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Évolution du marché : Huiles légères de pétrole (CN 27101211) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 27101211 désigne les huiles légères de pétrole ou de minéraux bitumineux destinées à subir un traitement défini — c'est-à-dire des charges de distillation légère (naphta, essences de pétrole) servant de matière première dans l'industrie pétrochimique et le raffinage, hors produits contenant du biodiesel. Ce produit, inscrit dans le chapitre 27 de la nomenclature combinée, occupe une position stratégique dans la chaîne de valeur des combustibles minéraux.

Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne avec le reste du monde pour ce code a connu une transformation profonde. Le volume importé est passé de 11,3 millions de tonnes en 2015 à 4,3 millions de tonnes en 2025 (−61,8 %), tandis que les exportations se sont effondrées de 1,6 million de tonnes à moins de 50 000 tonnes (−96,8 %). La valeur unitaire des importations a connu des fluctuations extrêmes, culminant à 757,5 EUR/t en 2022 avant de se stabiliser autour de 558 EUR/t en 2025.

Ce rapport propose une lecture analytique de cette décennie en trois volets : d'abord, les dynamiques structurelles de contraction des échanges ; ensuite, la reconfiguration géopolitique des sources d'approvisionnement qui a suivi les sanctions contre la Russie ; enfin, les mécanismes de volatilité des prix et les signaux de vulnérabilité du marché.


I. Une décennie de contraction structurelle des échanges de l'UE

La forte érosion des importations depuis 2019

Le commerce d'importation constitue l'essentiel des échanges de l'UE pour le code 27101211. La valeur des importations en provenance de pays tiers est passée de 4,83 milliards EUR en 2015 à un pic de 6,74 milliards EUR en 2017, avant d'amorcer un déclin continu qui l'a ramenée à 2,41 milliards EUR en 2025 — une baisse globale de 50,0 % par rapport au niveau de 2015.

Année Valeur (Md EUR) Volume (Mt) Prix moyen (EUR/t)
2015 4,83 11,32 426,6
2016 3,93 10,86 361,6
2017 6,74 12,72 530,2
2018 6,67 12,12 550,4
2019 5,39 10,86 496,2
2020 2,98 7,08 420,8
2021 3,93 8,27 474,7
2022 6,65 8,79 757,5
2023 4,27 6,38 669,4
2024 3,86 6,47 596,5
2025 2,41 4,33 558,0

Source : Vue d'ensemble du commerce

Le creux de 2020 (−45 % en valeur par rapport à 2019) traduit l'effondrement de la demande lié à la pandémie de Covid-19, qui a provoqué une contraction simultanée de la consommation de produits pétroliers et des capacités de raffinage. Si une reprise partielle a eu lieu en 2021–2022, celle-ci fut largement portée par la hausse des prix plutôt que par un retour des volumes.

L'effondrement quasi total des exportations

Les exportations de l'UE vers les pays tiers pour ce code se situaient à un niveau nettement inférieur aux importations, mais ont connu une chute encore plus spectaculaire. La valeur est passée de 666 millions EUR (2015) à seulement 21 millions EUR (2025), soit un recul de 96,8 %. Le volume a suivi une trajectoire identique : de 1,58 million de tonnes à 49 910 tonnes.

Les principaux partenaires d'exportation de 2015 — la Corée du Sud (432 M EUR), la Chine (368 M EUR au maximum), le Brésil (269 M EUR au maximum) — ont vu leurs flux se tarir quasi intégralement. Les flux vers la Corée du Sud et le Brésil sont tombés à des valeurs symboliques en 2025 (respectivement 18 857 EUR et 109 EUR), tandis que ceux vers la Chine n'ont pas dépassé 7 262 EUR.

