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Évolution du marché : Fil de soie (CN 5004) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 5004 couvre les fils de soie (à l'exclusion des fils de déchets de soie et des fils conditionnés pour la vente au détail). Produit textile historiquement associé au luxe et à l'artisanat européen, il occupe une niche étroite du commerce extérieur de l'Union européenne. Sur la période 2015–2025, les échanges de la UE avec les pays tiers montrent une contraction significative tant à l'import qu'à l'export, accompagnée de mutations structurelles dans l'organisation géographique des flux et dans la spécialisation des États membres. Ce rapport s'appuie sur les données du Tableau de bord du commerce — vue d'ensemble CN 5004 pour décrire et interpréter ces dynamiques.


1. Une contraction profonde des volumes, atténuée par des prix à l'import en hausse

Des échanges en repli marqué sur toute la période

Sur la période considérée, les importations comme les exportations de l'UE en valeur ont reculé de manière significative. Les importations sont passées de 36,4 M€ à 25,1 M€ (−31,1 %), tandis que les exportations ont reculé de 8,6 M€ à 5,4 M€ (−36,4 %). En volume, le recul est encore plus prononcé du côté des importations : de 672 tonnes en 2015 à 371 tonnes en 2025 (−44,8 %), contre un déclin plus modéré des exportations de 119 à 90 tonnes (−24,4 %).

Indicateur 2015 2025 Variation
Importations (valeur) 36,4 M€ 25,1 M€ −31,1 %
Importations (volume) 672 t 371 t −44,8 %
Exportations (valeur) 8,6 M€ 5,4 M€ −36,4 %
Exportations (volume) 119 t 90 t −24,4 %
Solde commercial −27,9 M€ −19,7 M€ +29,4 %

Source : Vue d'ensemble du commerce CN 5004

Des trajectoires de prix divergentes entre import et export

L'un des faits marquants de la période est la divergence des trajectoires de prix unitaires. Le prix moyen des exportations a reculé de 71 839 €/t à 60 406 €/t (−15,9 %), suggérant une pression concurrentielle accrue ou un déclassement qualitatif des flux sortants. À l'inverse, le prix moyen des importations a augmenté de 54 248 €/t à 67 807 €/t (+25,0 %), indiquant soit une montée en gamme des approvisionnements, soit l'impact de tensions sur les coûts de production chez les fournisseurs tiers — notamment en Chine, où un choc de prix à l'import a été détecté en 2022 (abnormalité 6,3, hausse de 36,8 %).

Une production intérieure européenne en reprise en valeur

La production européenne de fils de soie (code Prodcom 13.10.40.10) a progressé en valeur de 68,5 M€ à 100,0 M€ (+46,0 %), tandis que les volumes sont passés de 2 422 tonnes à 2 800 tonnes (+15,6 %). L'écart entre la hausse de la valeur (+46 %) et celle des quantités (+16 %) révèle un renchérissement significatif du prix de production intérieur, cohérent avec la dynamique observée sur les prix à l'import. Ce renchérissement reflète possiblement la montée en gamme d'une production européenne de niche, concentrée sur des qualités supérieures.

Source : Spécialisation et concentration


2. Une recomposition géographique profonde des partenaires commerciaux

Le déclin du Royaume-Uni comme débouché et le repli de l'Asie comme source d'approvisionnement

Le Royaume-Uni, premier débouché des exportations UE en 2015 (6,9 M€, soit 80 % de la valeur exportée), a vu ses achats s'effondrer à 2,6 M€ en 2025 (−62,3 %). Ce déclin, amorcé dès avant le Brexit formel, s'est accentué avec la mise en place de barrières douanières postérieures à 2020. En parallèle, les importations en provenance du Royaume-Uni ont chuté de 176 000 € à 29 000 € (−83,7 %).

Du côté des fournisseurs traditionnels, la Chine reste le premier partenaire à l'import (de 23,5 M€ à 17,8 M€, −24,3 %), mais le Viet Nam, deuxième fournisseur en 2015 avec 7,6 M€, est tombé à 2,5 M€ (−66,9 %). Le Japon a également reculé de 1,0 M€ à 0,5 M€ (−46,3 %).

L'essor de nouveaux débouchés : États-Unis, Russie et Chine

Face au recul britannique, de nouveaux marchés absorbent une part croissante des exportations européennes :

Partenaire d'export. 2015 2025 Variation
États-Unis 156 000 € 1 080 000 € +593,7 %
Russie 44 000 € 428 000 € +880,0 %
Chine 100 000 € 267 000 € +167,0 %
Royaume-Uni 6 877 000 € 2 594 000 € −62,3 %

Source : Principaux partenaires par valeur

Les États-Unis sont ainsi devenus le deuxième débouché extra-UE en 2025, avec une trajectoire de croissance quasi ininterrompue. Ce mouvement s'inscrit dans une diversification des débouchés qui se reflète dans l'indice de concentration des exportations (HHI), passé de 6 490 à 2 795 (−56,9 %), signe d'une répartition beaucoup plus équilibrée des flux sortants.

