Évolution du marché : Cocons de soie (CN 5001) — 2015–2025
Introduction
Les cocons de vers à soie propres au dévidage (code NC 5001) constituent un produit de niche au sein du commerce extérieur de l'Union européenne, rattaché au chapitre 50 « Soie ». Il s'agit de cocons frais ou séchés destinés au dévidage, c'est-à-dire à l'extraction de la fibre de soie brute. Ce produit s'inscrit dans une filière historiquement dominée par l'Asie — en particulier la Chine, l'Inde et le Vietnam — mais qui connaît en Europe des dynamiques de restructuration notables.
Sur la période 2015–2025, le commerce de l'UE en cocons de soie affiche des évolutions contrastées : un effondrement des importations en valeur, une hausse spectaculaire des volumes exportés, et des chocs de prix ponctuels liés à la volatilité inhérente d'un marché de faible volumétrie. Le présent rapport s'appuie sur les données détaillées du Trade Dashboard pour analyser ces tendances en trois axes principaux.
1. Un recul marqué des importations et un renforcement du solde excédentaire de l'UE
Les importations ont chuté en valeur tout en restant relativement stables en volume
Entre 2015 et 2025, la valeur des importations de cocons de soie par l'UE est passée de 32 197 € à 11 701 €, soit un recul de 63,7 %. Sur la même période, les quantités importées n'ont diminué que de 14,2 % (de 0,894 t à 0,767 t). Ce décalage s'explique par une baisse drastique des prix unitaires à l'importation : le prix moyen est tombé de 36 015 €/t à 14 979 €/t (−58,4 %), traduisant un affaiblissement du pouvoir de marché des fournisseurs ou un changement dans la qualité des cocons importés.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur importations (€) | 32 197 | 11 701 | −63,7 % |
| Volume importations (t) | 0,894 | 0,767 | −14,2 % |
| Prix moyen import (€/t) | 36 015 | 14 979 | −58,4 % |
Les exportations ont bondi en volume, mais les prix ont chuté
Le constat est inverse pour les exportations : les volumes ont explosé, passant de 6,182 t à 20,113 t (+225,3 %), tandis que la valeur n'a progressé que de 6,2 % (de 55 357 € à 58 789 €). Le prix moyen à l'export a donc été divisé par plus de trois, passant de 8 955 €/t à 2 897 €/t (−67,6 %). Ce phénomène suggère que l'UE exporte désormais des volumes plus importants à des prix unitaires nettement inférieurs, possible indicatif d'une production excédentaire ou d'une diversification vers des destinations à moindre valeur ajoutée.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations (€) | 55 357 | 58 789 | +6,2 % |
| Volume exportations (t) | 6,182 | 20 113 | +225,3 % |
| Prix moyen export (€/t) | 8 955 | 2 897 | −67,6 % |
L'excédent commercial se consolide nettement
Le solde commercial de l'UE en cocons de soie est passé de 23 160 € en 2015 à 47 088 € en 2025, soit une progression de 103,3 %. L'UE s'affirme ainsi structurellement comme exportateur net de cocons de soie, un positionnement qui tranche avec l'image traditionnelle d'un continent importateur de matières premières textiles. Il convient toutefois de noter que le point bas du solde (−491 368 €) a été atteint au cours de la période, attestant d'années intermédiaires où les importations ont temporairement dépassé les exportations de manière significative.
2. Une redistribution géographique profonde des partenaires commerciaux
La Chine, ancien fournisseur dominant, s'est pratiquement retirée du marché
L'évolution la plus spectaculaire concerne les importations en provenance de Chine : elles sont passées de 7 125 € en 2015 à seulement 421 € en 2025, soit un effondrement de 94,1 %. Ce retrait reflète vraisemblablement la montée en gamme de l'industrie chinoise de la soie, qui privilégie désormais la transformation locale plutôt que l'exportation de cocons bruts. Le Japon (−38,9 %) et la Thaïlande (−82,7 %) ont connu des évolutions similaires, consolidant un mouvement de repli des fournisseurs asiatiques traditionnels.
La Suisse et la Norvège émergent comme partenaires importateurs clés
En contraste frappant, les importations en provenance de Suisse ont bondi de 40 € à 1 801 € (+4 402 %), et celles depuis la Norvège de 19 € à 1 166 € (+6 113 %). La Turquie, avec 1 303 € en 2025, maintient un niveau stable (+6,6 %). Cette reconfiguration montre que les sources d'approvisionnement se sont déplacées vers des pays européens ou limitrophes, dans une logique de raccourcissement des chaînes d'approvisionnement.
| Partenaire import | 2015 (€) | 2025 (€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 7 125 | 421 | −94,1 % |
| Royaume-Uni | 1 678 | 866 | −48,4 % |
| Turquie | 1 222 | 1 303 | +6,6 % |
| Japon | 507 | 310 | −38,9 % |
| Suisse | 40 | 1 801 | +4 402 % |
| Norvège | 19 | 1 166 | +6 113 % |
| Thaïlande | 492 | 85 | −82,7 % |
La France est devenue le premier exportateur de cocons de soie de l'UE
Du côté des exportations, la France a connu une progression remarquable : de 7 776 € en 2015 à 50 535 € en 2025 (+550 %), devenant de loin le premier exportateur membre. Le Danemark (+136 %) et l'Italie (+143 %) confirment également une dynamique positive. À l'inverse, l'Irelande (de 45 925 € à 0 €), les Pays-Bas (de 35 825 € à 258 €) et l'Espagne (de 9 187 € à 0 €) ont pratiquement cessé leurs exportations, suggérant une concentration géographique de la production excédentaire autour de quelques États membres.
