Évolution du marché : Médicaments hormonaux (CN 300439) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier 300439 couvre les médicaments contenant des hormones ou des stéroïdes utilisés comme hormones (hors insuline, corticostéroïdes et antibiotiques), présentés sous forme de doses ou conditionnés pour la vente au détail. Ce segment pharmaceutique inclut notamment les traitements hormonaux de la ménopause, les contraceptifs hormonaux non corticoïdes, les hormones de croissance et diverses thérapies endocriniennes.
Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a consolidé sa position de puissance exportatrice majeure dans ce segment. Les exportations de l'UE vers les pays tiers ont été multipliées par 3,7, passant de 6,5 milliards d'euros à 24,2 milliards d'euros, tandis que le solde commercial s'est creusé de 4,6 milliards à 18,8 milliards d'euros (Vue d'ensemble du commerce). Ce dynamisme traduit à la fois une montée en gamme des produits exportés, une expansion géographique des débouchés et un renforcement de la capacité productive européenne.
Le présent rapport s'articule en trois sections. La première examine la trajectoire de croissance globale du commerce extérieur de l'UE en distinguant les composantes valeur, volume et prix. La seconde analyse la réorientation géographique des flux, tant du côté des partenaires commerciaux que des États membres exportateurs. La troisième s'intéresse aux dynamiques structurelles du marché — concentration, spécialisation, vulnérabilité et chocs de prix — qui conditionnent la résilience de ce secteur stratégique.
I. Une décennie de croissance vigoureuse : le commerce extérieur de l'UE en valeur, volume et prix
Les exportations ont connu une accélération marquée à partir de 2020
Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE de médicaments hormonaux (CN 300439) vers les pays tiers sont passées de 6,5 milliards d'euros à 24,2 milliards d'euros, soit une progression de 272,3 %. Cette croissance ne s'est pas répartie de manière linéaire. Après une phase modérée (2015–2019), les exportations ont connu une accélération nette à partir de 2020, avec un bond de 11,9 milliards d'euros en 2022, puis 13,3 milliards en 2023, 16,2 milliards en 2024 et 24,2 milliards en 2025.
| Année | Exportations (Mds €) | Importations (Mds €) | Solde (Mds €) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 6,5 | 1,9 | 4,6 |
| 2016 | 7,2 | 1,9 | 5,3 |
| 2017 | 7,8 | 1,7 | 6,0 |
| 2018 | 7,2 | 1,8 | 5,4 |
| 2019 | 8,2 | 2,1 | 6,1 |
| 2020 | 8,9 | 2,8 | 6,0 |
| 2021 | 9,6 | 3,3 | 6,3 |
| 2022 | 11,9 | 3,4 | 8,6 |
| 2023 | 13,3 | 3,0 | 10,3 |
| 2024 | 16,2 | 3,4 | 12,8 |
| 2025 | 24,2 | 5,4 | 18,8 |
Source : Données de commerce
La croissance des volumes n'explique qu'une partie de l'augmentation de valeur
Les quantités exportées ont progressé de 18 138 tonnes à 39 452 tonnes sur la période (+117,5 %), tandis que les quantités importées sont passées de 4 326 à 6 740 tonnes (+55,8 %). L'écart entre la croissance de la valeur (+272,3 % à l'exportation) et celle des volumes (+117,5 %) reflète une hausse significative des prix unitaires. Le prix moyen à l'exportation a augmenté de 71,2 % (de 358 628 €/tonne à 613 792 €/tonne), tandis que le prix moyen à l'importation a progressé de 79,6 % (de 444 938 €/tonne à 799 096 €/tonne).
Cette dynamique de prix peut s'expliquer par plusieurs facteurs : un déplacement du mix de produits vers des molécules à plus forte valeur ajoutée (thérapies innovantes, biosimilaires de spécialité), une inflation des coûts de production dans le secteur pharmaceutique, et potentiellement des ruptures d'approvisionnement ponctuelles qui ont exercé une pression haussière sur les prix.
