Évolution du marché : Feuilles et bandes minces d'aluminium, sans support, simpl. laminées, d'une épaisseur <= 0,2 mm (sauf feuilles pour le marquage au fer du n° 3212 et sauf feuilles travaillées pour la décoration des sapins de Noël) (CN 760711) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec le reste du monde pour le code douanier 760711, qui couvre les feuilles et bandes minces d'aluminium sans support, simplement laminées, d'une épaisseur inférieure ou égale à 0,2 mm (à l'exclusion des feuilles pour le marquage au fer et des décorations de sapin de Noël). Ce produit s'inscrit dans le chapitre 76 de la nomenclature combinée (aluminium et ouvrages en aluminium) et se décompose en trois sous-positions principales : les feuilles ultra-fines (< 0,021 mm) en rouleaux de plus de 10 kg (76071119), les feuilles d'épaisseur comprise entre 0,021 et 0,2 mm (76071190), et les feuilles ultra-fines en petits rouleaux ≤ 10 kg (76071111).
Sur la période 2015–2025, le marché européen de ce produit a traversé des mutations profondes. La valeur totale des importations de l'UE en provenance des pays tiers a progressé de 49,8 % (de 475 M€ à 712 M€), tandis que les exportations ont augmenté de 30,5 % (de 534 M€ à 697 M€). Ce différentiel de rythme a fait basculer l'UE d'une position d'excédent commercial (+59 M€ en 2015) à un déficit (-15 M€ en 2025), avec un creux historique de -304 M€ en 2022. Ce rapport identifie trois dynamiques majeures qui ont façonné ce marché au cours de la décennie écoulée.
1. L'onde de choc de 2022 : flambée des prix et basculement déficitaire
Les prix ont connu un pic spectaculaire en 2022, portés par la crise énergétique européenne
La période 2015–2025 se caractérise par une hausse prononcée des prix unitaires, tant à l'import qu'à l'export. Le prix moyen des exportations de l'UE est passé de 3 190 €/t en 2015 à 4 422 €/t en 2025, soit une progression de 38,6 %. Sur la même période, le prix moyen des importations a crû de 3 035 €/t à 3 988 €/t (+31,4 %).
Toutefois, cette hausse moyenne masque un profil extrêmement concentré autour de l'année 2022. C'est au cours de cette année que les prix ont atteint leur maximum historique, avec un prix d'exportation de 4 769 €/t et un prix d'importation de 4 803 €/t — des niveaux respectivement 64 % et 76 % supérieurs aux creux observés en 2016 (2 905 €/t) et 2019 (2 730 €/t).
| Année | Prix export (€/t) | Prix import (€/t) |
|---|---|---|
| 2015 | 3 190 | 3 035 |
| 2016 | 2 905 | 2 760 |
| 2017 | 3 059 | 2 985 |
| 2018 | 3 208 | 2 998 |
| 2019 | 3 154 | 2 730 |
| 2020 | 2 969 | 2 735 |
| 2021 | 3 384 | 3 325 |
| 2022 | 4 769 | 4 803 |
| 2023 | 4 592 | 4 240 |
| 2024 | 4 270 | 3 850 |
| 2025 | 4 422 | 3 988 |
Source : calculs sur la base des données de commerce (valeur / quantité).
Cette flambée de 2022 s'inscrit dans le contexte de la crise énergétique européenne consécutive à l'invasion de l'Ukraine par la Russie, qui a fortement renchéri les coûts de production de l'aluminium en Europe.
Le déficit commercial de l'UE a atteint un record de -304 M€ en 2022, entraîné par la hausse des importations
La conjonction de la hausse des prix et de la dynamique des volumes a provoqué une dégradation brutale de la balance commerciale de l'UE. En 2022, le déficit commercial a atteint -304 M€, contre un excédent de +59 M€ en 2015. Les importations ont culminé à 1 158 M€ (en valeur), tandis que les exportations plafonnaient à 854 M€.