Partenaire d'exportation Valeur 2015 (M EUR) Valeur 2025 (M EUR) Variation (%)
Corée du Sud 432,0 0,02 −100,0 %
Chine 0,04 0,007 −80,4 %
Brésil 5,6 < 0,001 −100,0 %
Gibraltar 64,2 21,0 −67,4 %
Turquie 23,3 < 0,001 −100,0 %
États-Unis 17,1 < 0,001 −100,0 %
Royaume-Uni 17,8 < 0,01 −100,0 %

Source : Partenaires commerciaux

Cette quasi-disparition des exportations suggère une réorientation de la production de raffinage européen vers le marché intérieur ou vers d'autres codes tarifaires, combinée à une perte de compétitivité face à des producteurs du Golfe et des États-Unis.

Un déficit commercial qui se réduit, mais par défaut de volumes

Le solde commercial de l'UE pour ce produit est structurellement négatif, l'UE étant importatrice nette de charges de raffinage. En 2015, le déficit s'élevait à 4,16 milliards EUR ; en 2025, il s'établit à 2,39 milliards EUR, soit une réduction de 42,5 %. Le point le plus bas (c'est-à-dire le déficit le plus élevé) a été atteint en 2022, avec −6,03 milliards EUR — un niveau directement lié à la flambée des prix du pétrole après l'invasion de l'Ukraine.

Toutefois, cette amélioration du solde ne doit pas être interprétée comme un signe de renforcement concurrentiel : elle résulte principalement de la contraction des volumes échangés, à la fois en importations et en exportations, dans un contexte de réduction de la capacité de raffinage européenne et de reconfiguration des chaînes d'approvisionnement.


II. Un basculement géopolitique des sources d'approvisionnement

La Russie, partenaire dominant puis partenaire marginalisé

Le changement le plus marquant de la période 2015–2025 concient les flux d'importation en provenance de Russie. En 2015, la Fédération de Russie était de loin le premier fournisseur de l'UE pour le code 27101211, avec une valeur de 2,88 milliards EUR — représentant 59,7 % de l'ensemble des importations de l'UE. À son maximum (2018), les importations russes ont atteint 3,19 milliards EUR.

Partenaire Valeur 2015 (M EUR) Valeur 2025 (M EUR) Part 2015 (%) Part 2025 (%) Variation (%)
Russie 2 880 239 59,7 % 9,9 % −91,7 %
Algérie 802 845 16,6 % 35,0 % +5,3 %
États-Unis 49 159 1,0 % 6,6 % +221,3 %
Royaume-Uni 306 238 6,3 % 9,8 % −22,2 %
Norvège 101 416 2,1 % 17,3 % +312,0 %
Libye 120 179 2,5 % 7,4 % +49,8 %
Turquie 18 244 0,4 % 10,1 % +1 263,7 %

Source : Partenaires commerciaux — importations

Le choc de 2022–2024 est sans ambiguïté : les sanctions de l'UE contre les importations de produits pétroliers russes, progressivement mises en œuvre à partir de février 2023, ont provoqué un effondrement de 97,7 % de la valeur des flux en provenance de Russie entre 2023 et 2024, celle-ci passant de 1,06 milliard EUR à 239 millions EUR. Cet événement constitue le choc d'approvisionnement le plus significatif de toute la période, avec un degré d'anomalie de 4,4 et une part de 52,7 % dans la valeur totale des importations affectées.

Une diversification accélérée, mais asymétrique

La disparition du fournisseur russe a provoqué un rééquilibrage rapide de la géographie des importations. Trois dynamiques distinctes se dégagent :

1. La montée en puissance de la Norvège. Les importations en provenance de Norvège ont été multipliées par 4,1 en valeur, passant de 101 M EUR (2015) à 416 M EUR (2025). La Norvège est ainsi devenue le premier fournisseur de l'UE en 2025, captant 17,3 % des importations. Cette évolution s'explique par la proximité géographique, la fiabilité logistique de la mer du Nord et l'absence de contraintes sanctions.

2. Le renforcement des partenaires méditerranéens. L'Algérie a maintenu sa position de fournisseur majeur (845 M EUR en 2025, +5,3 %), tandis que la Libye a progressé de 49,8 % à 179 M EUR. La Turquie, quant à elle, a connu une progression spectaculaire de 1 264 % (de 18 M EUR à 244 M EUR), bien que ce flux soit extrêmement volatile (coefficient de variation de 1,27) et qu'il ait subi un choc de prix exceptionnel en 2022 (hausse de 782 %).