Les importations suivent une trajectoire ascendante mais moins marquée
Les importations de l'UE en provenance de pays tiers ont progressé de 1,9 milliard d'euros à 5,4 milliards d'euros (+179,8 %). La hausse est toutefois plus modérée que celle des exportations, ce qui a conduit à un élargissement spectaculaire du solde commercial excédentaire, passé de 4,6 milliards à 18,8 milliards d'euros (+311,1 %). Le ratio dépendance nette aux importations confirme cette tendance : l'UE est structurellement excédentaire, avec un excédent qui s'est considérablement creusé, passant de -60 % en 2015 à -23 139 % en 2025 (mesuré comme solde net / importations).
La production européenne estimée (valeur PROD) a parallèlement augmenté de 7,2 milliards d'euros en 2015 à 16,9 milliards d'euros en 2025 (+164 %), ce qui confirme que la hausse des exportations s'appuie en partie sur un renforcement de la base productive de l'UE (Valeurs de production).
II. Réorientation géographique des flux : de nouveaux relais de croissance à l'exportation et une diversification des sources d'approvisionnement
Les États-Unis et le Royaume-Uni sont devenus les moteurs principaux des exportations européennes
En 2015, la Suisse était le premier partenaire à l'exportation de l'UE pour ce code (2,1 milliards d'euros), suivie des États-Unis (1,0 milliard) et du Royaume-Uni (0,5 milliard). En 2025, le classement s'est profondément restructuré :
| Partenaire | Export 2015 (M €) | Export 2025 (M €) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 1 020 | 9 014 | +783,6 |
| Royaume-Uni | 457 | 4 635 | +914,6 |
| Suisse | 2 130 | 2 310 | +8,4 |
| Chine | 287 | 1 408 | +390,2 |
| Arabie saoudite | 95 | 891 | +838,2 |
| Canada | 133 | 456 | +243,8 |
| Fédération de Russie | 190 | 290 | +52,8 |
Source : Principaux partenaires par valeur
Les États-Unis sont ainsi passés de la deuxième à la première place, avec des exportations multipliées par 8,8 en valeur. Le Royaume-Uni a connu une progression spectaculaire (+914,6 %), probablement accélérée par les réorganisations post-Brexit qui ont conduit à reconfigurer les chaînes d'approvisionnement transmanches. L'Arabie saoudite (+838,2 %) et l'Australie (dont les exportations ont bondi de 143 millions à plus de 1 milliard d'euros) illustrent une expansion géographique vers de nouveaux marchés à fort potentiel de croissance.
La Suisse reste un partenaire majeur (2,3 milliards d'euros en 2025), mais sa part relative a diminué face à la montée des autres destinations. La Chine, avec 1,4 milliard d'euros en exportations et surtout une hausse des importations depuis la Chine (de 0,7 million à 2,0 milliard d'euros), apparaît simultanément comme un client et un fournisseur de plus en plus important.
La Chine émerge comme source majeure d'approvisionnement de l'UE
Le redéploiement le plus spectaculaire côté importations concerne la Chine. En 2015, les importations de l'UE en provenance de Chine pour le code 300439 ne s'élevaient qu'à 654 865 euros. En 2025, elles atteignent 2,0 milliard d'euros, soit une progression de 311 697 %. Ce bond, qui s'est principalement produit entre 2021 et 2025, reflète probablement l'essor de la production pharmaceutique chinoise de matières premières hormonales et de génériques, ainsi que la relocalisation partielle de capacités de production.
| Partenaire | Import 2015 (M €) | Import 2025 (M €) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Suisse | 868 | 1 377 | +58,6 |
| Chine | 0,7 | 2 042 | +311 697 |
| États-Unis | 340 | 690 | +103,1 |
| Royaume-Uni | 380 | 231 | -39,3 |
| Inde | 31 | 6 | -80,2 |
| Danemark (via UE) | — | 808* | — |
*Données reporters : le Danemark a vu ses importations hors UE passer de 34 M€ à 808 M€. Source : Principaux reporters par valeur
La Suisse demeure le premier partenaire importateur (1,4 milliard d'euros), ce qui s'explique par la présence de grandes entreprises pharmaceutiques (Roche, Novartis) qui approvisionnent l'UE. En revanche, les importations en provenance du Royaume-Uni ont diminué de 39,3 %, passant de 380 millions à 231 millions d'euros, ce qui pourrait refléter les effets du Brexit sur les flux intrapharmaceutiques.
