Évolution du marché : Maté (CN 0903) — 2015–2025
Introduction
Le matières premières végétales comme le Maté (code 0903) appartiennent au chapitre 09 de la nomenclature combinée (« Café, thé, matières et épices »). Produit emblématique d'Amérique du Sud, le matier — ou yerba mate — est consommé principalement en Argentine, au Brésil, au Paraguay et en Uruguay, mais connaît depuis plusieurs années un essor de popularité en Europe, porté par les tendances bien-être et la recherche de boissons énergisantes alternatives au café. Le présent rapport analyse les échanges commerciaux de l'Union européenne avec le reste du monde pour ce code douanier, sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données consolidées disponibles. Trois dynamiques majeures se dégagent : une croissance spectaculaire des importations, un redécoupage géographique des partenaires et une volatilité marquée des prix autour du choc de 2022.
1. Une croissance fulgurante des importations qui creuse le déficit commercial
1.1 Les importations plus que doublées en valeur et en volume
Sur la période 2015–2025, les importations de matier par l'UE ont connu une progression remarquable. En valeur, elles sont passées de 10,58 M€ à 26,44 M€, soit une hausse de +149,9 %. En volume, la trajectoire est encore plus nette : de 3 145,8 tonnes à 8 604,6 tonnes (+173,5 %). Le rythme de croissance des volumes, supérieur à celui des valeurs, traduit une légère baisse du prix moyen unitaire des importations (de 3 362,9 €/t à 3 071,8 €/t, soit −8,7 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des importations | 10 579 799 € | 26 437 416 € | +149,9 % |
| Volume des importations | 3 145,8 t | 8 604,6 t | +173,5 % |
| Prix moyen import | 3 362,9 €/t | 3 071,8 €/t | −8,7 % |
| Valeur des exportations | 1 371 579 € | 2 266 648 € | +65,3 % |
| Volume des exportations | 185,3 t | 304,8 t | +64,5 % |
| Prix moyen export | 7 403,7 €/t | 7 436,6 €/t | +0,4 % |
1.2 Un déficit commercial structurel qui se creuse sans cesse
L'Union européenne est structurellement déficitaire sur le matier, produit qu'elle ne cultive pas. Le solde commercial négatif est passé de −9,21 M€ en 2015 à −24,17 M€ en 2025, soit une détérioration de 162,5 %. Ce creusement s'explique par le différentiel de croissance entre importations (+149,9 %) et exportations (+65,3 %). Les exportations européennes de matier restent marginales en volume (305 t en 2025, soit 3,5 % des importations) et relèvent vraisemblablement de réexportations de produits transformés ou de transferts intracommunautaires partiellement enregistrés vers des pays tiers.
1.3 Des prix à l'export nettement supérieurs à ceux à l'import
Un constat notable est l'écart important entre le prix moyen à l'export (7 436,6 €/t) et le prix moyen à l'import (3 071,8 €/t). Le ratio est d'environ 2,4:1 en 2025. Cela suggère que les exportations européennes concernent principalement des produits à plus forte valeur ajoutée (matier transformé, mélanges, produits conditionnés sous marque), tandis que les importations portent sur la matière première brute ou semi-transformée. Le prix à l'import a légèrement baissé sur la période, indiquant une offre abondante sur les marchés d'origine, tandis que le prix à l'export est resté stable.
2. Une géographie des échanges dominée par le Cône Sud, en pleine reconfiguration
2.1 Le triptyque Argentine–Brésil–Paraguay, pilier incontournable des approvisionnements
Les trois grands producteurs historiques de matier — Argentine, Brésil et Paraguay — représentent ensemble la quasi-totalité des importations européennes. L'Argentine est le premier fournisseur avec 10,58 M€ en 2025 (en hausse de 134,6 %), suivie du Brésil (8,29 M€, +104,6 %) et du Paraguay (3,04 M€, +162,1 %).
| Partenaire | Valeur 2015 | Valeur 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Argentine | 4 510 350 € | 10 581 119 € | +134,6 % |
| Brésil | 4 052 849 € | 8 290 667 € | +104,6 % |
| Paraguay | 1 160 135 € | 3 040 565 € | +162,1 % |
| Uruguay | 85 184 € | 560 318 € | +557,8 % |
| Syrie | 5 198 € | 3 314 809 € | +63 668 % |
| Liban | 170 377 € | 25 057 € | −85,3 % |
| Royaume-Uni | 367 567 € | 72 525 € | −80,3 % |
2.2 L'émergence inattendue de la Syrie et la montée de l'Uruguay
La progression la plus spectaculaire est celle de la Syrie, qui passe de 5 198 € en 2015 à 3,31 M€ en 2025 (en hausse de 63 668 %). Ce bond, qui place la Syrie au quatrième rang des fournisseurs de l'UE en 2025, est surprenant au regard de la géographie agricole — la Syrie n'étant pas un pays producteur de matier. Il est probable que ces flux reflètent des réexportations ou des transits commerciaux via la Syrie, ou encore un réenregistrement statistique lié à des circuits commerciaux réorganisés dans le contexte post-conflit et de normalisation progressive des relations commerciales.
L'Uruguay confirme quant à lui une montée en puissance régulière (de 85 184 € à 560 318 €, soit +557,8 %), cohérente avec la croissance de la production uruguayenne de yerba mate et la diversification de ses marchés d'exportation.
En contrepartie, le Royaume-Uni (−80,3 %) et le Liban (−85,3 %) voient leur part dans les importations européennes de matier s'effondrer, probablement en lien avec des effets du Brexit pour le premier et une instabilité économique persistante pour le second.