| Année | Export. (M€) | Import. (M€) | Solde (M€) | Export. (tonnes) | Import. (tonnes) |
|---|---|---|---|---|---|
| 2015 | 534 | 475 | +59 | 167 437 | 156 650 |
| 2018 | 616 | 632 | -16 | 191 974 | 210 863 |
| 2019 | 576 | 659 | -83 | 182 647 | 241 414 |
| 2021 | 622 | 706 | -84 | 183 827 | 212 203 |
| 2022 | 854 | 1 158 | -304 | 179 143 | 241 151 |
| 2023 | 610 | 726 | -116 | 132 809 | 171 205 |
| 2024 | 635 | 663 | -28 | 148 793 | 172 303 |
| 2025 | 697 | 712 | -15 | 157 218 | 178 532 |
En termes de volumes, l'année 2023 marque un point bas, avec les exportations chutant à 132 809 tonnes (minimum de la période, -20,6 % par rapport à 2015) et les importations tombant à 171 205 tonnes. La reprise de 2024–2025 reste modérée : les volumes d'exportation n'ont pas retrouvé leur niveau d'avant-crise (157 218 t en 2025 vs. 167 437 t en 2015, soit -6,1 %).
Le marché a entamé un redressement progressif après 2022, sans retrouver les niveaux d'avant-crise
Après le pic de 2022, les prix ont entamé une correction progressive. En 2025, le prix d'importation (3 988 €/t) reste néanmoins supérieur de 46 % à son niveau de 2019 (2 730 €/t), et le prix d'exportation (4 422 €/t) est supérieur de 40 % à celui de 2019 (3 154 €/t). Le déficit commercial s'est considérablement réduit (-15 M€ en 2025), mais l'UE n'a pas retrouvé sa position d'excédent commercial des années 2015–2017.
L'analyse des chocs de prix détectés confirme l'ampleur de l'événement de 2022 :
| Partenaire | Flux | Hausse prix 2022 | Anomalie | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|
| Canada | Export | +67,2 % | 15,0 | 4,1 % |
| Royaume-Uni | Export | +49,1 % | 8,9 | 21,7 % |
| Turquie | Export | +46,0 % | 6,9 | 7,5 % |
| Chine | Import | +63,1 % | 6,0 | 39,7 % |
Ces valeurs mesurent l'écart de prix en 2022 par rapport à la baseline 2020–2021. L'anomalie la plus forte concerne les exportations vers le Canada, mais c'est le choc sur les importations en provenance de Chine qui a eu le plus grand impact en termes de valeur (39,7 % du total des importations).
2. Une réorientation géographique profonde des flux commerciaux
La Turquie est devenue le premier fournisseur de l'UE, supplantant la Chine en forte décrue
Côté importations, la reconfiguration géographique la plus marquante est le déclin de la Chine et l'ascension de la Turquie comme premier fournisseur de l'UE. En 2015, la Chine dominait les approvisionnements avec 171 M€, devant la Turquie (110 M€). En 2025, la Turquie est devenue le premier fournisseur avec 286 M€ (+159,3 %), tandis que la Chine a reculé à 103 M€ (-39,8 %), un niveau inférieur à celui de 2015.
| Fournisseur | 2015 (M€) | 2022 (M€) | 2025 (M€) | Var. 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Türkiye | 110 | 328 | 286 | +159,3 % |
| Chine | 171 | 340 | 103 | -39,8 % |
| Arménie | 44 | 123 | 59 | +36,2 % |
| Corée du Sud | 24 | 112 | 62 | +165,1 % |
| Norvège | 27 | 48 | 32 | +22,5 % |
| Inde | 5 | 45 | 56 | +1 025,6 % |
Le recul chinois est spectaculaire : après un pic de 340 M€ en 2022, les importations en provenance de Chine ont chuté de 70 % en trois ans, passant à 103 M€ en 2025. Les volumes importés de Chine ont suivi la même trajectoire, passant de 111 569 tonnes en 2019 (maximum) à 27 066 tonnes en 2025, soit une division par quatre.
