Évolution du marché : Corticostéroïdes (CN 300432) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 300432 couvre les médicaments contenant des hormones corticostéroïdes, leurs dérivés ou analogues structurels, sans antibiotiques, présentés sous forme de doses ou conditionnés pour la vente au détail. Il s'agit d'un segment clé de l'industrie pharmaceutique européenne, servant au traitement de pathologies inflammatoires, auto-immunes et respiratoires très répandues (asthme, eczéma, polyarthrite rhumatoïde, etc.).
Sur la période 2015–2025, l'Union européenne se positionne comme un acteur majeur de ce marché mondial. La vue d'ensemble des échanges révèle une dynamique où les exportations de l'UE vers le reste du monde représentent un multiple considérable des importations. Ce rapport analyse les grandes tendances structurelles de cette période : la consolidation du rôle exportateur de l'UE, les recompositions géographiques des flux, et les tensions sur les prix à l'importation qui ont marqué le début des années 2020.
1. Une position exportatrice dominante qui se consolide
L'UE affirme sur toute la période un excédent commercial massif sur les corticostéroïdes, signe d'une industrie pharmaceutique européenne fortement intégrée dans les chaînes de valeur mondiales.
Un excédent commercial structurellement élevé
Le solde commercial de l'UE sur ce produit est resté positif et important tout au long de la période étudiée :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, Mds EUR) | 4,05 | 4,61 | +13,8 % |
| Importations (valeur, Mds EUR) | 0,37 | 0,78 | +110,7 % |
| Solde (Mds EUR) | 3,68 | 3,83 | +4,0 % |
L'excédent a progressé de 3,68 à 3,83 milliards d'euros sur la décennie, soit une hausse de 4,0 %. Si la croissance est modeste en valeur absolue, elle masque des dynamiques internes plus contrastées, notamment une hausse significative des importations compensée par une progression des exportations.
Source : Vue d'ensemble des échanges
Une production en forte croissance
La valeur de la production de l'UE a connu une expansion remarquable, passant de 6,38 milliards d'euros en 2015 à 16,86 milliards d'euros en 2025, soit une hausse de +164,2 %. Ce rythme de croissance, nettement supérieur à celui des exportations, suggère une montée en gamme de la production européenne et une part croissante du marché intérieur de l'UE, ainsi qu'une montée en puissance de la capacité productive du continent.
Des exportations en volume plus dynamiques qu'en valeur
Si les exportations en valeur ont progressé de 13,8 %, les exportations en volume ont connu une hausse bien plus marquée de +29,6 %, passant de 20 466 à 26 526 tonnes. Ce décalage s'explique par une baisse du prix moyen à l'exportation, qui est passé de 198 031 EUR/tonne à 173 815 EUR/tonne (−12,2 %). La concurrence internationale et la pression sur les prix ont donc pesé sur la valeur unitaire des exportations européennes, malgré une hausse significative des volumes expédiés.
Source : Vue d'ensemble des échanges
Une concentration des exportations en voie de réduction
L'indice de concentration HHI des exportations en valeur est passé de 1 417 à 883 (−37,7 %). Cette baisse significative indique que les exportations européennes se sont diversifiées vers un plus grand nombre de partenaires, réduisant la dépendance vis-à-vis de quelques marchés historiques. En contrepartie, la concentration des importations en valeur est restée quasi stable (de 4 404 à 4 422), ce qui signale que les sources d'approvisionnement de l'UE restent relativement polarisées.
2. Une recomposition géographique profonde des flux commerciaux
La période 2015–2025 est marquée par un rééquilibrage notable des partenaires commerciaux de l'UE, tant à l'export qu'à l'import.
À l'exportation : déclin des marchés matures, montée des marchés émergents
Les principaux partenaires à l'exportation de l'UE ont connu des trajectoires contrastées :
| Partenaire | Valeur 2015 (M EUR) | Valeur 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 1 287 | 880 | −31,7 % |
| Chine | 229 | 604 | +163,9 % |
| Royaume-Uni | 499 | 598 | +19,9 % |
| Japon | 424 | 161 | −62,1 % |
| Fédération de Russie | 156 | 345 | +121,6 % |
| Canada | 295 | 341 | +15,3 % |
| Australie | 182 | 115 | −36,7 % |
Les États-Unis demeurent le premier client de l'UE, mais ont perdu près d'un tiers de leur valeur d'importation depuis l'UE. Le Japon a connu un recul encore plus marqué (−62,1 %). À l'inverse, la Chine est devenue le deuxième marché d'exportation, avec une multiplication par 2,6 de la valeur sur la décennie. La Fédération de Russie a également fortement progressé (+121,6 %), avant les possibles effets des sanctions géopolitiques récentes. Ce rééquilibrage traduit la montée en puissance de la demande pharmaceutique dans les pays émergents et la restructuration des chaînes de valeur mondiales.
