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Évolution du marché : Huiles légères de pétrole (CN 27101290) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 27101290 couvre les huiles légères et préparations de pétrole ou de minéraux bitumineux n.d.a., à l'exclusion des essences pour moteur, des carburéacteurs de type essence et des produits contenant du biodiesel destinés à une transformation chimique. Il s'agit d'une position résiduelle au sein du sous-groupe 271012, qui regroupe des produits distillant à au moins 90 % à 210 °C selon la méthode ASTM D 86.

Sur la période 2015–2025, les échanges de l'Union européenne avec le reste du monde sur ce code ont connu des transformations profondes. Le présent rapport s'appuie sur les données commerciales annuelles pour identifier les dynamiques majeures : un basculement structurel de la balance commerciale, une réorientation géographique spectaculaire des flux — en lien notamment avec les sanctions contre la Russie et le Brexit — ainsi qu'une volatilité persistante et des chocs de prix ponctuels.

Vue d'ensemble sur le tableau de bord


1. Du déficit structurel à l'excédent : le basculement de la balance commerciale de l'UE

1.1 L'UE est passée d'une position de déficit à un excédent massif

Entre 2015 et 2025, la balance commerciale de l'UE sur le code 27101290 s'est radicalement inversée. L'UE est passée d'un déficit de -263 M EUR en 2015 à un excédent de +2 107 M EUR en 2025, soit une amélioration de plus de 900 %. Le pic de l'excédent a atteint environ 7 305 M EUR, probablement en 2022, période de prix de l'énergie exceptionnellement élevés.

Indicateur 2015 2025 Variation (%)
Exportations (valeur, M EUR) 2 490 3 853 +54,8 %
Exportations (volume, kt) 5 570 7 296 +31,0 %
Exportations (prix, EUR/t) 447 525 +17,5 %
Importations (valeur, M EUR) 2 753 1 746 -36,6 %
Importations (volume, kt) 5 928 3 080 -48,0 %
Importations (prix, EUR/t) 464 567 +22,1 %
Balance (M EUR) -263 +2 107 +900,2 %

Source : Vue d'ensemble

1.2 La contraction des importations a joué un rôle plus déterminant que la hausse des exportations

Le moteur principal de ce basculement est la chute des volumes importés (-48 % en dix ans), bien plus que l'augmentation des volumes exportés (+31 %). En 2015, l'UE importait environ 5,9 millions de tonnes pour en exporter 5,6 millions ; en 2025, elle n'importe plus que 3,1 millions de tonnes tout en exportant 7,3 millions de tonnes. Cette dynamique traduit à la fois une réduction de la demande intérieure (transition énergétique, efficacité énergétique) et une montée en puissance des capacités de raffinage et de réexportation de certains États membres.

1.3 Les prix ont évolué favorablement mais de manière inégale entre importations et exportations

Les prix à l'importation ont progressé de 22,1 % (de 464 à 567 EUR/t), tandis que les prix à l'exportation n'ont augmenté que de 17,5 % (de 447 à 525 EUR/t). En 2015, le prix moyen à l'importation était déjà supérieur à celui à l'exportation (+17 EUR/t) ; en 2025, cet écart s'est creusé à +42 EUR/t. Cela suggère que l'UE importe des produits à plus forte valeur unitaire (ou en provenance de sources plus coûteuses) et réexporte des produits à moindre valeur ajoutée, ou bien que la structure des partenaires commerciaux a changé.


2. Sanctions, Brexit et nouvelles routes : la réorientation géographique des échanges

2.1 L'effondrement des importations en provenance de Russie et du Royaume-Uni a redessiné la carte des approvisionnements

Les deux partenaires d'importation dominants en 2015 — le Royaume-Uni et la Russie — ont connu des déclins spectaculaires sur la période :

Partenaire d'importation Valeur 2015 (M EUR) Valeur 2025 (M EUR) Variation (%)
Royaume-Uni 1 860 592 -68,2 %
Fédération de Russie 161 14 -91,5 %
Algérie 74 236 +219,0 %
États-Unis 12 116 +853,8 %
Norvège 137 75 -44,8 %

Source : Partenaires commerciaux

La Russie représente le cas le plus marquant : ses exportations vers l'UE sur ce code ont culminé à 2 183 M EUR avant de s'effondrer à 14 M EUR en 2025 (-91,5 %). Cette chute brutale correspond directement à l'entrée en vigueur des sanctions européennes sur les produits pétroliers russes dans le contexte de l'invasion de l'Ukraine en 2022.