L'Inde et la Corée du Sud émergent comme des partenaires d'approvisionnement majeurs
L'Inde constitue le cas le plus spectaculaire : ses exportations vers l'UE sont passées de 5 M€ en 2015 à 56 M€ en 2025, soit une progression de 1 025,6 %. En volume, les importations en provenance d'Inde ont été multipliées par 8,6, passant de 1 706 à 14 634 tonnes. Cette accélération s'est produite à partir de 2022 (45 M€), ce qui coïncide avec la recherche par les importateurs européens de sources d'approvisionnement alternatives à la Chine.
La République de Corée a également considérablement renforcé sa position, passant de 24 M€ (2015) à 62 M€ (2025), avec un pic à 112 M€ en 2022. Le volume importé de Corée a été multiplié par 1,9 sur la période, passant de 6 457 à 12 284 tonnes.
Les États-Unis dominent désormais les exportations européennes, avec une concentration croissante
Côté exportations, la dynamique est marquée par la forte croissance du marché américain. Les exportations de l'UE vers les États-Unis ont bondi de 65 M€ à 237 M€ (+266,1 %), faisant des États-Unis de loin la première destination, représentant 34 % de la valeur totale des exportations extra-UE en 2025. Le Canada connaît une trajectoire comparable (+246,6 %, de 18 M€ à 62 M€).
| Destination | 2015 (M€) | 2022 (M€) | 2025 (M€) | Var. 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| États-Unis | 65 | 315 | 237 | +266,1 % |
| Suisse | 123 | 196 | 170 | +38,8 % |
| Royaume-Uni | 107 | 154 | 86 | -19,0 % |
| Canada | 18 | 20 | 62 | +246,6 % |
| Turquie | 42 | 41 | 38 | -10,3 % |
| Mexique | 35 | 11 | 5 | -85,0 % |
À l'inverse, les exportations vers le Mexique se sont effondrées (-85,0 %, de 35 M€ à 5 M€), et le Royaume-Uni a perdu sa position de troisième destination au profit du Canada. L'indice de concentration HHI des exportations a fortement augmenté, passant de 1 254 en 2015 à 2 032 en 2025 (+62,1 %). Les États-Unis et la Suisse représentaient ensemble 59 % de la valeur des exportations extra-UE en 2025, contre 35 % en 2015.
| Indicateur HHI | 2015 | 2022 | 2025 | Var. 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Importations | 2 071 | 1 927 | 2 085 | +0,7 % |
| Exportations | 1 254 | 2 258 | 2 032 | +62,1 % |
À l'inverse, le HHI des importations est resté relativement stable, indiquant une diversification maintenue des sources d'approvisionnement malgré le recul de la Chine.
L'instabilité de certains approvisionnements reflète une volatilité structurelle
L'analyse de la volatilité des volumes révèle que certains partenaires présentent des flux très erratiques. La Russie (coefficient de variation CV = 1,43), le Royaume-Uni (CV = 1,24), la Thaïlande (CV = 1,09) et l'Inde (CV = 1,03) affichent des coefficients de variation supérieurs à 1, ce qui traduit des volumes extrêmement volatils d'une année sur l'autre.
| Partenaire | CV import (volume) | Interprétation |
|---|---|---|
| Russie | 1,43 | Très volatile |
| Royaume-Uni | 1,24 | Très volatile |
| Thaïlande | 1,09 | Très volatile |
| Inde | 1,03 | Très volatile |
| Corée du Sud | 0,48 | Modérément volatile |
| Chine | 0,43 | Modérément volatile |
| Norvège | 0,23 | Relativement stable |
| Turquie | 0,16 | Très stable |
La Thaïlande illustre bien cette instabilité : passée de niveaux quasi nuls (36 000 € en 2015) à 35 M€ en 2022, avant de retomber à 160 000 € en 2025. À titre de comparaison, les fournisseurs les plus stables sont la Turquie (CV = 0,16) et la Norvège (CV = 0,23), ce qui en fait des partenaires d'approvisionnement plus fiables.
3. Une industrie européenne en repositionnement : production, spécialisation et segmentation
La production intra-UE reste stable en volume mais connaît une forte croissance nominale
La production intra-UE de feuilles et bandes minces d'aluminium a progressé de 11,3 % en volume (de 943 M kg à 1 050 M kg) et de 33,1 % en valeur (de 3,76 Mds € à 5,00 Mds €) entre 2006 (première année disponible) et 2024. L'écart entre la croissance nominale (+33,1 %) et la croissance en volume (+11,3 %) reflète la tendance haussière structurelle des prix de l'aluminium.
