0 35,5 +173 %
Slovénie 0,1 41,7 +43 237 %
Belgique 0,5 37,0 +7 794 %

La Slovénie et la Belgique, en particulier, ont émergé comme des hubs exportateurs majeurs, passant de montants négligeables à plus de 37 millions € chacun en 2025. La Slovénie est même l'un des pays les plus spécialisés de l'UE dans ce segment (RSCA de 0,23). Carte de spécialisation.

2.6 Concentration croissante des importations

Contrairement aux exportations qui se diversifient, les importations se concentrent. L'indice HHI des importations est passé de 5 245 en 2015 à 7 360 en 2025 (+40,3 %), principalement en raison du poids croissant de la Chine. En 2025, la Chine représente à elle seule l'essentiel de la concentration des approvisionnements.

Détail de la concentration des importations.


3. Chocs, vulnérabilité et recomposition de la sécurité d'approvisionnement

3.1 Des chocs de prix récurrents sur les importations

L'analyse de la volatilité révèle des épisodes de choc significatifs, tant à l'importation qu'à l'exportation. Les principaux chocs de prix détectés aux importations ont affecté :

Partenaire Année du choc Hausse de prix vs. baseline Part en valeur
Chine 2017 +292,0 % 48,5 %
États-Unis 2020 +233,7 % 47,4 %
Inde 2021 +104,0 % 4,1 %

Le choc de prix US en 2020 coïncide avec la pandémie de Covid-19, période où les chaînes d'approvisionnement mondiales ont été considérablement perturbées. Le prix unitaire des importations américaines a été multiplié par plus de 3 (de 280 194 €/t à 934 914 €/t).

3.2 Des chocs de prix et de volume à l'exportation vers des marchés fragiles

À l'exportation, plusieurs marchés ont présenté des signaux de chocs :

Destinations Année du choc Hausse de prix vs. baseline Variation de volume
Algérie 2019 +256,5 % –66,6 %
Iran 2018 +425,0 % –76,1 %
Arabie saoudite 2023 +410,4 % –80,6 %

Ces épisodes se caractérisent par une combinaison de chute de volume et de hausse de prix, typique d'une perturbation d'offre. L'Algérie en 2019 illustre ce schéma : volume divisé par trois, prix multiplié par 3,6.

Indicateurs de volatilité.

3.3 Le déclin des exportations vers la Russie et l'Algérie

Deux marchés historiques ont connu des baisses drastiques :

  • Russie : exportations de 121,8 M€ (2015) à 9,6 M€ (2025), soit –92,1 %. En volume, la chute est de 733 t à 10 t.
  • Algérie : exportations de 195,5 M€ à 21,4 M€, soit –89,0 % (volume : de 913 t à 117 t).

La Russie, qui était l'un des sept premiers marchés de destination, est devenue un marché quasi marginal. Les sanctions internationales et la réorientation stratégique du commerce jouent un rôle probable dans le cas russe. L'Algérie, de son côté, a vu ses importations fluctuer fortement, avec un doublement ponctuel de la production locale qui pourrait expliquer la baisse des approvisionnements européens.

3.4 Une dépendance nette de plus en plus asymétrique

L'indicateur de dépendance nette aux importations reste négatif (l'UE reste exportatrice nette), mais il se dégrade : de –87,2 % en 2015, il est passé à –103,3 % en 2025. Le creux record a été atteint en 2022 (–480,2 %), année d'explosion des importations chinoises. Dépendance nette aux importations.

3.5 L'intensité commerciale et la spécialisation : la France, moteur européen

L'intensité commerciale de l'UE (rapport commerce/production) est restée relativement stable autour de 49–54 % (2015–2025), ce qui indique que le secteur demeure orienté vers l'échange international.

En matière de spécialisation, la France se distingue nettement avec un RSCA (indicateur symétrique comparatif avantage) de 0,80 et un RCA de 9,24, ce qui en fait le seul grand pays de l'UE fortement spécialisé dans ce segment. La Hongrie (RSCA 0,27) et la Slovénie (RSCA 0,23) complètent le trio des pays spécialisés. À l'inverse, la Pologne (RSCA –1,00), l'Irlande (–0,99), la Suède (–0,98), l'Espagne (–0,97) et l'Autriche (–0,98) sont les moins spécialisés.

Carte de spécialisation des États membres.


Conclusion

La période 2015–2025 marque une mutation profonde du marché européen de l'insuline dans les échanges extracommunautaires. Trois grandes tendances structurelles émergent de l'analyse des données :

  1. Un affaiblissement de la position exportatrice de l'UE : la production européenne a connu un déclin significatif, entraînant une contraction massive des exportations. Toutefois, l'UE demeure exportatrice nette, et de nouveaux pôles d'exportation (Slovénie, Hongrie, Pologne, Belgique) émergent pour partiellement compenser le recul de l'Allemagne et de la France.

  2. Une reconfiguration géographique radicale : le partenariat avec les États-Unis et le Royaume-Uni s'est considérablement réduit, tandis que la Chine est devenue, en l'espace de cinq ans, le premier fournisseur d'insuline de l'UE. L'Inde, la Malaisie et le Brésil complètent ce rééquilibrage vers l'Asie et les marchés émergents.

  3. Une vulnérabilité croissante de l'approvisionnement : la concentration des importations augmente (HHI en hausse de 40 %), le nombre de chocs de prix détectés est élevé, et la dépendance envers un nombre limité de fournisseurs extra-européens pose des questions de sécurité sanitaire stratégique.

Dans un contexte où l'insuline est un médicament essentiel pour des dizaines de millions de patients diabétiques en Europe, ces évolutions appellent à une vigilance accrue sur la résilience de la chaîne d'approvisionnement et sur la politique industrielle pharmaceutique de l'Union.

Généré le 2026-08-04. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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