3. L'essor transatlantique. Les importations en provenance des États-Unis sont passées de 49 M EUR à 159 M EUR (+221 %), avec un pic à 1,64 milliard EUR en 2022. Ce boom temporaire reflète la capacité des raffineries américaines du Golfe à répondre à la demande européenne en période de crise, mais aussi les importants écarts de prix (« crack spreads ») qui ont rendu les livraisons transatlantiques rentables.

Un marché européen de plus en plus fragmenté

La concentration des importations mesurée par l'indice Herfindahl-Hirschman (HHI) confirme cette diversification. L'HHI en valeur des importations est passé de 4 136 (2015) à 1 846 (2025), soit une diminution de 55,4 %.

Indicateur 2015 2025 Variation
HHI importations (valeur) 4 136 1 846 −55,4 %
HHI importations (volume) 4 194 1 878 −55,2 %
HHI exportations (valeur) 4 382 9 632 +119,8 %

Source : Concentration HHI

Un HHI de 1 846 se situe dans la zone de « faible concentration » (entre 1 000 et 2 500), ce qui indique un marché d'importation désormais beaucoup plus concurrentiel et diversifié qu'en 2015, quand la domination russe plaçait l'indice dans la zone de concentration élevée. À l'inverse, l'HHI des exportations a presque doublé pour atteindre 9 632, signalant une extrême concentration — les rares flux restants proviennent d'un très petit nombre de partenaires (principalement Gibraltar et la Lituanie).


III. Volatilité des prix, chocs d'approvisionnement et vulnérabilités résiduelles

Des prix marqués par le cycle pétrolier et le choc géopolitique de 2022

Le prix moyen des importations a connu des fluctuations considérables sur la période. Après un niveau plancher de 341,8 EUR/t (2015–2016, dans un contexte de cours du baril déprimés), il a grimpé progressivement pour culminer à 757,5 EUR/t en 2022 — une hausse de 121 % par rapport au niveau de 2015. Ce pic correspond à la conjonction de la reprise post-Covid, de l'invasion russe de l'Ukraine et de la volatilité extrême des marchés pétroliers mondiaux.

Année Prix import. (EUR/t) Prix export. (EUR/t) Écart
2015 426,6 421,7 −4,9
2017 530,2 448,6 −81,6
2019 496,2 506,2 +10,0
2020 420,8 317,9 −102,9
2022 757,5 693,9 −63,6
2023 669,4 452,6 −216,8
2024 596,5 358,8 −237,7
2025 558,0 428,5 −129,5

Source : Vue d'ensemble du commerce

Plusieurs enseignements se dégagent de cette analyse prix :

  • L'écart importations/exportations se creuse nettement à partir de 2023, les prix d'importation restant bien au-dessus des prix d'exportation (−216,8 EUR/t d'écart en 2023). Cela peut refléter la prime de risque géopolitique sur les sources d'approvisionnement, la qualité différentielle des produits ou des conditions contractuelles distinctes.

  • Le prix à l'exportation a connu une volatilité extrême, avec un coefficient de variation très élevé sur plusieurs destinations (Singapour : 1,87 ; Japon : 1,93 ; Suisse : 2,76), ce qui suggère des marchés de niche à faible régularité.

  • Le prix moyen à l'importation en 2025 (558 EUR/t) reste nettement supérieur au niveau pré-crise de 2019 (496 EUR/t), ce qui indique un effet durable du renchérissement des coûts d'approvisionnement lié à la diversification géographique.