Le pic de production a été atteint en 2021 avec 1 520 M kg et 6,30 Mds €, avant de se stabiliser autour de 1 050 M kg en 2024. Notons que les données de production les plus récentes (2022–2024) présentent un degré d'incertitude, certaines valeurs étant arrondies ou estimées.
La Grèce, la Bulgarie et la Slovénie se distinguent par une spécialisation marquée dans ce segment
L'analyse des avantages comparatifs révélés (RSCA) pour l'année 2025 révèle une concentration géographique de la production au sein de l'UE. La Grèce (RSCA = 0,90, RCA = 19,06) est de loin le pays le plus spécialisé dans ce produit, avec 12,9 % de la production européenne mais seulement 0,7 % du commerce total de l'UE.
| Pays | RSCA | RCA | Part production UE | Part commerce UE |
|---|---|---|---|---|
| Grèce | 0,90 | 19,06 | 12,9 % | 0,7 % |
| Bulgarie | 0,80 | 9,20 | 5,8 % | 0,6 % |
| Slovénie | 0,75 | 6,93 | 7,0 % | 1,0 % |
| Luxembourg | 0,74 | 6,72 | 2,2 % | 0,3 % |
| Suède | 0,39 | 2,29 | 5,5 % | 2,4 % |
| Allemagne | 0,18 | 1,43 | 30,2 % | 21,2 % |
| Italie | 0,21 | 1,53 | 12,2 % | 8,0 % |
À l'opposé, les pays les moins spécialisés (RSCA fortement négatifs) sont la Lituanie (-0,97), l'Irlande (-0,97) et l'Estonie (-0,96), qui importent ce produit sans avoir de base de production significative.
L'Allemagne et l'Italie dominent le commerce, tandis que la Pologne bascule vers l'importation nette
L'Allemagne et l'Italie dominent à la fois les importations et les exportations intra-européennes. L'Allemagne reste le premier exportateur (261 M€ en 2025) et le second importateur (128 M€). L'Italie a connu une forte croissance de ses exportations (+105,8 %, de 79 M€ à 163 M€), confirmant sa position de second exportateur européen.
| État membre | Import 2015 (M€) | Import 2025 (M€) | Variation | Export 2015 (M€) | Export 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Allemagne | 114 | 128 | +12,3 % | 246 | 261 | +6,5 % |
| Italie | 75 | 124 | +65,8 % | 79 | 163 | +105,8 % |
| Pologne | 57 | 111 | +95,5 % | 26 | 9 | -65,3 % |
| Espagne | 13 | 58 | +358,3 % | — | — | — |
| Belgique | 34 | 71 | +110,5 % | 13 | 24 | +84,5 % |
| Grèce | — | — | — | 54 | 68 | +27,4 % |
L'évolution de la Pologne est particulièrement remarquable : alors que ses exportations ont reculé de 65,3 % (de 26 M€ à 9 M€), ses importations ont presque doublé (+95,5 %, de 57 M€ à 111 M€). La Pologne est ainsi passée d'une position d'exportateur net à celle d'importateur net, ce qui reflète probablement la montée en puissance de sa consommation industrielle domestique. L'Espagne connaît une trajectoire comparable en matière d'importations (+358,3 %).
La segmentation produit évolue vers des feuilles plus épaisses à plus forte valeur ajoutée
La répartition des flux entre les trois sous-positions a évolué de manière significative sur la période, telle que visible dans la comparaison par segment.
