Évolution du marché : Lunettes (CN 9004) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier 9004 couvre les lunettes correctrices, protectrices ou autres articles similaires, à l'exclusion des lunettes pour tests visuels, des verres de contact, des verres de lunetterie et des montures. Ce produit se décompose en deux sous-catégories principales : les lunettes solaires (900410) et les lunettes correctrices/protectrices autres (900490). Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne avec les pays tiers a connu une croissance significative, tant à l'import qu'à l'export, révélant des dynamiques structurelles profondes en matière de spécialisation, de géographie commerciale et de résilience. Ce rapport propose une analyse détaillée de ces évolutions.
Vue d'ensemble du produit 9004
1. Une expansion commerciale vigoureuse portée par la valeur plus que par les volumes
1.1. Les exportations progressent en valeur malgré des volumes stagnants
Les exportations de l'UE vers les pays tiers ont augmenté de 30,1 % en valeur entre 2015 et 2025, passant de 1,99 milliard EUR à 2,59 milliards EUR. En revanche, les quantités exportées n'ont progressé que de 2,0 % (de 10 164 tonnes à 10 365 tonnes). Cette divergence s'explique par une hausse marquée des prix unitaires à l'export, qui ont crû de 27,6 %, passant de 195 461 EUR/t à 249 430 EUR/t. L'UE exporte donc sensiblement la même quantité de lunettes, mais à un prix nettement plus élevé, ce qui traduit une montée en gamme ou un effet inflationniste.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations (M EUR) | 1 987 | 2 586 | +30,1 % |
| Quantité exportations (t) | 10 164 | 10 365 | +2,0 % |
| Prix moyen export (EUR/t) | 195 461 | 249 430 | +27,6 % |
1.2. Les importations connaissent une trajectoire encore plus dynamique
Les importations en provenance de pays tiers ont progressé de 51,2 % en valeur, passant de 1,04 milliard EUR à 1,57 milliard EUR. Les volumes importés ont augmenté de manière plus modérée (+7,7 %, de 25 111 tonnes à 27 037 tonnes), tandis que les prix moyens à l'import ont bondi de 40,4 % (de 41 418 EUR/t à 58 148 EUR/t). Cette hausse des prix à l'import, supérieure à celle observée à l'export, peut refléter une augmentation des coûts de production dans les pays fournisseurs ou une modification de la composition des flux importés.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur importations (M EUR) | 1 040 | 1 573 | +51,2 % |
| Quantité importations (t) | 25 111 | 27 037 | +7,7 % |
| Prix moyen import (EUR/t) | 41 418 | 58 148 | +40,4 % |
1.3. L'excédent commercial demeure structurel mais fluctue fortement
L'UE conserve un excédent commercial sur ce produit tout au long de la période. Le solde est passé de 947 millions EUR en 2015 à 1 013 millions EUR en 2025 (+6,9 %), mais a connu des variations importantes : il a atteint un minimum de 429 millions EUR et un maximum de 1 595 millions EUR au cours de la décennie. Ces fluctuations témoignent de la sensibilité du secteur aux chocs conjoncturels, notamment la crise sanitaire de 2020.
2. Une recomposition géographique profonde des partenaires commerciaux
2.1. La Chine consolide sa domination sur les importations
La Chine reste de loin le premier fournisseur de l'UE en lunettes, avec des importations passant de 617 millions EUR à 930 millions EUR (+50,6 %). Elle représente à elle seule près de 60 % de la valeur totale des importations de l'UE en 2025. Sa part a progressé au détriment d'autres fournisseurs traditionnels, reflétant la consolidation des chaînes de valeur mondiales dans l'optique autour de la Chine.
2.2. L'effondrement des importations en provenance du Royaume-Uni après le Brexit
Le Royaume-Uni, qui figurait parmi les principaux fournisseurs de l'UE en 2015 avec 89 millions EUR d'importations, a vu ses livraisons s'effondrer à 28 millions EUR en 2025, soit une baisse de 68,2 %. Ce recul spectaculaire est directement lié aux conséquences du Brexit : la sortie du marché unique et de l'union douanière a introduit des barrières tarifaires et non tarifaires qui ont profondément perturbé les flux bilatéraux.
2.3. Le Japon émerge comme un partenaire importateur en pleine ascension
Le Japon a connu une progression remarquable de ses importations vers l'UE, passant de 23 millions EUR en 2015 à 170 millions EUR en 2025, soit une hausse de 629,6 %. Cette dynamique exceptionnelle pourrait s'expliquer par le développement de partenariats stratégiques dans le secteur du luxe et de l'optique, ou par une reconfiguration des flux commerciaux dans le contexte post-Covid.