À l'importation : montée de l'Inde et de la Suisse face au recul des États-Unis
Les principaux partenaires à l'importation révèlent des transformations encore plus marquées :
| Partenaire | Valeur 2015 (M EUR) | Valeur 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 234 | 503 | +115,0 % |
| Inde | 4 | 84 | +1 866 % |
| Suisse | 14 | 81 | +465,7 % |
| États-Unis | 54 | 39 | −28,2 % |
| Canada | 21 | 23 | +9,2 % |
| Brésil | 5 | 15 | +224,3 % |
| Égypte | 2 | 2 | +11,8 % |
Le Royaume-Uni, ancien membre de l'UE, est devenu la première source d'importation de l'UE pour ce produit, avec une valeur plus que doublée. Ce dynamisme reflète à la fois la proximité géographique et le tissu pharmaceutique britannique, mais aussi potentiellement les effets du Brexit, qui a introduit des formalités douanières modifiant les circuits logistiques.
L'Inde affiche une croissance spectaculaire (+1 866 %), partant d'une base très faible pour atteindre 84 millions d'euros. Cela s'inscrit dans la stratégie indienne de devenir la « pharmacie du monde », grâce à une production de génériques et d'ingrédients pharmaceutiques actifs (IPA) à faible coût. La Suisse (+465,7 %) confirme également son rôle de plateforme logistique et de production pharmaceutique de haute valeur ajoutée.
Source : Partenaires d'importation et d'exportation
Une spécialisation inégale au sein de l'UE
En 2025, la spécialisation des États membres dans les corticostéroïdes est très inégale :
| Pays | RCA | RSCA | Part dans les exportations UE |
|---|---|---|---|
| Irlande | 5,82 | 0,71 | 12,2 % |
| Suède | 3,16 | 0,52 | 7,6 % |
| Slovénie | 2,13 | 0,36 | 2,1 % |
| Italie | 1,90 | 0,31 | 15,2 % |
| France | 1,82 | 0,29 | 14,2 % |
L'Irlande affiche la plus forte spécialisation relative (RCA de 5,82), ce qui s'explique probablement par la présence de grands groupes pharmaceutiques multinationaux sur son territoire. La France et l'Italie, bien que moins spécialisées en termes relatifs, contribuent à la majorité des exportations de l'UE grâce au poids absolu de leur industrie pharmaceutique. À l'opposé, des pays comme l'Estonie, le Luxembourg et la Lettonie sont structurellement importateurs nets sur ce segment.
Au niveau des principaux États membres exportateurs, la France reste le premier exportateur de l'UE (1,38 Mds EUR en 2025, −7,0 %), suivie de la Suède (890 M EUR, −11,0 %). L'Irlande a connu une progression remarquable (+313,5 %), passant de 105 à 435 millions d'euros, confirmant la montée en puissance de ce pays comme plateforme pharmaceutique européenne.
3. Chocs de prix et tensions structurelles sur les importations
L'une des dynamiques les plus remarquables de cette période concerne l'évolution des prix à l'importation, qui ont connu des hausses spectaculaires ponctuées de chocs identifiables.
Un prix à l'importation en forte hausse malgré un volume en déclin
Alors que le volume des importations de l'UE a diminué de 15,1 % (passant de 4 427 à 3 756 tonnes), le prix moyen à l'importation a bondi de 148,3 %, passant de 84 000 EUR/tonne à 208 550 EUR/tonne. Ce mouvement inverse entre volume et prix suggère un déplacement de la composition des importations vers des produits à plus haute valeur ajoutée, ou une raréfaction de l'offre de certains fournisseurs.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume importé (tonnes) | 4 427 | 3 756 | −15,1 % |
| Prix moyen (EUR/tonne) | 84 000 | 208 550 | +148,3 % |
| Valeur importée (M EUR) | 372 | 783 | +110,7 % |
En parallèle, le prix moyen à l'exportation a baissé de 12,2 %, ce qui crée un écart croissant entre les prix pratiqués dans les deux sens. En 2015, le prix d'exportation était 2,4 fois supérieur au prix d'importation ; en 2025, cet écart s'est réduit à 0,84. Cette convergence partielle pourrait refléter une intensification de la concurrence à l'exportation et/ou une montée en gamme des importations.