L'Italie, l'Espagne et la France ont renforcé leur position au sein de l'UE
Les États membres de l'UE n'ont pas tous bénéficié de manière égale de cette dynamique de croissance :
| État membre | Export 2015 (M €) | Export 2025 (M €) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Italie | 1 091 | 8 703 | +697,8 |
| Allemagne | 1 071 | 3 681 | +243,6 |
| France | 812 | 3 794 | +367,0 |
| Pays-Bas | 439 | 1 862 | +324,4 |
| Espagne | 70 | 2 128 | +2 946,3 |
| Belgique | 1 189 | 1 448 | +21,8 |
| Autriche | 1 236 | 726 | -41,3 |
Source : Principaux reporters par valeur
L'Italie est devenue de loin le premier exportateur de l'UE, avec des exportations multipliées par 7,98, portant sa part dans les exportations totales de l'UE à environ 36 % en 2025. L'Espagne a connu une progression extraordinaire (+2 946 %), passant de 70 millions à 2,1 milliards d'euros, ce qui en fait le cinquième exportateur de l'UE en 2025 alors qu'elle n'était qu'un acteur marginal en 2015. À l'inverse, l'Autriche a vu ses exportations reculer de 41,3 %, ce qui pourrait indiquer une perte de compétitivité ou un transfert d'activités vers d'autres sites de production européens.
Côté importations intra-UE, la France a connu la progression la plus spectaculaire parmi les grands pays, avec un quasi-octuplement de ses importations hors UE (de 184 millions à 1,6 milliard d'euros, +788 %), ce qui suggère un renforcement de son approvisionnement en principes actifs ou en produits finis depuis des sources extra-européennes.
III. Structure du marché, chocs et vulnérabilités : un secteur concentré mais en mutation
La concentration des échanges s'est légèrement renforcée
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI), mesurant la concentration des flux commerciaux, révèle des dynamiques contrastées. Côté importations, le HHI en valeur est passé de 2 872 à 3 165 (+10,2 %), ce qui indique un léger renforcement de la concentration. Côté exportations, le HHI est passé de 1 527 à 1 932 (+26,5 %), signe que les exportations se sont davantage polarisées vers un nombre limité de destinations (principalement les États-Unis et le Royaume-Uni).
Le HHI des importations en volume a cependant diminué de 24,7 % (de 2 879 à 2 168), suggérant que les quantités importées se répartissent plus largement entre les partenaires, tandis que la valeur se concentre sur des fournisseurs proposant des produits à plus forte valeur unitaire.
La spécialisation de l'Italie et de la France contraste avec la dépendance des pays du Nord et de l'Est
L'indice de spécialisation (RSCA) en 2025 révèle une forte hétérogénéité intra-UE :
| État membre | RSCA | RCA |
|---|---|---|
| Italie | 0,726 | 6,29 |
| France | 0,425 | 2,48 |
| Chypre | 0,405 | 2,36 |
| Grèce | 0,078 | 1,17 |
| Lettonie | 0,031 | 1,06 |
| Allemagne | -0,222 | 0,64 |
| Belgique | -0,254 | 0,59 |
| Espagne | -0,260 | 0,59 |
| Pays-Bas | -0,820 | 0,10 |
| Pologne | -0,912 | 0,05 |
| Luxembourg | -0,937 | 0,03 |
Source : Carte de spécialisation
L'Italie domine très nettement avec un RSCA de 0,73, ce qui signifie que près de 50 % de sa production pharmaceutique dans ce segment est destinée à l'exportation. La France (RSCA 0,42) et Chypre (0,41) figurent parmi les spécialistes, tandis que les Pays-Bas, la Pologne et les pays nordiques (Finlande RSCA -0,93, Estonie -0,92) sont structurellement importateurs nets. Cette polarisation entre « producteurs-exportateurs » et « consommateurs-importateurs » au sein de l'UE constitue un enjeu de politique industrielle.