Importations — répartition volumique :
| Sous-position | 2015 (t) | Part | 2025 (t) | Part | Évolution |
|---|---|---|---|---|---|
| 76071119 (ultra-fin, > 10 kg) | 110 601 | 70,6 % | 106 820 | 59,8 % | -3,4 % |
| 76071190 (0,021–0,2 mm) | 40 498 | 25,8 % | 57 901 | 32,4 % | +43,0 % |
| 76071111 (ultra-fin, ≤ 10 kg) | 5 550 | 3,5 % | 13 743 | 7,7 % | +147,6 % |
Exportations — répartition volumique :
| Sous-position | 2015 (t) | Part | 2025 (t) | Part | Évolution |
|---|---|---|---|---|---|
| 76071190 (0,021–0,2 mm) | 87 899 | 52,5 % | 103 013 | 65,5 % | +17,2 % |
| 76071119 (ultra-fin, > 10 kg) | 61 426 | 36,7 % | 45 072 | 28,7 % | -26,6 % |
| 76071111 (ultra-fin, ≤ 10 kg) | 18 112 | 10,8 % | 9 133 | 5,8 % | -49,6 % |
Les exportations se sont nettement repositionnées vers les feuilles d'épaisseur 0,021–0,2 mm (76071190), qui représentent désormais 65,5 % des volumes exportés (contre 52,5 % en 2015). Ce segment, dont le prix unitaire à l'export est passé de 3 080 à 4 423 €/t (+44 %), correspond à des applications industrielles à forte valeur ajoutée (emballage alimentaire, condensateurs, secteur pharmaceutique).
La dépendance nette de l'UE aux importations diminue, mais la propension à exporter recule
Malgré le déficit commercial observé depuis 2018, la dépendance nette aux importations de l'UE vis-à-vis des pays tiers a diminué au fil du temps. Cet indicateur est passé de -37,4 % en 2006 à -10,7 % en 2024 (une valeur négative indiquant que l'UE reste exportateur net par rapport à sa production). L'UE a donc réduit son excédent net par rapport à sa production, tout en restant structurellement exportatrice.
La propension à exporter a diminué de manière plus marquée, passant de 41,8 % en 2015 à 33,3 % en 2024, ce qui indique que la production européenne est de plus en plus orientée vers le marché intérieur. Le taux d'ouverture commerciale (trade intensity) a légèrement reculé, de 49,2 % à 46,1 %.
| Indicateur d'autonomie | 2015 | 2022 | 2024 | Tendance |
|---|---|---|---|---|
| Dépendance nette import. (%) | -18,9 | -3,6 | -10,7 | Moins d'excédent net |
| Propension à exporter (%) | 38,6 | 36,0 | 33,3 | ↘ En baisse |
| Intensité commerciale (%) | — | — | 46,1 | ↘ En légère baisse |
Conclusion
Le marché européen des feuilles et bandes minces d'aluminium (CN 760711) a connu, sur la période 2015–2025, trois transformations majeures.
Premièrement, le choc de prix de 2022 — lié à la crise énergétique européenne — a provoqué une dégradation brutale de la balance commerciale (-304 M€) et un rebond des prix de près de 60 à 70 % par rapport aux niveaux pré-crise. Si les prix ont entamé une correction, ils restent durablement à un niveau supérieur d'environ 45 % à celui de 2019, ce qui a restructuré en profondeur les flux de valeur.
Deuxièmement, une réorientation géographique profonde s'est opérée. La Turquie est devenue le premier fournisseur de l'UE au détriment de la Chine (dont les importations ont chuté de 39,8 %), l'Inde a émergé comme un partenaire clé (+1 025,6 %), et les États-Unis dominent désormais les exportations européennes (34 % de la valeur). Cette concentration accrue des exportations (HHI +62 %) constitue un risque de dépendance vis-à-vis de quelques marchés.
Troisièmement, l'industrie européenne a amorcé un repositionnement structurel, avec un recentrage des exportations sur les feuilles d'épaisseur 0,021–0,2 mm (segment à plus forte valeur ajoutée et à prix en hausse), une production stable en volume mais en forte croissance nominale, et une réduction de la dépendance nette aux importations. Cependant, la baisse de la propension à exporter (de 38,6 % à 33,3 %) suggère une orientation croissante vers le marché intérieur.
L'enjeu pour les années à venir sera de maintenir la compétitivité de la production européenne face à des concurrents de plus en plus diversifiés (Turquie, Inde, Corée du Sud), tout en gérant la concentration géographique des exportations et la persistance d'un déficit commercial structurel.