Source : Vue d'ensemble des échanges
Des chocs de prix ponctuels mais d'ampleur exceptionnelle
L'analyse de la volatilité et des chocs a identifié trois événements majeurs sur la période :
| Partenaire | Type de choc | Flux | Date | Hausse de prix | Indice d'anomalie |
|---|---|---|---|---|---|
| Suisse | Prix | Import | 2021 | +209,7 % | 352,6 |
| Royaume-Uni | Prix | Import | 2021 | +534,0 % | 49,6 |
| Émirats arabes unis | Prix | Export | 2017 | +58,7 % | 8,3 |
Les deux chocs majeurs concernent les importations et se concentrent en 2021, année marquée par les perturbations logistiques liées à la pandémie de Covid-19 et les ajustements post-Brexit. Le choc sur le Royaume-Uni est particulièrement notable : avec un décalage de prix de +534 % et une part de valeur représentant 81,4 % des importations, il a eu un impact massif sur la structure des coûts d'approvisionnement de l'UE. Le choc suisse (anomalie de 352,6, avec 11,4 % de part de valeur) complète ce tableau de tensions sur les approvisionnements.
Ces événements sont cohérents avec la volatilité observée : les partenaires d'importation les plus volatils sont les États-Unis (coefficient de variation de 1,20), l'Inde (CV de 1,14), Singapour (CV de 1,11) et la Turquie (CV de 1,03). À l'exportation, la volatilité est généralement plus modérée, les valeurs de CV se situant entre 0,11 (Australie) et 0,48 (Royaume-Uni).
Source : Volatilité et Chocs d'approvisionnement
Un degré d'ouverture commerciale qui s'accroît fortement
Les indicateurs d'autonomie et de vulnérabilité révèlent une économie européenne de plus en plus intégrée dans les échanges mondiaux pour ce produit :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Intensité commerciale (%) | 65,0 | 120,3 | +85,1 % |
| Propension à exporter (%) | 57,9 | 125,6 | +116,9 % |
La propension à exporter (rapport des exportations à la production) a plus que doublé, passant de 57,9 % à 125,6 %. Cette valeur supérieure à 100 % indique que les exportations dépassent la production domestique déclarée, ce qui peut s'expliquer par des réexportations, des ajustements de stocks, ou des différences de périmètre entre les données de production (Prodcom) et les données douanières.
L'UE reste structurellement un exportateur net massif, avec une dépendance nette aux importations profondément négative. La valeur extrême observée en fin de période (−23 139 %) est un artefact de calcul lié à la très forte expansion de la production par rapport aux importations nettes. En pratique, la signification économique reste la même : l'UE exporte considérablement plus de corticostéroïdes qu'elle n'en importe, et cet avantage s'est renforcé au cours de la période.
Conclusion
Le marché européen des corticostéroïdes (CN 300432) a connu, sur la période 2015–2025, une transformation structurelle profonde. L'UE a consolidé sa position d'exportateur net, avec une production ayant presque triplé en valeur et des exportations diversifiées vers un nombre croissant de partenaires. La géographie commerciale a été redessinée : la Chine est devenue le deuxième marché d'exportation, l'Inde s'est imposée comme fournisseur montant, et le Royaume-Uni (post-Brexit) a pris une importance accrue tant à l'import qu'à l'export.
Cependant, cette période n'est pas sans risques. Les chocs de prix observés en 2021 sur les importations en provenance du Royaume-Uni et de la Suisse soulignent la vulnérabilité de l'UE aux perturbations de ses approvisionnements, même pour un secteur où elle est globalement excédentaire. La forte hausse du prix moyen à l'importation (+148 %), combinée à la baisse des prix à l'exportation (−12 %), pourrait à terme comprimer les marges de l'industrie européenne.
L'enjeu pour les prochaines années sera de maintenir la compétitivité à l'exportation tout en sécurisant les approvisionnements en ingrédients actifs, dans un contexte de concurrence croissante des producteurs indiens et d'incertitudes géopolitiques persistantes.