Le déclin des importations britanniques (-68,2 %) est plus graduel et pourrait refléter à la fois les effets du Brexit (frictions commerciales, formalités douanières accrues) et une reconfiguration des flux directs depuis les pays tiers vers le continent.

2.2 La diversification géographique des approvisionnements s'est accélérée

L'Indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a chuté de 6 383 à 2 137 entre 2015 et 2025, soit une baisse de 66,5 %. Ce niveau de HHI indique un passage d'une structure très concentrée (dominée par le Royaume-Uni et la Russie) à une concentration modérée, signe d'une diversification réussie des sources d'approvisionnement.

Indicateur HHI Importations (valeur) Exportations (valeur)
2015 6 383 1 112
2025 2 137 1 178
Variation -66,5 % +5,9 %

Source : Concentration (HHI)

Les nouveaux fournisseurs qui ont comblé le vide laissé par la Russie et le Royaume-Uni sont principalement l'Algérie (+219 %), les États-Unis (+854 %) et, dans une moindre mesure, la Norvège et des sources non spécifiées.

2.3 Les exportations se sont redirigées vers l'Afrique, l'Amérique latine et l'Asie

Côté exportations, la géographie des débouchés s'est profondément transformée :

Partenaire d'exportation Valeur 2015 (M EUR) Valeur 2025 (M EUR) Variation (%)
Nigeria 0,002 397 n.d.
États-Unis 380 572 +50,4 %
Brésil 145 387 +166,4 %
Gibraltar 67 867 +1 203 %
Chine 56 353 +530,4 %
Corée du Sud 418 27 -93,4 %
Royaume-Uni 501 121 -75,9 %

Source : Partenaires commerciaux

Le cas de Gibraltar est remarquable : les exportations de l'UE vers ce territoire sont passées de 67 M EUR à 867 M EUR (+1 203 %). Gibraltar, en tant que plaque tournante maritime au détroit, joue probablement un rôle d'entrepôt et de transbordement vers des marchés tiers, notamment africains.

Le Nigeria est passé d'une valeur quasi nulle à 397 M EUR, ce qui peut s'expliquer par le développement de la demande intérieure nigériane et le rôle de hub de redistribution en Afrique de l'Ouest. La Chine (+530 %) et le Brésil (+166 %) témoignent de la montée des débouchés dans les grands marchés émergents, tandis que la Corée du Sud (-93 %) et le Royaume-Uni (-76 %) ont perdu leur importance relative.

2.4 Les Pays-Bas et la Belgique dominent les flux au sein de l'UE, mais avec des trajectoires divergentes

Du côté des États membres déclarant les importations, les Pays-Bas restent le premier importateur (de 1 658 M EUR à 1 015 M EUR, -38,8 %), suivi de la Belgique (de 928 M EUR à 329 M EUR, -64,6 %). La France a en revanche augmenté ses importations (+206 %), passant de 70 M EUR à 215 M EUR.

Pour les exportations, la Belgique a connu une croissance spectaculaire (+381 %), passant de 213 M EUR à 1 024 M EUR, devenant le premier exportateur de l'UE devant l'Espagne (722 M EUR, -28 %) et les Pays-Bas (666 M EUR, -4 %). L'Italie a également fortement progressé (+390 %).

États membres (importateurs) 2015 (M EUR) 2025 (M EUR) Var. (%)
Pays-Bas 1 658 1 015 -38,8 %
Belgique 928 329 -64,6 %
France 70 215 +206 %
Chypre 0,002 147 n.d.
États membres (exportateurs) 2015 (M EUR) 2025 (M EUR) Var. (%)
Belgique 213 1 024 +380,7 %
Espagne 1 001 722 -27,9 %
Pays-Bas 696 666 -4,4 %
Grèce 128 369 +187,1 %
Italie 110 539 +389,9 %

Source : États membres déclarants

L'explication tient à la spécialisation de ces pays : les Pays-Bas (RCA de 2,60), l'Espagne (RCA de 3,08) et la Belgique (RCA de 1,76) disposent de capacités de raffinage et de terminaux pétroliers majeurs (Rotterdam, Anvers, Tarragone).

