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Évolution du marché : Lunettes et articles similaires (CN 900490) — 2015–2025

Introduction

Le code douanier 900490 couvre les lunettes correctrices, protectrices ou autres et articles similaires, à l'exclusion des lunettes solaires, des lunettes pour tests visuels, des verres de contact, des verres de lunetterie et des montures de lunettes. Ce segment, résiduel au sein de la position 9004, se décline en deux sous-positions : les lunettes avec verres en matières plastiques (90049010) et les autres (90049090). Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne dans ce segment a connu des transformations profondes. La valeur des importations a progressé de 36,9 %, passant de 336,8 M€ à 461,2 M€, tandis que les exportations ont quasiment doublé (+101,0 %), passant de 167,9 M€ à 337,4 M€. Pourtant, le déficit commercial, bien qu'en recul de 26,7 %, demeure significatif à –123,8 M€ en 2025. Ce rapport analyse les dynamiques structurelles à l'œuvre : reconfiguration géographique des flux, montée en gamme des exportations européennes et vulnérabilité croissante face aux fournisseurs asiatiques.


1. Un choc Brexit qui redessine les partenaires commerciaux de l'UE

L'un des faits marquants de la période est la reconfiguration spectaculaire des flux entre l'UE et le Royaume-Uni, consécutive au Brexit. Cette restructuration a affecté aussi bien les importations que les exportations, avec des conséquences en chaîne sur l'ensemble de la géographie commerciale du secteur.

1.1 L'effondrement des importations en provenance du Royaume-Uni

Les importations de l'UE en provenance du Royaume-Uni ont chuté de 76,7 % entre 2015 et 2025, passant de 33,3 M€ à 7,7 M€. Le Royaume-Uni occupait la troisième position parmi les fournisseurs extra-européens en 2015 ; il a cédé cette place au profit de partenaires plus lointains. Ce recul s'explique vraisemblablement par les nouvelles barrières tarifaires et non tarifaires introduites après le retrait britannique du marché unique.

Partenaire 2015 (M€) 2025 (M€) Variation (%)
Chine 175,5 298,6 +70,2
Taiwan 60,1 75,1 +24,9
Royaume-Uni 33,3 7,7 –76,7
États-Unis 21,6 26,7 +23,7
Viêt Nam 5,4 7,3 +34,9
Suisse 3,3 6,0 +84,4
Malaisie 7,7 2,9 –62,7

1.2 Une reprise fulgurante des exportations vers le Royaume-Uni

Paradoxalement, si le Royaume-Uni a perdu en importance comme fournisseur, il est devenu de loin le premier client extra-européen de l'UE. Les exportations vers le Royaume-Uni ont bondi de 181,2 %, passant de 43,1 M€ à 121,1 M€. Ce mouvement, qui s'est accéléré à partir de 2020, reflète probablement la volonté des distributeurs britanniques de compenser la perte d'accès direct aux fournisseurs européens par des achats frontaliers.

1.3 La dynamique des États-Unis et de la Suisse comme marchés de croissance

Les exportations vers les États-Unis ont connu une progression spectaculaire de 239,0 %, atteignant 57,8 M€ en 2025, tandis que celles vers la Suisse ont augmenté de 77,9 % (43,9 M€) et vers la Norvège de 275,7 % (24,6 M€). Ces trois marchés sont devenus les principaux relais de croissance pour les exportateurs européens, compensant partiellement le recul vers certains marchés traditionnels comme la Turquie (–15,3 %), le Japon (–26,9 %) ou la Russie (–28,8 %).

1.4 Une volatilité élevée sur les flux avec le Royaume-Uni

La volatilité des importations en provenance du Royaume-Uni est la plus élevée de l'ensemble des partenaires étudiés, avec un coefficient de variation de 0,88. Le Viêt Nam (CV = 0,87) et l'Inde (CV = 0,82) présentent une volatilité similaire du côté des importations, reflétant la fragilité de ces flux. À l'inverse, la Suisse (CV = 0,10) et l'Australie (CV = 0,10) apparaissent comme les marchés d'exportation les plus stables.


2. Une montée en gamme des exportations européennes au prix d'un volume en repli

L'une des tendances les plus frappantes de la période est la divergence entre la valeur et le volume des exportations. Alors que la valeur des exportations a doublé, le volume a reculé de 11,3 %, signe d'un repositionnement vers le haut de la gamme.

2.1 Une hausse des prix à l'exportation supérieure à 126 %

Le prix moyen à l'exportation a été multiplié par 2,3, passant de 63 734 €/t à 144 373 €/t (+126,5 %). Ce mouvement est bien plus marqué que la hausse des prix à l'importation, limitée à 20,6 % (de 27 067 €/t à 32 643 €/t). L'écart de prix entre exportations et importations s'est ainsi considérablement creusé, l'unité de valeur des exportations étant désormais 4,4 fois supérieure à celle des importations.

Indicateur 2015 2025 Variation (%)
Valeur des exportations (M€) 167,9 337,4 +101,0
Volume des exportations (t) 2 632 2 335 –11,3
Prix moyen export (€/t) 63 734 144 373 +126,5
Valeur des importations (M€) 336,8 461,2 +36,9
Volume des importations (t) 12 438 14 119 +13,5
Prix moyen import (€/t) 27 067 32 643 +20,6

2.2 L'Italie, moteur d'une exportation européenne dynamique

L'Italie est devenue le premier exportateur de l'UE dans ce segment, avec une croissance de 254,0 % de ses exportations (de 37,9 M€ à 134,3 M€). La Pologne a connu une progression encore plus remarquable (+744,2 %), passant de 5,6 M€ à 46,9 M€. À l'inverse, la France a vu ses exportations reculer de 32,1 % (de 36,8 M€ à 25,0 M€), perdant sa position historique de premier exportateur européen.