2.3 Une reconfiguration profonde des importateurs au sein de l'UE
Du côté des États membres, les changements sont également marqués. L'Espagne passe au premier rang (7,22 M€, +175,3 %), devançant l'Allemagne (6,73 M€, +80,9 %). Mais la progression la plus remarquable est celle des Pays-Bas, qui passent de 507 709 € à 6,94 M€ (+1 266 %), et de la Tchéquie (de 44 512 € à 1,49 M€, +3 236 %). Ces hausses suggèrent un rôle croissant de hubs logistiques (Rotterdam pour les Pays-Bas) ou une transformation locale (Tchéquie).
À l'inverse, la France (−31,7 %) et l'Italie (−26,5 %) voient leurs importations de matier diminuer, ce qui peut refléter une recomposition des circuits d'approvisionnement ou un tassement de la demande.
| État membre | Valeur 2015 | Valeur 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Espagne | 2 624 056 € | 7 222 732 € | +175,3 % |
| Allemagne | 3 720 313 € | 6 731 681 € | +80,9 % |
| Pays-Bas | 507 709 € | 6 935 151 € | +1 266,0 % |
| France | 2 238 282 € | 1 528 821 € | −31,7 % |
| Tchéquie | 44 512 € | 1 485 060 € | +3 236,3 % |
| Italie | 443 028 € | 325 439 € | −26,5 % |
| Suède | 304 814 € | 632 885 € | +107,6 % |
2.4 Un marché des exportations européennes porté par la Suisse et le Royaume-Uni
Les exportations de l'UE vers les pays tiers restent modestes, mais connaissent une croissance significative sur certains axes. Le Royaume-Uni demeure le premier client (751 894 €, +111 %), suivi de la Suisse (365 413 €, +219 %) et de la Russie (243 870 €, +225,7 %). Ces flux s'expliquent probablement par la présence de diasporas sud-américaines et par un marché de niche du matier transformé. En revanche, les exportations vers les États-Unis ont fortement reculé (−69,9 %), ce qui peut être lié à une concurrence accrue ou à un réacheminement direct depuis les pays producteurs.
3. Volatilité des prix et chocs d'approvisionnement en 2022
3.1 Un choc de prix majeur sur les importations en provenance d'Argentine en 2022
L'analyse des chocs détectés dans les séries révèle un événement exceptionnel en 2022 : un choc de prix sur les importations en provenance d'Argentine, avec un indice d'anomalie de 377,6 et une hausse de prix de +22,3 %. L'Argentine représentant alors 46 % de la valeur des importations de matier de l'UE, ce choc a eu un impact systémique. Il est vraisemblablement lié à la sécheresse qui a frappé les principales régions productrices d'Argentine et du sud du Brésil en 2021–2022, entraînant une contraction de l'offre et une envolée des prix mondiaux.
Un second choc, de moindre ampleur mais significatif, touche les importations en provenance du Brésil la même année (anomalie 8,3, +16,4 %, part de 40,9 %). La conjonction des deux chocs sur les deux principaux fournisseurs a mécaniquement pesé sur le coût d'approvisionnement de l'ensemble de la filière européenne.
3.2 Une volatilité structurellement élevée sur les partenaires secondaires
L'analyse des coefficients de variation confirme une instabilité marquée sur les flux les moins importants. À l'import, les CV les plus élevés concernent la Turquie (1,52), la Colombie (1,49) et la Chine (1,31) — des partenaires dont les flux sont irréguliers et dépendent de conditions logistiques ou commerciales conjoncturelles. La Syrie (0,78) et l'Uruguay (0,71) affichent également une volatilité élevée, cohérente avec la nature récente et encore instable de ces flux.
À l'export, la volatilité est élevée vers la Chine (1,21), le Brésil (1,10) et la Turquie (1,12), tandis que les flux vers le Royaume-Uni (0,47) et la Suisse (0,40) sont plus stables, ce qui reflète la maturité de ces relations commerciales.
3.3 L'indicateur HHI confirme une diversification progressive des approvisionnements
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) sur la valeur des importations est passé de 3 423 à 2 886 (−15,7 %). Ce niveau reste élevé (au-dessus de 2 500, seuil indicatif d'un marché modérément concentré), mais la tendance baissière est encourageante. Elle traduit l'élargissement du panier de fournisseurs de l'UE, avec l'entrée de nouveaux acteurs comme la Syrie et l'Uruguay, même si le trio Argentine–Brésil–Paraguay conserve une position dominante.
Du côté des exportations, le HHI a au contraire légèrement augmenté (de 1 281 à 1 598, +24,8 %), indiquant une concentration croissante sur un nombre réduit de marchés clients — principalement le Royaume-Uni et la Suisse.
| Indicateur HHI | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 3 423 | 2 886 | −15,7 % |
| Exportations (valeur) | 1 281 | 1 598 | +24,8 % |
Conclusion
Le marché européen du matier (CN 0903) a connu une décennie de croissance soutenue entre 2015 et 2025, portée par une demande en hausse qui a fait plus que doubler les volumes importés. Ce dynamisme a profondément reconfiguré la géographie des échanges : au sein de l'UE, les Pays-Bas et la Tchéquie ont émergé comme des hubs d'importation majeurs ; au niveau mondial, de nouveaux fournisseurs comme la Syrie et l'Uruguay ont gagné en importance, même si le Cône Sud (Argentine, Brésil, Paraguay) reste le cœur de l'approvisionnement. Le choc de prix de 2022, lié aux conditions climatiques défavorables en Amérique du Sud, a mis en lumière la vulnérabilité de cette dépendance géographique. La baisse de l'indice HHI à l'import est un signe positif de diversification, mais la concentration reste significative. À l'avenir, la capacité de la filière européenne à sécuriser ses approvisionnements — par la diversification des origines et le développement de stocks tampons — sera déterminante face aux aléas climatiques et géopolitiques qui pèsent sur ce marché de niche mais en pleine expansion.