Les chocs d'approvisionnement identifiés

L'analyse de volatilité a détecté trois événements de choc majeurs :

Choc Type Flux Partenaire Année Amplitude Anomalie
1 Prix Exportation Turquie 2022 +782,1 % 22,5
2 Prix Importation Royaume-Uni 2021 +64,5 % 5,3
3 Approvisionnement Importation Russie 2024 −97,7 % 4,4

Le choc turc (2022) présente une anomalie de 22,5, ce qui est exceptionnel. La valeur des exportations vers la Turquie a connu un pic de 435 M EUR (en 2022) avant de s'effondrer, avec un coefficient de variation de 1,57 sur l'ensemble de la période. Ce phénomène pourrait refléter des réexportations ou des arbitrages de prix liés au contexte de sanctions.

Le choc russe (2024), bien que d'une amplitude numérique comparable, est structurellement plus significatif : il s'agit d'une contraction de l'offre d'approvisionnement avec un degré d'anomalie de 4,4 et une part de marché affectée de 52,7 %. Ce choc est le plus important en termes d'impact systémique sur la sécurité énergétique européenne.

Les vulnérabilités du nouveau paysage d'approvisionnement

Malgré la diversification accomplie, plusieurs fragilités persistent dans la nouvelle configuration des importations :

  • La dépendance envers l'Algérie reste élevée (35,0 % des importations en 2025), avec un coefficient de volatilité modéré (0,25) mais une exposition géopolitique notable dans un contexte d'instabilité au Sahel.

  • Les flux en provenance de Norvège, bien que fiables, sont concentrés dans un seul pays (17,3 %) et pourraient être affectés par des contraintes de capacité ou des aléas climatiques en mer du Nord.

  • Les flux turcs présentent la volatilité la plus élevée de tous les partenaires majeurs (CV = 1,27), ce qui en fait un partenaire de diversification mais non de stabilisation.

  • L'absence de données PRODCOM pour ce code combiné empêche de mesurer la dépendance nette aux importations au niveau de la production intérieure, ce qui constitue une lacune importante pour l'évaluation complète de la sécurité d'approvisionnement.

Sur le plan de la spécialisation intra-UE, la Belgique (RSCA = 0,64) et l'Italie (RSCA = 0,48) demeurent les États membres les plus spécialisés dans l'importation de ce produit, tandis que plusieurs pays d'Europe de l'Est (Lituanie, Lettonie, Hongrie) affichent une spécialisation nulle ou négative. Les États membres les plus exposés en valeur d'importation sont la Belgique (490 M EUR en 2025, −66 % vs. 2015), l'Allemagne (728 M EUR, −32 %) et les Pays-Bas (247 M EUR, −68 %).


Conclusion

La période 2015–2025 a vu le marché européen des huiles légères de pétrole (NC 27101211) traverser trois crises successives — l'effondrement des cours du pétrole (2015–2016), la pandémie de Covid-19 (2020) et le choc géopolitique lié à l'invasion de l'Ukraine (2022–2024) — qui ont profondément reconfiguré les flux commerciaux.

Les principales conclusions sont les suivantes :

  1. Une contraction durable des échanges. L'UE a réduit ses importations de 61,8 % en volume et ses exportations de 96,8 % sur la décennie, signe d'une désintermédiation progressive du commerce de charges de raffinage légère.

  2. Une diversification géopolitique réussie, mais incomplète. Le passage d'une dépendance à la Russie (60 % des importations en 2015) à un panier diversifié (7 partenaires significatifs en 2025, HHI divisé par 2,2) constitue une adaptation remarquable. Cependant, cette diversification s'est faite au prix d'une dépendance accrue envers des fournisseurs eux-mêmes géopolitiquement sensibles (Algérie, Libye, Turquie).

  3. Une volatilité persistante. Les prix restent supérieurs aux niveaux d'avant-crise et l'écart entre prix d'importation et d'exportation s'est creusé, ce qui pèse sur la compétitivité de la chaîne de valeur européenne des produits pétroliers.

À l'horizon, la poursuite de la transition énergétique européenne, la montée du biocarburant et la réduction de la demande de produits pétroliers classiques pourraient continuer à réduire les volumes échangés pour ce code tarifaire, tout en rendant le marché plus vulnérable aux chocs ponctuels sur un volume de base en déclin.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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