Une concentration des importations qui s'accroît

À l'inverse, le HHI des importations a augmenté de 4 647 à 5 233 (+12,6 %), traduisant une dépendance croissante vis-à-vis d'un nombre plus restreint de fournisseurs. La Chine, qui représentait déjà 64 % de la valeur importée en 2015, en représente 71 % en 2025. L'Inde est le seul fournisseur asiatique dont la part a progressé (de 459 000 € à 798 000 €, +73,9 %), confirmant la recherche de sources d'approvisionnement alternatives mais restant à un volume encore marginal.

Source : Indice de concentration HHI


3. Une réduction de la dépendance aux importations qui masque une vulnérabilité structurelle persistante

Un allègement net de la dépendance extérieure

Le taux de dépendance nette aux importations a sensiblement diminué, passant de 33,2 % à 20,4 % (−38,6 %). Ce mouvement s'explique à la fois par la contraction des importations (−44,8 % en volume) et par le maintien relatif d'une production intérieure (+15,6 % en volume). L'intensité commerciale (rapport du commerce extérieur à la production) a suivi la même trajectoire, passant de 46,6 % à 28,9 % (−38,1 %), témoignant d'un moindre enjeu du commerce international dans le fonctionnement global de la filière.

Indicateur 2015 2025 Variation
Dépendance nette aux import. 33,2 % 20,4 % −38,6 %
Intensité commerciale 46,6 % 28,9 % −38,1 %
Propension à exporter 13,1 % 6,2 % −52,4 %

Source : Dépendance nette aux importations, Intensité commerciale, Propension à exporter

Une propension à exporter en chute libre, indicateur le plus saillant

La propension à exporter (part des exportations dans la production totale) a connu le repli le plus marquant : de 13,1 % à 6,2 % (−52,4 %). Cet indicateur présente le score de saillance le plus élevé (96,2 sur 100), ce qui en fait le signal le plus significatif de l'évolution de la filière. La production européenne de fil de soie se tourne désormais beaucoup moins vers l'exportation, ce qui peut refléter soit une saturation des marchés extérieurs, soit une absorption croissante par le marché intérieur (industrie textile et mode de luxe).

Une concentration géographique de la production qui isole quelques États membres

La spécialisation dans la production de fil de soie au sein de l'UE est extrêmement concentrée. En 2025, la Roumanie affiche un indice RSCA de 0,95 et un RCA de 41,1, loin devant la Slovénie (RSCA 0,81, RCA 9,8) et l'Italie (RSCA 0,39, RCA 2,3). L'Italie demeure cependant le premier opérateur en valeur absolue, avec 9,9 M€ d'importations (−62,9 % vs 2015) et 5,1 M€ d'exportations (−33,2 %), concentrant à elle seule la majorité des échanges. L'Autriche a quant à elle cessé ses exportations (de 508 000 € à 60 €, soit −100 %), tandis que la Slovénie a connu une augmentation spectaculaire de ses importations (de 213 000 € à 10,3 M€, +4 748 %), devenant le deuxième importateur de l'UE.

Source : Spécialisation des États membres, Principaux rapporteurs par valeur

Des chocs de prix récurrents qui signalent une fragilité persistante

Malgré la réduction des volumes échangés, la filière reste exposée à des chocs de prix importants. Trois événements majeurs ont été détectés sur la période : un choc de prix à l'export vers la Tunisie en 2019 (hausse de 322,3 %, abnormalité 8,1), un choc de prix à l'import depuis la Chine en 2022 (hausse de 36,8 %, abnormalité 6,3) et un choc de prix à l'export vers la Chine en 2017 (hausse de 95,9 %, abnormalité 4,9). La volatilité des prix est particulièrement élevée pour certains flux marginaux : le coefficient de variation des importations depuis Hong Kong atteint 2,88, et celui des exportations vers le Viet Nam 1,59. Ces niveaux de volatilité, qui concernent des flux de petite taille, illustrent la difficulté d'approvisionnement et de placement dans un marché de niche fortement dépendant de conditions de production concentrées géographiquement.

Source : Volatilité et chocs, Chocs d'approvisionnement


Conclusion

Le marché européen du fil de soie (CN 5004) a traversé sur la décennie 2015–2025 une phase de contraction profonde, tant en volume qu'en valeur, dans un contexte de repli mondial de la demande de soie grège et de produits dérivés. Les volumes importés ont reculé de près de 45 %, et l'UE est devenue structurellement moins dépendante des importations (taux de dépendance nette de 20,4 %). Cette dynamique apparente d'autonomisation masque néanmoins des fragilités persistantes : une concentration accrue des approvisionnements autour de la Chine, une production européenne ultra-concentrée sur trois États membres (Italie, Roumanie, Slovénie), et une volatilité des prix qui reste élevée sur plusieurs flux. La propension à exporter, en chute de plus de 50 %, témoigne par ailleurs d'une filière européenne qui se replie progressivement sur son marché intérieur. L'essor des exportations vers les États-Unis constitue toutefois une dynamique porteuse, qui pourrait, si elle se confirme, contribuer à diversifier les débouchés et à renforcer la résilience de la filière.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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