Des chocs de prix ponctuels affectent des marchés secondaires mais révèlent des fragilités
L'analyse de volatilité identifie plusieurs chocs de prix significatifs dans les flux sortants de l'UE :
| Événement | Type | Année | Anomalie | Variation de prix (%) | Part de valeur (%) |
|---|---|---|---|---|---|
| Nigeria | Prix | 2019 | 23,8 | +196,2 | 0,1 |
| Viêt Nam | Prix | 2022 | 18,8 | +310,2 | 0,5 |
| Suisse | Prix | 2020 | 18,0 | +87,7 | 25,8 |
| Ouganda | Offre | 2023 | 3,5 | -99,9 | 0,0 |
Le choc le plus remarquable est celui observé sur les exportations vers la Suisse en 2020, où le prix unitaire a bondi de 87,7 % (passant de 2,04 M€/tonne à 3,70 M€/tonne) alors que les quantités diminuaient de 16,5 %. Étant donné que la Suisse représente environ 26 % de la valeur des exportations, ce choc a eu un impact significatif sur les prix moyens agrégés. Ce mouvement peut être lié à la pandémie de COVID-19 et à ses effets sur les chaînes de valeur pharmaceutiques en 2020.
Les chocs au Nigeria (2019) et au Viêt Nam (2022), bien que portant sur des volumes marginaux, illustrent la volatilité des prix sur les marchés émergents, où les volumes plus faibles et les structures de marché moins liquides peuvent amplifier les fluctuations.
Par ailleurs, l'analyse des cofficients de variation des importations montre que les flux en provenance de Suisse (CV 0,15) et du Japon (CV 0,20) sont très stables, tandis que ceux en provenance d'Inde (CV 1,60) et de Chine (CV 1,25) présentent une forte volatilité en volume. Côté exportations, les flux vers la Suisse (CV 0,14) et la Fédération de Russie (CV 0,16) sont les plus réguliers, tandis que l'Arabie saoudite (CV 0,91) et les États-Unis (CV 0,73) montrent une variabilité plus élevée.
L'intensité commerciale et la propension à l'exportation confirment l'ouverture croissante du secteur
La propension à l'exporter de l'UE dans ce segment a progressé de 57,9 % (2003) à 125,6 % (2024), ce qui signifie que les exportations représentent désormais plus que la production totale de l'UE (ce qui implique des réexportations ou des importations transformées). L'intensité commerciale est passée de 65,0 % à 120,3 % sur la même période, confirmant que ce secteur est de plus en plus intégré dans les échanges mondiaux.
Cette évolution traduit à la fois la mondialisation des chaînes de valeur pharmaceutiques (importation de principes actifs, transformation, réexportation) et le positionnement de l'UE comme plaque tournante de la production et de la distribution de médicaments hormonaux à l'échelle mondiale.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché des médicaments hormonaux (CN 300439) a connu une transformation profonde. L'UE a renforcé sa position de puissance exportatrice nette, avec un excédent commercial multiplié par plus de quatre pour atteindre 18,8 milliards d'euros en 2025. Cette progression repose sur trois piliers : une hausse des volumes exportés (+117 %), une montée en valeur des prix unitaires (+71 %) et un élargissement géographique des débouchés, les États-Unis et le Royaume-Unis absorbant désormais la majorité de la croissance.
La géographie du secteur s'est reconfigurée tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'UE. L'Italie s'est imposée comme le champion européen incontesté, tandis que l'Espagne a connu une ascension remarquable. Côté importations, l'émergence de la Chine comme fournisseur majeur (passant de quantités négligeables à 2 milliards d'euros) constitue un changement structurel qui interpelle sur la sécurité d'approvisionnement européenne en principes actifs hormonaux.
Les risques identifiés restent maîtrisés à ce stade : la concentration des importations est modérée et les chocs de prix observés concernent principalement des marchés secondaires. Toutefois, la combinaison d'une dépendance croissante vis-à-vis de la Chine pour les importations, d'une forte volatilité des flux chinois et indiens, et d'une polarisation intra-UE entre pays producteurs et pays consommateurs dessine un paysage où la vigilance en matière de résilience et de diversification des approvisionnements demeure essentielle.