Source : Spécialisation des États membres


3. Volatilité, chocs de prix et risques résiduels

3.1 Les flux avec certains partenaires présentent une volatilité extrême

Le coefficient de variation (CV) des flux sur la période 2015–2025 révèle des niveaux de volatilité très hétérogènes selon les partenaires. Les sources d'approvisionnement les plus volatiles à l'importation sont l'Inde (CV = 1,59), la Turquie (1,25), le Brésil (1,45) et la Russie (0,98). À l'exportation, le Nigeria (CV = 1,30), la Libye (1,30), le Sénégal (1,34) et la Côte d'Ivoire (1,36) se distinguent.

Partenaire (importations) CV Partenaire (exportations) CV
Inde 1,59 Côte d'Ivoire 1,36
Brésil 1,45 Sénégal 1,34
Turquie 1,25 Libye 1,30
Israël 1,22 Nigeria 1,30
Russie 0,98 Chine 1,08
États-Unis 0,96 États-Unis 0,42
Royaume-Uni 0,34 Brésil 0,27

Source : Volatilité

Les flux avec le Royaume-Uni (CV = 0,34) et le Brésil (0,27 pour les exportations) sont relativement stables, ce qui en fait des partenaires structurels. À l'inverse, les partenaires à fort CV — souvent des marchés émergents ou des pays touchés par des instabilités géopolitiques — représentent des sources ou des débouchés moins fiables.

3.2 L'année 2022 a été marquée par des chocs de prix significatifs

L'algorithme de détection des chocs a identifié trois événements majeurs, tous liés à la flambée des prix de l'énergie en 2021–2022 :

Choc Partenaire Flux Période Hausse de prix Anomalie
Prix Canada Exportations 2022 +42,0 % 5,9 σ
Prix Chine Exportations 2022 +75,5 % 2,9 σ
Prix Corée du Sud Exportations 2021 +45,1 % 2,4 σ

Source : Chocs d'approvisionnement

Le choc le plus prononcé concerne les exportations vers le Canada en 2022 (anomalie de 5,9 écarts-types, hausse de prix de 42 %). Celui vers la Chine (anomalie de 2,9 σ, +75,5 %) et celui vers la Corée du Sud (anomalie de 2,4 σ, +45,1 %) s'inscrivent tous dans le contexte de la crise énergétique mondiale déclenchée par la pandémie puis amplifiée par le conflit russo-ukrainien. Ces pics de prix à l'exportation ont mécaniquement contribué au pic de l'excédent commercial observé autour de 2022.

3.3 La chute des importations depuis la Russie a été compensée mais pas sans risque

La disparition quasi totale des importations russes sur ce code (de 2 183 M EUR à 14 M EUR au pic du commerce bilatéral, puis à 14 M EUR en 2025) a été compensée par une diversification vers l'Algérie, les États-Unis et d'autres sources. Toutefois, certains nouveaux partenaires présentent eux-mêmes des niveaux de volatilité élevés (Inde : CV = 1,59 ; Turquie : CV = 1,25), ce qui signifie que la sécurisation de l'approvisionnement n'est pas pleinement acquise.

Par ailleurs, les importations depuis des « pays et territoires non spécifiés » restent significatives (284 M EUR en 2025, pratiquement stables par rapport à 2015), ce qui réduit la transparence sur l'origine réelle de certains approvisionnements.


Conclusion

La période 2015–2025 a été marquée par une transformation profonde du commerce de l'UE sur le code 27101290. Le basculement d'un déficit de 263 M EUR à un excédent de 2 107 M EUR traduit une réduction drastique des importations (-48 % en volume) couplée à une progression des exportations (+31 %). La chute des importations russes (-91,5 %), conséquence directe des sanctions européennes, et le déclin des flux avec le Royaume-Uni (-68,2 %) ont profondément redessiné la géographie commerciale. L'UE a diversifié ses sources d'approvisionnement — l'HHI des importations a chuté de 66,5 % — mais certains nouveaux partenaires restent volatils. Côté exportations, de nouvelles routes vers l'Afrique (Nigeria), l'Amérique latine (Brésil) et l'Asie (Chine) se sont consolidées, tandis que des hubs comme Gibraltar et la Belgique ont renforcé leur rôle de redistribution. Les chocs de prix de 2021–2022 rappellent enfin que ce marché reste étroitement corrélé aux dynamiques géopolitiques et énergétiques mondiales.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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