2.4. Les États-Unis demeurent le premier client mais perdent de l'attractivité
Les États-Unis restent le principal marché d'exportation de l'UE, mais les ventes ont reculé de 13,3 %, passant de 685 millions EUR à 594 millions EUR. Ce déclin contraste avec la croissance observée sur d'autres destinations et pourrait refléter un renforcement de la concurrence locale ou un effet de la politique commerciale américaine.
2.5. La Turquie, la Suisse et le Mexique : des marchés en forte croissance
À l'inverse, plusieurs marchés ont connu une expansion dynamique des exportations européennes :
| Partenaire | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Turquie | 84 | 213 | +154,5 % |
| Suisse | 92 | 210 | +129,1 % |
| Mexique | 36 | 138 | +281,6 % |
| Norvège | 23 | 56 | +143,5 % |
Ces destinations montrent une diversification géographique des débouchés européens, avec un intérêt particulier pour les marchés émergents (Mexique) et les partenaires proches (Suisse, Norvège, Turquie).
Partenaires commerciaux détaillés
3. L'Italie, cœur industriel et commercial du secteur optique européen
3.1. L'Italie domine massivement les exportations de l'UE
L'Italie est le premier exportateur européen de lunettes, avec des ventes à l'international passant de 1,59 milliard EUR en 2015 à 1,96 milliard EUR en 2025 (+23,3 %). Elle représente environ 76 % de la valeur totale des exportations de l'UE. Son coefficient de spécialisation (RCA) s'élève à 5,67, confirmant une avantage comparatif très prononcé dans ce secteur.
3.2. L'Allemagne et la France complètent le trio de tête
L'Allemagne et la France occupent respectivement la deuxième et troisième place des exportateurs européens :
| Pays | Exportations 2025 (M EUR) | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|
| Italie | 1 959 | +23,3 % |
| Allemagne | 192 | +53,6 % |
| France | 184 | +28,0 % |
3.3. L'UE concentre ses importations en Italie et en Allemagne
Du côté des importations intra-UE (flux entrant dans le marché unique depuis les pays tiers), l'Italie absorbe la plus grande part avec 624 millions EUR en 2025 (+87,1 % par rapport à 2015), suivie de l'Allemagne (227 millions EUR) et de la France (233 millions EUR). L'Italie joue donc un double rôle : celui de principal exportateur et de principal récepteur des importations, ce qui suggère une position de hub logistique et de transformation dans la chaîne de valeur.
3.4. L'Espagne et la Pologne émergent comme exportateurs secondaires dynamiques
L'Espagne a vu ses exportations augmenter de 153 % (de 18 à 47 millions EUR), tandis que la Pologne a connu une progression spectaculaire de 539 % (de 10 à 63 millions EUR). Cette montée en puissance de pays d'Europe de l'Est et du Sud témoigne d'une certaine relocalisation ou diversification de la production au sein de l'UE.
Classement des pays membres par flux
3.5. La production intra-UE en déclin malgré la vigueur des exportations
Un paradoxe notable se dessine : la production intra-UE de lunettes a chuté de 60,6 % en volume (de 70 483 unités à 27 800 unités) et de 18,3 % en valeur entre 2015 et 2025. Ce recul de la production locale alors que les exportations progressent suggère une dépendance croissante aux importations de composants ou de produits finis depuis des pays tiers, notamment la Chine, avant réexportation.
Évolution des volumes de production
Conclusion
Le marché européen des lunettes (CN 9004) présente au cours de la période 2015–2025 un profil de croissance en valeur (+30 % à l'export, +51 % à l'import) masquant une stagnation des volumes physiques. Cette dynamique traduit avant tout une inflation des prix, tant à l'export qu'à l'import, dans un contexte de montée en gamme et de tensions sur les coûts de production.
Trois enseignements majeurs se dégagent de cette analyse. Premièrement, l'UE demeure excédentaire sur ce produit, mais cet excédent repose sur un nombre très limité de pays membres, l'Italie concentrant à elle seule les trois quarts des exportations. Deuxièmement, la géographie commerciale s'est profondément reconfigurée : le Brexit a éliminé le Royaume-Uni comme fournisseur majeur, tandis que le Japon est devenu un partenaire inattendu en forte croissance. Troisièmement, la chute de la production intra-UE (-61 % en volume) soulève des interrogations sur la souveraineté industrielle européenne dans ce secteur stratégique pour la santé visuelle.
La concentration des importations sur la Chine (60 % de la valeur) et la volatilité observée sur certains partenaires (Turquie, Viêt Nam, Royaume-Uni) rappellent les vulnérabilités structurelles du secteur. À l'horizon, la capacité de l'UE à maintenir sa compétitivité dépendra de sa capacité à préserver ses avantages en termes de qualité et d'innovation, tout en diversifiant ses approvisionnements et en relançant une base productive européenne fragilisée.