| Pays membre exportateur | 2015 (€) | 2025 (€) | Variation |
|---|---|---|---|
| France | 7 776 | 50 535 | +550 % |
| Italie | 1 310 | 3 183 | +143 % |
| Danemark | 3 132 | 7 403 | +136 % |
| Suède | 6 679 | 553 | −91,7 % |
| Pays-Bas | 35 825 | 258 | −99,3 % |
| Irlande | 45 925 | 0 | −100 % |
| Espagne | 9 187 | 0 | −99,8 % |
Les exportations se dirigent vers des destinations de plus en plus dispersées
Les partenaires à l'export ont été particulièrement instables. Des destinations ponctuelles comme El Salvador (49 968 €) ou Bonaire (16 100 €) apparaissent comme des opérations isolées. Le Nigéria a chuté de 33 515 € à 1 570 € (−95,3 %) et le Mexique de 4 939 € à 16 € (−99,7 %). Le Royaume-Uni, partenaire historique, reste présent mais à un niveau réduit (112 €). Seule la Norvège (7 436 €) et les États-Unis (2 408 €) maintiennent des flux réguliers.
3. Concentration, spécialisation et chocs de prix : les signaux d'un marché de niche volatil
L'indice HHI révèle une importation diversifiée mais une exportation de plus en plus concentrée
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) sur la valeur des importations a diminué de 2 885 à 1 769 (−38,7 %), indiquant une diversification des sources d'approvisionnement. Le maximum historique de 9 423 a été atteint au cours de la période, correspondant probablement à la dominance passée de la Chine. À l'opposé, le HHI des exportations a augmenté de 4 093 à 7 389 (+80,5 %), signalant une concentration croissante des flux sortants — cohérente avec la montée en puissance de la France comme principal exportateur.
| Indicateur concentration | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| HHI importations (valeur) | 2 885 | 1 769 | −38,7 % |
| HHI exportations (valeur) | 4 093 | 7 389 | +80,5 % |
| HHI importations (volume) | 2 998 | 2 288 | −23,7 % |
| HHI exportations (volume) | 6 531 | 9 888 | +51,4 % |
La Tchéquie et la France affichent une spécialisation marquée dans ce segment
En 2025, la Tchéquie présente le coefficient de spécialisation normalisé (RSCA) le plus élevé (0,828), avec un indice d'avantage comparatif révélé (RCA) de 10,65 — soit une sur-spécialisation très nette dans les cocons de soie. La France (RSCA 0,366, RCA 2,15) et l'Allemagne (RSCA 0,202, RCA 1,51) affichent également une spécialisation positive. À l'inverse, la Roumanie (RSCA −0,883) se distingue par une sous-spécialisation prononcée. Ces données de spécialisation confirment que la filière soie reste géographiquement concentrée au sein de l'UE.
De violents chocs de prix ponctuels témoignent de la fragilité d'un marché à faible liquidité
L'analyse de la volatilité et des chocs révèle trois événements majeurs :
| Événement de choc | Type | Flot | Période | Amplitude | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | Prix | Import | 2020 | +2 031 % | 29,2 % |
| Turquie | Prix | Import | 2023 | +1 172 % | 15,6 % |
| Royaume-Uni | Prix | Export | 2021 | +1 611 % | 57,2 % |
Le choc sur les importations en provenance du Royaume-Uni en 2020 (anomalie de 60,8) coïncide avec le Brexit et la pandémie de COVID-19, deux événements susceptibles d'avoir désorganisé les flux logistiques et entraîné des ajustements de prix extrêmes sur un marché de faible volumétrie. Le choc turc de 2023 pourrait refléter des tensions inflationnistes ou des perturbations de production. Le coefficient de variation (CV) le plus élevé pour les exportations est observé avec le Royaume-Uni (2,98), confirmant la volatilité extrême de ce flux bilatéral.
La volatilité à l'importation est particulièrement élevée pour le Japon (CV 2,62), la Turquie (1,69) et la Thaïlande (1,69), tandis que les flux avec Hong Kong (0,86) et l'Inde (1,01) sont relativement plus stables. Ces écarts s'expliquent en partie par les faibles volumes en jeu, où une seule transaction peut modifier significativement les moyennes annuelles.
Conclusion
Le marché européen des cocons de soie (CN 5001) a connu, sur la période 2015–2025, une triple transformation. Premièrement, l'UE s'est affirmée comme exportateur net, avec un solde commercial doublé et des volumes exportés multipliés par plus de trois. Deuxièmement, la géographie commerciale s'est profondément reconfigurée : la Chine s'est retirée quasi totalement comme fournisseur, tandis que la France est devenue l'acteur dominant des exportations européennes. Troisièmement, le marché demeure marqué par une forte volatilité et des chocs de prix ponctuels, conséquence directe de sa faible volumétrie qui amplifie l'impact de chaque transaction individuelle.
Ces dynamiques s'inscrivent dans un contexte plus large de restructuration de la filière soie mondiale, où la production de cocons bruts se concentre de plus en plus dans les pays consommateurs finaux ou dans des régions à faible coût de main-d'œuvre, tandis que l'Europe conserve une position marginale mais spécialisée. La montée en puissance de la France et de la Tchéquie dans ce segment pourrait signaler un renouveau artisanal ou industriel de la sériculture européenne, bien que les volumes restent modestes à l'échelle mondiale.