Pays UE Export 2015 (M€) Export 2025 (M€) Variation (%)
Italie 37,9 134,3 +254,0
Allemagne 55,4 78,2 +41,2
Pologne 5,6 46,9 +744,2
France 36,8 25,0 –32,1
Hongrie 6,2 11,2 +80,3

2.3 Le segment des lunettes en matières plastiques domine, mais le segment « autres » progresse vite

Le décompte par sous-position révèle des dynamiques contrastées. Le sous-code 90049010 (lunettes avec verres en matières plastiques) reste dominant, représentant en 2025 environ 71 % de la valeur des importations (328,6 M€) et 51 % de la valeur des exportations (170,9 M€). Toutefois, le sous-code 90049090 (lunettes avec verres en autres matières) affiche une croissance à l'exportation nettement plus dynamique : sa valeur a été multipliée par 3,7 (de 45,3 M€ à 166,5 M€) et son prix moyen à l'exportation a bondi de 75 412 €/t à 214 521 €/t (+184,5 %), signe d'une spécialisation croissante vers des produits haut de gamme.

2.4 Une production européenne en déclin structurel

La production de l'UE dans ce segment a connu une contraction sévère : le volume a chuté de 86,8 % (de 31,5 M à 4,2 M unités) et la valeur de 54,8 % (de 872,4 M€ à 394,6 M€). Ce déclin traduit une désindustrialisation partielle du secteur, les fabricants européens se concentrant sur des niches à forte valeur ajoutée tout en sous-traitant la production de masse à l'Asie.


3. Une dépendance croissante face à l'Asie et des signaux de vulnérabilité

Malgré la montée en gamme des exportations, l'UE est devenue structurellement plus dépendante des importations extra-européennes, avec une concentration accrue sur un nombre limité de fournisseurs asiatiques.

3.1 Le passage d'un quasi-équilibre à un déficit structurel de 31 %

La dépendance nette aux importations est passée de –1,7 % en 2015 à +31,1 % en 2025, avec un pic à 41,6 % en 2020. En d'autres termes, l'UE, qui couvrait quasi intégralement ses besoins par sa propre production et ses exportations en 2015, dépend désormais pour près d'un tiers de ses importations nettes de sources extra-européennes. Ce retournement est corroboré par l'explosion de l'intensité commerciale (de 24,2 % à 83,0 %) et de la propension à exporter (de 14,5 % à 64,3 %).

3.2 Une concentration des importations qui renforce la dépendance envers la Chine

L'indice de concentration HHI des importations a augmenté de 43,4 %, passant de 3 206 à 4 599. Ce niveau, au-dessus du seuil de 2 500 généralement considéré comme un marché « modérément concentré », indique un risque accru de dépendance. La Chine concentre à elle seule 64,8 % de la valeur des importations de l'UE en 2025 (298,6 M€ sur 461,2 M€), un poids qui a crû de 70,2 % sur la période. Ce phénomène est renforcé par la spécialisation de certains États membres : la Hongrie (RCA = 7,57) et l'Estonie (RCA = 6,06) se distinguent par une forte spécialisation à l'exportation, tandis que Malte, Chypre et l'Irlande sont quasi totalement dépendantes des importations.

3.3 Des chocs ponctuels sur les prix à l'exportation

L'analyse de volatilité et des chocs révèle plusieurs épisodes de rupture. En 2021, les prix à l'exportation vers les Émirats arabes unis ont bondi de 130,5 % avec un degré d'anomalie de 3 455,5, signe d'un événement ponctuel massif. En 2022, des hausses de prix à l'exportation vers l'Ukraine (+157,7 %) et le Maroc (+116,1 %) ont été détectées, vraisemblablement liées aux perturbations géopolitiques de cette année-là. Côté importations, la Turquie présente la volatilité la plus élevée (CV = 1,22), signalant une source d'approvisionnement peu prévisible.

3.4 Un redressement du solde commercial insuffisant pour combler le déficit

Le solde commercial s'est amélioré de 26,7 %, passant de –168,9 M€ à –123,8 M€, après avoir atteint un creux de –361,4 M€ (vraisemblablement autour de 2020). Cette amélioration est portée quasi exclusivement par la hausse des prix à l'exportation, puisque les volumes exportés ont reculé. Le déficit commercial résiduel, conjugué à la concentration des importations, constitue un signal d'alerte pour la résilience de la chaîne d'approvisionnement européenne dans ce segment.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen des lunettes correctrices et similaires (CN 900490) a traversé trois transformations majeures. La première est géographique : le Brexit a provoqué un réalignement des flux, le Royaume-Uni passant de fournisseur à client principal de l'UE, tandis que les exportations vers les États-Unis et la Suisse ont connu une croissance vigoureuse. La seconde est qualitative : les exportateurs européens, emmenés par l'Italie et la Pologne, ont opéré une montée en gamme spectaculaire, avec un prix à l'exportation multiplié par 2,3, compensant le recul des volumes. La troisième, plus préoccupante, est structurelle : la dépendance aux importations asiatiques, et chinoises en particulier, s'est fortement accrue, dans un contexte de déclin de la production européenne. Le solde commercial reste déficitaire de 123,8 M€ en 2025, et la concentration des fournisseurs atteint des niveaux élevés. L'enjeu pour les prochaines années sera de concilier la préservation de la valeur ajoutée européenne — qui se porte bien — avec le renforcement de la diversification des sources d'approvisionnement, afin de réduire l'exposition aux risques géopolitiques et logistiques.

Généré le 2026-08-09. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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